août
J'ai reçu les pièces que vous m'aviez promises, Monsieur et très cher en Notre Seigneur. La requête que l'on a fait signer aux docteurs avec le mandement imprimé touchant le gouvernement de la cure et du séminaire de Saint-Nicolas sont entre les mains de M. de Longueil (3) qui vous les enverra par la voie que vous lui marquerez. Vous aurez quelque jour
(1) S'il n'était pas « exilé », le P. Abel de Sainte-Marthe était tout an moins disgracié à la Cour; soit à cause de son caractère peu traitable, soit parce qu'il avait eu l'imprudence de s'aliéner l'archevêque de Paris, et surtout à cause des soupçons que l'on avait sur lui relativement ft la doctrine.
(2) La Faculté de théologie s'assemblait le premier de chaque mois pour délibérer sur les affaires courantes.
(3) Charles de Longueil, du diocèse de Meaux, était maître de cérémonies au séminaire de Saint-Sulpice, où il mourut, âgé de 80 ans, le 17 janvier 1700.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aNÛERS iU
une relation de loute cette affaire. Ce que l*on vous a dit de M. Grandin est vrai (1), mais non pas ce que Ton vous a dit du retour des exilés. G*est un bruit qui court, mais je ne sais pas sur quel fondement : car il n y a pas encore d'apparence qu*on les rappelle si tôt. Je n'ai point vu d*autre avis écrit que ceux de M. Chamillard et celui de M. Blanger (2). On a fait courir le bruit que le général (3) dont vous parlez avoil eu une lettre de cachet; mais cela n*est pas, et son éloignement s*esl exécuté d*une manière plus douce. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XII
Ce 11 décembre 168l\ Nous verrons. Monsieur el très cher en Notre Seigneur, si
il) Martin Grandin, n6 & Saint-Quentin en Picardie le il novembre 1604, étudia les humanités successivement à Noyon et à Amiens, et ensuite la théologie à Paris. Il était licencié en 1638, et docteur de la maison et société de Sorbonne. Il enseigna la théolog^ie en Sorbonne respace de plus de cinquante ans. Très attaché aux saines doctrines, il était opposé non seulement au jansénisme, mais à la doctrine des quatre articles de 1682. « Ses quatre-vingts ans, dit M. Gérin, le sauvèrent  peine de l'exil ou la Cour voulut l'envoyer, pour les fermes paroles qu'il prononça dans l'Assemblée du 15 Juin 1682 [Recherches historiques sur l'Assemblée du Clergé de 1682 ;2'> édit.,p. 519,590). 11 mourut â Paris le 16 novembre 1691, âgé de 87 ans. Charles Duplessis iP Argentré a publié ses traités de Théologie, avec des Additions, sous ce titre : Martini Grandin Opéra theologica ; Parisiis, 1710-1712, t; vol. in-4». On raconte qu'un Jour, professant en Sorbonne, il dit à une troupe d'abbés qui causaient et badinaient — c'étaient apparemment des anciens — assis sur un haut banc qui était proche de la muraiUe : « Voilà là-bas une belle tapisserie, mais il y a de sots per- ««onnages >. Voir sa notice par Grandet, Les saints Prêtres français du xvif siècle; première série, p. 101-104.
(2) Pierre Blanger, de la maison de Sorbonne, docteur en 1661, chanoine et grand vicaire de Coutances, mourut en Juillet 1706. C'était un des docteurs les plus estimés en Sorbonne.
(3) Le général de l'Oratoire, Abeî de Sainte-Marthe. Voir la note (l) de la page précédente.
^0 LIVRE PRKMIBR
nous pouvons apprendre encore quelque chose de la vie de celle dont vous m'écrivez, qui est morte à Thôpilal de Baugé. On écrira pour cela à Abbeville; mais on attendra quo vous ayez envoyé Vindex des choses que vous désirez savoir. Je ne doute pas qu*en écrivant une vie que vous dites être si sainte (1), vous ne formiez de nouveaux désirs d*étre bien saint; mais je crains que ce travail que vous avez entrepris ne nuise à votre santé. Comme vous ia trouvez un peu meilleure et que vous vous sentez un peu plus fort, n'est-ce point pour vous un sujet de tentation et un fondement pour ne vous plus ménager? Je ne vous dis pas ceci pour vous empêcher de continuer un si saint ouvrage; mais c'est seulement pour vous faire ressouvenir que vous devez vous considérer encore comme un convalescent, qui ne doit pas s'exposer à tout, mais qui a besoin de se conserver pour réparer ses forces et affermir sa santé.
Je m'imagine que vous êtes dans votre centre quand vous êtes au milieu des petits enfants de votre école. Oh I que cet emploi est saint, mon cher Monsieur; et que ne doit-on point faire pour conserver l'innocence de ceux avec qui Jésus prend tant de plaisir de demeurer! Oh! que vous dites de bon cœur, comme il disoit lui-même : Sinite parvulos venire ad me, talium est enim regnum cœlorum (Marc. X, 14). J'aime mieux cent fois savoir que vous êtes leur confesseur, que si l'on me disoit que vous l'êtes des Princes. J'espère, et que vous leur profiterez beaucoup, et que vous profilerez vous-même avec eux. Dieu veuille que Ton puisse dire ce que s. Augustin disoit de s. Siméon embrassant Notre Seigneur enfant : et factua est in picero puer (2). C'est la grâce que je vous souhaite pour ia récompense de vos travaux et de toutes les peines que vous prenez pour eux.
(1) M. Grandet travaillait alors à la Vie de Mademoiselle de Meleun, fllle de Guillaume de Meleun, Prince d*Épinoy, Fondatrice des Religieuses hospitalières de Baugé, qui parut en 1687, in-8«. V. Bibliothèque Sulpicienne, 1. 1, p. 225-228.
(2) Serm. XIII, De Tempore. Cfr. Breviar. Rom. in Festo Puripcationis B. A/. V., Lect. 2« nocturni.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aNGEHS 21
Pour VOS pauvres écoliers, je crois que vous avez raison, dans le désir que vous avez de procurer leur bien, de les vouloir loger dans le Logis-Barault; mais je crois aussi que M. Maillard (1) n'a pas tort de vous y faire de la difficulté. Ce que je vous puis dire en général, est que, si j*étais à sa place, j*en ferois autant que lui et peut-être davantage : car ce mélange est toujours à craindre. Pour descendre dans le particulier du fait dont il s*agit, il faudroit connoilre plus que je ne fais Tétat des lieux et la disposition des esprits.
Il faut, ce me semble, qu'il arrive un grand changement avant que vous ayez sujet de craindre que Ton vous traite comme M. Gallard (2).
On doit imprimer la censure que la Faculté a faite de la doctrine du Jacobin (3). Quand elle paroitra, nous vous l'enverrons. Pour le récit de ce qui s'est fait il y a quelques mois, on en a fait plusieurs fort imparfaits : mais c'est un opéra (4) que d'en avoir un bien fidèle. Celui qu'ils n'auront pas manqué de faire en Sorbonne ne se communique point. Il faut pourtant tâcher de vous contenter. Tout vôtre. — L. Tronson.
(1) Pierre Maillard, mort le 1*^ Juillet 1692, était supérieur des prêtres qui dirigeaient le séminaire d'Angers. V.Grandet, Histoire du Séminaire d'Angers, 1. 1, p. 11-15. Les Saints Prêtres français du XV Ih siècle, 3* série, p. 222-232.
(2) Gallard était un prêtre de La Flèche, qu'Henri Arnauld avait attiré à Angers. Très attaché au Jansénisme, il avait beaucoup de disciples. Comme il débitait partout ses sentiments, le roi, qui en avait été informé, Pexila à Brive-la-Gaillarde. V. Grandet, op, cit. Table, v» Gallard.
iZ) Un dominicain italien nommé François Malagoly, ou Malagola, ayant, dans sa Majeure ordinaire, soutenu potestatem ligandi et solvendi Petro à Chrisio traditam esse intell igendam de utràque potestatc, spiritali et temporali, la Faculté de théologie réprouva cette thèse le 4 novembre 1682. L'Acte et ses préluninaires sont rapportés par D'Argentré, Collectio judiciorum de noms erroribus qui,., in Ecclesia proscripti sunt et notati; Lutetise- Parisiorum, 1755, t. III, part. 1, p. 140-147.
