A L*ÉVÊQUE DU PUY
Du Séminaire Saint-Siilpice, ce 12 avril 1694.
Monseigneur,
La douleur que nous a causé la mort de M. de Lanlages a élé beaucoup adoucie par la nouvelle que l'on nous a mandé de l'honneur que vous lui avez fait durant sa maladie, et des marques de votre bonté pour lui que vous avez bien voulu donner publiquement après sa mort. Je ne puis, Monseigneur, que vous en rendre de trèshumbles actions de grâces, et vous demander la continuation de votre bonne volonté pour nos autres ecclésiastiques qui travaillent dans votre séminaire. M. Guyton, qui y est depuis quelques années, me paroîtroit assez propre pour remplir la place du défunt; mais je ne fais que vous le proposer comme un bon sujet, et qui pourroit mieux réussir qu'un autre qui, n'ayant élé sur les lieux, ne connoitroit ni les esprits ni la manière de les conduire. C'est de vous, Monseigneur, que nous attendons la détermination, ne voulant point avoir de vues qui ne soient entièrement soumises à vos ordres. Nous les attendrons avec respect, nous les recevrons avec joie, et nous les exécuterons avec plaisir, n'ayant rien, de ma part, plus à cœur que de vous donner des marques sincères de mon profond respect et de la parfaite soumission avec laquelle je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Troxson.
LETTRE XLIV
A MESSIEURS DU SÉMfXAIRE DU PUY
14 mai 1091.
.Messieurs et très chers en Notre Seigneur,
Je ne doute pas que la mort de M. de Lanlages ne vous ait été extraordinairement sensible. C'est une perle que
i)2 LIVRE SEPTIÈME
VOUS ne sauriez trop regreller. La seule consolalion solide que ron doit chercher en de pareils accidents est de se soumettre amoureusement aux ordres souverains de la Providence, et de s*y abandonner avec une entière résignation. Je vois bien qu'il sera difiicile de vous donner un supérieur qui ait autant de mérite et de talent que le défunt. Mais j'espère que Dieu y pourvoira d'une manière que le séminaire n'en souffrira pas, et que la Sainte Vierge vous obtiendra quelqu'un de ses fidèles serviteurs qui le conduira selon les desseins de son cher fils. Je me suis donné l'honneur d'en écrire k Monseigneur l'évéque du Puy, pour ne rien faire qui ne lui agrée, et j'attendois toujours sa réponse. Mais comme je vois qu'elle ne vient point et queje n'en ai nulles nouvelles, j'ai cru ne devoir pas différer plus long temps à vous exhorter de veiller tous pour maintenir le bon ordre et la discipline dans la maison. J'ai lieu de présumer, connoissant comme je fais les bonnes dispositions de chacun de vous, que la communauté non plus que les particuliers ne souffriront point de déchet, et que, tous pratiquant cet avis de l'Apôtre, in humiliiaie superiores sihi ifivicem arbitrantes (Philip. II, 3), la charité ne sera point altérée ni la paix troublée parmi vous, pour être quelque temps sans supérieur. Je prie Notre Seigneur de vous remplir tous de son esprit, de vous combler de ses grâces, el de me rendre digne de servir k ses desseins sur vous. Je suis en lui, avec une affection sincère et très cordiale, Messieurs, votre très humble et très sincère serviteur. — L. Tbonson.
A MONSIEUR GUYTON
Ce 14« septembre 1694.
J'ai appris avec bien de la joie que M*?' du Puy a consenti que vous fussiez supérieur dans son séminaire. Vous avez à vous ménager d'une manière que vous vous rendiez aimable au dehors aussi bien qu'au dedans de la maison. Vous savez ce que dit S. Ambroise, qu'il n'y a rien de si inutile dans
COUUESPONDA^CE AVEC LE SÉMLNÀIRE Di: PU Y «"SS
l*Église qu*un prélre qui ne se fait pas aimer. Il faul néanmoins que cela se fasse d'une manière que Tordre de la régularité n*en souffre pas, el que la douceur ne fasse point tort k rexactitudc, non plus que Texactitude à la douceur. C'est la grâce que vous devez demander beaucoup à Notre Seigneur pour bien remplir la place où vous êtes. J'écris à U«' du Puy pour lui témoigner de la reconnoissance de ce qu'il a bien voulu agréer votre supériorité (1). Je lui propose aussi le besoin que vous avez de deux directeurs dans le séminaire pour enseigner la théologie scolastique et morale. S'il ne me fait pas de réponse, vous pourrez savoir de M. le grand vicaire s*il agrée que je vous les envoie. Je vous adresse ma lettre afin qu'elle lui soit rendue sûrement. Vous jugerez, suivant sa disposition, s'il ne sera point nécessaire que vous la rendiez vous-même. Je lui aurois écrit plus tôt aus^i bien qu'à vous, si une fluxion sur les yeux ne m'en avoil empêché. Saluez, je vous prie, de ma part, tous nos Messieurs, et assurez-les que je prie bien Dieu pour eux tous, afin qu'ils remplissent bien leur ministère, et qu'il leur donne la saule nécessaire pour accomplir tous les desseins qu'il a sur eux. Tout à vous en Notre Seigneur. — L. Tiioxsox.
LETTRE XLVI
A MONSIEUR r.UYTO.N
Ce '2'A février ir/jf).
J'ai deux choses à vous dire sur le sujet des Assemblées, que Ton a cru ici nécessaires pour conserver l'unité d'esprit et de conduite dans lous les séminaires. La première, dans les choses qui sont importantes et dont l'exécution ne presse point, il faut en écrire ici el ne point exécuter les résolutions de l'assemblée avant qu'on les ait approuvées à Paris. La seconde, qu'on doit laisser à chacun la liberté de nous écrire ses peines et ses réflexions sur les délibérations prises. 11 est
(Ij Elle avait ùiù propoî^êc à IVvèquc du l'uy le 12 avril i»r(^oô«ient.
ol LIVRE SEPTIÈME .
vrai qu'il faut des raisons bien extraordinaires pour déférer davantage aux avis d*un seul qu*à celui de tous les autres, surtout lorsqull s'agit d'affaires qui ne se peuvent bien juger (|ue par ceux qui sont sur les lieux; mais ceux qui sont sur (es lieux se peuvent méprendre et croire quelquefois que des affaires seroient de cette nature qui n*en seroient pas. Que si elles en éloient, vous devez croire qu'on n'en jugeroit pas ici à l'aveugle. Quant à ce que vous dites, qu'il est impossible qu'on puisse juger sûrement des choses qui se passent loin de nous; qu'un homme d'un esprit médiocre étant sur les lieux décidera plus juste que le plus grand génie qui sera éloigné : cela est vrai quand ceux qui sont sur les lieux ne sont pas fidèles à mander à ce grand génie le détail de loul ce qui se passe; mais souvent, s'il est éclairci de tout, il en jugera mieux, parce qu'il aura moins de respect humain que les autres. Je ne vous dis ceci que pour rectifier vos grandes maximes, qui pourroient aller quelquefois un peu trop loin dans la pratique, et affoiblir un peu l'entière subordination.
Quoique je vous aie dit qu'il falloil laisser à un chacun la liberté d'écrire ici ses peines et ses senlimens sur les délibérations de l'assemblée, j'approuve cependant tout à fait ce que vous me dites : que le véritable moyen de conserver la paix parmi vous est de réduire suavement un chacun à se soumettre aux décisions de l'assemblée. J'approuve fort aussi ([ue vous retranchiez tous les emplois du dehors autant qu'il se pourra, quand on ne sera point obligé d'y vaquer. J'espère que Notre Seigneur vous fera la grâce de maintenir le bon ordre et la régularité dans la maison.
Non seulement il sera bon, mais très bon de continuer à faire prêcher de temps en temps les R. P. Jésuites dans votre église, et de les prévenir en ce que vous pourrez pour vivre en union et en bonne intelligence avec eux.
