PREMIÈRE PARTIE
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE h ANGERS
LETTRE I
A yONSIBUR GRANDET (1)
7 Novembre 1676.
Votre lettre du t8* octobre m'est rendue bien tard. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, et je ne sais sjil sera encore temps d'y répondre. Cependant voici ce que je [lense sur les articles que vous me proposez.
(1) Quoique le séminaire d'Angers n'ait été uni à celui de Saint-Sulpiee qu*en avril 1695, nous croyons cependant pouvoir placer dans ce livre les lettres adressées par M. Tronson à M. Grandet et à M. Le Peletier, dit Tabbé de Saint-Aubin, qui en furent les premiers supérieurs, qui Airent agrégés à la Compagnie après l'union faite, et qui avaient beaucoup contribué à la préparer et à la faire réussir.
Joseph Grandet était lui-même né à Angers le 30 juillet 1646, et était
Z M VUE PiiKM[RR
1. Je ne sais si M. Des Marais (i) u dit tout ce qu'on lui fait dire, et je ne l'ai jamais examiné. Mais quand il auroit avancé toutes ces extravagances (2), il ne laisse pas d'avoir dit de bonnes vérités contre le parti qui lui fait ce reproche.
2. Vous ne devez point penser de retourner au Logis-Baraull (3) dans l'état où vous êtes. Votre obligation plus pres-
entré au séminaii'e de Saint-Sulpice le 9 avril 1670. En 1673, n'étant encore que diacre, il fut appelé à travailler dans le grand séminaii-o d'Angers, dirigé alors par des prêtres du diocèse. Ordonné prêtre le l'Z mai 1674, il tomba presque aussitôt après gravement malade, et dut se retirer chez sa mère, où il passa environ dix ans, occupé à composer ou à préparer ses nombreux ouvrages. Il put cependant, en 1684, rentrer au séminaire, dont il devint supérieur en 1692, et qu'il ne quitta qu'à sa mort, arrivée le l"»- décembre 1724. Son Histoire du séminaire d'Angers depuis sa fondation en 1659 jusquUX son union à Saint-Sulpice en 1695 a été éditée par M. Letourneau. aujourd'hui Curé de Saint-Sulpice (Angers, 1893, 2 vol. in-8«»). lequel a mis en tète une ample Notice Biographique sur M. Joseph Grandet (t. I, p. I-Lxxui). Pour la bibliographie de ses nombreux écrits, voir la Hif)liothùque Suipicienne, t. I, p. 223-241.
(1) ï^aul Godet des Marais naquit en 1647, à Talcy, arrondissemont de Blois, alors du diocèse de Chartres. Il reçut le bonnet de docteur U; M aoiit 1677. M™« de Maintenon l'ayant choisi pour directeur de sa conscience, l'abbé des Marais n'accepta cet emploi que sur les instances de M. Tronson. Nommé évèque de Chartres le 11 février 1690, il fut sacré à Saint-Cyr, dont il était supérieur, le 31 août 1692, et lit son entrée dans sa ville épiscopale le 26 décembre suivant. Il publia plusieurs Onlonnances et Instructions pastorales, dans les(iuelles il condamna les ouvrages quiétistes du P. Lacombe, de M»»» Guyon, de Kénelon; et quelques ouvrages jansénistes, tels que le Cas de Conscience proposé jmr un confesseur, et les Institutions théologiques du P. Juénin, de l'Oratoire. Il mourut à Paris le 26 septembre 17(»9. Saint-Simon, dans ses Mémoires, a fait de l'évêci^je de Chartres deux beaux iiortraits qu'il faut lire : le premier, dans l'édition de M. de Boislisle, t. II, p. 40-43; le second, dans l'érlition de M. Chéruel. 1856, t. VII, p. 401-405.
(2) Vraisemblablement dans ses épreuves de licence, qu'il soutint «•ette même année 1676.
(3) Le « logis » ou hôtel « Barault », alors « la plus belle et la plus magnifique maison de la ville » d'Angers, était celle qu'occupait Je séminaire. Klle avait été achetée par les directeurs, et le contrat de
COHRRSPONDANCE AVEC LE SÉMINAlliE D^NTiERS W
sanle est de rétablir voire santé. Ainsi, consultez le médecin, ot voyez ce qui peut vous guérir. Si Tair de la campagne vous est meilleur, ne faites nul scrupule d'y demeurer. S'il croit que vous deviez manger de la viande les vendredis el les samedis, obéissez-lui aussi ponctuellement et avec autant lie joie que s'il vous conseillait des choses qui seroient plus au goût de votre dévotion. Car enfin, mon très cher, je suis convaincu que vous plairez plus à Dieu en tâchant de rétablir une santé dont vous ne voulez Tusage que pour l'employer à son service, que si vous faisiez de rudes mortifications et do grandes abstinences. Vous savez que nous ne sommes pas accusés de solliciter trop les enfants d'aller et de demeurer chez leurs parens; mais si vous vous portez mieux chez Mailame votre mère qu'ailleurs, je vous conseille d'y demeurer lant que vous serez infirme. Je suis assuré que ce conseil venant de ma part ne vous sera pas suspect. Or, il ne m*a été suggéré ni par la chair ni par le sang, et je ne vous le donne, que parce que je crois que c'est ce que Dieu demande de vous. Tant que vous ne le ferez que par obéissance, vous n'avez rien à craindre; car rien n*est plus souverain contre le mal de mère dont on vous menace. Pour ceux qui murmurent contre vous, vous les laisserez murmurer, et vous demeurerez cependant en paix. Un jour viendra que votre conduite sera justifiée à leurs yeux, et que la vérité triomphera de tout.
