‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 5 sur 41 · A MONSIEUR GAILLARD · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GAILLARD

Ce 26 octobre 168i?.

Ne croyez point, Monsieur et très cher en Notre Seigneur^ que vos lettres, quelque longues qu'elles soient, me puissent ennuyer. J'ai été bien aise de voir dans votre dernière vos dispositions, que vous m'expliquez d'une manière si cordiale et si sincère, que je ne puis qu'en être 1res édifié. I/élat où >'otre Seigneur vous tient demande un grand abandon, et je crois que c'est pour vous obliger de mourir à tout et de lui sacrifier jusqu'à votre propre réputation, qu'il vous laisse dans celte infirmité que vous me marquez, et que vous ressentez depuis plusieurs années. Quand vous serez bien anéanti en vous-même, et que vous serez ravi de l'être aussi dans Tesprit des autres, votre peine assurément s'adoucira, et vous vous trouverez dans une plus grande liberté. Ce sera quand il plaira à Notre Seigneur, et ce que je crois qu'il opérera en vous quand il voudra vous rendre plus utile pour le service du prochain. Ne laissez pas cependant de dire simplement dans les assemblées ce qui vous viendra dans l'esprit, et de pariersuivant les ouvertures que vous aurez. Quoique vous le fassiez avec peine, il ne faut pas laisser de le faire en la manière que vous pourrez, pour ne point donner de prise à l'ennemi qui ne manquera pas de profiter de votre timidité naturelle, si vous ne faisiez nul effort pour la vaincre. Cet état est, à la vérité, fort pénible; mais il n'a pas pour cela moins de grâce. Ainsi, il faut y demeurer en paix, attendant la miséricorde de celui qui est le maître de la vie et de la mort ; k qui il appartient de nous délivrer, quand il lui plait, de toutes nos misères : mortificat et vivificat, deducitadinferos et reducil (l Reg. II, 0). Cependant, soyez fidèle, suivant l'attrait qu'il vous donne, de vous oublier vous-même et de vous perdre en tout ce qu'il est, afin qu'étant tout k lui, il n'y

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ail rien en vous, non pas même vos misères, qui ne contribue à sa gloire.

Je suis bien aise de voir que les lettres de cet abbé que vous avez lues dans la chambre de M. de Lantages ne vous plaisent pas. Elles ne sont ni du goût ni de lesprit de Saint- Sulpice.

Le mémoire que vous m'envoyez de vos comptes est en bon ordre : je souhaiterois que votre maison fût en aussi bon état. Je suis, de cœur, tout k vous. — L. Tnoxsox.

LETTRE XVlll

À MONSIEUR LE BRETON

Ce 19 juillet 1683.

Plût à Dieu, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que les quarante-neuf mille diables, que vous me mandez être sortis du corps de votre possédée, eussent emmené avec eux tous les autres et vous laissassent bien en paix! Je crains que le travail qu'ils vous donnent ne vous use beaucoup, et je souhaiterois que vous pussiez ne leur donner qu'un peu de votre temps. Je ne puis vous rien dire de particulier sur cela, parce que ce sont des choses qui me passent; mais je vous estimerois heureux si vous étiez délivré de cet embarras, cl si la Providence de Dieu vous mettoil en état de n'avoir nul commerce avec le diable, ni en ce monde ni en l'autre. Cependant, je pense qu'il seroit bon, si l'on est obligé de leur parler, que ce ne fût qu'à l'église. J'avoue que je le souhaiterois extrêmement, pour ne point donner entrée aux diables dans la maison. Ne pourroil-on pas observer celte i*ègle, qui me paroit importante?

Je crois que vous ne songez plus k disposer de ce que vous m'avez laissé entre les mains. Marquez sur quelque papier quelle est sur cela voire volonté : car s'il venoit faute de vous, nous serions embarrassés. Cela mérite bien que vous retranchiez quelque heure de vos aulrcs occupations. Je suis, Monsieur et Iros cher en Notre Seigneur, tout à vous. — !.. Tronsox.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE Ul' PLY 23

A MONSIEUR DE LANTAGKS

Ce 6 décembre 1683.

J*ai toujours appréhendé beaucoup les suites de vos exorcismes (1), et ma crainte n*est pas diminuée par i*accident arrivé à M. Gaillard. Il y en a d*autres qu'il est important de prévenir. Nous avons beaucoup prié pour cela et depuis long temps; et nous nous sommes assemblés plusieurs fois pour ce môme sujet. Enfin, nous avons tous cru qu'il les falloit absolument quitter. Vous verrez la manière prudente dont Ton pourra exécuter cette résolution; car elle est de conséquence, et je ne vois pas d*aulre moyen d'empêcher la ruine totale de votre séminaire. Je l'écris à M. Le Breton afin qu'il s'y résolve; la peine qu'il pourra avoir à les abandonner est qu'il y en a qui sont de ses paroissiennes; mais, cette raison ayant été examinée et bien pesée, n'a point empêché que tous n'aient été très convaincus : l"* qu'il falloit faire cesser les cxorcismes; 2" que non seulement M. Le Breton, mais même MM. Genestet (2) et Valenlin ne dévoient plus s'en mêler; 3" que s'il se trouvait d'autres prêtres qui voulussent les exorciser, il ne faudroit point souffrir qu'ils le fissent dans Saint-Georges (3). Je crois que c'est par un coup de providence particulière, que Dieu a permis pour nous confirmer dans cette résolution, que nous avons su qu'un évêquc, célèbre et très habile, consulté comment un curé se devoit comporter en pareil cas, a répondu : « Ou ce qui parait est une marque de possession, ou ce n'est rien. Si ce n'est rien,

(1) Plusieurs fois dans ses lettres précédentes M. Tronsuu avait exhorté les directeui*s du séminaire du Puy à ne plus s'occuper de ces possédées, croyant y voir beaucoup d'amusement et craignant qu'il n'y eût beaucoup de dangers : les événements ne lui donnèrent que trop raison.