(4) rest-à-dire, une chose difficile.
)12 LIVHK PKEMIEU
LETTRE XIH
A MOiNSlKUR GRANDET
Ce 8 octobre 1683.
11 faut, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que jo vous réponde aujourd'hui par cœur; car M. Longue!! me dit que vous attendez une réponse, et ni lui ni moi ne savons sur quoi.
Si c*est sur le séminaire de Tours, il y a si longtemps que vous m*en avez écrit et nous nous sommes déclarés sur cela si nettement, que je ne crois pas que Ton pense davan-lage à nous.
Si c'est sur vos emplois, je ne puis que louer votre zèle el prier Notre Seigneur de le contenir dans de justes bornes, afin que vous n'alliez pas au-delà de vos forces et que le soin des autres ne fasse pas que vous vous oubliiez vousmême.
Si c'est sur la Vie de Mademoiselle de Meleun, l'ancienne méthode et la distinction des chapitres me revient cent fois mieux que la nouvelle qui ne distingue rien, et qui me paroil infiniment ennuyante.
Si c'est sur les assemblées de Sorbonne, il v a des docteurs qui en auront fait apparemment le récit; mais je ne sais personne qui s'en vante, ni qui le veuille donner.
Si c'est sur quelque autre chose, vous n'aurez q\xk me le mander; car je serai toujours prêt à vous témoigner que je suis à vous autant que jamais. — L. Tronson.
LETTRE XIV
Ce 22 février 168^1.
Votre lettre du 20 novembre 1683 ne m'a été rendue qu'hier matin, c'est-à-dire le 21 février 1684. Vous jugerez par là,
CUIIRESPON'DANCE AVEC LE SÉUINAinE i/aNGERS 33
Monsieur et très cher en Notre Seigneur, qu'il vaut mieux in*écrire directement que par la -f~ (!)• ^^ diligence sera plus grande, et je crois que la sûreté y sera toute entière.
Je bénis Dieu des bénédictions qu*ii vous a données dans le Craonnais (2) et qu*il vous continue à Angers; pourvu que vous ne preniez pas trop sur vous, le travail ne vous sera que très utile, et votre santé s*y fortifiera plutôt que de s*y affaiblir.
Quelque bien que vous soyez dans Tesprit du Prélat (3), il seroit fort inutile de lui parler ou de lui écrire des désordres de son diocèse; car pour vous, je m'imagine que vous lui serez toujours suspect, et la lettre d*un inconnu ne lui ferait pas, à mon avis, beaucoup d'impression. Cependant, comme vous le connoissez à fond, vous en pourrez juger mieux que personne. La peine de trouver de bons ouvriers n'est pas particulière à votre diocèse, elle est générale dans TÉglise, et partout on gémit du peu qu'on en rencontre. Il faut que cela nous encourage à bien travailler et à bien servir notre Maître, voyant combien il a peu de véritables serviteurs.
Ne vous ai-je pas envoyé ce qu'on m'avait mandé de la princesse d'Épinoy (4). Si vous voulez que j'en écrive encore à Abbeville,il faudroit m'envoyer un mémoire des principaux chefs sur lesquels vous désirez avoir quelques éclaircissements; car on ne me répondroil peut-être pas sitôt à des demandes vagues.
Les affaires de Rome et des docteurs exilés paroissent toujours être dans le même état.
Nous avons vu le grand frère qui nous a fait l'honneur de nous rendre visite, et de nous dire des nouvelles qui me font
(ij Voir l'explication de ce signe dans la lettre IV, à M. Grandet, iiat«e du 15 juillet 1678, p. 8.
i2) M. Grandet parle de cette mission donnée par quinze prêtres et du très petit nombre (2 sur 400) qui consentirent à aller les aider, an chapitre XXXI» du Livre VII* de son Histoire rfu Séminaire d'Anucrs, t. II, p. 243, 244.
(3) Henri Amauld, évèque d*Angers.
ii\ M"« de Meleun, fllle de Guillaume de Meleun, prince d'Épinoy, <lont M. Grandet préparait alors la Vie, qu'il publia en 1fi8T.
'i'h LIVnii: PREMIER
voir qu*il est aussi malicieux que jamais. Je souhaite.ct pour lui el pour son cadet qui veut encore* téter, mille bénédictions. Je suis à I*un et à Tautre le tout acquis. — L. Tronson.
LETTRE XV
Ce 10 mai 1684.
J*ai su la réconciliation du Prélat avec les Messieurs du Logis-fiarault (1). Il y a lieu d'espérer qu^elle s*affirmera durant la mission, et que ce sera un des fruits de votre incomparable missionnaire (2).
Vous ferez très bien de lui dire Tétat du diocèse et la disposition du Prélat, et de lui expliquer de quel œil on regarde les (J.)(3) et ceux qui leur sont opposés. Il est de la dernière importance qu*il ne vous mette pas en jeu, et qu*il vous promette sur cela le secret. Je serai ravi de savoir le succès de ses missions et d'en avoir la relation. L*occasion de quitter la maison maternelle pour aller au Logis-Barault est trop belle pour la manquer; je vois bien que vous voulez en profiter pour vous convertir entièrement et pour vous rendre saint. Ce ne sera pas là néanmoins, à mon avis, un des plus grands miracles du P. Honoré; car Touvrage est déjà trop avancé pour le lui attribuer.
M. le duc de Gharost ne m'a pu rien dire de particulier de la Princesse d'Épinoy, ni de tout le contenu en votre mémoire. Quand j'aurai reçu la réponse d'Abbeville, je ne manquerai pas de vous l'envoyer.
Je n'ai point le recueil des pièces que ces Messieurs ont fait imprimer touchant la Paix de l'Église (4); je n'en ai pas
(1) Cfr. Grandet, Histoire du Séminaire d'AngerSj Livre VIII, chap. I, t. II, p. 245-249.
(2) Le P. Honoré de Cannes, capucin. Grandet, op, cit., t. Il, p. 249-
(3) Les Jansénistes.
(4) Appelée aussi Paix de Clément IX.
même oui parler, non plus de ce que vous me dites que U^' rArchevéque a chargé M. Tabbé Le Gentil d*écrire contre eux (1).
Je ne me souviens point d*avoir reçu de lettre pour M. Gautier de Bridon, aumônier de M?' de Québec (2). Peutêtre néanmoins se sera*t-elle trouvée mêlée avec beaucoup d'autres que j*ai reçues pour ce pays-là. Si vous avez quelque chose à lui mander, nous avons une voie sûre le mois prochain; et pourvu que votre lettre soit ici à la fin de ce mois, elle partira avec toutes les nôtres qu^un de nos Messieurs y doit porter. Je suis toujours également à vous. — L. Trcnson.
LETTRE XVI
Ce 5 Juin 1684.
Enfin je vois bien que vous allez tout à fait vous convertir et devenir saint aux sermons du R. P. Honoré. Les merveilles que vous m*en mandez ne me surprennent pas. Il y a longtemps que nous savons les effets extraordinaires que Dieu opère par son ministère, et combien il a de grâce pour toucher les cœurs. Quoique la Providence n*ait pas permis que nous en ayons eu ici Texpérience, je vous assure que nous nen avons pas pour cela moins d estime. Comme je ne doute pas que vous soyez de ses bons amis, vous ne me refuserez pas la grâce de me recommander à ses prières.
(1) Jean le Gentil a publié : Recueil des Actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, augmenté et mis en nouvel ordre; Paris, F. Léonard, 1675, 6 vol. in-fol.
(2) François de Laval-Montmorency, premier ôvêque du siège épiscopal de Québec en 1673, sacré en décembre 1658 sous le titre d'évêque de Pôtrèe pour être vicaire apostolique de la Nouvelle-France, démissionnaire on 1688, mort à Québec le 6 mai 1708, âgé de 87 ans. V. Vie de M^^ de Laval, premier évoque de Québec et apôtre du Canada, par l'abbé Aug. Gosselin; Québec, 1890, 2 vol. in-8».
â(> LIVRE PUËMIEU
Vos raisons pour retourner dans la maison paternelle me paraissent bonnes, et vous ferez bien, à mon avis, de les suivre, en attendant que la Providence donne d*autres ouvertures.
