‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 33 sur 41 · AU CHEVALIER DE CAILLÊRE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE CAILLÊRE

Gouverneur général de la Nouvelle France.

Mars 1699.

Monsieur,

Je me suis déjà donné l'honneur de vous écrire cette année et de répondre à votre dernière lettre; mais tout pénétré de ce que j'ai appris qu'on venoit de faire à la Cour en votre faveur, je reprends la plume sans différer davantage, pour vous témoigner la part que j'y prends et la joie que j'ai de ce que le Roi, par un juste et sage choix, a mis entre vos mains le gouvernement général du Canada (1). Monsieur le Marquis, votre frère, nous fit la grâce de nous en apporter lui-même la nouvelle hier à huit heures du soir, et nous l'avions apprise, deux heures auparavant, de M. le duc de Beauvilliers qui nous l'a dit en passant ici pour retourner à Versailles, sachant bien que nous y prenions beaucoup de part et qu'elle

(1) Vacant par la mort du comte de Frontenac, arrivée à t^uélKîc le 29 novembre 1698, dans la 78« année de son âge.

nous devoit réjouir. L'on nous a dit que c*éloit là le sentiment de toute la Cour, et que Sa Majesté avoit oui dire tant de bien de vous, qu'elle n*avoit point hésité à vous préférer à tout autre.

Si nous n'avions en vue que ce qui nous regarde, ce ne nous scroit pas sans doute un petit sujet de peine de vous perdre, Monsieur, k Villemarie, par votre éloignemenl et séjour ordinaire à Québec; mais comme vos intérêts et ceux du public doivent être préférables aux nôtres particuliers et à ceux de Montréal, nous vous suivrons en esprit partout d'un bon cœur, nous flattant d'avoir toujours quelque petite place dans le vôtre.

Vous voulez bien, Monsieur, que je vous demande la même grâce pour toute Tile de Montréal, et pour M. Dollier, qui m'a toujours paru plein de loules sortes de bons sentiments pour vous, et qui ne manquera pas sans doute de vous le témoigner dans toutes les occasions qui s'en présenteront. Il vient de m'en donner une marque bien sensible, dans la manière dont il m'a écrit de vous sur le sujet de la vacance du gouvernement général du Canada. Ce qui me fait juger qu'il sera ravi de le voir passer en vos mains, conformément à ses désirs. Je souhaite que ce soit pour plusieurs années pleines de mérite, et devant Dieu et devant les hommes. Soyez bien persuadé, je vous supplie, qu'on ne peut être avec plus d'estime, d'attachement et de respect. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE CXXl

A MONSTEUR VILLBRMAILA

Ce 9 avril 1699.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

Je ne puis être que très édifié des bonnes dispositions que vous me marquez. Ce sont des effets des grâces que Notre Seigneur vous fait et de votre fidélité. Je ne doute point qu'elles n'augmentent dans la suite, voyant que vous mettez

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I*obéi8sance comme le premier fondemenl de votre conduite. Tant que vous agirez par cet esprit, vous pourrez demeurer dans une pleine paix et être assuré que Dieu bénira votre travail.

Quelque inaptitude que vous croyiez avoir pour la prédication, vous y réussirez toujours assez en ne vous y appliquant que par soumission à vos supérieurs; et cela vous doit surtirc, quoiqu*en dise le monde, pour ne vous point embarrasser. C*est à Dieu seul que vous désirez de plaire; et vous lui plairez toujours assez, quand vous y ferez le mieux que vous pourrez, dans la seule vue de procurer sa gloire.

L'élude que vous faites des cas de conscience et du droit canon vous sera très utile pour les emplois qu on vous pourra donner dans la suite. Tâchez de vous y rendre habile pendant qu'on vous en donne le temps, et que vous avez de la santé. Quand vous serez un jour dans d'autres emplois, et plus chargé d'occupations que vous n'êtes présentement, vous connoitrez l'utilité de ce travail. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement à vous. — L. Tronson.