Si M. le Curé continue dans ses longueurs de prônes après ce que je lui ai mandé, vous pourrez lui dire que je vous ai écrit que l'on pourroit sortir à onze heures, s'il n'avoit pas fini son prône.
J'uvois aussi mandé que, pour les sacremens, quand il les
COnRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DU PUY 5o
porte dans la ville, on pouvoil lui donner quelques ecclésiastiques du séminaire, plutôt que de le laisser aller seul : mais cela s*entend, quand il ne peut avoir d*ecclésiastiques du dehors; car il ne faut point détourner les séminaristes de leurs exercices ordinaires sans grande nécessité. Je sais que c'est là votre esprit, qui me revient beaucoup : car cela est beaucoup conforme à Tespril de Saint-Sulpice. Je ne m'étoone pas que M. Le Feugueulx ail changé sur cela de conduite, et qu'il ne fasse point de scrupule, depuis qu'il est curé, de demander qu'on les applique au service de la paroisse; ce qu'il avoit peine à souffrir, étant directeur au séminaire. Car nous avons vu ici la même chose, quand un directeur est devenu curé : chacun regarde sa vocation et son emploi particulier : ce qui fait que ce que le curé demande avec zèle, le supérieur le refuse avec fermeté quand il n'y voit pas de nécessité.
Je remercie Dieu de la bénédiction qu'il répand sur votre séminaire. La bonne disposition du Prélat, Tunion et la sul)ordination qui est entière entre vous, trente-six séminaristes dans un lieu comme le Puy, et aussi bien disposés comme vous dites, sont des marques de la protection de la Très Sainte Vierge sur une maison qui lui est entièrement consacrée. Pourvu que rien ne vous fasse peine dans votre jeunesse que son désir trop grand de prendre les Ordres, il y aura de quoi vous consoler, si ce désir la porte à acquérir les vertus qui lui sont nécessaires et à se perfectionner. Car ce n'est plus le temps de trouver beaucoup de ces saints (|ui s éloignoient, fuyoient et se cachoient, de peur qu'on ne les engageât dans le sacerdoce. Pourvu que vous mettiez vos séminaristes dans un état où ils aient assez de bonne volonté pour se conserver exempts de péché et s'éloigner des occasions, vous rendrez toujours un grand service à l'Église.
Je suis, Monsieur et très cher, entièrement à vous. — L. Tronson.
o() LIYIŒ SEPTIKMË
LETTUK XLVlï
A MONSIEUR GUVTON
Ce l.J Janvier 1696.
J\ii élé bien aise d'apprendre par votre lettre la bonne disposition du Prélat envers le séminaire, et la marque de honte qu*il a fait paroitre en vous rendant visite.
On trouve dans le résultat de votre dernière assemblée un article qui paroit assez singulier; qui est de tenir les fenêtres fermées et de ne laisser que le volet d'en haut ouvert. Comme on ne sait pas l'aspect de votre maison, et s'il y auroit dos objets dangereux que Ton pourroit voir en laissant les fenêtre> d'en bas ouvertes, on ne peut pas bien juger de l'importance de cette résolution qu'on a prise. Car, si on ne l'a fait que pour éviter l'occasion de se dissiper et de tenir les personnes plus recueillies, il n'y a point de séminaire où il n'en fallut faire une pareille. Cependant c'est de quoi on ne s'est point avisé nulle part. Que s'il y a eu quelque raison particulière c|ui vous ait obligé d'en user de la sorte, il seroit bon de nie la marquer, afin de contenter ceux qui seroient surpris de cette singularité (1).
Je prie Notre Seigneur de vous rendre, selon votre désir, une victime d'amour que la charité achève de consommer jmur la gloire de Dieu et l'utilité du prochain : mais je no puis vous conseiller d'en faire le vœu. Contentez-vous, pour cette année, d'en faire la résolution, et de tâcher par votre fidélité h mériter la grâce d'en faire le v(i»u quelque jour.
Quoiqu'il vous semble que la diète vous fasse du bien, je crains qu'il ne vous en arrive ce qui esl arrivé à quelques-uns
11) Le 5 février suivant, M. Tronson nï'taiit pas en état d'écrire. M. Hourbon répondit à une lettre de M. Onyton du ?4 janvier : u M. Tronson approuve fort les raisons qu'on a eues i>our l'ésoudiv dans votre asscuddéo, «iuo les séminaristes, étant dans leurs chainl»n's, tii^ndroicnt toujours les a itres d'en bas fermées, et les ino>nvénieuts de lus ouvrir lui paroisscut assez (M)n>idérablcs «.
GOnRESPONDANCË AVEC LE SEMINAIRE DU PUY 0/
<|ni par là se sont peu à peu affoiblis, et ont été réduits à une foiblesse qui les a rendus incapables de rien faire. C*est à rjuoi vous devez prendre garde pour ne pas manquer dans la suite à ce que Dieu demandera de vous. Je suis tout à vous. — L. Troxson.
LETTRE XLVIIl
A MONSIEUR GUYTON
Ce 7 août 1697.
Je suis bien aise que vous ayez fait votre retraite, et encore plus des grâces que Notre Seigneur vous y a faites. C'en est une qui mérite bien de la reconnoissance que celle d'y avoir connu vos besoins, et d'avoir pris une ferme résolution de vous rendre fidèle à tout ce que vous connoissez qu'il demande de vous.
Vous avez bien fait d'accepter la donation qu'on vous a faite. Quand on vous en donnera l'argent, il faudra que vous veilliez à le bien placer, et plus utilement pour le séminaire qu'au denier Sîi que vous me marquez dans le résultat de votre assemblée.
J'apprends avec douleur que votre santé s'aifoiblit, et que cela vient de ce que vous ne la ménagez pas, et surtout de ce que vous ne prenez pas assez de nourriture. Si vous voulez lire la XVII' lettre de M. Olier (1), vous y trouverez assez de motifs pour vous mieux conserver et pour ne pas prodiguer une santé qui n'est pas à vous et dont vous devez rendre compte. Je crains aussi (je ne sais si c'est avec assez de fondement) que vous ne retranchiez quelque chose du repos de la nuit. Ne vous mettez pas, au moins par votre faute, hors d'état de servir Notre Seigneur longues années. Je souhaite que tousses adorables desseins sur vous soient entièrement accomplis, et pour le temps et pour l'éternité.
(1) Lettres spiritHcUcs de M. Olicr; Paris, 1672, in- % p. 47. 48. Cette lettre XVII- est la fCCXCA^ de la nouvelle édition; l'aris, 1885, t. H, p. 495, 4%.
58 LIVUE SEPTIÈME
Vous feriez très bien de faire quelques voyages ou quelques promenades durant ces vacances; car vous avez besoin de prendre l'air et de faire exercice. Et ne prenez point, je vous prie, de prétexte de vous en dispenser, que ia maison est pauvre et qu'elle n'est pas en état de faire cette dépense. Car je donnerai pour cela cent francs que je ne crois pas pouvoir mieux employer que pour le soulagement de ceux qui travaillent si utilement pour la gloire de Dieu et pour le bien de son Église. Profitez donc de cette occasion, et n'ayez pas scrupule de vous divertir un peu, pour être en état de travailler ensuite avec plus de force et de santé. Tout k vous et de tout mon cœur. — L. Tronson.
LETTRE XLIX
A MONSIEUR GLYTON
Ce 24 novembre 1608.
(Juoiquc personne n'ait rien eu k proposer dans votre dernière assemblée, il est bon cependant de marquer cela dans votre registre et de le signer; car il est important que ceux qui viendront après nous voient qu'on a été fidèle à ce règlement. Comme ils pourront prendre exemple sur ce qui s'est fait de votre temps, ils en feroient de même et s'en dispenseroient plus aisément. C'est un règlement qui a paru nécessaire pour conserver l'union et le même esprit dans la maison. Ainsi, nous devons faire tout ce que nous pourrons afin qu'il y soit, k l'avenir aussi bien qu'à présent, bien observé.