Nous n^avons pas encore de réponse d*Âbbeville ; je ne sais si, par votre moyen, nous pourrions avoir des nouvelles sûres d*un bon ecclésiastique, nommé M. Gaillard, qui a demeuré plusieurs années au séminaire du Puy, et qui s*est retiré depuis quelque temps chez ses parents à Saumur (i). Sa mère nous mande qu*il est malade, et qu'il est en état <{u'il ne sauroit se remuer. 11 y a grande apparence que son mal n*est pas connu, et qu'il peut même avoir quelques besoins auxquels je pense qu il y aurait grande charité de pouvoir remédier; je le ferai de grand cœur, si par votre moyen je puis être assuré de Tétat où il est. Tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tronson.
P. ' S. — On m'a mis entre les mains une règle de cuivre et un livre des Confessions de s. Augustin pour rendre k M. Denyau, neveu de M. votre Doyen (2). S'il est à Angers, vous m'obligerez de savoir ce qu'il désire que l'on en fasse, et s'il veut me marquer quelque voie sûre pour les lui envoyer.
Voici la réponse à votre lettre du 4 juin que M. de Longueil me rend présentement :
!• L'emploi pour lequel le P. Honoré vous a proposé au Prélat doit éiro très utile, et je ne vois pas qu'il vous puisse incommoder;
â*» Je serais bien aise que vous allassiez à Saumur avec le P. Honoré; outre le bien que vous y pourriez faire, vous exerceriez un grand acte de charité en voyant vous-même ce bon prêtre dont je vous écris, et sondant le fond de son mal et ses besoins spirituels et corporels;
(1) M. Tronson lui a adressé plusieurs lettres, qu'où peut lire, avec sa notice biographique, dans la correspondance avec le séminaire du Puy.
(2) sur* ce neveu du j^rand doyen de la cathédrale d'Angers», voir Orayidet, flisioirc du Séminaire d'Angers, t. ï, p. 16().
COUnESPONDANCE AVEC LE SÉHLSAIUE I>*A>TiERS 27
IV' J'enverrai à M. Le Tellier (1) le récit que vous me ferez du succès de la misssion du P. Honoré.
LETTRE XVII
Ce 4 août ia^4.
Suivant Favis que vous m*avez donné, j*ai remis entre les mains du grand frère la règle et le livre qu*on m'avait prié de faire tenir à M. Denyau. Nous n apprenons rien de nouveau d*Abbevil!e; votre billet y a été envoyé. 11 faut que les religieuses aient dit tout ce qu'elles savoient; M. le Duc (2) ne m*en a pu rien apprendre.
Je vous suis obligé des bonnes nouvelles que vous me donnez de M. Gaillard; c'est un très bon prêtre, mais que Dieu humilie et qu'il sanctifie par cette voie.
Ne saurait-on avoir une copie de l'écrit de cette sainte (il le où vous dites qu'il y a de si belles instructions pour les personnes qui sont en cet état ?
Je bénis Dieu des merveilles qu il fait par le R. P. Honoré. On nous avoit dit que parmi ce grand nombre de restitutions qu'il a fait faire, la restitution des clercs s'y étoit trouvée. Ce ^eroit en vérité miraculorum ab ipso factorum maximum,
Une personne veut entrer chez les chanoines réguliers de S. Augustin qui sont à Angers (3); y a-l-il sûreté et que puisje lui dire ? — L. Tronson.
(1) Supérieur du séminaire de Bourges.
(2) Armand de Béthune, duc de Cbarost, qui prit le nom de duc de Bétbune à la fin de 1693, avait été lieutenant général au gouvernement de Picardie.
(3) Les chanoines réguliers de Saint-Augustin, réunis à la Congrégation de France, habitaient à Anîrers l'abbaye de Tou^jsaint, dont il iwte encore de très belles ruines.
LETTRE XVIII
Ce 28 août 1684.
Monsieur votre frère nous a apporté la relation de la mission d* Angers (1). J*y ai admiré le zèle du Prélat et la grâce du P. Honoré, J'espère que quelque jour nous pourrons avoir ici ce bon Père. S*il est libre le Carême prochain, on le sollicitera de venir émouvoir les cœurs des paroissiens de Saint- Sulpice (2), et quelque personne s'est déjà chargée d*en écrire. Je crois qu*il y feroit de grands fruits.
Je connais les besoins de M. Gaillard; il lui faudrait une personne sur les lieux qui le réglât. Je ne sais si on trouvera en qui il puisse prendre confiance. C*est un bon prêtre et que Dieu a exercé d'une manière humiliante. Ne connoissez-vous point quelqu'un à Saumur qui puisse lui être utile ?
Je n'ai point de réponse des religieuses d'Abbeville. Cela veut dire qu'elles n'ont plus rien à mander, et qu'il faut vous contenter des mémoires que vous avez.
Dieu soit béni de la force qu'il vous donne; c'est une marque qu'il veut que vous travailliez. Que tout, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, soit pour sa gloire. — L. Tron-
SON
LETTRE XIX
Ce 19 octobre 1685.
Le fruit des missions du R. P. Honoré dont vous me faites
(1) Relaiton de ce qui s'est passé dans la ville d'Angers au cours de la mission du P, Honoré de Cannes, Capucin, en l'année 1684 (par Grandet); Saumur, François Emou, in-4« de 38 papes.
(2) La mission de Saint-Sulpice commença, en effet, le 14 janvier 1685. V. Grandet, Histoire du Séminaire d'Angers, t. II, p. 290 et suiv.
CORRESPONDANCE AVEC LE sâMINAIRB D*ANGBRS 29
part par votre lettre, ne me surprend pas. On n*en doit pas moins attendre d*un ouvrier aussi zélé et aussi rempli de grice. Si i*on pouvait trouver de bons curés pour entretenir le bien qu il fait, ce serait le moyen de rendre ses travaux plus utiles. C*esl à quoi il me semble que nous sommes appelés, et qui doit nous donner du zèle pour former de bons ecclésiastiques. J*espèrc que quelque jour vous aurez plus de moyens qu*à présent de vous y appliquer, et que lorsque les clercs seront rendus au Logis-Barault, vous aurez autant de joie à travailler à faire de bons pasteurs, que vous avez maintenant de douleur de voir combien on en a besoin à la campagne. Nous prierons Dieu cependant pour le Prélat, et présent et futur, afin que vos désirs soient accomplis. Je suis obligé à M. le Curé de Saint - Nicolas (i) de se souvenir de nous. Nous ne Toublions pas dans nos prières. Vous verrez bien par cette réponse que j*ai reçu votre lettre du 7 de ce mois. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XX
Ce 10 décembre 1685.
Je vous aurais proposé de grand cœur d'accompagner nos Messieurs dans les missions de Languedoc (2) si vous aviez été inutile dans TÂnjou; mais votre vocation pour le lieu où vous êtes est trop reconnue pour vouloir vous en détourner par d*autres emplois. Si vous n*y faites pas tout le bien que vous désirez, il faut espérer que vous aurez un jour plus d*ou-
(1) M. Boucher. Voir la note de la lettre du 13 Juillet 1682, p. 16, note 4.
(•) Après la révocation de PÉdit de Nantes, Louis XIV ayant demandé aux communautés de Paris des missionnaires pour travailler à la conversion des hu^enots, M. Tronson avait donné quelques prêtres qui étaient partis pour aller évangéliser dans le Vivarais, :ious la direction de M. Couderc, supérieur du séminaire de Viviers. Voir la correspondance avec le séminaire de Viviers.
*iU LIVHE l'HEUIEIt
verlure el moins d'obstacles pour y procurer la gloire de
Notre Seigneur et y servir le diocèse.
M. Des Marais avoit eu quelque pensée d*aller dans la mission de Saintes; mais M. de Fénelon qui Tatlendait a été obligé de partir sans lui. Il emmène neuf bons ouvriers qui auront lieu d'exercer leur zèle sur les côtes de Saintongo et de La Rochelle où est leur département.
