‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 22 sur 42 · A MONSIEUR LE VAYBR DE BRESSAC · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE VAYBR DE BRESSAC

24 avril 1691.

Ce n'est pas un emploi fort propre pour un supérieur de séminaire, qui a d'ailleurs assez d*autres occupations, que, de composer des harangues. Cependant vous ne sauriez pas refuser les deux que vous me proposez (si on vous les demande) sans donner du chagrin, surtout dans ces commencemens; ce qu*il faut éviter. Prenez garde seulement qu'elles ne vous en attirent d'autres qui vous détourneroient de vos principales obligations.

Voici une lettre du P. Le Porcq, avec son écrit qu'il vous envoie (2). Il y a joint un papier où il explique le sensus compositus et le divisua d'une manière plus claire et plus précise que dans l'écrit qu'il avoit donné. Il désire que vous le lisiez; mais, présentement, cela ne s'accommoderoit pas avec votre mal ni avec vos autres emplois. Votre obligation est de vous tenir fort désappliqué, et de prendre comme une

(1) Charles-Henô Le Vayer de Bressac, né en 1661 dans la ville du Mans, exerça d'abord la profession d'avocat. Entré en novembre 1687 au séminaire de Saint-Sulpice, à Issy, il fut ensuite agrégé à la Com< pagnie; mais la délicatesse de sa santé l'obligea de changer souvent de lieux, sinon d'emplois, et même quelquefois de prendre un repos absolu. Aussi, on le voit successivement supérieur du séminaire d'Autun en février 1691; puis en 1695, au séminaire de iSaint-Sulpiee, en repos d'abord, ensuite chargé de diverses fonctions importantes; supérieur de la Solitude en 1698, directeur du séminaire de Paris en 1702, supérieur de celui d'Angers en 1707,.en repos à Paris en 1708, et enfin supérieur du séminaire de Cambrai en 1712. Il mourut dans celui de Salnt-Sulpice, à Paris, le 14 Juillet 1718, âgé de 57 ans. Cfr. Letourneau, Histoire du Séminaire d'Angers depuis son union avec Saint- Sulpice en 1695; Angers, 1895, in-8«, p. 72, 73.

(2) Les sentimens de S. Augustin sur la Grâce opposés à ceux de Jansénius, par le P. Jean Le Porcq; Paris, 1682, in-4«.

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partie de la croix que Dieu vous envoie la peine que vous aurez à ne rien faire. Je m*assure que celle peine vous sera plus sensible que celle de votre mal de tête; mais l'une et Tautre vous viennent d*une trop bonne main, pour ne les pas embrasser avec une égale résignation, et pour ne pas demeurer en paix dans cet état, tant qu*il plaira à la providence de Dieu de vous y tenir. C*est le grand père de famille qui dispose de ses ouvriers, et de la manière qu'il lui plaît. C'est par cette voie qu'il leur ôte tout l'appui qu'ils pourroient avoir en eux-mêmes, et qu'il les tient dans une plus grande dépendance de son secours. J*espëre que vous le reconnoitrez par votre expérience, et que dans la suite vous en goûterez les fruits. Mais en attendant, remplissez vous bien l'esprit et le cœur de cette grande maxime : Que, de se désappliquer pour Dieu et par son ordre, est une très sainte occupation.

Vous n'êtes pas en étal de vous mêler de Taffaire de M"* de Saint-Andoche (1). Ce seroit exposer votre santé et ôter au séminaire le temps que vous lui devez. Nous étant consacrés à Dieu pour servir le clergé, et notre vocation étant de le servir dans les séminaires, nous devons être bien remplis de cette maxime des saints : Quod ad alia officia confertur, huic nostro officio decerpitur. S'il ne s'agissoil que d'une simple visite, d'un compliment de soumission, d'y mener une fois M. de la Barmondière, sans que cela eût d'autre suite pour vous, je n'y verrois pas beaucoup de difficulté si cela plaît à Monseigneur d'Autun; mais je ne puis croire qu'il voulût exiger autre chose de vous.

On fait très bien de ne point laisser communier ni assister aux offices en pantoufles.