Je prie Notre Seigneur de vous tenir dans cette dépendance continuelle pour laquelle il vous donne attrait; en sorte qu'étant mort k vous-même et k tout, vous ne soyez plus que comme un instrument entre ses mains, animé de son esprit. Comme il se met tous les jours entre les vôtres dans le Saint-Sacremcnl, comme un instrument pour glorilier son Père, et qu'il est, selon la parole d'un grand saint. unicunx inslriuncnlutn qno Deiun honovaviUH, il esl bien
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAlllE DU PUY 59
liste que vous vous laissiez entre les siennes pour raccomplissement de ses adorables desseins.
J*ai éié bien aise d'apprendre le bon succès de votre voyage à la Grande Chartreuse. Le bon accueil que vous a fait le R. P. Prieur (1) ne me surprend pas, car il est de nos bons amis. Vous ne devez point regretter la dépense que vous y avez faite : il n*y a point d^infirme qui n*en donnât autant pour se bien porter. L'on nous dit que vous en avez rapporté une bonne santé; je souhaite qu'elle soit de durée, et que vous vous ménagiez assez pendant les exercices pour la bien conserver.
Ce que vous nous avez envoyé de M. de Lantages vous doit encourager à marcher sur ses i^as et vous faire saint comme lui (2).
Si Tordre qu'a donné le Prélat est fâcheux pour le séminaire (3), la manière dont vous le recevez m'est un sujet de grande consolation; ce m'est une preuve bien sensible de Taniour que vous avez pour les croix, et cet amour ne peut être que suivi d*une grande fidélité à les bien porter et k en faire tout le bon usage pour lequel Notre Seigneur nous les envoie. Nous n'avons point d'autre parti à prendre en cela que de bien obéir. Notre obéissance suppléera devant Dieu à loul le bien que nous aurions pu faire et que nous ne ferons pas.
Je ne m'étonne pas que le Prélat n'aime pas les tètes chaudes; on ne les aime pas non plus ici. Cependant il en faut tirer tout le bien que l'on peut, et tàchqr, s'il est possible, de modérer leur trop grande activité. Si on ne se servoil, pour les œuvres de Dieu, que dos personnes qui n'ont point de défauts, la vigne du Seigneur seroit bien abandonnée.
Je suis entièrement et très cordialement à vous. — L. Tronson.
(1) Dom Innocent Le Masson.
(2) Ce que M. Guyton avait envoyé était les procès-verbaux de quelques miracles attribués à Tintercession de M. de I.antaj?cs.
'3) L'ordre d'envoyer les théolopfiens forains du séminaire chez les i<''suitcsdu Puy qui alors enseij:iiaient la théologie.
A MONSIEUR GUYTON
Ce 14 juin 1699.
Si vous avez ouï parler de ce qu'on reproche ici aux Bénédiclins publiquement touchant leur nouvelle impression de Saint Augustin, vous n aurez pas eu sujet de vous étonner des sentimens du jeune diacre qui se présentoit à l'ordination, non plus que de ce qu*a dit son prieur. On attend qu'ils fassent paroitre quelque chose qui dissipe les soupçons qu'on a formés contre eux (i). Le proverbe de M. Bayle ne sauroit vous faire de tort, et tout ce qu'ils pourront dire contre vous ne pourra servir qu'à faire connoitre vos bons sentimens. Je prie Dieu qui vous les a donnés de les affermir et de vous faire supporter avec joie et avec charité tout ce qu'on pourra dire contre vous pour ce sujet. Jamais les novateurs n'ont été plus hardis et n'ont parlé plus haut qu'ils le font à présent. On débite ici un gros livre où Ton justifie
toute la conduite de M. Arnauld (2).
{\) Lire dansV H isto ire Utiéraire de la Congrégation de S, Maur, parD. Tassin (Paris, 1770, in-4o, p. ."01-310), un Précis des contestations au sujet de la nouvelle édition de S. Augustin; mais surtout V Histoire de V édition bénédictine de S, Augustin, par rabbé Ingold; Paris, Picard, 1903, in-S» de 201 pages.
(2) Causa Arnaldina, seu Antonius Arnaldus, Doctor SorbonicuSj à censura anno 1056 sub nomine Facultatis theologix Parisiensis vulgatâ, vindicatus suis ipsius aliorumque scripti^* nunc primùm in unum collectis (par le P. Pasquier Quesnel); Leo- (lici-Eburonum, Joann. Hoyoux, 1699, in-8» de CXIl-670 pages. Entèteest le portrait d'Antoine Arnauld, Doctor in fuie et veritatc / — Apparemment, les jansénistes trouvèrent que cet « écrit > n'était pas encore assez « gi'os » : ils y ajoutèrent deux autres volumes, et publièrent le tout en français sous ce titre : « Justification de M. Antoine Arnauld, contre la censure d'une partie de la Faculté de théolofrie; ou Recueil des écrits François composés sur ce sujet, tant par M. Arnauld, que par d'autres Théologiens : publié par le P. Pasquier Wuesnel, auteur du tome préliminaire; l.it'gc, Jean Hoyoux, 17a". 3 vol. in-8». «
CURnESrONDAXCE AVEfi LE SÉMCXAIRE Dl* PUY ()i
Det nobis Deus illam quani mundus no7i potest dare pacem (1).
Je suis. Monsieur et très cher en Noire Seigneur, entièremenl k vous. — L. Tronsox.
(1) Collecte de la Messe Pro prtco.
()â LIVRE HUITIÈME
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE TLLLE
A MONSIEUn r.AYE (1)
Ce l«f janvier 1684.
Je soubaile, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que le testament de M. de la Garde puisse avoir tout son effet et être exécuté en tous ses points (2). Quand on ne pourroUpas recouvrer ce qui a été détourné des biens du défunt, il en restera encore assez pour procurer de grands avantages aux séminaires de Limoges et de Tulle, pourvu qu*il n*y ait point d*aiileurs de difficulté qui survienne. On m'a averti qu'il seroil bien important de ménager Tesprit de M. TAvocat du Roi et de M. Maillard. Comme ce dernier n'a pas sujet d être fort content du séminaire de Limoges, je ne sais s'il appuyera fort ceux qui en viendront pour travailler à Tulle. Vous clés sage et vous êtes sur les lieux, où vous pouvez mieux juger de toutes choses. De la manière qu'est fait le
0) M. Gaye était alors directeur au séminaire de Limoges. Il alla â TuUc, cette même année 1G84, préparer rétablissement dont il fut le premier supérieur, et ménager son union au séminaire de Saint-Sulpice; laquelle fut enfin réalisée en Pannée 1G97. Cfr. les Mémoires de M. Gosselin su^" M. Tronson.
(2) M. de la Garde était élu de Tulle, c'est-à-dire conseiller au tribunal de Tulle appelé élection, et établi principalement pour juger les dilîérends concernant les taiUes. Par son testament il avait légué tous ses biens qui étaient considérables — environ 800,000 livres —au séminaire de Limojj:es, à charge par celui-ci d'établir et d'entretenir un séminaire dans la ville de Tulle, et de satisfaii*e à plusieurs autits conditions, dont on aura une idée par la lettre de M. Tronson citée plus loin, adressée â M. Bourdon en date du 22 Janvier 1084,
testament, je crains qu'il n'y ait de l'embarras pour le séminaire. On verra, par la disposition des Prélats, ce que Dieu pourra demander de nous dans la suite. Je suis tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tronson.
A l'évéqle de limoges (1)
8 janvier 1684.