On a dressé ici une formule fort courte sur laquelle on reçoit les Huguenots qui se convertissent; elle contient seulement, en général, que Ton croit et reçoit TÉglise Catholique, Apostolique et Romaine, et que Ton condamne et rejette tout ce qu*elle condamne et rejette. Les gens sages et prudents ont cru que, dans les conjonctures présentes, cela suffisait : qu* une plus étendue qui spécifierait en détail les points controversés supposerait de grandes instructions, et demanderait trop de temps ; et que celle de Pie V n'ayant jamais été faite pour obliger à s'en servir à l'égard des Huguenots qui se convertissent, on ne devait point faire de scrupule d'en employer une autre qui la contint en substance; sauf à fairo ensuite les instructions nécessaires pour leur expliquer plus en détail notre créance. 11 y en a eu d'abord à Grenoble une plus étendue et moins juste, qui ne paraîtra pas. — L. Trox-
SON
LETTRE XXI
Ce 24 décembre 1685.
J'ai vu par votre lellre l'offre qu'on vous fait d'une cure(i). .Après avoir lu et relu les raisons que vous apportez dans votre lettre et pesé le pour et le contre, j'incline un peu plus pour la prendre que pour la refuser. Ainsi, à moins qu'un attrait contraire que vous auriez ne remit la chose dans l'équilibre, je vous conseille d'embrasser cotte croix que
(1) I^ cure de Sainte-Croix d'Angers. V. Histoire du Séminaire d'Angers, Livre VIII, cliap. XXV, t. II, p. 329-332.
CORRESPONDANCR AVEC LE SKIIINAIRR I)*ANr.ERS 31
Noire Seigneur vous présente, pourvu que votre sanlé vous
permette de la porter. Je crois qu en vous ménageant vous aurez assez de forces. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XXII
Ce 26 décembre 1685.
Vous voilà donc enfm devenu pasteur : Bornes pastor anif/iam suam dat pro ovibus suis (Joann. X, 11). Je crois que vous ne manquerez pas à cette obligation dans le besoin ; mais je crains que vous ne manquiez à celle de vous ménager. Vous devez néanmoins prendre tous les petits soulagements que vous pourrez; car votre santé n*est plus à vous, mais à vos ouailles. Ainsi, vous la devez conserver pour leur service et en avoir le soin que vous auriez d'un dépôt qu'on vous aurait confié.
Ceux qui s'attendent à de grandes choses de vous pour le règlement de cette paroisse et pour le bon ordre de TÉglise, sont, à mon avis, bien fondés; car, étant en Notre Seigneur en qui on peut tout^ et y étant autant que vous êtes, sans vouloir vous appuyer que sur lui seul, vos faiblesses ne vous empêcheront pas de répondre à toute leur attente.
Pour la bonne maman, il la faut laisser pleurer, et prier Dieu qu'il la console. Il y a longtemps que Notre Seigneur vous a fait passer par dessus ces tendresses de la chair et du sang, et que vous avez dit comme l'Apôtre : Cum placuit ei qui me segregavit ei vocavit per gratiam suam ut revela^^et filiurn suum in me, et evangelizarem illum, coniinuo non j
ncquievi caimi et sanguini {Galat, 1, 15, 16). Voilà pour ce j
qui regarde le général de votre lettre. Uuant aux ditiicultés I
particulières que vous m'y proposez, je vous dirai : \
l* Que c'est trop pour vous de faire les prônes et la méditation du soir. Ce serait un moyen sûr de faire vaquer bienlût Votre cure; ainsi vous n'y devez pas penser. Comme la méditation me parait d'un grand fruit, que Dieu y donne
3i LIVRE PREMIER
bénédiction et qu'elle vous sera plus facile, je vous conseille de la continuer; vous trouverez aisément quelqu'un pour les prônes;
i!" Ce serait une chose bien édifiante, si la dévotion des Ecclésiastiques et des peuples répondait à ce que demande une exposition continuelle du Saint-Sacrement. U faudrait que le monde y assistât en foule, et que Ton vît des effets extraordinaires de grâce, pour pouvoir approuver cet usage. Vous ferez très bien de le retrancher peu à peu si vous le pouvez faire sans bruit; peut-être néanmoins serait-il plus à propos d'attendre quelque temps pour mieux prendre vos mesures, et pour ne passer d'abord dans l'esprit de vos paroissiens pour un critique, et pour une personne qui n'entre dans la cure, que pour condamner la conduite de ses prédécesseurs, et trouver à redire à ce que les autres ont fail. Gomme vous êles sage, vous saurez bien prendre votre temps ;
3"* On ne défend point de dire la messe à l'autel où le Saint-Sacrement est exposé; les Rubricaires ne le permettent pas aisément, à cause de quelque indécence qu'ils y trouvent; l'usage néanmoins leur est contraire, et la coutume l'autorise assez pour n'en faire pas de scrupule.
Je ne vous conseillerois pas d'obliger les prêtres qui ont des messes de fondation dans des chapelles, de les dire devant le Très Saint-Sacrement;
4^ Je ne condamnerois pas un sous-diacre qui porteroit une perruque, pourvu que ce fût avec un véritable besoin, et permission de l'Évéque, et que les cheveux ne fussent pas trop longs. Cependant, comme cela n'est pas fort décent ii l'autel, le moins que l'on peut officier en cet état est toujours le meilleur;
5*" Je ne vois nulle difficulté de faire réduire les anniversaires et fondations dont le revenu est trop modique; car il vaut bien mieux n'avoir pas tant de services à faire, et les faire avec plus de décence et de religion;
0' Je crois que l'on fait ordinairement mémoire du Très Saint-Sacrement toutes les fois que l'on dit la sainte messe à un autel où il est exposé;
CORnESPONOANCE AVEC LE SÉMINAIRE I)*ANGERS 33
/" il vaudrait bien mieux n'avoir point d*abord tant de règlements, que Ton aurait peine à faire exécuter. II en faut l>eu pour le bon ordre, pourvu qu'ils soient bien observés. Quelquefois le grand nombre rebute. Si Ton pouvait gagner les cœurs par la douceur, avant que de contraindre par des règlements, le fruit en serait plus solide. Que si vous me dites que, dans la disposition où sont les esprits, la douceur n*y ferait rien, je n*ai pas d*autre réponse à vous faire, que celle du Père de famille : compelle intrare (Luc, XIV, 24). De quelque manière que vous en agissiez, je suis persuadé que ce sera toujours avec beaucoup de prudence, et que dabii tibi Dominus aasistîncem, sapientiam, ut iecum ait et tecum laboret {Sapient, IX, 4, 10);
8* Pour les mariages des huguenots faits dans le degré prohibé, je ne sais pas encore comment on en usera ici à Tégard de ceux qui se convertiront;
9* Je souhaite que la considération que le Prélat a pour vous, serve à appuyer tout le bien que vous pourrez faire dans votre paroisse, et que Ton a sujet d'attendre de votre prudence, qui saura si bien ménager la douceur et le zèle, qu'elle trouvera ce juste tempérament que s. Grégoire désirait dans les pasteurs : miscenda est lenitas cum severitate; faciendum quoddam temperamenttim ex utroque, ità ut neque milita asperitate exulcerentur subditi, neque ntmia benignitate solvantur (1). — L. Tronson.
LETTRE xxm
Ce !•' avril 1686.
Quelque pesante que vous trouviez votre charge, vous ne succomberez pas sous son poids ; Celui qui vous Ta imposée vous aidera toujours à la porter, et vous ne devez pas
. (1) s. Greg. Mag. De Cura pastorali, part. II, cap. VII; Migne, Patrol. lat. t. LXXVII, col. 38.
'M LIVHK PREMIER
craindre que, de sa pari, il manque à ses promesses, pourvu que de la vôtre, vous ne lui manquiez point de fidélité. Vous avez sujet de regarder la santé qu'il vous donne comme un présent de sa bonté ; mais cette vue vous doit obliger à ne la pas prodiguer et à profiter, autant que vos emplois vous le peuvent permettre, des avis charitables que vos amis vous donnent de la ménager. II y a des temps où l'on peut prendre quelque petit soulagement; il y en a d'autres oùlesoccupations pressent et ne le permettent pas. Il faut régler son zèle, suivre les ordres de la Providence, el profiter des ouvertures qu elle donne, soit pour le travail, soit pour le repos.
Ce seroit un effort inutile et même qui vous feroit tort, de vouloir, étant curé, vous assujétir à tous les exercices du Logis-Barault. Outre que votre santé ny suffirait pas, vous ne pourriez pas, avec cet assujétissemcnt, satisfaire à vos obligations plus essentielles ; pourvu que Toraison ne manque pas, tout le reste peut être suppléé.