3. Je vous plains dans la perte de vos espérances. Je ne sais si elle seroit suffisamment réparée par M. l'abbé de M., mais M. Tabbé Des Marais est une personne à contenter : vous l'avez pu voir ici, et comme il y a très longtemps que je le conduis, je puis vous en répondre plus que d'un autre. C'est un esprit doux, très bien intentionné, et qui est dans la bonne doctrine. Il y a quelque temps qu'il a achevé sa licence, et il a été assurément des meilleurs qui aient paru sur les bancs (1). Enfin, je ne vois rien en lui qui ne fût ca-
vente en avait été passé à Paris le 2 juin 1673. Cfr. Grandet, Histoire tîu séminaire d'Angers, t, I, p. 141-145. U) Godet des Marais eut le 17« rang sur 93 licenciés reçus en KiTG. La
4 LIVUE l'IlEMIKK
pabie de contenter. Il a une tante qui le chérit comme siui tils; qui est fort connue a la cour, et qui a grand succès chez M. Colbert (l). Tout cela, avec une abbaye de douze ou quinze mille livres de rente dont il jouit (2), pourroit peutêtre entrer en quelque considération. Je ne sais s*il n'y u point encore à la cour une personne de même nom. Mais celui dont je vous parle demeure encore à la Petite communauté (3).
4. J*ai pour le moins autant d*envie que vous de vous voir encore une fois ici en retraite. Mais, mon très cher, il faut (|ue nos désirs, soit de santé, soit de retraite, soient soumis aux ordres adorables et toujours aimables du Souverain Maître. Disons-lui donc Tun et Tautre, mais du fond du cœur : Quod bonum est in oculis suis faciat; Dominus enim est (I Reg., III, 18). Qu'il est doux, mon cher enfant, de ne vouloir plus que plaire à Dieu I U faut que toutes vos vues, toutes vos pensées, tous vos mouvemens, tous vos désirs s'anéantissent, se perdent et absorbent dans ce désir unique et uniquement aimable de plaire à Dieu. Je ne puis vous diro combien je me sens attiré à lui, pour être en lui tout à vous. — L. Tronson,
première place fut donnée à Louis-Antoine de Noailies, le futur archevêque de Paris.
(1) Jean-Baptiste Colbert, le grand Ministre, naquit à Reims le 29 août 1619, et mourut à Paris le 6 septembre 1683, après avoir été successivement conseiller d'État et intendant des finances (1661), surintendant des arts et manufactures (1664), contrôleur général des finances (1665), secrétaire d'État de la marine, du commerce et de la maison du Roi... Cfr. Histoire de la vie et de l'administration de Colbert, par Pierre Clément; Paris, 1846, in-8'».
(2) L'abbaye d'Igny, ordre de Citeaux, au diocèse de Reims, dont rabbé des Marais fut pourvu dés Page de quatorze ans, mais dont les revenus furent fidèlement distribués aux pauvres. MM. les abbés Péchenard et Lucot ont publié en 1884 une Histoire d'Igny-en-Jard.
(,3) La Petite communauté, dépendance ou succursale du séminaire (le Saint-Sulpice, avait été établie, vers 1672, dans une maison située rue Pot-de-Fer, aujourd'hui rue Bonaparte, pour ceux qui, manquant de santé, ne pouvaient suivre dans tous ses points le règlement du séminaire. Elle ne subsista que jusqu'en 1690.
r.DUKESPUNOA.NCK \V£C LE SÉMINAIRE d'aNTiKHS T)
LETTRE II
17 mare 1677.
Je vois par votre dernière lettre qui m'a été rendue ce matin, que peu à peu votre santé se rétablit. H ne seroil pas juste que vous en fussiez quitte à si bon marché, et ({u'ayant encore si peu fait pour Notre-Scigneur, vous allassiez recevoir la couronne qu'il vous veut faire acheter un peu plus cher. 11 faut vous préparer à de plus grands travaux,
et prendre les petits soulagemens que vous avez chez Ma-
dame votre mère, dans le même esprit que TEnfant Jésus recevoil ceux que lui donnoit sa très sainte mère. Gomme il se regardoit toujours ainsi qu'une victime, il ne vouloit de force et de vie que pour les consommer à la gloire de son père. Il ne prenoit de nourriture et d'aliment que pour être plus en état de le servir, et il étoit ravi de sucer le lait de la Très Sainte-Vierge, dans la vue que ce lait se devoit convertir en son sang, qu*il répandroit un jour pour consommer son sacrifice. Il ne faut pas que vous en soyez quitte à meilleur marché; et si vous avez maintenant un peu de lait, et que la nature trouve quelque petit secours chez la bonne maman, que ce soit dans l'attente de tout immoler à la gloire du souverain maître (1). Voilà tout le mal que je vous désire.