Vous avez très bien fait d'envoyer directement à U«^ de Tulle (2) la seconde lettre que vous lui avez écrite. Il a cru que la première, que vous m'aviez fait la grâce de m'envoyer à cachet volant, et qui lui fut rendue fermée, avoit été ouverte. Je ne doute pas qu'il n'ait bien raisonné là dessus. Comme il craint qu'on n'ait quelque sorte d'inspection sur son diocèse et qu'on ne veuille détourner une partie de Theredite pour remployer dans le vôtre, il y aura quelques mesures à prendre lorsqu'on traitera avec lui. Il vous fait bien connoitre ses dispositions dans sa lettre, et il ne s'en cache pas à ceux qui lui parlent de cette affaire; car il s'expliquô d'une manière qui fait juger que cette crainte lui fait impression. On verra dans la suite si ce que vous lui avez répondu laura guéri de ce soupçon, qui lui fera prendre bien des précautions s'il l'a encore quand on contractera avec lui, et qu'il faudra conclure cet établissement. J'espère que le tout se fera aisément, pourvu que l'on ail des sujets à lui donner; mais, hoc opus, hic labor est. Il faut les demander k celui qui mittii operarios in inesaem (Luc. X, 2), et novit qtd aunt eju8. Il voit que nous ne cherchons en cela que sa gloire. Ainsi, il y a lieu de croire qu'il nous fera connoître sa vo-
(l) Louis Lascaris d'Urfé.
•2) Humbert Ancelin, né à Paris, nomme le 4 octobre 1G80 pour remplacer sur le siège de Tulle Mascaron transféré à A^ren. Il fut sacré le 18 mai 1C81, démissionna en 1702, et mourut à Paris le 26 juin 1720. Cfr. Baluze, Historiœ Tutelensis libri très; Paris, 1717, in-4«.
iVy LrVRE HUITIÈME
lonté. Je suis, de toute l'étendue de mon cœur, tout vôtre. — L. TnoNsoN.
LETTRE m
A MONSIEUR BOURDON (i)
Ce 22 janvier 1684.
La fondation de Tulle me paroit embarrassante, et plus j'y pense, plus j'y trouve de ditticultés. 11 y en a quelques-unes qui ne sont pas si considérables et auxquelles on pourroil trouver quelque remède; mais il y en a d'autres où je n'en vois pas.
1"* M»' de Tulle veut que toute la fondation soit employée dans son diocèse^ sans qu'on puisse détourner ailleurs quoi que ce soit de l'hérédité. Je n'examine pas s'il a droit de le vouloir; il suffit qu'il le veut, et qu'il s'en explique nettement, non seulement par lettres, mais encore de vive voix à tous ceux qui lui en parlent. Or, cela supposé, ou l'on traitera avec lui sur ce pied, ou l'on refusera de traiter à cette condition. Si on refuse, il ne peut qu'en être choqué et se fortifier par là dans ses premiers soupçons : qu'on veut s'attribuer à Limoges une partie de cette hérédité. Or» nous ne pourrions pas nous résoudre, quand même il y auroil un million de revenu, d'entrer dans le diocèse d'un évéque qui, ayant conçu de nous ces soupçons, seroit très disposé à recevoir dans la suite toutes les impressions fâcheuses qu'on voudroit lui donner de notre conduite.
Que si on traite avec cette condition, on s'expose à l'obligation de rendre compte lorsque des gens voudront former des plaintes, que Ton détourne une partie de l'hérédité. Car, pour prouver que l'on satisfait au traité, il faudra faire paroitre qu'elle est toute employée dans le diocèse; ce qui ne pourroit se justifier que par une reddition de
(1) M. Bourdon était supérieur du séminaire de Limoges. Voir hi correspondance avec ce séminaire, 1. 1, p. 30i.
comple; à quoi il y auroil bien des inconvcniens de s*assujellir. 2* <:omme on sera obligea d eniretenir dans le séminaire, au moins durant un an, les pauvres ecclésiastiques, sans que le diocèse ni le nombre en soient déterminés, il y a bien à craindre : 1. qu*on n*y en fasse venir de toutes sortes et de toutes parts; 2. que ces places étant fort briguées, on ne les remplisse de gens fort peu disposés à profiter du séminaire; 3. que ceux quiferoient tort dans la maison ne puissent être si aisément renvoyés, et qu*on ne tombe dans Tinconvénient des collèges, où les boursiers qui y ont des places fondées pour quelque temps, font de très grandes peines aux Principaux, parce qu*on ne peut pas les renvoyer durant ce temps. Ce n*esl pas que les supérieurs majeurs ne ]uiissent absolument les faire sortir; mais il faut pour cela qu*il y ait de grandes fautes, et ce sont des affaires durant lesquelles une maison ne laisse pas de se dérégler, et de se perdre quelquefois tout à fait, avant qu*on les ait terminées.
S"" Deux grandes messes par jour avec une basse, et douze prêtres à Tune des grandes, sont des charges qui ne s'accommodent pas fort bien avec les exercices du séminaire toute Tannée, et avec le repos nécessaire durant les vacances.
4'' L*obIigalion d'une mission s'accorde encore moins avec Tespiit de Saint-Sulpice. Car, quand on trouveroit toujours douze prêtres de dehors pour le faire — ce qui sera assez ditiicile, surtout si Ton ne veut avoir que des ouvriers dont 1 on puisse répondre — il faudra toujours que quelqu'un de la maison en prenne soin, et y donne une application qui lui fera prendre insensiblement un autre esprit que celui du séminaire, en lui faisant goùler peu à peu ces emplois du dehors, que Ton trouve ordinairement plus agréables que ceux du dedans, dont il y a peu de gens qui, à la tin, ne s'ennuient. Vous savez combien feu M. Notre Très Honoré Père M. Olier a cru important de ne se point charger de missions. Vous avez vu ce que l'on a fait à Limoges pour en séparer la Mission. Comme nous sommes toujours dans ce même esprit, j'avoue que celle charge, qui ne paroîtroil pas imporlanle, me fait une peine extrême.
i}'* La nalurc du bienqu*on vous laisse engagera inévilablcment dans bien des procès. Car trois cent mille livres d'obligations ne se payeront pas sans bien plaider, sans désobliger bien des gens, et peut-être sans de grandes chicanes; surtout, les intérêts reçus devant être pré-comptés sur le principal. Quelque bon droit que Ton ait, c'est se donner une réputation fâcheuse dans une province, que d'être obligé d'y plaider contre tant de gens.
0» Le plus grand de tous les inconvénients, qui m'embarrasse le plus et où je vois moins de remède, c'est qu'il faut donner des sujets pour le séminaire de Tulle. Or, où en trouver? Vous n'en sauriez donner, à Limoges, sans vous afToiblir trop; et il ne seroit pas de la prudence d'affoiblir les établissements faits, pour en prendre de nouveaux. Les communautés se perdent souvent pour vouloir trop s'étendre; mais elles se maintiennent en se contenant dans leurs bornes, et ne prenant point de charge au delà de leurs forces.
Pour nous, je ne vois pas comment nous pourrions faire pour y donner du monde. Car, premièrement, il y a un an que Monseigneur de Carcassonne (1) nous presse de lui donner quelqu'un pour établir son séminaire. Il nous en a fait extraordinairement solliciter par M^*" le Goadjuteur d'Arles (2). Depuis peu, M»'* l'évêqued'Alet (3) en a renouvelé la demande avec beaucoup d'instance. On en doit même parler à Monseigneur l'Archevêque de Paris. Nous leur avons dit que nous n'avions personne. Si nous en donnions pour Tulle, n'auroient-ils pas tout sujet de se plaindre de nous, et n'auroient-ils pas raison de croire que nous ne leur
(1) Louis-Joseph Adhémar do Monteil de Grignan, ne en 1654, mort le l«r mars 1722. Ce détail a été inconnu de son dernier biographe. Voir, Un évoque de l'ancien Régime; Louis- Joseph de Grignan, par Léon Charpentier; Arras et Paris, 1899, ifl-12, p. 77-80.