Dieu veuille que les bontés du Prélat pour vous puissent servir à faire rendre ses clercs au Logis-Barault! C'est une résolution qui est difficile à prendre quand on craint le qti'en dira-t'On; et même on a peine à se dédire. M^' le cardinal Grimaldi a passé généreusement et bien chrétiennement pardessus cette considération, à Tégard d'une communauté de prêtres qu'il avait établie à Aix, et à qui il avoit donné la direction de son Séminaire, avec une condition expresse qu'ils ne pourroient jamais s'unir à une autre communauté. Cependant, comme il a reconnu dans la suite que cette union pourroit être utile pour soutenir son œuvre et pour le bien de son Séminaire, il leur a permis, par un acte authentique inséré dans son greffe, de s'unir à Saint-Sulpice, et a mémo dérogé, pour faciliter cette union, à plusieurs règlements qu'il avait faits. Je ne sais si un si tel exemple dans un Prélat aussi prudent et aussi zélé ne touchera pas le vôtre ; et si une conduite si humble et si dégagée de tous respects humains ne lui feroit point quelque impression pour passer par dessus le qu'en dira-t-on, en faveur des intérêts de Dieu et de son Église.
i:OHRE!iPONDAXCE AVEC LE SKUrXAIRE d'aMÎERS IJi»
J'ai vu le livre dont vous me parlez, inlitulé « Consiituiioneset Exercitia apiritualia Ecclesiasticointm 8eculariu?n in communi viventium{\). Il y a beaucoup de règles dans ce livre qui peuvent servir pour toutes sortes de communautés. II est toujours bon de lire ces sortes d'ouvrages et de profiter de ce qui nous peut convenir.
Les nouvelles des Capitulaires pour la réforme du clergé ne sont pas encore venues jusqu^à nous. Si vous avez de bons mémoires à nous envoyer sur cette matière, soit de M. votre Officiai ou d*autres, ils pourront peut-être servir utilement dans roccasioD.
Je ne sais pas pourquoi M. le Curé de Saint-Nicolas, qui esl à Laval, voudrait un ordre de la cour pour aller chez M"'" la marquise de La Barre instruire sa famille ; quoique sa maison soit éloignée de six lieues, pourvu que sa cure soit bien servie en son absence et que cette absence ne soit pas trop longue, je ne vois pas qu*il ait besoin d'autre permission que celle de son Évoque. — Je ne m'étonne pas que vous ayez plus de peine à gagner vos prêtres qu'à conduire vos peuples. Votre douceur et votre patience viendront à bout de tout.
Je recommande à vos prières deux bons sujets que Dieu nous a retirés depuis peu, M. Couderc et M. Le Breton (2). — L. TaoNsoN.
(1) Ces Constitutions publiées en 1684 ont été réimprimées en 1861 ilsJi^Vencrabilis servi Dei Bartholomœi HoUhauser, Fundatoris Clericorum secularium in communi vivcntium, et canonicm disciplinœ in Germania ardentissim^i selatoris, opuscula ecclesiastica, juxtà rom,anani editionem 1684 aedulo coUata et denuo édita, accurante J.-P.-L, Gaduel, Canonico etVicario generali Aurclianensi ; Aureliis et Parisiis, 1861, in-12, pp. xii-240. Voir ausv^îi Vie du Vénérable serviteur de Dieu Barthélémy Holzhauser..., fondateur de l'institut des Clercs séculiers vivant en communauté, avec une étude sur cet institut, par l'abbé Gaduel; Orléans et Paris, 1861, in-12, pp. xvm-450.
(2) M. Couderc était supérieur du séminaire de Viviers, et M. Jacques Le Breton directeur du séminaire du Puy, apr(»s en avoir été supérieur.
*]t> LIVRE PREMIER
LETTRE XXIV
A MONSIEUR r.RANDRT
Ce 26 octobre 1686.
Nous sommes très obligés au grand frère de la peine qU*il prend pour le Séminaire d*Aix. Je crois néanmoins vous devoir dire que nous n*y prenons pas d*autre intérêt que celui que Ton doit prendre pour ses amis; car, pour la proposition qu on nous a faite de nous en charger, c*est une affaire qui n*est pas prête d*être conclue, et qui pourra souffrir peut-être de grandes difficultés (1).
J'ai reçu le règlement pour vos pauvres écoliers que vous m*avez envoyé. Il est beau et il pourra servir ici pour do semblables communautés. Vous ne me mandez pas ce que contient cette belle ordonnance pour les tonsurés qui vous a coûté tant de pas.
Je ne vois pas d*inconvénient à vous engager de prêcher rOctave du Très Saint-Sacrement. Puisque ce ne peut êlre que dans deux ou trois ans, vous aurez du temps de reste pour préparer vos sermons.
M. Tabbé Des Marais est toujours lui-même, et vous le connaissez assez à fond pour n'avoir pas été surpris de ce qu'il a fait touchant la vie de M"« d'Épinoy, et l'approbation que vous lui demandiez (2).
Je serai bien aise de voir ce que vous avez recueilli et composé de la vie de M. Olier. Je suis assez persuadé de votre attachement à Saint-Sulpice pour me confier à vous autant qu'à personne du monde pour le travail dont vous me touchez un mot dans votre lettre, et je ne douterai pas même de votre capacité pour y réussir. Mais je ne crois pas que ce soit maintenant le temps d'exposer au monde tant de choses extraordinaires qu'il faudrait faire paraître, et qui ne
(1) U en sera parlé dans les Lettres de A/. Tronson à divers, livre III*.
(2) Il n'y a pas, en effet, d'approbation de M. Des Marais au livre de Grandet sur M''« de Meleim.
manqueraient pas d'exciter la bile et la critique de bien des gens. Ce siècle ici n*est pas fait pour ces sortes de vies; il Taut attendre que le goût change (1).
Ma santé, par la miséricorde de Dieu, est bien rétablie. Je souhaiterais qu*elle pût vous être utile en quelque chose. Vous savez avec quelle liberté vous pouvez disposer de celui qui est entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXV
Ce 2 février 1687.
J*ai vu l'ordonnance pour la tonsure, mais non pas encore la Vie de Mademoiselle d'Épinoy, dont le grand frère m'a fait présent de votre part. 1/extrait que vous avez fait de celle de M. Olier n*a pas passé par mes mains; mais sans Favoir lu, je puis bien vous dire que si vous étiez en état de pouvoir demeurer ici quelques mois, on ne ferait nulle difficulté de vous remettre tous ses papiers entre vos mains, et qu'on serait ravi que vous voulussiez bien vous charger de cet ouvrage. Mais vous avez d'autres affaires plus pressées auxquelles a résidence vous oblige ; il faut attendre que la Providence fasse des ouvertures pour cet ouvrage.
Si le docteur exilé mort à Riom fait des miracles, il faudra qu'ils soient bien avérés avant que vous y alliez en pèlerinage. Je n'ai point su que l'on (2) demandât un coadjuteur.
(1) Une notice sur M. Olier, — résumé ou esquisse d'une biographie plus considérable qui, dit-on, aurait été composée par M. Grandet mais dont le manuscrit serait perdu — est imprimée dans Les saints Prêtres français du dix-septième siècle ; Deuxième série, p. 279-295.
(2) On, c'est Henri Amauld, alors âgé de 90 ans, étant né en 1597, et évéque d'Angers depuis trente-sept ans. On lit, en effet, dans VHistoire de V église et du diocèse d'Angers par Très vaux (t. II, p. 204), qu'Henri Amauld voulut avoir pour coadjuteur Michel Le Peletier qui fut son successeur. En fait, Henri Arnauld mourut sans avoir jamais eu de coadjuteur, le 8 juin 1692, âgé de 95 ans, après 42 ans d'épiwopat.
•i8 LIVUE PHEMIËU
Vous verrez par celle réponse, que j'ai reçu votre letlrc du mois dernier. Vous prenez trop sur vous; ménagez votre santé. — L. Tronson.
LETTRE XXVI
Ce 14 mars 1687.