Je n*ai point su ce que c'est que la lettre contre Monseigneur l'archevêque (2) dont vous me mandez qu'il a l'ori-
n) Dans un billet écrit le 25 novembre 1676, M. Tronson disait à M. Grandet : « Nous n'oublions pas de demander à Dieu votre santé comme une chose qui nous est bien à cœur. Mais vous voulez bien que nous lui demandions par dessus tout raccomplissemcnt de ses adorables desseins sur son petit Joseph. Je ne sais si le succès sera t'onforme à ce que dit s. Ambroise de l'ancien Joseph : Mercationtf furtica patri patriœque sublatus toti dominatur ^Egypio. Si la prophétie étoit pour vous, nous changerions un mot et nous dirions, mat ri. Cependant Je vous conseille de téter k votre aise, et d'attendri^ que Dieu parle, quoique le inonde en dise ».
(„*) L'archevêque de Paris, François de Harlay de Champvallon, né à
H LIVUK PUEUIER
filial, li i'aul que cela se soit passé à pelil bruil, car nous n'en avons ici nulles nouvelles.
Je ne sais si j*omets à vous répondre sur quelque arliclo <le votre lettre. Comme je ne l'ai pas présente, peut-être m'en ochappe-l-il quelqu'un. Si cela est, j'y trouverai cet avanta^o qu'eu m'en faisant ressouvenir, vous me manderez un peu dr vos nouvelles; ce que je ne reçois jamais qu'avec consolation. Je suis tout k vous en Notre -Seigneur. — L. Tuonson.
LETTRE III
19 juillet 1077.
Je crois que M. Baudrand viendra ici ces vacances. Je suis assuré qu'il auroit une bien grande joie de vous voir à Angers; je n'ai garde néanmoins de lui conseiller ce voyage (1). (iar, que ne diroient pas les bons amis de Saint-Sulpice, quand ils sauroient qu'il ^ passé par chez vous (2)? Jamais passage de s. Augustin ne donna lieu à de si beaux commentaires qu'ils en feroient sur celui-ci.
Je ne sais ce que leur a fait M»"* de Limoges (3) pour tâcher à le décrier comme ils font. L'on en fait courir ici plusieurs nouvelles qui se trouvent toutes fausses. C'est leur politiciue de crier avant qu'on les écorche. Je m'imagine que ce que Ton vous dit des abominations qu'il souffre dans une maison de Saint-Victor plutôt que de s'exposer à y introduire le jan-
Paris le 14 août 1025, archevêque de Rouen en 1051, puis de Paris en 1671, mort à Conllans le 6 août 1695.
(1) M. Baudrand, plus tard curé de la paroisse Saint-Sulpice à Paris, était alors supérieur du séminaire de Clermont.
(2) L'évêque d'Angers était Henri Arnauld, frère du célèbre Antoine Arnauld et janséniste comme lui. Aussi son diocèse comptait-il bien lies partisans de Jansénius.
(3) Louis de Lascaris d'Urfé, qui venait de suspendre un curé de ses fonctions, parce qu'il avait refusé de sij?ner le Formulaire. Voir au tome suivant, dans la correspondance avec l'évO(iue de Limojres, les lettres du 27 juin et du 4 septembre 1677.
COIUIËSPO.NDANCE AYKC LE SËMLNAIllË U ANUEHS /
>énisinc avec la réforme, vient de la même boutique. Jeu écrivis samedi pour en être éclairci, et vous en saurez le 4)clail. Si vous voulez nous faire savoir tous les bruits qui courent, nous vous manderons exactement ce que nous eu saurons. Peut-être que ce commerce ne seroit pas inutile, et que l*on auroit des éclaircissemens qui pourroient souvent confondre ces dévots calomniateurs de la morale sévère. Vuus savez que je suis, et combien je suis, tout à vous. — L. Tmo.nson.
LKTTRE IV
A MONSIEUK GHANOET
15 juiUet 1078.
Je crois qu'il est assez indifférent de mettre les pièces entières dans la suite de l'histoire (l), ou de les réserver pour les mettre toutes ensemble k la fin du livre. Les meilleurs historiens en ont usé différemment, et chacune de ces deux manières a ses approbateurs. Pour moi, je préférerois la première dans les histoires où il s'agit principalement de doctrine.
Tout ce qu'on vous a dit de M. de Seiguelay (2) est très faux. H n'est point vrai qu'il ait été faire retraite à l'Institution (.3); et bien loin d'y avoir été, je ne crois pas qu'il en ait eu la première pensée. Il est aussi peu vrai qu'il ail dessein de se faire prêtre, et ce ne sont que des imaginations et de pures chicanes (4).
f\} V Histoire du Séminaire (l'Amjars, à laquelle travaillait dès lors M. Grandet.
ri» Jean-Baptiste CDlbert, nianiuis de seij,nielai, fils aîné du jrrand (oUiert, frère des duchesses de Heauvilliers, de Chevreuse et de M(>rteniart, né en 1651, mort le 3 novendjre 1G90, àfré de SO ans.