Je ne crois pas que la nouvelle traduction de Molina(2> soit de Port-Royal : ainsi vous pourrez la faire lire au réfectoire. Une personne célèbre de la Cour, ne voulant point être soupçonnée, donna le catalogue de tous ses livres, qui

(I ) Voir, page 123, la note de la lettre du 17 décembre 1682. (2) L'Instruction des Prêtres, tirée de l' Écriture-Sain te, des Pères et des Concifes, par Ant. de Molina, Chartreux.

ayant filé examiné par MM. Grandin et Pirot, et par son évéque fort opposé aux nouveautés, on y laissa cette nouvelle traduction. Je suis bien aise de voir votre exactitude sur Tavis que je vous ai donné, et les sûretés que vous prenez.

Je loue le zèle que vous avez pour le bon ordre de la maison, et je ne m'étonne pas que les obstacles que vous y trouvez vous fassent de la peine. Prenez garde seulement que celte peine ne se rende trop sensible et n'entretienne votre mal de tète. L'ordre ne s'établit pas tout d'un coup, et les œuvres de Dieu ne se perfectionnent qu'avec le temps. Travaillez doucement, sans inquiétude et sans empressement; et quand vous aurez fait bonnement ce que vous aurez pu, abandonnez-en le succès à celui à qui il appartient de donner l'accroissement, qui incrementum dat Deua <i Cor. m, 7). Je vous propose cette résignation tranquille et ce doux abandon à la Providence comme un moyen sûr d'attirer de grandes bénédictions sur vos travaux, et en même temps comme un admirable remède pour vos incommodités présentes.

Je suis de cœur. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

LKTTRK Lin

A MONSIEUR LE VAYBR DE BRBSSAC.

Ce 14 décembre 1692.

La maxime, qu'il faut donner aux séminaristes l'exemple d'une vie dure, est admirable; mais elle est très dangereuse dans la pratique, à moins qu^elIe ne soit appliquée avec beaucoup de prudence et de discernement. Je crains même que vous ne l'éprouviez en votre personne, si vous suivez votre zèle; et à moins que d'y apporter de la modération, vous vous exposerez à vous mettre bientôt, avec plusieurs autres, hors de combat. C'est ce que l'on a vu, au commencement, à Sainl-Sulpice, et ce que vous devez éviter, après que M. Olier et l'expérience nous l'ont appris. Car, par exemple, je n'ai

jamais oui dire que, dans aucun séminaire, on ait trouvé à redire, qu'un directeur ait soin pendant Thiver de tenir sa chambre chaude et d*y avoir des châssis qui ferment bien. El je vous conseille même d'en avoir et de faire du feu, quand ce ne seroit que pour y attirer les séminaristes et les familiariser.

Nous nous trouvons trop bien de ne point laisser lire dans le séminaire des livres de ces Messieurs (1), pour pouvoir changer sur cela de conduite. C'est par là que nous avons maintenu la paix dans la maison et conservé l'union des esprits et des cœurs. Gomme le plus grand malheur qui peut arriver à une communauté est la division, nous continuerons ce que la pratique de nos prédécesseurs el notre propre expérience nous a fait connoitre être nécessaire pour la prévenir. Ce n'est pas que nous croyons devoir crier contre ces livres. Ce n'^est point là notre esprit, el ceux qui voudroient nous faire passer pour des crieurs, assurément ne nous connoissent pas. Nous nous contentons, quand on nous demande avis, de condamner ceux que l'Église condamne; et pour les autres, nous tâchons de répondre suivant ce qui nous paroit de plus utile pour les personnes. Mais, de quelque utilité que soit cette conduite dans le séminaire, si Monseigneur d'Autun, après lui avoir exposé la raison que vous m'avez marquée, insiste à vouloir faire acheter aux séminaristes le livre de M. Le Tourneux (2), il faut obéir. Si cela donne entrée à d'autres livres, si cet exemple a des suites fâcheuses, nous

(1) Messieurs de Port-Royal.

