A MONSIEUR PELLOQUIN
Ce 13 novembre 1693.
J*ai reçu votre lettre du 31 octobre, qui m*a donné d^aulant plus de joie que je vois que vous me Tavez écrite avec une entière liberté. J*espère que Notre Seigneur qui a permis que vous ayez été si long temps et si rudement tenté, vous fera connoitre les ruses de Tennemi, qui ne pouvant pas vous porter directement au mal, emploie tous ses efforts et tous ses artifices pour vous décourager et vous empêcher de vous acquitter de vos devoirs. Croyez tout ce que M. de Lantages vous dira sur votre état, et quelque jugement que vous en puissiez porter vous-même, défiez-vous en toujours; en sorte que vous puissiez dire comme S. Bernard : Non mihi magis credo quam stulto : et cela est d'autant plus nécessaire, que, comme disent les saints : In Us qui sibi creduni, dœmon
(1) Jacques Pelloquin, originaire de blois, alors du diocèse de Chartres, n'était que clerc lorsqu'il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 38 novembre 1681. Il fut d'abord employé aux missions du Vivarais, et lorsqu'elles furent terminées il fut envoyé, en janvier 1687, au séminaire du Puy, où il fut chargé de l'économat, de la sacristie de la paroisse et de l'explication du catéchisme de la tonsure. Il mourut le 28 avril 1708.
COnnESrOXD.VNCE avec le SÉMINAinE Dr M'Y W
i^œpe prophela fit. Je prie Dieu de vous faire connoîlre comlûen on est en sûreté quand on obéit.
Pour la proposition que Ton vous fait, de vous servir de quelques filles pour acheter vos provisions, nettoyer votre vaisselle, faire la lessive dans la maison, etc., ce seroit une cliosc bien avantageuse, à la vérité, pour Téconomie, mais fort singulière dans un séminaire et très peu édifiante. Jo crois qu'il vaut mieux dépenser, et ne point donner cet exemple aux prêtres qui se font servir par des femmes.
Si vous pouviez trouver un domestique tel que vous le désirez, qui auroit soin de la cave et du réfectoire, qui seroit toujours présent pour donner du pain et du vin à ceux qui vont déjeuner, qui auroit aussi le soin des chambres, je ne doute pas que ce ne fut une chose avantageuse pour la maison; mais c*est ce qui est difficile à rencontrer.
Je crois bien que Téloignement des chambres de MM. vos vicaires fait que la porte de la maison ne peut pas être bien gardée par un seul portier, et qu'il seroit à souhaiter qu il y en eût deux, si Ton est en état de faire cette dépense : c'est ce que vous devez examiner avec M. de Lantages et vos autres Messieurs.
.Mais pour l'assiduité que le portier doit avoir k se tenir a sa porte, c'est une chose des plus importantes pour une communauté; et j'ai vu Notre Très Honoré Père M. de Dretonvilliers si exact à cela, qu'il ne vouloit point que qui que ce soit de la maison le détournât; et lui-même n'ayant personne à envoyer pour une affaire pressée, et se trouvant obligé d'employer le portier, il se tint à la porte jusqu'à son retour.
11 seroit bon que vos titres et vos papiers fussent copiés; car ces copies dans la suite vous seront d'un grand soulagement.
Je suis tout à vous, et de tout le cœur. — L. Troxson.
r>0 LïVnE SEPTIÈME
LETTRE XLll
A MONSIEUR GUTTON
30 mare 1694.
Vous me mandez dans votre dernière lettre du 22 mars trois choses qui me réjouissent.
La première est le nombre de vos retraitants; car trentequatre est un nombre considérable pour le diocèse, et il me semble que, pour Tordinaire, il y en a beaucoup moins.
La seconde, qui me donne encore plus de joie, est Texactitude au règlement qui va mieux que jamais. Vous avez raison de dire que toute la gloire en est due à Dieu qui fait réussir; mais je suis persuadé qu'il se sert pour cela de vous; car, assurément, votre personne y fait beaucoup, et j'espère qu'avec la grâce de Notre Seigneur vous verrez le séminaire arrivé au point d'exactitude et de régularité que vous y désirez. Attendez que vous ayez cette consolation pour dire à Dieu : Nimc dimitiis servum tuum (Luc. II, 29).
La troisième, qui me touche encore plus au cœur que les deux autres, est la grâce que Dieu vous a faite de vous donner une dévotion singulière pour sa très sainte Mère. Car ce vous sera une source de grâces abondantes, et le moyen d'accomplir les desseins de Notre Seigneur sur vous, et de perfeclionner son œuvre. Persévérez dans cette dévotion, qui est une de3 marques de vocation à Saint-Sulpice, en sorte néanmoins que les prières dont vous l'accompagnez n'empêchent point vos autres devoirs.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur Jésus- Christ, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XLIII