(-2) Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, d'abord coad- Juteur de son oncle François Adhémar de Monteil de Grignan, devenu ensuite titulaire d'Arles en ir.89, était frère aîné de Louis-JoseplJ, évêque de Carcassonne.
['S) Louis-Alphonse de Valbelle, successeur de Nicolas Pavillon, sacré le 1'^ septembre 1C80, à Paris, et nommé évùquo de Saint-Omcr en \(^'
avons pas dit la vérité; et que, si nous n*avons pas de monde quand il est question de les obliger, nous en trouvons bien quand il va de nos intérêts et de profiter d'une grosse succession : outre que, dans la vérité, je ne vois pas qui nous pourrions vous donner. Vous savez que nous nous sommes tellement dépouillés pour revélir les autres, que, de quatre directeurs que nous avons accoutumé d'avoir ici, il n'y en a plus que trois. M. Bardon, tout incommodé qu*il est, se Irouvc obligé de faire la conférence des Cas. Enfin, nous n'avons que le nécessaire, et bien juste. On m'avoit écrit pour M. de Baluze; mais il est cbargé d'une affaire conlre un normand, où il y va plus do qualre-vingt mille livres, et on il nous faudra peut-être en dépenser encore autant : cl celte affaire, pour laquelle nous avons eu déjà plus de vingt arrêts, est tellement embrouilU'e parla multitude des procédures et des rbicanes, qu'il n'y a que lui seul qui l'enlend, et qu'il faul qu'il redresse tous les jours notre avocat. Vous voyez l'embarras où nous sommes de toutes parts. J'ajoute k tout ceci, qu'il se fait un établissement où le Roi prend intérêt, pour lequel nous avons encore déclaré que nous n'avions pas de monde. Que faire parmi tous ces embarras? Tout vôtre. — ■ L. Tronson.
A l'ÉVÊQUE de LIMOGES
Ce 2i avril 1G84.
Vous avez su que je n'ai point vu ici M^' de Tulle, parce qu'ayant appris les impressions qu'on lui avoit données, j'ai cru qu'il falloil lui ôler ces premiers souprons, et prendre um? conduite à son égard qui fit paroilre qu'on n'agit ici nullement par intérêt. Je pense vous l'avoir déjà mandé. Ce que j'ajouterai ici, pour le fond de l'affaire, est que je n'ai pas cru qu'on se dut charger du séminaire de Tulle, qu'autant qu'il pourroit être utile à voire diocèse; que j'ai toujours appréhendé que votre séminaire n'en souffrît; que, comme nous n'avions point ici de sujets à y donner, il faudroil par-
lager les vôtres; qu*il pourroit y avoir d'ailleurs beaucoup (l*embarras dans cette succession. Mais comme on m*a lové toutes ces difficultés, et que l*on a mandé surtout que I on trouveroit sur les lieux assez de sujets, et qu*on auroit une somme considérable de pauvres ecclésiastiques dans votre séminaire, j'ai cru, sans faire aucune avance, devoir laisser agir ces Messieurs que j*ai vu toujours très affectionnés. Le bien de votre séminaire est la seule vue qu'ils doivent avoir eue dans cette affaire. S'ils en ont eu d'autres, je ne les approuve nullement. Comme ils me mandèrent, il y a quelque temps, que M. Gaye devoit aller à Tulle pour traiter avec le Prélat, j'y consentis, comme j'avois fait aux autres choses qu'ils m'avoient mandées, et que je supposois qu'ils ne faisoient qu'avec votre agrément. Mais comme je ne savois pas si l'on continuoit dans le même dessein de faire ce voyage, el si l'on n'auroit point pris d'autres mesures, je me servis, en vous écrivant, de cette expression : « On nous dit que M. Gaye doit aller à Tulle ». Il seroit trop fâcheux qu'il y eût été, et encore plus qu'il y demeurât si vous, ou votre diocèse, ou voire séminaire, en deviez souffrir; à moins que ce dommage ne fut abondamment recompensé par le grand nombre de vos diocésains que l'on élèveroit à Limoges aux dépens de l'hérédité. Je ne sais pas si cela se peut; mais je sais bien que c'est ce que l'on espère sur les lieux. Pour permettre à d'autres d'imposer les mains sur vos ecclésiastiques tant que vous serez en état de les imposer vous-même et que Dieu vous en donnera le zèle et la force, je ne crois pas qu'on vous le conseille.
Après tout, seroit-il bien possible que Ton eût présenté la requête, qu'on l'eut fait appointer, et qu'on sollicitât ici les lettres patentes, sans en avoir eu auparavant votre consentement? C'est ce que je ne puis me persuader, et ce que néanmoins deux endroits de votre lettre me font entendre. Car, en l'un vous dites, que, depvis le dt^part de M, Gaye, on vous fait mystère de ce qui se traite; et en l'autre, que l'on dit que la requête a été j)résentée et appointée. Ce Von dit me fuit former des soupçons de ce que je ne puis me |>er-
suader; el il me fait assurément plus de peine que celui de ma lettre ne vous en a fait. Car si tout cela avoit été exécuté sans votre participation, et que vous crussiez qu'il ne fût pas avantageux à votre diocèse, je le regarderois, non pas comme un œuvre de Dieu, mais comme un ouvrage de la prudence humaine; et, assurément, de ma part, je n*y consentirois pas; car je ne croirois que cette conduite portât bénédiclion. Puisque vous avez eu la bonté de commencer k m*ouvrir votre cœur sur cetle affaire, je crois que vous voudrez bien me continuer celle grâce. Elle me servira pour concourir avec vous à raccomplissement des desseins de Noire Seigneur, dans une conjoncture dont les suites peuvent être de conséquence. J'en ai prévu quelques-unes, mais elles ne me font pas assez d'impression, dans Tétat où je vois les esprits, pour me déterminer ni d'un côté ni d'un autre. Je n'ai ni allrait pour cet établissement, ni assez de répugnance pour m'y opposer. Voyez ce que vous voulez m'ordonner, et ce que vous croyez que je doive faire. L'affaire est bien avancée; mais cependant nous la romprons si vous ne jugez pas qu'elle se doive faire. Car nos Messieurs ont trop de soumission et de respect pour vous, pour aller contre vos ordres; et ils se reprocheroient à eux-mêmes, loule leur vie, celte démarche qu'ils auroient faile, si dans le fond vous ne l'approuviez pas.
J'avois dessein de remplir de nouvelles ecclésiastiques le reste de cette page, mais je n'en ai pas le temps. Il ne me reste que celui de vous dire que je suis sans réserve lout k vous.
Je n'écris qu'k vous seul aujourd'hui, parce que je ne veux rien dire sur celle affaire, jusqu'k ce que je sache k fond ce que vous en direz. — L. Tronson.
A UONSIEUR (lAYE
Ce 20 mai lf>Si.