(2) Nicolas Le Tourneux, dont Sainte Beuve parle longruement dans son Port-Royal, composa plusieurs ouvrages, dont le plus connu est son Année chrétienne , qui fut condamné par la congrégation de V Index. Le « livre » auquel est ici fait allusion et que Tévèque d'Autun voulait « faire acheter à ses séminaristes », est vraisemblablement celui qui a pour titre : Abrégé des principaux traités de la Théologie ; lequel, à la vérité, porte le millésime de 1693, mais peut bien avoir été distribué dans les derniers mois de 1692. Voir, sur cet ouvrage, Varticle Tourneux dans le Dictionnaire de Moréri, édition de 1759.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE u'aITIN 151

n*eii serons pas responsables, ni devant Dieu ni devant les hommes.

Pour la lecture que Ton fait au réfectoire des Figures de la Bible de Royaumont (1), outre que Ton m*a assuré qu'il n\ avoit rien de mauvais ni de suspect dans cet ouvrage, ce seroit donner lieu à trop parler et faire un trop grand éclat que de Tôter présentement, après qu'on n*a fait nulle difficulté à cette lecture, du temps de M. Rigoley. Je suis cependant bien aise de voir sur cela votre exactitude; car, étant fondée dans Tobéissance et réglée par la prudence que Dieu vous a donnée, il est impossible qu'elle n'attire de grandes bénédictions du ciel sur vos travaux, et ne soit suivie de fruits très considérables.

Quant à l'ecclésiastique qui a lu les Confesawna de S. Augustin, traduites par M. Dubois, on peut dire, à mon avis, qu'elle n'est pas fort exacte, si elle ne l'est pas plus que celle qu'il a faite des Épitres de ce Saint Père. J'ai lu une partie de cette dernière. Mais quoiqu'il en soit, vous pourriez doucement prier ce Monsieur de vous prêter ce livre, que vous seriez bien aise de voir, et vous ne vous presseriez pas de le lui rendre. Il y a des précautions à prendre, puisque l'auteur est ami du Prélat.

Depuis que je vous ai écrit, dans la page précédente, ce que l'on m'avoit dit de la lecture des Figures de la Bible, j'ai cru devoir parcourir moi-même ce livre. J'y trouve plusieurs propositions du style de ces Messieurs, et qui me paroissent suspectes, quoique absolument on put leur donner un bon sens. Comme, par exemple, quand l'auteur dit, que les gens de bien sont rendus plus humbles par la vue du mal que les autres font, dont Dieu seul les a séparés, sans quils aient aucune part à ce discernement; que Dieu contraint les hommes de faire tout ce qu'il lui plait; qu'un homme de Dieu ne peut être vaincu; que « les grâces autrefois étoient

{\) L'Histoire du vieux et du nouveau Testament, représentée avec des figures et des explications, par le sienr de Royaumont (Nicolas Fontaine): Paris, in*4«.

1H2 LIVRE DETXtKMF.

toutes renfermées dans la Judée aeule », ce qui n*est pas vrai; qu* « il n\ a point d*àge qui soit exempt de péché >*, d*où il s*ensuivroit que Ton peut pécher sans un consentement aux mouvemens de la concupiscence, car il ne peut pas y avoir d^autre péché dans les enfants baptisés qui n*ont pas encore Tusage de raison; qu*il n'y a « que la charité qui nous fasse préférer notre conscience et noire salut à tout ce que nous pouvons perdre dans le monde » : comme cette disposition de préférence est nécessaire pour recevoir le sacrement de pénitence, il s'ensuivroit que, pour recevoir ce sacrement, il faut avoir la charité.

Il y en a bien d*autres qui, nétant point expliquées, peuvent donner de fâcheuses idées. Ainsi, le meilleur sera, quand on auroit fini cette lecture, de ne la pas recommencer, si cela se peut faire sans éclat.

J'ajouterai encore que, quoique nous ne puissions pas conseiller ces sortes de livres, parce que nous sommes convaincus par expérience qu'ils ne peuvent être utiles à des séminaristes, cependant il y a des circonstances dans lesquelles, pour le bien de la paix et pour ne point faire trop d'éclat, on les peut tolérer. Or, vous pouvez vous regarder comme étant dans ces circonstances si, selon la pensée de M. l'abbé de Roquette, l'interdiction de ces lectures et de ces livres indisposoit les esprits de plusieurs bons prêtres, donnoit de l'éloignement du séminaire, empôchoit le fruit des conseils qu'ils pourroient demander, et, irritant la curiosité des séminaristes, les portoit à lire, savoir et approfondir les choses auxquelles sans cela ils ne penseroient peut-être pas.