L'opposition de quelques-uns de vos prêtres n*est pas une raison pour quitter votre poste. L'exercice qu'ils vous donnent ne servira qu*à augmenter votre couronne. En quelque lieu que Ton soit on y trouve des croix. Celles que vous éprouvez de la part de ceux qui vous devraient soulager sont fâcheuses, mais elles ne sont pas extraordinaires. Notre Seigneur nous a fait connaître par sa conduite quelle doit ètro la nôtre dans de pa'reilles occasions; et il a permis qu'un des premiers prêtres devînt, de son disciple, son persécuteur, pour nous apprendre à ne nous pas décourager et à supporter patiemment de pareilles épreuves. Quand Dieu fera paraître qu'il vous appelle au séminaire, il n'y aura pas à délibérer; car les fruits que vous y feriez seraient plus grands que dans une cure; mais il faudrait que vous puissiez y régler les choses. Tant de dévotes sous la conduite d'un directeur de séminaire est un dérèglement auquel vous ne pourriez pas apporter de remède. Votre lettre a été envoyée k M. Le Tellier (1). — L. Tronson.
LETTRE XXVII
Août 1688.
Dieu soit béni qui vous a fait retrouver la sainte Croix. Je m'imagine que, quelque répugnance qu'y ail la nature, vous
(1) Supérieur du séminaire de Bourges.
CORIlESi'UNDANCE AVEC LK SÉMINAIRE D*ANGEUS 39
serez bien aise d'en recueillir les fruits^ et que vous diles de l>on cœur : ascendam in palmam et appréhendant frûcéus ejus (Cant. VII, 8). Je ne doute pas même que, dans les dispositions où Notre Seigneur vous met, vous n'en goûtiez les douceurs et vous n'ajoutiez : et fructus ejus dulcis gutturi meo iCant. Il, 39). Il faut que Tàme s'en nourrisse si elle veut s^engraisser dans le travail. Les prêtres qui vous persécutent vous font plus de bien qu'ils ne pensent; car en exervanl votre vertu, ils feront paraître votre fidélité et le triomphe de la grâce. Je ne crains que pour votre santé; c'est à vous de la ménager.
Pour votre Béate, dont vous me dites tant de merveilles, je vous avouerai simplement que je fais si peu d'attention aux prophéties et aux prophélesses de notre temps, que je ne me souvenais pas même que vous m'eussiez parlé de celle-ci. Ne vous parait-elle pas singulière en son espèce, et en a-t-on jamais vu que l'on ait ainsi exposée par un écrit public à répondre, ou plutôt à faire répondre Notre Seigneur, à toutes les demandes qui lui seroient faites? Je ne sais si vous connaissez, ou cette dévote ou ses directeurs; mais je doute fort qu'ils aient consulté des gens fort sages, pour faire imprimer ce billet que vous m'avez envoyé. Il a fait venir à plusieurs, à qui je l'ai communiqué, la pensée de lui envoyer des mémoires de quelques demandes particulières; mais tous n'y sont portés que par curiosité, et je n'en vois point qui soient disposés à le faire par confiance. Si vous aviez cette oraison que Notre Seigneur lui a donnée dans une vision intellectuelle, avec les cinq grâces qu'obtiennent ceux qui la récitent, vous m'obligeriez fort de me l'envoyer. Je ne sais si ce que vous me dites, que M. de La Pérouse (1) Ta consultée, est bien assuré. Je lui en écrirai exprès pour en être éclairci; car il est bon de prendre toujours les lumières que Ton peut sur ces choses extraordinaires, où il y a souvent de l'illusion et de la fourberie. Souvent on peut être consulté là-dessus, et quand on en connaît le détail, on peut
(\) Voir la note de la lettre du 25 août 1091.
W LIVllE riŒMiKn
se rendre également utile k ceux qui ont trop de crédulité, ou qui sont trop critiques.
Parmi ces grands désordres du diocèse, ne découvrez-vous point de quiétisme? C'est une source d'effroyables abominations qui vont au delà de ce que je ne saurais jamais imaginer. Dieu nous fasse miséricorde et ait pitié de nous. — L. Tronson.
LETTRE XXVIII
Ce 27 août 1688.
J'ai reçu votre lettre du 22 de ce mois avec Toraison de votre dévole dont je vous remercie. Dieu veuille accomplir ces prédictions qui vous doivent faire arriver au comble de vos souhaits I Voici un billet que l'on m*a donné pour elle, dont vous ferez l'usage que vous jugerez à propos.
La grâce de Saint-Sulpice n'est pas de paraître; son fondateur a désiré d'être caché; c'est à Dieu à la manifester dans son temps. Nous pourrons trouver quelque accès auprès de M. Thevenol (1), et nous saurons s'il veut donner quelque mémoire pour la vie de M"* Perriquet (2).
J'approuve fort votre dessein de faire de courtes, mais affectueuses méditations sur la vie de Notre Seigneur, aussi bien que l'explication des figures de l'Ancien Testament par rapport à Jésus-Christ. — L. Tronson.
(1) Bibliotliécaire du roi.
(2) M"« Perriquet, « une des plus savantes flUes de son siècle », en fut aussi, après sa conversion, une des plus pieuses. M»* d'Aligre, chez qui elle mourut à Vieux-Château, en Bourgogne, qui avait ramassé beaucoup de mémoires et de lettres pour travailler à là vie de cette demoiselle, les remit tous à M. Grandet, et le pria de se charger de ce travail. Mais il ne paraît pas que M. Grandet ait eu le temps de Texéeu ter. Il se sera contenté de ce qu'il en a écrit dans son Histoire du Séminaire d' Angers, Livre \\\\% cliap. XXXVIII, t. II, p. 365-369.
COUUKriPU.NDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aNGEKS U
LETTRE XXIX
a monsieur GRANDET
Ce 26 septembre 1688.
Dieu soit béni qui donne toujours aux zélés Toccasion d'exercer leur zèle contre les nouveautés, et de Texercer avec tant de succès. S*il y avait partout des sentinelles aussi vigilantes» Tennemi ne ferait pas tant de progrès, et Ton ne verrait pas tant de surprises. Si vous avez la bonté de nous envoyer la thèse, elle nous donnera lieu de mieux chanter vos victoires, et nous la mettrons avec d'autres pièces, qui font voir que ce que Ton appelle un fantôme est quelque chose de plus(l). On fera écrire dans le manuscrit que vous avez laissé à M. Boucher ce qui y manque; mais il faut atten* dre que je sois à Paris, celui que nous avons étant enferme dans mon cabinet. Ce que j*ai sur les matières ecclésiastiques est si imparfait, qu*il ne mérite pas qu'on perde du temps et de Targent à le faire copier. J'ai parlé à M. Baiiyn pour ses catéchismes (2); nous vous les ferons copier par une personne qui écrit fort bien, sans qu'il vous en coûte rien. Vous n'avez qu'à nous mander de quel volume vous les souhaitez; on y donnerait d'autres pièces en échange, lorsque l'occasion s'en présentera. Nous recevrons toujours par avance la lettre du P. Cerle sur le bref du Pape, écrit à M. l'Archevêque de Toulouse, et celle de M. Deslions à M. lo
(1) Au mois d'août précédent, les chanoines réguliers d'Angers voulurent faire soutenir une thèse janséniste en présence du Chapitre de leur ordre qui devait s'assembler à Angers ; mais la thèse fut connue & Paris, et le roi en ayant été informé Ht écrire une lettre de cachet au Général des chanoines réguliers portant défense de soutenir ladite thèse. V. Grandet, Histoire du Séminaire d'Angers, Livre IX-, cbap. CI et m, t. II, p. 377-383.
(2) Plus exactement, ses Règlements sur les catéchismes. Ils s'observent encore dans les Catéchismes qui se font à la paroisse de Saint-Sulpice. V. Bibliothèque Su/picicnne, 1. 1, p. 105, loo.
i^ LIVilË PUËMIER
cardinal Camus (1), si vous avez la bonté de nous les envoyer. Tout à vous. — L. Tbonson.
LETTRE XXX
A Issy, ce 14 octobre 1688.
J*ai reçu la copie de votre belle thèse; nous attendons la censure et les lettres du P. Cerle et celles de M. Deslions. La dernière que vous m'avez écrite s*est ici brouillée parmi bien des papiers que j*ai été obligé de remuer ces jours passés. Si elle contenait quelque autre chose qui demande réponse, il faudra m*en rappeler la mémoire. Comment appellez-vous le Père qui a été exilé (2)? Avait-il quelque charge chez les Chanoines réguliers? Où Ta-t-on envoyé? Est-ce à cause de la thèse? En quel temps a-t-elle été soutenue? Y a-t-il longtemps que le Chapitre est fini (3)? Toutes ces circonstances embelliront Thistoiro de la thèse, que nous conserverons parmi les reliques du Jansénisme. Elles feront voir un jour que ce n*est pas un fantôme. Je suis entièrement à vous. — L. Tronson.