Je crains toujours les suites de l'affaire de Tulle, el plus
70 LIVRE IILITIÉMB
j'y pense, plus je Irouve de difficulté à la soutenir sans que, d'une part, le séminaire de Limoges n'en souffre; et que, d'une autre part, vous ne vous trouviez embarrassé dans de fâcheuses chicanes, dont vous ne sorlirezpassi aisément. Car vous ne devez point vous attendre d'avoir M. de Baluze, quand ce ne seroit que pour quinze jours. Nous nous en sommes déjà expliqué assez nettement, et il n'y auroit pas de prudence d'engager M»' de Tulle à m*en écrire, parce que ce seroit l'exposer k un refus qui ne lui plairoit pas. C'est sur ce fondement que vous devez agir, aussi bien que sur un autre (jui me fait plus de peine : qui est que, comme nous n'avons personne à vous donner, et qu'il faudroit par conséquent, étant chargés du séminaire de Tulle, que vous y demeurassiez, je ne sais si cela accommoderoit W*' de Limoges, cl si son séminaire n'en souffriroit pas. Pour M»"" de Limoges, vous pourriez lui proposer simplement s'il veut bien se passer de vous, et consentir à ce que vous demeuriez à Tulle, non plus seulement jusqu'aux vacances, ou pour celle année, comme on projetoit d'abord, mais encore pour les suivailles. Car, depuis la mort de M. Masson, nous voyons bien que vous ne devez point entreprendre ce nouvel élablissenient, à inoins que d'être résolu à y demeurer toujours; cl il est important que M^' de Limoges le sache, afin qu'il ne croie pas qu'on l'ait voulu surprendre; comme il auroil raison de le croire, si vous lui proposiez de ne vous absenter que pour un temps.
Pour ce qui regarde le séminaire de Limoges, pour vous en dire simplement ma pensée, 1* je crois que vous ne sauriez en être long temps absent sans qu'il ne s'affoiblisse, sans que nos Messieurs ne soient surchargés, et sans qu'on ne les expose à s'incommoder par trop de travail. 2" J'ai peine à me persuader que, toutes les affaires vuidées, toutes les chicanes essuyées, toutes les dépenses nécessaires achevées, il vous reste de quoi donner à Limoges beaucoup de secours lem* purel. 3" Il Inudroit cjue ce secours temporel fut plus consi- «lérable quil ne me paroil, pour compenser ce que le séminaire de Limoges recevra de déchet spirituel par votre ab-
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE Tl'LI.E 71
scncc. Voilà, en peu de mots, mes pensées; sur lesquelles néanmoins je ne prétends pas rien décider ici, car si Monseigneur de Limoges consent que vous demeuriez à Tulle, et (|u*après avoir bien pesé la chose avec M. Bourdon, vous soyez persuadés que ni le séminaire de Limoges, ni nos Messieurs n'en souffriront pas, je déférerai très volontiefs à vos sentimens contre mes propres lumières, qui peuvent plus aisément me tromper, ne me représentant les objets que de loin. Je vous avouerai ingénuement que jamais le million, auquel on faisoit d'abord monter cette hérédité, ne m'a fait d'impression; que j'en ai toujours appréhendé les suites, et que, si j'eusse suivi mes premières vues, on auroil donné en celte occasion un grand exemple de détachement. Cependant comme, insensiblement, on s'engage, il faut voir, suivant l'étal présent où l'on se trouve, ce que l'on peut faire, et ce (|ue Dieu demande de vous, pour ne pas aller trop avant. Ainsi, examinez bien toutes choses, et ne vous contentez pas de voir que Ton peut établir un séminaire a Tulle; mais, faisant réflexion qu'il vaudroit mieux n'y en point faire que de n'être pas en état de le soutenir avec ferveur : sedenscompttia si habeas sumptus qui necessarii sunt ad perficiendum ; ne posteaquam poauevia fundamentum, et nonpotueris pevfîcerc, omnes qui vident incipiant illudere tibi, dicentes : quia hic homo cqppit œdificare, et non poiuit consummare «Luc. XIV, 28, 30). Tout vôtre. — L. Tronson.
A l'évëque de limoges
Ce 15 juillet 1081.
Je reconnois le stvie ordinaire de iM. Gave dans la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer. Je loue son zèle, et je souhaite qu'il ait un bon succès; mais je crains qu'il n'échoue et qu'il ne soit pas à l'épreuve des chicanes du pays. Nous n'avons point voulu paroilre dans cette affaire pour beaucoup de raisons. Nous en avons mandé (|uel(|ues-
72 LIYllË HUITIEME
unes qui se pouvoient écrire, et nous avons laissé k penser celles sur lesquelles il n*éloil pas à propos de s'expliquer. Mais après tout, nous avons toujours assez témoigné que notre vue étoit de ne point agir, mais de laisser agir seulement ceux qui croyoient qu'il y alloit en cela du bien du séminaire de Limoges. C'est à quoi M. Gaye a dû s'attendre, il y a long temps. Ainsi, je ne sais point sur quoi il se fmide j)Our se plaindre, et dire qu'on veut et quon ne veut pas, et que ee sojit des jeux d'enfant. Quant à ce qu'il dit, qu'il quittera tout s'il n'est secouru, c'est ce que ne lui conseilleront pas, apparemment, ceux qui sont persuadés qu'il y va du bien universel de la province de faire cet établissement. Mais, comme nous ne sommes pas ici dans cette persuasion, nous nous consolerons fort aisément, s'il quitte tout, de le voir débarrassé d'une affaire, dont le succès nous paroit fort incertain, et qui ne peut que lui donner beaucoup de peine. 11 en aura, assurément, une très grande, quand il apprendra que nous ne voulons point demander les lettres de recommandation qu'il désire; mais, afin qu'il ne s'en prenne point à vous, M. Baudrand vous doit faire réponse, et vous mander qu'il ne doit point s'attendre k ces lettres de recommandation; que nous n'en voulons pas même demander pour les propres affaires de Saint-Sulpice; que nous avons un procès, depuis bien des années, k Rouen, qui est bien plus favorable que celui de Tulle, et où il y va de plus de quatre-vingt mille livres dues k la maison, dans lequel nous ne croyons pas devoir employer ces sortes de sollicitations; qu'en un mot, on est si réservé ici pour ce qui regarde le temporel, qu'on ne peut pas, de ce côté-là, lui donner aucun secours. Si l'on nous accuse en cela d'être trop indifféfens, nous supporterons plus volontiers cette accusation, que celle d'êtrctrop intéressés et trop âpres k la curée. Peut-être que les obstacles se multiplieront d'une manière telle, et que le Prélat se mêlera si peu de les faire lever, que le meillevr sera de tout quitter, — L. Tuonson.
A MONSIEUR GAYE
Ce 23 novembre 1684.
Je crois qu'un accommodement vous sera toujours plus avantageux qu'un procès. Je souhaite que M. Tlnlendant y puisse réussir. Ceux qui vous pressent de pousser cette affaire contre les parens et de faire périr le faussaire peuvent avoir de bonnes vues; mais dans Tétat où vous êtes, je préférerois les avis qui porteroient davantage à la douceur. Il me semble même que M. l'Intendant voulant bien s'en mêler, on ne seroit pas édifié si vous refusiez sa médiation. Cette voie me paroit plus chrétienne et plus selon l'esprit de l'Évangile.
Pour la chantrerie qu'on vous a résignée, l'on ne croit point ici que vous la deviez accepter. Car l"* ces bénéfices à résidence ne nous conviennent pas. f* Rien n'est plus éloigné de l'esprit de Saint-Sulpice. S** C'est un exemple de détachement que l'on a toujours demandé dans la maison. 4° Quelque bien qu'il y ait k faire en de pareils bénéfices, ni M. Olier ni M. de Bretonvilliers n'ont jamais cru qu'il pût égaler celui que l'on feroit dans l'Église par cet exemple de détachement. 5* L'engagement où nous sommes de donner cet exemple ne nous permet pas de vous dire autre chose sur cela, sinon ne transgrediaris terminos antiquos qtios postierunt patres lui (Prov. XXII, 28). L'expédient de prendre cette chantrerie pour la donner à un autre, trois jours après en avoir pris possession, a ses inconvénients qui font qu'elle est encore moins approuvée, quelque apparence de bien qui vous y paroisse. On a refusé de ces dignités; on a refusé constamment des doyennés, et l'on s'en est toujours très bien trouvé. Comme Dieu a béni cette conduite, on ne voit pas de raison pour croire — par l'apparence d'un bien présent — que vous deviez vous en dispenser. Si vous pouviez faire donner directement ce bénéfice à Tune des deux personnes que vous me proposez, après avoir renoncé à la résignation qui vous en a
été faite, à la bonne heure. Mais si on ne le veut pas, vous ne serez pas responsable des suites, et quelque persécution qu'on vous fasse, vous n'en serez pas, assurément, moins estimé par ceux-même qui vous persécuteront.