Quant au désir que M. de Roquette auroit que nous voulussions bien nous charger de son Petit séminaire, c'est une chose assurément qu'il ne doit pas souhaiter. Car, comme nous avons expérience que ce n'est point notre vocation ni notre grâce, cet ouvrage s'aiFoibliroit, plutôt que de profiter, entre nos mains. Vous pouvez bien lui promettre que vous et ceux qui conduiront le grand séminaire s'appliqueront très volontiers à trouver et former des sujets propres pour conduire le Petit: car cela regarde vos emplois et est de votre

i:ORRESPÛXDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aLTUN 103

vocation. Mais c*est lout ce que vous pouvez faire dans la place où vous êtes.

Je suis en Noire Seigneur lout vôtre, — L. Tronsox.

LETTRE Liv

A l'bvéqub d*autun

A Issy, ce !•' mai 1693.

Monseigneur,

J*ai toujours bien cru que vous connoissiez assez I*intérét très particulier que je prends à ce qui vous touche, pour être persuadé de la joie que me donne la nouvelle de Tabbaye que le roi a donné à M. votre neveu (1). Je n*ai cependant été surpris ni de cette grâce que Sa Majesté lui a faite, ni de la peine qu*il a eue à Taccepter, parce que je connois le fond de ses dispositions et jusqu*où va son grand détachement; et que je sais d*ailleurs qu*il a de bons amis à la Cour et que sa vertu y est assez connue. Je ne crois pas même qu*il en demeure là, et quand je considère les services considérables qu il peut rendre à TÉglise, je me persuade que la Providence lui réserve quelque chose de plus grand. Ce que je souhaite présentement est que ce qu'il doit donner de vigilance et de soin à son bénéfice, ne le détourne pas des services qu*il vous rend, et ne prive pas votre diocèse du secours qu'il en reçoit.

Au reste, Monseigneur, nous ne saurions vous rendre que de très humbles remerciements pour toutes vos bontés envers M. Le Vayer*et pour le soin que vous prenez de sa santé (2). Nous l'exhorterons à se ménager, quand ce ne seroit qu'afin qu'il soit en état de vous rendre plus longtemps ses services.

Je suis avec un profond respect et une extrême reconnois-

(1) L'abbaye de Gimont, au diocèse d'Aucii.

(2) Tout récemment, Têvêque d'Autun ayail donné à l'économe du séminaire « quelque argent pour que M. Le Vayer fût mieux traité que la communauté ».

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saace, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE LV

A l'kvéquk d'autun

Ce 7 novembre 16d4.

Monseigneur,

Vous aurez appris par la lettre que M. Le Vayer s'est donné l'honneur de vous écrire, Tétat où il se trouve présentement. Son incommodité n'est pas, à mon avis, dangereuse; mais elle pourroit avoir de longues et fâcheuses suites s'il ne prenoit quelque temps de repos pour se guérir entièrement. C'est ce qui l'obligera de s'arrêter quelques mois au pays. L'air natal, joint à la cessation du travail, pourra le mettre en état de vous rendre plus long temps ses services. Cependant, comme on est sur le point de recommencer les exercices dans votre séminaire, et qu'il pourroit souffrir quelque déchet s'il n'y avoit quelqu'un qui veillât sur tout ce qui se passe dans la maison et à qui on pût avoir recours dans les besoins, j'ai cru que vous ne désagréeriez pas que je vous envoyasse M. Oursel, qui doit vous rendre cette lettre. Je l'ai choisi d'autant plus volontiers que, quoiqu'il soit docteur de Sorbonne, il sera très propre de servir de second à M. Le Vayer, quand celui-ci sera de retour (1).

Vous aurez pu savoir. Monseigneur, que la principale cause de l'incommodité de M. Le Vayer est qu'il travailloil trop, et que n'ayant point de second sur qui il pût se reposer, il prenoit trop sur lui. Et comme il pourra se fier entièrement à M. Oursel qui lui sera tout à fait soumis, et se décharger sur lui de beaucoup de choses, il m'a semblé que par ce

(1) Jean-Bernard Oursel, né à Paris vers Pan 1660, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 17 octobre 1682, fut admis en 1688 dans la Compa- }<nie. où il remplit successivement diverses fonctions, et d'où il fut prié de se retirer eu 1714. V. Bibliothèque sulpicienne, t. l, p. 481-

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aLTVN 16o

moyen nous pourrions remédier à tout, sans faire peine à personne.