(3) Cêtait la maison du no\iciat de roratoire. Vraisemblal»iement, roccasion de ces rumeurs fut la conversion du marquis de Seignelai : lequel, après une vie mondaine et dissipée, prenait des liabitudes de piété. Voir dans les Lettres à divers, les premières de celles que lui i»crivit M. Tronson.
(4) Le marquis pouvait alors, en effet, recevoir les saints Ordres,
s MVIŒ IMtEMlEll
Je n*ai point vu le livre donl vous me parlez, et qui contient la Relation de la vie et de la mort de quelques religieux de f abbaye de la Trappe (1); et je n'ai nulle envie de le voir. Pour la conduite du P. Abbé (2) envers les malades, je no pourrois en être qu^un juge suspect, n'ayant jamais étudié les cas de conscience des religieux.
Vous faites très bien de ne point retourner encore au séminaire. 11 paroit assez par Télat de votre santé qu'il n*est pas temps de vous sevrer. Vous pouvez bien croire que je serai le premier à vous y porter, aussitôt que la volonté de Dieu se fera paroitre. Cependant travaillez en sûreté à vous rélablir.
Voici une adresse sûre pour envoyer tout ce que vous voudrez. Vous n'avez qu'à cacheter la lettre ou le paquet qur vous voudrez être secret, sans y mettre aucune inscription el vous contentant d'y marquer une croix au-dessus, commr vous en verrez une, sur le dessus de cette lettre. Vous y mettrez une autre enveloppe avec cette adresse : « A Mademoiselle, Mademoiselle Leschassier, dans la rue du Petit- Bourbon, proche l'église de Saint-Sulpice, au faubourg Saint- Germain, à Paris ». Par cette voie, la lettre ou paquet marqué d'une croix sans autre adresse nous sera rendu cacheté, el très sûrement. — L. Tronson.
LETTRE V
15 juiUet 1679.
Comment votre cœur pourroit-il ne se pas bien porter,
^tant, depuis le 16 mars 1678, veuf de sa première femme, Marie-Marguerite d'Alôprre, qu'il avait épousée le 8 février 1675. Le 6 septembre 1679, il contracta une nouvelle alliance avec Catherine-Thérèse de Matignon, marquise de Lonré, ïllle puînée de Henri de Matignon, Comte de Thorigny.
(1) Par l'abbé de Rancé; Paris, Michalet, 1678, in-12. Une édition « augmentée de plusieurs Vies, avec une description ahréjrée de cette abbaye », fut publiée à Paris en 1755, 5 vol. in-12.
(2) L'abbé de Kanoé.
CUHHEâPO.NDA.NCE AVEC LE SEMINAIRE I)'A^GEIt:^ 1)
«Uaiil à Dieu depuis si long lemps et désirant, autant que vous faites, de croître toujours dans son amour? Il faut bien i|ue Dieu y règne et en soit absolument le maître, pour le retenir au milieu de tant de misères. Plus vous en éprouverez, et plus vous devez adorer Texcès de ses miséricordes. La maison paternelle n*arrélera point le cours de ses grâces; ninsi, tenez-vous en paix puisqu il le veut. Je sais bien que rest là une pauvre demeure pour un ecclésiastique; mais f|uand sa Providence nous y lie, où pourrions-nous aller |K)ur être mieux? Regardez-la pour vous comme un lieu de bannissement et d*exil, et vivez-y comme dans une terre rtrangère, soupirant toujours après votre céleste patrie.
Pour vos emplois, je vous conseille de n*en prendre aucun qui puisse intéresser votre santé. Si la confession des bonnes sœurs de la Charité est de ce nombre, vous en jugerez et vous déterminerez sur ce principe. Ce que je craindrois est qu*il n y en eût de scrupuleuses; car une seule suffiroit pour vous bien fatiguer. Cependant voyez simplement devant Notre Seigneur ce que vous en pensez, et écoutez bien surtout ce qu*il vous dira.
C*est, à la vérité, un étal humiliant que celui où Ton est inutile. Mais ce qui passe pour inutilité aux yeux du monde est souvent une grande et très sainte occupation devant Dieu. Vous faites, en ne faisant rien, sa très adorable volonté; et vous la faites d*une manière d*autant plus avantageuse, que vous n y trouvez aucun sujet de complaisance ou d'amour-propre en vous-même, ni de vanité devant le monde. Que pourriez-vous souhaiter de plus sanctifiant et de plus sur? Et comment voulez-vous que, vous sachant en cet état, j*aie compassion [de vous? J'avoue que, naturellement, je Taurois : mais de la manière que Notre Seigneur me lie à vous, je ne puis que le remercier des grâces qu'il vous fait, et lui demander que vous le laissiez faire.
Un peu de nouvelles du grand frère (1). S'altend-il de
11) François Grandet, écuyer, Conseiller du roi au présidial d'Angers et maire de la viUe d'Angers, épousa Françoise Jousselin, le 2 1 juillet 16T9. rfr. lliittoire du Sthninafi^c d'Angers, t. II, p. 588, .58î).