Au reste, vous vous rendez si célèbre, que votre réputation s'est répandue jusqu'en cette ville. Car, après beaucoup de louanges que Ton vous a données, on les a conclues par me prier de consentir que vous acceptassiez la supériorité des Carmélites de Brives. Mais comme cette supériorité vous convient aussi peu que la chantrerie, j*ai témoigné que cela ne se pouvoit point, ces sortes d'emplois étant contre nos usages; oulre que Tulle et Limoges vous donneront assez d'occupation. Tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tuoxson.
LEITHK Vin
A MOXSIEUU GAYK
Ce 18 septembre 1685.
J'ai toujours cru que votre affaire de La Réole (1) ne se vuideroit pas sans beaucoup de chicanes et de chagrin. C'est ce qui m'avoit persuadé qu'un accommodement, s'il se pouvoit faire, vous seroit toujours plus avantageux. Je persiste encore dans cetle pensée, et si vous pouvez trouver des moyens pour sortir entièrement d'affaire, je ne ferois point de difficulté de relâche/ quelque chose pour avoir la paix, et pour no me point exposer à l'incertitude d'un arrêt, que vous n'obtiendrez pas peut-être de long temps, et qui ne sera pa^ peut-être aussi tel que vous désirez. Car qui peut répondre de ce (|ui dépend du jugement des hommes? Vous en userez néanmoins de la manière que vous jugerez plus à propos.
(\) Le rarlcment de Bordeaux, devant lequel se plaidaient les procès de celte alTaire, avait 6t6, au mois de mai ir»7H, transféré par ordre de la Cour «laiis la ])ctite ville de La Réole (Olrondc), à la suite de l«i sédition qui énlata à IJordeanx en 1('»T5. Il nv revint A Bordeaux qu'^" u;'.M). Bosclirroii Des Portes, Uisfoirc du Pfirfonvni dr HvrtfruvJ'i Bordeaux, lî<77, l. H, p. 21.V21T.
GOnnESPONDANCE AVEC LE SÉUINAIRE DE TULLE 75
Car vous pouvez voir des choses sur les lieux qui nous seroienl ici inconnues. Je suis en Notre Seigneur tout vôtre. — L. Tronson.
A l'évêque de limoges
13 novembre 1G88.
Monseigneur de Tulle a raison d'eslimer M. Gaye; car on l>eul dire qu'outre ses travaux et ses soins qui ont été extraordinaires pour soutenir la fondation du séminaire de Tulle, il a exposé sa réputation et s'est sacrifié pour obtenir l'arrêt si avantageux au Prélat. On auroit donné un grand exemple *le détachement si, suivant mes premières vues, on ne se fût point engagé dans celte affaire. Mais Dieu ne Ta pas permis, et il faut adorer sa Providence dans le succès (juVIle a eu, (|ui, ne paroissant pas si avantageux, ne laissera de délivrer de grands embarras et des suites fâcheuses où Ton auroit été exposé par un arrêt plus favorable. Je ne sais pas encore quelle résolution prendra M. Gave, et s'il voudra retourner à Tulle pour y demeurer; mais je sais bien que votre séminaire aura plus gagné que perdu, si le jugement qui a été rendu lui fait prendre le dessein de se retirer k son premier poste, à Limoges (1). Il doit partir bientôt pour aller faire un tour sur les lieux, avant que de rendre ici son compte. — L. Tronsox.
i i> M. Gaye retourna à Tulle et y resta jusqu'à sa mort arrivée le l.î novembre 1697, quelques mois après Tunion du séminaire de Tulle à eelui de Saint-Sulpice, et la signature du concordat qui iut conclu le 28 mars 1697. Que se passa-t-il entre cette dernière date et celle de la lettre à l'évêque de Limoges que nous venons de citer? La correspondance de M. Tronson ne nous l'apprend pas, parce qu*elle offre ici une lacune : d'une part, en effet, sa correspondance avec le séminaire de Limoges, tefle que vous ('avons, et d'où sont extraites les lettres précédentes, Unit avec l'année l(X»; et (l'autre part, la copie de sa r*orrespondance avec le séminaire de Tulle commenre en 1608 seulement. La lettre qui suit est tirée du II r volume des Me l an y v s, ou letli-es à divers.
A MONSIEUR GAY
Ce l«r février 1695.
J'ai reçu voire lettre du 15 janvier, et je dois en y répondant vous remercier d*al)ord de tous vos bons souhaits. Les miens sont que votre bonne santé continue, que votre attente soit bientôt remplie, et que lespérance que vous avez, que Dieu ne différera pas beaucoup à vous présenter quelque ouverture favorable pour conserver le bien que vous avez fait, puisse avoir tout le succès que demande sa gloire. L'avantage que vous avez de pouvoir tirer de bons sujets du séminaire de Limoges est un bon moyen pour soutenir le vôtre. Car je suppose qu'il s'y en trouvera toujours quelques-uns qui vous seront propres, et qu'on ne vous refuseroit pas dans vos besoins, le ne m'étonne pas de vos embarras et des affaires que vous avez. C'est ce qui arrive dans tous les nouveaux établissemens, où l'on ne trouve guères de repos, à moins que l'on ait le secret de le trouver dans le travail. Il non faut point attendre d'autre en celte vie dans notre emploi. C'est dans cet esprit qu'il faut achever notre course, en attendant celui de l'éternité. Dieu nous en fasse la grâce. Tout à vous. — L. TnoNsoN.
La visite que M»' de Tulle fait à pied est édifiante. Il seroit à souhaiter que plusieurs suivissent son exemple et épargnassent la bourse de leurs curés.
A MOXSIEUtt RABY (l)
Ce 19 janvier 1697.
J'ai reçu votre lettre du 10" de ce mois, et j'ai eu bien de
(1) Grand vicaire Ou diucOse de Tulle.
la consolation d*y remarquer vos bonnes dispositions. Il ne tiendra pas à M. Gaye que vous n'ayez du secours. Il vint ici, il y a deux jours, avec le Prélat, qui ne manqua pas de nous parler de son séminaire, et qui paroît désirer Tunion. Nous serons ravis de le pouvoir satisfaire, et nous en cherchons les moyens. J'espère que Dieu nous les fera trouver, et que le tout ira à sa gloire, si c'est lui qui nous appelle à Tulle. Vous y êtes autant intéressé que nous. Ainsi, je crois que vous ne manquerez pas de recommander Taffaire au Souverain Maître, à qui il appartient mittere operarios in measem 8uam. Je ne puis vous rien dire présentement sur cela de plus particulier, sinon que vous n'avez toujours qu'à continuer à cultiver cette terre où vous avez jeté les premières semences, et d y travailler avec la même fidélité que vous avez fait par le passé. Vivez cependant en espérance, et soyez persuadé que je suis et serai toujours, iMonsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR RABY
Ce 28 novembre 1697.
La mort de M. Gaye nous a fort surpris et sensiblement affligés. C'est une grande perte pour le diocèse de Tulle et pour le séminaire, et un grand embarras pour nous. Car il ne nous a point suffisamment instruits de l'étal du séminaire, et nous ne savons point encore, ni pour le spirituel, ni pour le temporel, ce qui s'y passe; à moins que nous ne soyons éclaircis en détail, nous ne saurions prendre de justes mesures pour régler les choses en la manière qu'il est à souhaiter. C'est à vous de nous en instruire et à nous mander au plus tôt tout ce que vous en savez. Cependant, il ne faut pas que vous perdiez courage, et vous devez redoubler votre zèle, dans la vue qu'après celte perte, l'œuvre dont vous êlos chargé a besoin pour être soutenue que Ton s'y applique avec plus de ferveur et de fidélité que jamais. Je suis. Monsieur
et très cher en Notre Seigneur, entièrement h vous. — L. Tronson.