J'espère, Monseigneur, que s'il y a quelque chose à redire à mes vues, vous ne désapprouverez pas au moins les marques que je vous donne du zèle que j'ai pour votre service, et de l'attachement avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Troxson.

Tne fluxion sur les yeux m'a obligé de me servir d'une autre main pour écrire cette lettre.

LETTRE LVi

A MONSIEUR MONICAUT (1)

Ce 11 novembre 1694.

f.omme voici le temps que vos exercices recommencent, et que M. Le Vayer ne sera pas de retour à Autun de quelques mois, on aura besoin d'un redoublement de ferveur, a6n que le séminaire ne souffre point de déchet pendant son absence. Tout ce que nous avons pu faire de notre part est d'envoyer une personne pour tenir la place jusqu'à son retour. Ce que vous pouvez faire de la vôtre, est de faire en sorte que l'on donne à Messieurs les Directeurs une bonne et suffisante nourriture. On s'en est plaint l'année passée, et quelques-uns ont cru que c'est là une des causes de l'incommodité de M. Le Vayer. On se plaignoit particulièrement des jours maigres et du Carême, et l'on disoit que, pour ne pas prendre assez garde à ce que faisoit le cuisinier, il mettoit de l'eau dans les sauces au lieu de beurre. Si l'on n'étoil pas

(1) François Monicaut naquit à Bourges en J664. Son père, qui était notaire royal, l'initia de )3onne heure aux affaires, et comme le flls avait, au dire même de M. Tronson, « beaucoup d'intelliorence et de facilité pour l'emploi d'économe », il fut chargé d'en exercer les fonctions partout où il fut envoyé, savoir : à Autun, de 1691 à 1696; à Angers, de 1696 à 17(M ; et enfin à Bourges, de 1704 au 9 juin 1717, jour de sa mort. U était alors âgé de 53 ans; et avait été admis dans la Compagnie, le 12 septembre 1690. On lui attribue le Cérâmoniaf de Téglise de îîonrges, qui ftit publié dans cette ville en 1708.

conlenl de ce cuisinier, il en faudroil chercher un autre. Je ne vois pas d'inconvénient que les portions des Directeurs soient plus grosses que celles des autres; comme ils travaillent davantage, ils ont plus besoin d être ménagés. Je ne vous parle ici que du temporel parce que primum qttod animale (1 Cor. XV, 46); et puis, je sais qu*il n y a point d'avis particulier à vous donner pour le spirituel, si ce n est de continuer toujours à être fidèle à Dieu et à travailler comme vous avez fait. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

Vous avez très bien fait de m'écrire en détail toutes les choses que vous me marquez dans votre dernière lettre. Je puis vous assurer que nous n'avons jamais eu le desseiii de vous ôter de l'économie, et si quelques personnes se le sont imaginé, c'est sans aucun fondement suffisant, au moins de notre part. Il faut faire du mieux que l'on peut, mais ne s'attendre jamais à pouvoir prévenir toutes les plaintes. Nous savons par expérience qu'il n'y a guères de communauté où l'on ne se plaigne de l'économe. Ainsi, continuez à travailler en paix dans l'emploi où la Providence vous a mis, et où je sais que l'on ne manque ni d'exercice ni de croix. J*espère que si vous n*en avez pas une satisfaction si grande en ce monde que la nature le désireroit, vous en obtiendrez par votre fidélité une plus grande devant Dieu, de qui vous attendez toute votre récompense.

LETTRE LVii

A l'évêque d'autun

Ce 22 novembre 1695.