LETTRE CXXÏI

A MONSIEUR MKRIEL (1)

Ce 14 avril 1699.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

J'ai revu la lettre que vous m'avez écrite l'automne dernière. La proposition que vous a faite M. Fredin d'aller avec

(1) Henri-Antoine Mériel de Meulan, du diocèse de Chartres, entré derc au Grand Séminaire de Saint-Sulpice le 25 avril 1686, en sortit le 14 mars 1687, et y revint en 1C88. II passa au Canada en 1690 ou 1691, et fut char^^é du soin des malades de VHôtel-Dieu de Villemane, en rem- Iilacoment de M. Barthélemi. « II parlait et entendait la lan^e anglaise avec facilité, ce qui était 3101*8 fort rare en Canada; et il se servit de cet avantage pour instruire les anglais qui avaient été faits prisonnières, et dont plusieurs embrassèrent la religion catholique. Pour l'acililer les voies à leur conversion, il employait encore à leur soula-

lui en la Nouvelle- Angleterre me paroil assez extraordinaire. Cependant je loue votre disposition et l'indifférence où vous êtes pour tout, en attendant de connoitre par l'obéissance ce que Dieu demande de vous afin de vous y soumettre. Je ne sais s*il a eu quelque marque particulière de la volonté de Dieu sur ce dessein; je ne sais s'il en a conféré avec des personnes intelligentes et bien intentionnées pour avoir leur avis; je ne sais s'il a trouvé quelque ouverture particulière qui lui donne espérance de réussir dans la conversion des jeunes François qui sont dans la Nouvelle-Angleterre; quoiqu'il en soit, je ne crois point que vous deviez vous exposer à ce voyage sans un grand examen et sans un ordre supérieur. J'en écris à M. Dollier qui, après avoir reçu et lu ma lettre, vous dira devant Dieu ce qu'il en pense et ce que vous aurez à faire pour l'accomplissement des desseins de Notre Seigneur sur vous. Vous pourrez même lui montrer cette lettre, atin qu'il vous donne une décision plus netlo et plus absolue.

M. Bourbon vous répondra sur l'écrit anglois que vous aviez dessein de faire imprimer. Cette langue, que vous apprenez, ne laissera pas que de vous être utile, quand même vous n'iriez point présentement en la Nouvelle-Angleterre. Ainsi, le temps que vous y mettez n'est pas mal employé, n'ayant en vue que de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, dans les occasions que la Providence vous donnera.

Comme vous avez pris l'emploi de confesseur des religieuses de l'Hôpital par obéissance, je ne doute point que Dieu ne bénisse votre travail, et qu'il ne vous éclaire dans les occasions où vous vous trouverez embarrassé, pour ne

gement ses biens patrimoniaux. Quelque temps avant sa mort, Plnteudant et le Gouverneur du Canada, touchés des bénédictions que Dieu répandait sur ses travaux, écrivirent au roi pour lui demander quelque gratification en sa faveur, sachant le di^e usage qu'il faisait de sa fortune... Mais M. de Mériel ne put profiter de la bonne volonté que témoigna le monarque : il mourut, en odeur de sainteté, en servant les malades de PHôtel-Dieu, le 12 Janvier 1713 ». Faillon, Vie de Mademoiselle Mance et histoire de VHôtel-Dieu de ViUemoric en Canada ; Paris, 1854, in-8», t. II, p. 165-167.

leur donner que des avis salutaires. Il faut seulement, de votre part, vous élever à lui dans ces momens de peine, et le prier de vous faire connoitre ce qu il demande de vous. Si vous avez le temps de consulter et que vous le puissiez, il faut le faire. Si vous no le pouvez pas, il faut vous déterminer simplement à ce que vous croyez de mieux et demeurer en paix, sur ce principe, que Deu» non deest in necessariis. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement à vous. — L. Tronson.

CORRESPONDANCE AVEC l/ÉVÊQUE DE LIMOGES 38U

CORRESPONDANCE AVEC LASCARIS d'uRFK

Évêque de Limoges.

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