(1) S'agit-il de la lettre àlaquelle le cardinal fait la réponse imprimée dans le recueil de ses Lettres publiées par le P. Ingold (Paris 1892, in-8«, p. 493) ? D'après cette réponse, la lettre de Deslions, qui est dans le n» 1069 des manuscrits de Clairambault (folio 98), à la Bibliothèque Nationale, serait de Pannée 1686 ; elle féliciterait Le Camus de son élévation au cardinalat, dont il lui donne une « idée très sainte et très chrétienne », tout en lui faisant t remarquer adroitement les périls qui environnent cette dignité ».
(2) C'était le P. de Gyves, alors supérieur du séminaire que diriffeaient les chanoines réguliers à Angers, « homme d'un très petit esprit et d'un médiocre jugement ». (Grandet, Histoire du Séminaire (l'AnffcrSj t. II, p. 377, 379).
(3) D'après l'onlre du roi, le Chapitre ne devait se tenir « que pendant un jour; ce qui fut exécuté ». Grandet, loc. cit., p. 378.
CORIlESPONDANCl!; AVEC LE SÉMINAIRE i/aNGERS 43
LETTRE XXXI
Ce 27 février 1689.
J*ai appris avec joie par voire lettre l'heureux rétablissement du séminaire (l*Ângers dans le Logis-Barault et les dispositions du Prélat à votre égard. G*est savoir faire sa cour comme il faut que d*en avoir écrit au P. de La Ghaize» et d'avoir fait voir sa réponse au Prélat (1). II ne vous manquerait plus, pour comble de bonheur, que d'être assuré d'un successeur tel que vous le désirez; ce serait un bon moyen pour adoucir vos croix ; mais hoc opua, hic labor est.
Pour le monitoire contre le prêtre dont vous faites si bien le portrait, vous pouvez le faire publier, si vous croyez qu'il ait un bon succès et que votre attrait vous y porte (2). Car, pour vous donner sur cela aucun avis, je ne puis vous dire autre chose, si ce n'est que les suites pouvant vous engager dans un procès, je ne conseille jamais de plaider; mais j'approuve fort cependant qu'on le fasse quand on croit que Dieu le demande et qu'il y va de sa gloire.
Je crois que ce persécuteur vous est plus utile que s'il était votre ami. Il est bon d'avoir toujours quelqu'un qui vous exerce, ne vlrtus inexercitata languescat. — L. Tronson,
(1) Cette réponse du P. de La Chaize, et Phistoire des longues négociations qui précéclèrent cette restitution, est rapi>ortée par Grandet, t. II, p. 384-416. Il termine en disant que M. Tronson, apprenant cette nouvelle, « répondit en riant que cela s'appelait, bien faire sa cour ».
(2) On a une esquisse de ce portrait dans le chapitre XXXI^^ du huitième livre de VHistoire du Séminaire cV Angers (t. II, p. 347-350), où M. Grandet raconte toute cette alîaire. Le prêtre se nommait Jacques (iodieret habitait la paroisse Sainte- Croix, dont M. Grandet était curé.
Vk UVïiE PllKMlER
LETTRE XXXïl
A l'abbé de SAINT-AUBIN (i)
Ce 9 septembre 1680.
Tai reçu avec bien de la joie. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. Votre cœur est trop à Dieu pour ne lui être pas également fidèle en quelque lieu que vous soyez. Ainsi je suis persuadé qu*à Angers, au milieu de vos affaires, vous n*aurez pas moins en vue de lui plaire qu*à Paris ou à Issy, au milieu du séminaire. Si vos exercices de piété sont plus interrompus, et souffrent quelque diminution par les emplois extérieurs, j*espèrc que la pureté de vos intentions et le désir de n'y faire que la volonté de Dieu empêcheront que votre dévotion ne souffre du déchet. Je ne vous dis rien pour votre zèle; car je suis persuadé qu'il sera toujours assez ardent, et que s'il a besoin de se modérer dans quelques occasions, il trouvera en conférant avec M. de Flamanville (2) des règles
(1) Charles-Maurice Le Peletier, al)l)é de Saint-Aubin d^Ani^ers, né à Paris en 1666, troisième tlls de Claude Le Peletier, contrôleur général des finances, docteur de Sorbonne en 1692, directeur puis supérieur du séminaire d'Angers, directeur puis supérieur du séminaire de Saintsulpice, mourut le 7 septembre 1731. Il était acolyte et prieur delà Valette, au diocèse de Marseille, quand il entra, au mois d'octobre 1685, à la petite communauté ; d'où il passa au grand séminaire dans le courant de la semaine sainte de l'année 1688. Voir le Précis de sa vie, par l'abbé Proyart, t. XVI, p. 215-388 de ses Œuvres complètes (Paris, 1819) ; ou bien à la suite de VHistoire du Séminaire d'Angers de Grandet, t. II, p. 666-684. Introduction à la Vie de M, Émcry, par M. Gosselin, t. I, p. 61-75.
(2) Jean Hervé, flls de Hervé Hazan, marquis de Flamanville, né vers 1659 à Flamanville, diocèse de Coutances, entra au séminaire de Saint-Sulpice en 1682. Il exerça pendant plusieurs années le ministère ù la paroisse, s'appliquant spécialement à l'instruction des laquais. En 1694, révêque de Castres, Augustin de Maupeou, le fit son vicaire général. Nommé évèque de Perpignan le 8 septembre 1695, il fnt sacré dans l'église de Saint-Snlpicc le 12 février 1696, administra sagement
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE D*ANGERS 4ii
de la prudence nationale (1) pour se contenir dans de justes bornes. Quoique vous puissiez trouver assez de lumière dans voire propre fonds, je ne pourrai jamais vous conseiller de vous y fier, voyant combien tous les saints se sont toujours défiés d'eux-mêmes.
Noire jeunesse se divertit ici assez bien; mais ils le feraient encore mieux si votre présence les animait; c*est un avantage qu ils espèrent de recevoir sur la fin des vacances ; mais je ne sais si les desseins de la Providence sur vous seront conformes à leurs souhaits.
On n*a point fait encore de découverte considérable, et je ne vois pas qu*on s'en empresse beaucoup.
M. Bauyn et M. Saget (i) sont à Paris; le premier, pour avoir soin de la maison ; l'autre, pour deux incommodités considérables qui l'ont obligé de se mettre entre les mains de M. Helvétius.
M. de Nérestang (3) a eu déjà plusieurs accès de fièvre quarte ; cet accident, joint au peu de secours qu'il reçoit de sa famille, ne diminuera pas sa mélancolie. M. de Bressac (4) pour qui il continue d'avoir une entière ouverture, fait du mieux qu'il peut pour le consoler.
son diocèse, et mourut à Perpignan le 5 Janvier 1721, « en réputation lie sainteté ». n en est souvent parlé dans La vie édifiante de Claude Le Pelletier de Sousi^ par l'abbé Proyart, tome XVI de ses Œuvres complètes. Parmi les lettres de M. Tronson à divers, plusieurs sont adressées à M. de Flamanville.
(1) Cette prudence « nationale » est la même que M. Tronson appelle « prudence du pays » (de Normandie) dans une lettre à M. Lallier, curé de Valognes, datée du 20 février 1686. Or, on Pa vu dans la note précédente, M. de Flamanville était du pays, de la nation de Normandie.
(2) Le premier, M. Jacques Bauyn, né à Baie en 1641, mort à Paris le 19 mars 1696, était supérieur de la Petite communauté, V. Bibliothèque sulpicienne, 1. 1, p. 105-107. —Le second, M. Jacques Saget, né en 1630 dans le diocèse de Chartres, était directeur de la Solitude depuis l'année 1686. Il y mourut le 25 février 1704.
(3) Entré le 26 mars 1689 au séminaire, il en sortit le 24 novembre suivant.
(4) Charles Le Vayer de Bressac, du diocèse du Mans, entra le 8 novembre 1687 au séminaire, et plus tard dans la cômpapmie.