(2) Prévôt de la cathédrale du Puy.

(3) C'était l'épliso du sCn ii aiie et de la i?K.i>fe qui yOtaitaniiexio

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il faul le mépriser; si c'est quelque chose, il f'aul témoigner qu'on n en fait nul état; le démon ne méritant pas, ni qu*on s*y amuse, ni qu'on Técoute ». Je sais la peine que cela vous a fait par le passé, et peut-être que Dieu ne permet rbuniiliation présente que pour prévenir ce qui pourroit arriver de plus fâcheux à l'avenir. Quoiqu'il en soit, il y a assez long temps que ce commerce dure : il est temps de le finir. Vous me manderez, s'il vous plait, ce qu'on aura fait après ma lettre reçue. Tout à vous en Notre Seigneur. — L. TnoNsox.

A MONSIEUR DE LANTAGES

Ce 24 décembre 1683.

Je suis si persuadé de ce que j'ai écrit touchant les possédées, que vous ne devez pas craindre que je change de sentiments. Si l'on pouvoit, sans scandale, les renvoyer ailleurs pour les sacremens et pour la direction, je ne douterois pas qu'on ne le dût faire. Mais comme on me dit qu'il y en a quelqu'une qui est de la paroisse de Saint-George, peut-être ne pourroit-on pas se défaire de celle-là si aisément.

J'ai reçu une lettre de M. Gaillard qui me mande qu'il est arrivé heureusement à Saumur, qu'il a fait des coups fort hardis sur le chemin, qu'il a fait pâlir un colonel suisse, et qu'il n'y a que des religieux qui l'ont pris pour un fou. Entre plusieurs exploits durant le voyage, il marque qu'il a attaqué, à Roanne, respirant de dessus son cheval un air d'un grand guerrier, une troupe de gens sur le port, avec une telle vigueur, (|u'un batelier, très grand blasphémateur, pâlit et trembla à ta voix tonnante qui s'adressoit principalement à lui; et s'élant abattu aux pieds de ce qui le çombattoit, il donna de grandes marques de conversion. Le garçon qui l'a accompar gné, n'aura pas manqué, à son retour, de vous en faire le récit, mais non pas peut-être en si beaux termes. Il ajoute que le cœur lui manque dans sa ville; qu'il me prie de lui mander ce qu'il doit faire, et qu'il recevra mes avis avec une

COUKESPONDANGE AVEC LE SEMINAIRE DU PL Y ^O

entière docilité. Gomme il me paroit important de ne rien négliger pour sa guérison, et que ce que je lui dirai pourra peut-être lui servir pour modérer son zèle, ou plutôt pour guérir son imagination, je serois bien aise de voir, avant que de lui écrire, les papiers qu*il vous a laissés : car ils pourront me servir pour lui parler plus juste. Ainsi, vous pourrez me les envoyer par la poste : un écu que me coûtera le port sera bien employé, s'il peut servir ii avancer la guérison du malade, ou au moins à le soulager. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

A MONSIEUR tE BRETON

6 Janvier 1684.

Je bénis Dieu de tout mon cœur de la soumission que Dieu vous donne. Elle m*a paru toujours très grande en vous; mais elle ne m*a jamais plus édifié que lorsque vous avez cessé les exorcismes sur ma première lettre. Vous ne sauriez croire combien ceux qui Tout su ont été ravis de cette ponctualité. Elle a été telle que je m'étois toujours promise, et que je devois attendre d'une personne qui est à Dieu autant que vous.

Si, avec les exorcismes cessés, on pouvoit cesser de diriger ces filles, je crois que Noire Seigneur béniroit celle résolution. Quoiqu'elles ne fassent plus de bruit, et qu'on n'y emploie pas plus de lemps qu'à d'aulres, il y a d'autres inconvéniens k craindre qui me persuadent que Ton ne sauroit mieux faire que de les renvoyer ailleurs pour la direction. J'en excepte néanmoins celles de la paroisse, que l'on pourroit encore conduire si on le croit nécessaire; pourvu que cela se fasse sans bruit, sans parler hors du confessionnal, et sans y donner trop de temps.

Les postures et contenances peu modestes cl nullement ecclésiastiques que l'on tient dans le séminaire, cl dont vous m'avez ocril, mérileroient bien un bon avis. Il faudroil, si

elles continuent, que vous les fissiez remarquer à M. de Lantages, afin qu*il y mit ordre. Cet extérieur, auquel on ne fait pas grande attention dans le monde, et que Ton regarde souvent comme une chose de rien, me paroit être de grande conséquence dans un séminaire, où Ton doit apprendre aux ecclésiastiques k édifier le peuple par leur modestie.

Je vois, suivant ce que vous me mandez, que vos séminaristes sont comme ceux de plusieurs autres provinces; c'est-à-dire, qu'ils ont peu de science, et que la plupart ont perdu leur temps au collège.

Je vous souhaite une bonne année, pleine de grâces et de bénédictions. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XXH

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