10 LlVRl!: PUEMIEU
Irouver une bonne croix en prenant une femme. Je le (ilains, s'il ne s'y allend pas. — L. Thoxsox.
LETTUK M
A MONSIEl'U GHAXDET
ITocrobre UkSI.
Je vous puis assurer que si je ne réponds pas à toutes von lettres, ce n'est que faute de temps. Car, pour le cœur, il est toujours le même, et vous pouvez faire état que, tant que le vôtre sera k Dieu autant qu'il y est, le mien sera à vous sans réserve. ^V*
Je ne puis vous conseiller de sortir de chez vous que vous ne soyez parfaitement guéri, et que votre santé même ne sbil bien affermie. Si vous étiez d'humeur à demeurer au coin du feu et k ne rien faire, je vous conscillerois bientôt d'en sorlir, et je vous dirois avec s. Jérôme : Quid facia in paiemà domo, délicate miles? Ubi vallumf Ubi fossaf Ubi hiema acia sub pellibua (1)? Mais je vois que vous n'y êtes pas inutile, et que vous faites autant dans votre quartier d'hiver, (|ue les autres qui sont en campagne. Car je regarde comme de grandes expéditions la conférence ecclésiastique que vous avez établie, les petites écoles que vous avez commencées, la mission du P. Honoré de Cannes que vous sollicitez (2>, la
0) nier. Jipisé. XIV ad Helioduruni nionachum , n. 2; Mi«/ne, Patr. lat. t. XXII, col. 348.
(2") Cette mission eut lieu en 1G84 : Grandet en raconte l'histoire (Histoire du Séminaire d'Aiif/crs, livre VII1«). Il donne aussi une notice biographique sur le P. Honoré de Cannes, dont il sera souvent parlé dans la correspondance de M. Tronson; mais il ne dit rien de ses écrits. J'en citerai un, à la suite duquel on trouve la liste de (iuelques oi)Uscules que le P. Honoré de Cannes distribuait dans ses missions : licf/imo de vie spirituelle, pour conserver et auf/nienter le fruit de Ut 'mission ; contenant tout ce qu'il faut faire et éviter ((près sa co/wersioîi, pour y persévérer Jusfjues à la mort;imv le II. P. Honoré de Cannes, prédicateur capucin et missionnaire apostoliciuc ; imprimé à Lyon, et se vend à Paris, chez Pierre de lîi esche: sans date, in-12 de 2^8 papes. « Achevé d'imprimer pour la première
COUUKSPOM)A.NCE AVEC LE SKMLNAIUE D\\NiiEUS 11
pelilp société d'écoliers que vous formez (1), et les autres n»uvres de charité auxquelles je vois que voire demeure en famille n'est point un obstacle. Ce que je crains en tout cela n'est pas que vous n'en fassiez poinl assez, mais i[i\c vous n'en fassiez trop. C'est ce que je crois que vous devez examiner devant Dieu, et l'examiner non pas seulement par rapport à votre zèle et aux besoins que vous voyez, mais encore par rapport à votre santé. Car sans cela vous iriez trop loin, et vous en seriez en danger de ne la rétablir jamais.
Les affaires de Home ne changent point de face (2). Messieurs de l'Assemblée (3) se sont déjà vus deux ou trois fois. La dernière fois, on lut toutes les procurations et on résolut «le dire, le neuvième de ce mois, pour l'ouverture de l'Assemblée, une messe pontificale et très solennelle, à laquelle tous les évèques doivent communier. 11 y a apparence que, avant d'entrer en matière, ils résoudront de haranguer le roi, (|ui doit être de retour le dix-septième de ce mois. On dit qu'un des députés lui ayant témoigné qu'il étoit prêt de faire aveuglément tout ce que Sa Majesté désireroit, le roi lui ré- I)ondit que ce qu'il désiroil n'étoit pas que les évèques tissent aveuglément ce qu'il désiroit, mais qu'ils accomplissent fidèlement ce qu'ils doivent. Parole digne d'un grand monarque.
Vos prières pour mon frère ont eu leur effet; car Notre Seigneur lui a rendu sa première santé (4). Je vous en rends mille grâces. — L. Tuonson.
fois le 4 janvier 1680, pour finir le 4 janvier 1685 ». Les livres « qui se débitaient » aux missions du tr^s R. P. Honoré étaient au nonitiro <le six dont on donne les titres; et le^ feuilles, au nombre de sept, <lont on indique les sujets.
(1) Grandet a raconté les «t Origines du Petit Sfbni nuire Saint- Èloi, ou séminaire des jjauvres clercs », dans le livre onzième de son Histoire du Séminaire d'Angers, t. Il, p. 482-487.
(2j On sait hïen qu'il s'agit des démêlés de Louis XIV avec Innorent XI au sujet de la régale.
(3) L'Assemblée du Clergé de France de 1681 qui préluda à celle do U-82, et qu'on appela la « i)etite Assemblée ».
(1) M. de Cbeneviéres, frère de M. Tronson, mourut, au mois do février, Tannée suivante ir.s2.
1^ MVUE PHEMkEll
LETTRE VII
Ce 26 novembre 1681.