Monseigneur,

La Providence a bien voulu nous donner encore aujourd'hui le moyen de satisfaire vos désirs, et de contenter le zèle que nous avons pour servir votre diocèse et pour faire quelque chose qui puisse vous être agréable. Monseigneur l'Archevêque de Cambrai s'est enfin rendu aux instances que M. Sabatier lui a faites, afin qu'il suivit l'attrait de sa voca-

COHHESPONDANGK AVKC LK SÉMINAIHK u'aUTUN 167

lion. Puisqu elle le conduit auprès de vous, Monseigneur, et dans votre séminaire, il éprouvera sans doute qu*il n*aura rien perdu dans ce changement. Pour moi, j*aurai une consolation très grande d*avoir pu, avant de mourir, vous donner cette marque du profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson. Nous avons, ainsi que vous Tavez souhaité, destiné un second à M. Sabatier, et nous n*avons pas cru lui en pouvoir donner un meilleur que M.Fénard. (]ette destination n'a point ralenti le zèle de M. Constant, qui préfère le service qu1l va continuer de rendre dans votre séminaire, au repos que nous lui avions proposé de prendre ici pour prévenir ses peines.

LETTRE Lvni

A MONSIEUR SABATIER (1

Ce 17 décembre 1695.

J'ai été ravi d'apprendre par votre lettre du G"*' de ce mois le bon accueil que vous a fait le Prélat. Vous n'en deviez pas moins attendre de l'estime et de l'amitié qu'il a pour vous. Comme il est important de le ménager, il sera difficile de lui refuser plusieurs choses qu'il exigera de vous. Ce sera travailler utilement pour le séminaire, que de l'entretenir, par les bons offices que vous lui rendrez, dans les bonnes dispositions où il témoigne être en votre endroit. La lettre qu'il vous a fait composer pour le roi d'Angleterre (2) est, ce me semble, une marque d'estime particulière et de grande con-

(1) Pierre de Sabatier, né à Valréas (Vaucluse) le 14 novembre 1654, entré au séminaire de Saint-Sulpice le l^^^ novembre 1673, prêtre, docteur de Sorbonne et vicaire général de Louis d'Urfé, évèque de Limoges, en 1685, supérieur du séminaire d*Autun en 1695, fut nommé évèque d'Amiens le 15 août 1706, sacré le 15 mai 1707, et mourut le 20 Janvier 1733. CfT. Bibliothf>quo. sulpicicnn^, t. III, p. 137-149.

(2) Jacques II, avec lequel Tévèque d'Autun était fort lié. Dépossédé de son trône en 1688 par son jfendre, Guillaume, prince d'Oranjre, il était venu se fixer à Saint-Germain, prés de Paris, où il mourul en 1701.

fiance. Ce que vous lui avez dil, dans votre premier enlrelien, de la retraite pour suivre Texemple de M. Le Vayer, ne lui aura pas assurément déplu. Comme sa conduite et sa manière d'agir est bien différente de celle de M^ de Limoges, la manière d'agir avec lui doit être aussi bien différente; et ce qui étoit bon pour Tun ne seroit pas bon quelquefois pour r^iutre. Vous savez si bien donner de l'encens et vous le faites de si bonne grâce, que quand vous lui en donnerez un peu de temps en temps, cela ne peut faire qu'un bon effet, surtout n'ayant point d'autre intention que la gloire de Dieu et le bien de l'Église.

La joie que vous me mandez qu'ont vos séminaristes me réjouit et est la marque d'une bonne disposition; et je crois que vous aimez mieux aussi de les voir gais que rêveurs e( mélancoliques. Comme vous êtes résolu de vous trouver souvent avec eux aux récréations et, quand vous pourrez, à la promenade, ce vous sera un moyen de contribuer à les entretenir dans cette bonne humeur.

Je crois que vous ne trouverez rien de difficile dans le règlement que vous avez vu, et dont vous connoitrez l'utilité pour la subordination et le bon ordre de la maison.

Vous avez bien fait de laisser au Prélat le choix touchant les trois choses qu'il vous a proposées de faire au séminaire. Elles seroient toutes trois bien nécessaires, mais vous avez eu raison de préférer une pendule, sans laquelle on ne sauroit être bien réglé. Ce m'est une marque que vous préférez la régularité à tout; et vous pouvez juger si cela me donne de la joie. J'en aurai encore davantage, aussi bien que vous, lorsque les projets que fait le Prélat seront exécutés.

Votre incommodité vous doit obliger à vous ménager dans les promenades, et je ne crois pas que l'exemple des deux lieues que vous avez fait dans les montagnes doive être tiré à conséquence pour vous exposer une autre fois à pareille course.