LETTRE XllI
A MONSIEUR MICHEL (1
Ce 17 mars 1698.
Monsieur et très cher en Notre Seigneur,
11 y a long temps qu'on pense à vous pour la supériorité du séminaire de Tulle et pour le grand vicariat du diocèse. Après avoir recommandé souvent à Dieu cetle affaire, on a cru que, quoique votre santé ne soit pas fort vigoureuse, vous vous acquitteriez bien de ces deux emplois. Celui de supérieur ne vous donnera pas beaucoup de peine, ayant vu, depuis que vous êtes à Bourges, ce qu'il faut pour établir et maintenir Tordre dans un séminaire; et pour le grand vicariat, le diocèse n'ayant que très peu d'étendue, et ayant M. Raby dans le séminaire qui en fait les fondions depuis long temps, vous pourrez aisément en apprendre tout le détail. Je crois que vous ne refuserez pas une occasion où il y a à travailler avantageusement à la gloire de Dieu et au bien de tout le diocèse. Vous y aurez l'avantage que, ne vous y étant point ingéré de vous-même et n'y allant que par obéissance, vous
(1) Jean-Baptiste Michel naquit vers 1668 dans le diocèse de Lyon, et probablement à Crémeaux, département de la Loire. En 1689. il alla au séminaire de l'ourges, attiré vraisemblablement par la présence de son oncle, M. Jean Simon, qui y était directeur : il y reçut la prêtrise et y cnsci<rna la philosophie. 11 fut admis au séminaire de Saint- Sulpice le 3 février 1692, et après son noviciat, envoyé au séminaire du Puy, où il ne passa quUm an, le climat étant contraire à sa santé. 11 revint ensuite à Bourj^es, et il y demeura justiu'au jour où il partit pour le séminaire de TuUc. L'évoque s'étant laissé prévenir conti*e lui en 1700 et ayant demandé qu'il fût remplacé, M. Michel retourna à Bourges; puis, en novembre 1703, il retourna à Tulle succéder à son successeur, M. de Mapuelonne, lequel, à son tour, était devenu pcrsona ingrata à Mo^ de Beaupoil Saint- Aulaire, successeur de Ma' Ancelin qui, en 1702, s'était démis de révèché de Tulle. M. Michel y mourut le 7 avril 17,:0, â«ré de 52 ans.
ne pourrez pas douter que vous n\ soyez par vocation. On en a déjà parlé a Monseigneur de Bourges qui y a donné son consentement. On a destiné aussi une autre personne pour mettre en voire place. Jugez par là combien on compte sur vos bonnes dispositions, et combien on est persuadé de votre obéissance, d'avoir fait toutes ces démarches sans vous en rien dire. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.
A MONSIEUR MICHEL
(^e 24 mars lGt)8.
J'ai reru votre lettre du 20 de ce mois, dont je ne puis être que très édifié. Vos dispositions sont telles que je les souhaite, et je compte beaucoup sur la conviction où vous êtes que vous n'êtes pas capable de tels emplois. J'espère que celle conviction vous obligera de recourir souvent à Dieu avec confiance, pour suppléer à ce qui vous manque; et qu'il ne vous refusera pas les secours nécessaires pour le faire glorifier dans des emplois où vous ne vous engagez purement que par soumission aux ordres de la Providence. Les fonctions de Grand vicaire ne sont pas si difliciles à Tulle que vous l'imaginez. Il n'y a au plus que cinquante paroisses dans le diocèse. Il y a long temps que M. Raby en fait les fonclions.il pourra, dans les commencemens, vous donner les lumières qui sont nécessaires; et peu à peu, par l'expérience et par l'exercice, vous vous y formerez sans beaucoup de peine.
Je vois bien, mon cher Monsieur, que vous aurez besoin, dans cette occasion, de beaucoup d'abandon et d'une entière confiance en celui qui potens est de lapidibus siiscî tare fil ios Abrahœ (Math. III, 9). Mais c'est ce que je crois qui ne vous manquera pas, et ce qui vous allirera la grâce de vousy bien acquitter de lous vos devoirs. Nous aurions bien voulu que Monseigneur Tévèque de Tulle eut voulu séparer le grand vicariat d'avec la supériorité du séminaire; nous avons même
pousse notre opposition jusqu*à lui proposer d'unir son séminaire à une autre communauté, parce que nous n'avions poinl de grand vicaire à lui donner; mais il n'a pointvoulu écouler notre proposition, et il est entièrement persuadé que le supérieur doit être grand vicaire, et que sans cela il ne seroit pas suffisamment autorisé pour faire le bien de son diocèse. Je suis très cordialement tout à vous. — L. Troxson.
A MONSIEUR MICHEL
Ce 23 avril 1698.
J'apprends avec joie que vous devez partir dimanche prochain. Je souhaite que vous arriviez assez tôt à Tulle pour satisfaire au désir du Prélat; il souhaite fort que vous l'accompagniez dans la visite de son diocèse, qu'il doit faire environ dans ce temps-ci. Les charges de supérieur du séminaire et de grand vicaire vous donneront de l'occupation et apparemment un peu d'embarras dans les commencemcns. M. Raby, qui a exercé long temps celle de grand vicaire et qui est depuis plusieurs années au séminaire pourra vous y aider beaucoup.
Pour le séminaire, je crains que la régularité n'y soit pas bien observée, et que l'on n'y soit pas assez exact aux exercices. C'est ce que vous tâcherez d'établir peu à peu, en usant néanmoins de douceur et de patience, pour ne pas cabrer les personnes et aliéner les esprits, surtout dans les commencemcns, où vous devez tâcher de vous faire aimer et d'attirer leur confiance.
On me dit qu'il y a de grandes divisions dans la ville, et que les esprits sont fort échauffés. Vous aurez besoin de toute votre prudence pour vous conduire, en sorte qu'on voie que vous aimez la paix et l'union. Nous attendons d'être instruits par votre moyen, dans quelque temps, du spirituel et du temporel du séminaire, que nous ne connoissons point encore assez. J'espère que Dieu y bénira votre abandon et vos bonnes
résolutions. Soyez bien persuadé que je suis el serai toujours avec estime et cordialité, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.
A l'ëVÊQUE de TULLE
Du Séminaire Saint-Sulpice, 26 avril 1698.
Monseigneur,
Je crois que M. Michel que je vous ai proposé, el que vous avez agréé pour être votre grand vicaire et pour supérieur de votre séminaire, pourra arriver à Tulle aussitôt que cette lettre que je me donne Thonneur de vous écrire. Il doit partir demain de Bourges, et quelque désir qu*il ait eu de vous aller rendre ses services, il lui a été impossible de se débarrasser plus tôt des emplois qu*il y avoit. Comme il n> jamais exercé les fonctions de grand vicaire, il pourra vous y paroitre un peu neuf dans les commencemens; mais comme il a de Tesprit, de la capacité et de la bonne volonté, j'espère qu'il s'y formera aisément, et qu'il pourra dans peu de temps vous être utile. Je souhaite qu'il soit assez tôt auprès de vous pour vous accompagner dans votre visite el pour y profiter de vos lumières, afin que, dans la suite, il réponde dignement à ce que vous pourrez désirer de lui dans ses emplois. Pour moi, Monseigneur, je vous supplie d'être persuadé que je n'en aurai point qui me soient plus à cœur que ceux qui me donneront occasion de vous pouvoir témoigner que je suis avec un allachement tout particulier et un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et 1res obéissant serviteur. — L. Tuonsox.