M\ IJVRE PUEMIER
M. de Montmorency, voire bon néophyte, va son Irain ordinaire, et je ne doute pas que la charité que vous avez particuliërenoent pour I*un et pour l'autre ne s'applique volontiers à recommander à Dieu leurs besoins (1). Je suis mille fois plus que je ne puis vous dire, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement et très parfaitement à vous. — L. Troxson.
Le cher compagnon de votre voyage M. Tabbé de Flaïï\2in\iïle, cornes peregrinationîs iuœ, peut s'assurer que nous ne Toublions pas.
LETTRE xxxill
A UONSIBUR GRANDET
Ce 22 février 1690.
J'ai peine à croire que Tévéché de Blois(2) mette obstacle à Taccomplissement de vos desseins. S'ils ne réussissent pas, Tabbé n'en sera pas la cause; car il n'a point d'autre vue que de s'abandonner pour tout à la Providence, et de suivre les ouvertures qu'elle donnera.
Quoique toutes les croix soient bonnes et sanctifiantes pour ceux qui en font un bon usage, je bénis néanmoins Notre Seigneur de vous avoir délivré de celle qui mettait un si
(1) Louis-Guillaume de Montmorency, du diocèse de Nantes, était entré an séminaire de Sain t-Sulpice le 4 mai 1689 : U sortit le 21 février
(2) L'évêclié de Blois ne fut érigé que le 1" juillet 1697, par une bulle du pape Innocent XII ; et celui qui devait en être le premier évêque, David-Nicolas de Bertier, ne fut désigné que le 22 mars 1693. Mais dés Pannée 1690, avant la nomination (U février 1690) de Godet des Marais à révêché de Chartres sur le territoire duquel on voulait prendre (îelui de Tévèché de Blois, Louis XIV avait résolu d'en solliciter Térection; et comme, dés lors aussi, Topinion vraisemblablement désignait pour ce nouveau siège épiscopal, Tabbé de Saint-Aubin qui, à ses belles qualités, joignait celle d'être fils d'un ministre d'État, M. Grandet qui désirait le voir venir à Angers pour travailler avec lui à préparer et à consommer l'union du séminaire d'Angers à celui de Saint-Sulpice, appréhendait, non sans raison, d'être privé de son concoure.
GORRBSPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aNGERS 47
grand empéchemenl au bien de votre paroisse, et à la règle que vous y vouliez établir. Il faut prier pour cet exilé (1), a6n qu*il profite aussi bien de son exil, que vous avez profité de sa présence.
Pour ce qui regarde votre santé, j'ai peine à croire que vous puissiez bien guérira Angers; vous ne sauriez y prendre assez de repos, et vous y aurez toujours trop d'occupations pour un malade, qui aurait besoin de n'en point avoir pendant quelques mois. Comme l'air de Paris est avantageux, à ce que l'on dit, pour les maux de jambes, vous feriez bien de venir passer ici quelque temps pour vous rétablir parfaitement. Pensez-y sérieusement devant Dieu, et me croyez en Lui tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XXXIV
A l'abbé de SAINT-AUBIN
Ce 25 août 1690.
J'ai reçu. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. M. de Flamanville m'a fait le récit de votre voyage avec sa manière enjouée : mais quelque divertissement que vous aient donné ses réflexions morales sur les accidents qui vous sont arrivés, j'ai encore plus de joie d'apprendre l'ordre de vie que vous observez, et la fidélité que vous avez à vos exercices. Comme Notre Seigneur a préservé votre cœur de la contagion du monde, et qu'il vous fait goûter les avantages qu'il y a d'être ;i lui sans réserve, vous ne devez rien négliger pour conserver une grâce qui ne se répare presque jamais quand une fois on la perdue. Ainsi, profitez de tous les moyens qu'il vous donnera pour vous sanctifier et procurer sa gloire. Vous avez bien fait de relâcher un peu sur le fait de l'encensement (2),
(1) Jacques Godler, ce prêtre discole dont il a été parlé page 43.
ii) Vraisemblablement, Tabbé de Saint-Aubin s'attendait, au chœur, à être encensé de trois coups, et il ne Pavait été que de deux par les moines bénédictins, tldèles aux règles du cérémonial romain.
i8 LIVllR PREMIER
ne sachant pas encore Tusage do la congrégation; un peu de fumée ne vaut pas la peine de faire un procès. C*est ce que dirait le Père Maître (1), s*il était ici; mais il est encore en Normandie où il est ailé voir une partie de sa famille; il ne manquerait pas aussi de faire de belles réflexions sur le grand sérieux que vous gardez : c*est une gravité dont les suites ne seront pas trop à craindre, puisquMl ne faudra que deux jours pour vous en défaire. J*espère cependant qu*il vous en restera toujours assez, afin que vous puissiez, suivant le conseil de s. Paul, in omnibus teipswn prœbere exemplum bonorum operum, in doctrinâ, in iniegritate, in gvavitate. (Tit. II, 7).
Je ne vois rien à dire sur Textérieur de votre règlement qui me parait bien ordonné. Quant à Tintérieur, vous devez particulièrement veiller sur votre oraison, de peur que les distractions que vous causeront vos emplois extérieurs ne vous en dérobent le fruit. Il faut que vous fassiez, entrant à Toraison, ce que faisait s. Bernard en entrant à TÉglise : il disait à toutes ses pensées, quelque utiles qu^elles puissent être d'ailleurs : « Attendez-moi ici à la porte, je vous reprendrai en sortant ». Vous savez que de cette action dépend le succès et la bénédiction de toutes les autres; pourvu que vous y soyez fidèle, le reste ira toujours bien.
Le retardement de cette lettre me donne lieu de répondre à votre seconde. Les réflexions que vous faites sur la servante de M. le Curé de Sainte-Croix sont très justes et très canoniques. S*il peut se résoudre à s'en défaire, il fera une action qui ne sera pas seulement fort édifiante, en se mettant dans rélat que les canons demandent, mais qui le mortifiera assez pour lui attirer beaucoup de grâces. Car je ne doute pas que cette privation lui soit une bonne croix, par la difficulté de trouver un garçon qui lui soit aussi fidèle et qui lui rende les mêmes services. M. le cardinal Le Camus (2) dans ses Ordonnances synodales ne fait aux ecclésiastiques que des
(1) Charles de Longueil, maître de cérémonies au séminaire de Saint- Sulpice.
(2) Kvéque de Grenoble, du 24 août 1671 au 12 septembre 1707.
exhortations très pressantes de n*avoir point de servante; mais il leur défend, sous peine de suspense encourue par le pur fait, d*cn avoir qui n'aient pas atteint Tâge de 55 ans. 11 me parait que si, par cette ordonnance, il relâche quelque chose de la sévérité des anciens canons, il ne le fait que par une condescendance à laquelle la nécessité du temps Toblige, et d*une manière qui fait assez connaître aux ecclésiastiques bien intentionnés, quMls n*en doivent avoir aucune, quelque âgée qu*elle puisse être; et il arrive effectivement de si grands désordres de ces servantes, que je ne conseillerai jamais à des prêtres d'en garder chez eux, quelque vieille qu'elle soit et quelque âgés que puissent être ces prêtres. S'il y a quelquefois des raisons pour le souffrir et ne les pas condamner, il n'y en peut guère avoir pour le conseiller. L'exemple et l'édification publique feront toujours souhaiter aux personnes un peu zélées, que l'on se prive de plusieurs petites commodités pour ne pas autoriser une conduite qui cause tous les jours tant de scandales dans l'Église. Si le bon euro dont il s'agit vous demande mes sentiments, vous pouvez les lui dire : ce sera à lui à voir s'il peut se passer de sa Comustibit (i) : c'est ainsi que M. le Président de Sève (2) appelait les servantes des prêtres. Votre prudence, jointe à votre zèle, fera merveille en cette occasion. Je me recommande à vos prières, et suis, de toute l'étendue d'un cœur qui est tout à vous, votre tout acquis en Notre Seigneur. — L. Tronson.
(1) C'est le nom donné dans rÉcriture à la troisième illle de Job. Joô. XLII, 14.
(2) Jean de Sève, oncle maternel de M. Tronson, président aux enquêtes du Parlement de Paris, qui, étant devenu veuf à Page de GO ans, se démit de sa charge et embrassa l'état ecclésiastique. V. Vie de M. Oiicr, t. III, p. 144.
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LETTRE XXXV