Je ne vois point d'inconvénient, quand on doit aller faire quelque office à l'église, de faire sonner le troisième coup à Tavant-quart de Theure, afin d'assembler toute la commu-

naulé et d'aller ensuite en ordre, tous ensemble, à Téglise. Cela seroil plus régulier, plus édifiant et plus utile que d*y aller les uns après les autres, ou tous ensemble en confusion.

Quand vous m'écrirez des choses particulières qui doivent être secrètes et n*ôtre point vues par d'autres, vous n*avez qu*à mettre au haut dans la lettre, comme le font les jésuites, le mot 8olt, comme vous verrez que j'ai fait à celle-ci pour vous servir de modèle; car alors soyez sûr que personne ne la verra, quelque longue qu'elle soit.

Je souhaite que la copie de mes Entretiens que vous avez, soit sur les actions de la journée, soit sur d'autres matières, puisse vous être utile et servir à vous soulager. Ma joie sera toujours de pouvoir trouver des occasions de vous donner des marques de Teslime et de la cordialité sincère avec laquelle je suis entièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LIX

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 14 février 1696.

Vous avez eu raison de me dire dans votre dernière lettre que ce que vous aviez à me mander me feroit plaisir : car il est vrai que j'en ai eu un très sensible de voir le succès que Dieu donne à votre travail et combien on approuve votre conduite. L'estime du monde que cela vous attire ne peut être que très avantageux pour le séminaire ; mais comme elle sera une occasion à plusieurs personnes de vous proposer des emplois qui vous délourneroient de ceux du séminaire, vous devez toujours vous tenir sur vus gardes et vous préparer h bien des refus. Votre prudence et vos manières honnêtes vous donneront les moyens de le faire sans choquer personne.

Vous avez très bien fait de ne point accepter les lettres de Grand vicaire, et la manière dont vous vous y êtes comporté est très sage. Le temps que vous seriez obligé de donner pour vous acquitter de cette charge feroit assurément un tort considérable au séminaire,, et il me semble que celte seule

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raison justifie assez dans le fond votre refus et doit contenter le Prélat. S*il vous faisoit encore de nouvelles instances, vous n'auriez qu a insister, à votre refus, sur l'incompatibilité dé ces deux emplois. S*il me fait la grâce de m*en écrire, je ne manquerai pas de lui expliquer sur cela mes sentimens.

Je ne doute pas qu'il ne vous engage encore à Toraison synodale; mais comme cet emploi n*est pas hors de notre vocation, vous pouvez vous en charger si le Prélat vous témoigne le désirer.

Vous pourrez rendre une visite aux Dames que le Prélat considère et qui vous ont été voir, pourvu que ce soit h la ville et non pas à leur maison de campagne.

Pour les lettres que le Prélat vous demande et la composition de quelque mandement, comme cela ne vous coûte guères, et que vous y donnez peu de temps, je crois que c*est travailler utilement pour le séminaire, que de lui accorder ces choses qui vous mettront en étal d'en obtenir d'autres, par la complaisance que vous avez pour lui en ces occasions.

Je bénis Dieu de ce que votre santé est toujours bonne, au milieu de vos emplois. Elle m'est trop chère et nous y sommes trop intéressés, pour vous retrancher les moyens rie la conserver, ou de la réparer si elle étoit affoiblie. Ainsi, je ne sais si je me suis mal expliqué dans quelqu'une de mes lettres précédentes, mais je n'ai jamais eu la pensée de vous empêcher de monter à cheval, lorsque vous croirez en avoir besoin. Comme vous êtes régulier et que vous vous rendez exact aux exercices, cela pourroit peut-être quelquefois être nécessaire pour vous délasser. Vous en userez selon votre prudence.

Je suis assez persuadé que vous avez assez de conduite et d'expérience pour ménager toutes choses, et au dedans et au dehors, à la gloire du séminaire et à notre satisfaction. Mais comme il y a de certaines règles et de certains usages que nous avons ici, dont vous pourriez quelquefois n'être pas sufiisammenl éclairci, je crois qu'il n'est pas inutile, dans ces occasions, de vous lémoigner mes sentimens; et je me sens

CORRKSPOKDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTLN 171

obligé d*en user de la même manière à l'égard môme des anciens, au nombre desquels, je pense, vous ne trouverez pas mauvais que je vous metle.