J'espère que les prières que vous avez faites pour mon frère ne lui auront pas été inutiles : si elles ne servent pas encore pour le repos de son âme en l'autre monde, elles lui serviront en celui-ci pour lui faire faire un bon usage de la santé que Dieu lui a rendue. Ainsi, nous vous sommes toujours beaucoup obligés de votre charité, dont je vous demande la continuation. Vous ne me la refuserez pas pour une personne vivante sur laquelle vous avez bien voulu Texercer en la croyant morte.
Vous avez vu par ma dernière lettre que si je vous fais attendre quelquefois, je ne vous oublie pas. Car je vous ai mandé simplement ce que je croyois sur la prise de possession du bénéfice qu'on vous a résigné (1); et je puis vous dire que Notre Seigneur me lie tellement à vous, que vous pouvez en toute sûreté réserver pour Toffice de s. Martin ces paroles, cur nos, Pater, deseris, que vous avez mises dans votre dernière lettre.
Je suis très persuadé du besoin que vous avez d'une mission, et celle du P. Honoré peut faire espérer de grands fruits dans votre ville. Je ne doute pas que M«» de Limoges ne contribue de grand cœur à vous procurer cette grâce : car vous connoissez son zèle, et il a une estime particulière pour ce bon père.
1/ Assemblée du Clergé alla vendredi en corps complimenter le roi. Je dis complifnenter, parce qu'il ne vouluî qu'un compliment sans harangue : et M»"" l'Archevêque de Paris s'en acquitta à son ordinaire. On devoit commencer hier k faire l'ouverture des matières (2) dont est question, el
(1) La mire tle Juigné-sur-Loire. Voir la note 2 de la page suivante. i'2) (iraves « niati(»res ^ : la R^4?ale, le Schisnie do Paniiers. la sni»pression du nionast^^re de riiaronne.
COHRBSPONOANCE AVRC LE SÉMINAIRE d'aNGERS l^i
tiii est préscnlenient assemblé pour conliriuer à entendiv M. ("héron qui a été choisi pour promoteur (1). On croit quo les affaires s*aecommoderont. G*est ce qui est fort à souhaiter, et que tous ceux qui aiment la paix doivent bien demander à Notre Seigneur. Je«suis en lui tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE vin
'it'Z avril 1682.
Vous ne sauriez mieux faire que de remettre la cure à oelui qui vous la donnée pour lui faire une pension Ci). II n'y a nulle apparence — quand même vous auriez assez de santé, et Taffaire de M. Pelletier (3) est suffisante — pour no vous exposer pas à faire faire de mauvais jugemens de votre
<l) Nic*oias Cliéron, prêtre du diocèse de Bourges dont il fut Ticaire ;;énéral en 1658, passa en 1662 dans le diocèse de Paris, où il fut nomm(^ vice-régent de Tofflcialité le 11 Juillet 1680, puis officiai. Il mourut lo 2 janvier 1692. Sa nomination de promoteur de l'Assemblée en 1682 lui valut, en 1683, Tabbaye de la Valade, au diocèse de Toulouse. Quoiqu'il ne pût en obtenir les bulles, il ne laissa pas cependant d'en percevoir les revenus, ou plutôt de ravager cette abbaye, selon les auteurs de la fialliu christiana (t. XIII, col. 1322) : Abbatiam inaudiUs vexationibus devastavit, et tanquam singularis férus vineam Domini depastus est. Le portrait qu'en fait le P. Rapin n'est guère plus flatteur. V. ses Mémoires, t. III, p. 268-270. Voir aussi Gérin, Recherches historiques sur l'Assemblée du Clergé de France de 16 82; seconde édition; Paris, 1870, in-8o, p. 273-275.
(2) An mois d'août 1681, le curé de Juigné-sur-Loire, ville qui depuis 1224 était le siège de l'archiprêtré de Saumur, avait résigné sa cure en faveur de M. Grandet, à l'insu de celui-ci. Voir son Histoire du Séminaire d'Angers, livre VII», chap. 23% t. II, p. 175-179.
<3) M. Gabriel Le Peletier, un des prêtres de la communauté qui dirigeait le séminaire d'Angers, ayant obtenu, par des négociations (*4)ntraire8 au droit canonique, la cure de Villevêque qui lui fut résignée provisoirement, avait été condamné par les tribunaux comme coupable de simonie, et ensuite exclu de la communauté par ses iTonfrères. Cfr. Grandet, Histoire du Séminaire d'Angers, livre VU-, chap. 17-19, t. Il, p. 122-129.
l'( LIVUK PKEMlRll
(*onduite. Que si ce bon curé meurt, et que la cure loniho en do mauvaises mains, vous n*en serez pas responsable.
Je ne vous mande rien de l'Assemblée, le parti que nous avons pris élant de prier et de nous taire (l\ — Toul à vous. — L. Tronsox.
LKTTRK !X
A MONSIKl'U «JRANnKT
Ce 22 juin 102.
Vous voilà donc enfin déchargé de voire fardeau. Dieu soil liéni qui vous a mis en îiberlé. Ce ne sera pas pour moins travailler dans son Église, mais ce sera pour le faire avec plus de Iiberlé et d'une manière plus conforme a vos talens et k vos forces. Une cure vous épuiseroit en peu de temps, et quoique celle du Logis-Barault soit importante pour votre séminaire, je puis vous dire que vous avez très bien fait de ne la point prendre. Je ne sais que diront M. de Limoges et M. l)rouet(2), quand ils apprendront la nouvelle de ce que vous avez fait; mais je m'imagine qu'ils auront peine à se quitter l'un l'autre.
Je crois que vous aurez k présent toutes les délibérations du Clergé, car elles ont été toutes imprimées (3). Vous y
(1) Les quatre articles avaient été lus et adoptés dans TAssembléc tenue le 19 mars précédent : c'est sur ce sujet que M. Tronson prit et ()l)serva la résolution de garder le silence.
(2) On lit dans le catalogue des entrées du séminaire Saint-Sulpice : Xdfaifs Drouet, acolythus Andt'uus, die 24 vov. 1672. Exiii cuin Kpiscopo Lemovicensi mni. 1677. Ajuimxis est synonime (VAiidefjaccnsis, .Angers se disant quelquefois Andiumçji latin. Noël Drouct suivit, en effet, Lascaris d'Urfé à Limoges, lorsque celui-ci en devint évéque en 1677, et il remplit auprès de lui les fonctions de secrétaire. Voir la correspondance de M. Tronson avec Pévêque de Limoges. Un Drouct, en 1810, fonda le collège de Combrée en Anjou : peut-être était-ce un arrière-neveu de Noël Drouet.
Ci) On les trouvera, ainsi que la plupart des autres pièces mentionnées ici, dans le tome VU de la Collection fies Pi'ori^s-vcrbaux des Aeseviblâes du Clergé de France.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉlftNArRE D ANGERS 15
Irouverez la lettre que Monseigneur l'Arehevêquc de Paris a iVrile au Pape au nom de TAssemblée. Quand on a mis, nisi accédai Ecclesiœ consensus (1), on n'a pas prétendu qu'il rallùt un concile œmménique; car on avoue qu'il y a eu plusieurs hérésies condamnées sans qu'on ait assemblé de roncile. On convient même que les cinq propositions de Jansénius sont hérétiques, quoiqu'elles n'aient point été condamnées dans un concile. Mais on n'a point dit que ce fut parce que le Pape les avoit condamnées, mais parce que la constitution qui les condamne avoit été reçue dans l'Église, r/est le fondement dont on s'est toujours servi quand on a dispulo contre eux, et jamais on ne s'est arrêté à la seule décision du Pape. De savoir maintenant la manière dont so doit faire celte réception, c'est de quoi l'on ne convient pas; non plus qu'on ne convient pas combien il faut qu'il y ail (Tévéques dans un concile qui s'opposent à sa décision, pour empêcher que ce qu'il détermine ne soit de foi. Pour la lUille contre Jansénius, elle n'a pas été seulement reçue en France, mais en Flandres, et je ne sais où vous avez appris le contraire. Car, quoique l'archevêque de Malines et Févêque de Gand y fissent de grandes difficultés, et qu'ayant été interdits au ingressu Ecclesiœ et suspens ab officio et exercitio pontificalium, et que, soutenu du Conseil de Brabant, Fun (Feux ne laisse pas de donner les Ordres sans avoir rgard à la censure du Pape qui avoit été affichée à la porte d'une des églises de Bruxelles, ils se soumirent néanmoins, on iOoo, souscrivirent à la bulle d'innocent X, et jurèrent se in poslerum Sanctse Sedi obedituros in omnibus, effeciui^osque ut subditi ei obtemperarent , et iransgressores debitîs pœnln inulctarent^ ac omnia dicta vel scripta contra Sedis ApostolicPR autlioritatem et Summi Pontificis jurisdictio- Hem revocarent et detestareyitur , etc. (2). On n'a point vu ici ce derriier Bref du Pape au lloi, qui
il) Dans le 4« article de la Déclaration.
\t) Sur cette afTaire, voir D'A vrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques, 18 novembre 1G51 et suiv.; édition de 1739, p. 238-241.
1() I.IVRK iMIKMIKIi
commence, à ce que vous dites, Fili mi, pnvbe mihi co> iuum (1). On en parle fort, mais ii est encore secret.
On n'aura pas manqué de vous mander ce qui s'est passo en Sorbonne et au Parlement, dont vous serez bien aise do voir l'arrêt.
Je n*ai point le mandement du P. Gerle (2) sur la publication du Jubilé, non plus que son Instruction aux confesseurs et ses lettres d'excommunication. Vous nous obligerez, si vous voulez nous envoyer ces pièces.
M. Boucher, curé de Saint-Nicolas, et M. Ghamillard (.'t) ont eu ce matin deux lettres de cachet. Tout à vous. — !.. Tronson.
LKTTRE \
A MONSIKrU GRANDET
Ce 13 juillet 168L».
Ce que l'on vous a dit de la paroisse de votre exilé est véritable. M. Coquelin (4) est commis pour y faire les fonctions de pasteur : on l'a mis à la place de M. Chamillard (5) pour
(1) Je n'ai pas trouvé ce bref dans les EpistolsR ad Principes Innocenta PP. XI, Mitées à Rome par le P. Berthier en deux volumes in-folio.
(2) Jean Certes était vicaire capitulaire du diocèse de Pamiers, .<eil(i racnnte, 11 maintint une excommunication lancée parPévêque défunt, François Caulet, contre deux chanoines intrus et régalistes, et eut pour cela beaucoup à souffrir de la part de la cour. V. pour les détails, (iérin» Recherches historiques sur IWssrmhtâo du ("lerg*'- tir France de 1682; 2" édit., p. 74-88.
(3j Voir les notes de la lettre suivante.
(4) Nicolas Cocquelin, docteur de Sorbonne, d'abord curé de sainl- Merry en 1664, puis chanoine en 1673, enfin Chancelier du Chapitre, mourut le 20 janvier 1693. Il fut, avec Nicolas Chéron, un des promoteurs de l'Assemblée de 1682, et chargé de la cure do Saint-Nicolas ilurant Pabsence du docteur Boucher, exilé à Guineamp. Celui-ci passa par Angers le 4 juillet 1682, et visita M. Grandet qui en informa M. Tronson : lequel, pour cette raison, appelle M. Boucher •• votre exilé )«.
(5) Michel Chamillard naquit le 6 juillet 1628 à Paris sur la paroisse
CORnBSPONDANGB AVRG LE SÉMINAIRE D ANGERS 17
être supérieur du séminaire en son absence. 11 est nommé pour présider aux conférences que Ton y faisoit, et qui sont maintenant transférées à rArchevéché. Voilà trois grands articles pour lesquels il y a ici un mandement imprimé. Pour le quatrième, qui regarde le dessein qu*a Monseigneur de Paris d'obliger ce curé à se défaire de sa cure, je ne sais pas où ceux qui' vous ont dit cette nouvelle ont pu rapprendre, mais je n'en ai point encore ouï parler.
On a bien raisonné sur Tabsence des Docteurs de Saint- Sulpice (1), et plusieurs en ont fait différens jugemens. Les plus sages attendent à en juger qu'ils connoissent la raison qu'ils ont eue, qui sera sûrement approuvée de tous. Mais il est bon cependant d'être exposé aux reproches et à la condamnation de plusieurs, sans chercher trop à se justifier, jusqu'à ce que Dieu en donne les ouvertures, et que sa Providence fasse connoitre que Ton n'a fait que ce que l'on devoit.
Le bruit des lettres de cachet données à M. le Curé (2)
Saint-Nicola&<lu-Chardonnet, lit ses études avec distinction, flit reçu prieur de Sorbonne et second de sa licence, entra à la communauté de Saint-Nicolas- du-Chardonnet, dont il Ait supérieur pendant neuf ans, et vicaire de cette paroisse Tespace de trente-six ans. Hardouin de Përéûxe, archevêque de Paris, le nomma supérieur des religieuses de Port-Royal-des-Cbamps dans le temps où elles refusaient de signer le Formulaire. Sa conduite, douce mais ferme dans ce délicat ministère, lui valut les attaques du parti; ce qui fut Poccasionde plusieurs écrits publiés de part et d'autre. François de Harlay chargea également Chamillard de la conduite de six communautés religieuses. Exilé à Issoudun en 1682 pour s'être opposé en Sorbonne à l'enregistrement des quatre articles, Chamillard ne rentra à Paris qu'en 1687, et il y mourut le 5 octobre 1695. Voir sa notice par Grandet, Les Sai?it8 Prêtres français du XVI h siècle ; deuxième série, p. 265-278.
(1) Les docteurs de Saint-Sulpice dont l'opposition aux quatre articles était connue d la Cour, furent priés par le Roi de ne pas assister ft TAssemblée de la Faculté où l'on devait proposer leur acceptation et enregistrement. Voir la lettre de M. Tronson au marquis de Seiftnelay, en date du 7 juin 1682. V. aussi Gérin, Recherches historiques sur l'Assemblée de 1682; Appendice F.; ou bien Grandet, Histoire du Séminaire d'Angers, t. Il, p. 207. note 3.
(2) M. de la Barmondiére : Voir Bibliothèque Sulpicienne, t. I, p. 103-105.
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et à quelques docteurs de Saint-Sulpice a élé grand ici, aussi bien que chez vous; mais c'a été sans fondement.
Je ne sais si la réduction des Docteurs au nombre de quarante pour assister aux assemblées sera un des règlemens que Ton fera pour la Faculté; mais il y a bien à craindre qu*on ne leur en donne d*autres aussi fâcheux, si les Docteurs zélés n'entrent dans quelques propositions d'accommodement.
On est bien aise que le P. Général de l'Oratoire se tienne à la campagne; mais je n'en sais pas de raison particulière, et Ton ne dit pas aussi qu'il soit exilé (1).
Le Parlement n'a rien fait touchant les affaires de Sorbonne, depuis qu'il a défendu, le mois passé, de s'assembler. 11 y a apparence qu'il y aura quelque chose de réglé avant lo prima menais du mois prochain (2).
Tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE XI