Au resle, soit que vous vous regardiez comme des anciens ou des plus jeunes des nôtres, vous pouvez être persuadé qu'il n*y en a aucun à qui je sois plus entièrement, plus cordialement et plus parfaitement acquis. — L. Tronson.

LETTRE LX

A MONSIEUR i>ABATIEn

17 avril 1696.

On ne peut être plus édifié que je le suis de votre conduite, et il n*Y a point d'ancien qui put répondre plus juste et plus selon Tesprit de Saint-Sulpice, que vous avez fait k M. de La Goutte. Je suis ravi de sa bonne disposilion et du détachement qu'il a fait paroitre en refusant la théologale de la Cathédrale. Quand, dans la suite, il ne seroit plus en état de travailler, il ne devroit point se mettre en peine pour sa pension. Car la maison ne lui manquera jamais, et c'est en ces sortes de dépenses qu elle doit principalement employer ses revenus, et ce qu'elle regarde comme sa principale obligation.

La gratification que le Prélat vous a fait donner par le clergé est une marque qu'il agrée vos travaux et qu'il vous aime : c'est un grand bien que vous faites au séminaire, de cultiver sa bonne volonté, et de ne lui rien refuser de ce qui peut compatir avec vos emplois. Ce pavé tout autour de vos bâtiments sera une bonne réparation. Son beau calice et lencensoir sont de bons meubles qui ne coûtent rien à garder, et qui font paroitre beaucoup de confiance pour vous.

Quoique votre santé soit si bien établie et si parfaite au milieu de tous vos emplois, que vous ne vous sentiez nullement fatigué, je ne vous conseille pas de compter si fort là-dessus que vous vous dispensiez de prendre de temps en

17i LIVRE DEUXIÈME

temps un peu de repos. Je crois vous devoir donner cet avis parce que, comme vous aimez le travail et que Dieu vous le rend facile, je crains que votre zèle pe vous porte trop loin, et que par trop de travail il ne vous rende en peu de temps inutile. J'espère que la dévotion que vous avez a vos deux saintes de Provence, vous fera régler si bien toutes choses, que le travail de Tune n'empêchera pas le repos de Taulre.

La musique dans les offices du séminaire ne seroit pas de mon goût non plus que du vôtre, comme elle n*a point été du goût de nos pères; mais puisqu'elle plait au Prélat, il n y a rien à dire.

Vous avez bien fait de ne pas hésiter à travailler, selon son désir, au mandement pour le Jubilé, et encore mieux d*avoir fait quelque difficulté de confesser la religieuse. Vous ne sauriez trop vous rendre difficile, mais toujours honnêtement, pour ces sortes d'emplois qui ne conviennent pas, et qui ne servent qu'à détourner de ceux du séminaire qui nous sont essentiels.

L'excuse, que vous aimez mieux paroitre incivil que d'être désobéissant, est très bonne pour vous mortifier devant ceux qui trouveroient à redire que vous ne visitez pas assez les religieuses, et je consens fort que vous vous en serviez. La règle que nous vous avons donnée là-dessus est celle que nous donnons ordinairement; mais tous ne l'observent pas avec la même fidélité. Cela n'empêche pas que vous n'alliez remercier la supérieure de la Visitation, qui vous a rendu de si bons services dans la dernière retraite de Messieurs vos Curés; pourvu toutefois que celle visite ne vous engage point à en faire d'autres; car, pour celles des nouvelles supérieures, il ne m'y paroîl nulle nécessité.

Quoique j'approuve fort le désintéressement, je ne crois pas qu'il faille le pousser jusqu'à ne se point mettre en peine d'assurer à la communauté ce qui peut être nécessaire pour les besoins de ceux qui y travaillent. Pour la maxime que vous avez^ que quand nous travaillerons à établir le bien spirituel du séminaire, Dieu aura soin du temporel, c'est une maxime très sainte, mais qui ne doit pas empêcher qu'on

apporte les précautions que la prudence ordinaire demande pour pourvoir aux besoins de la communauté. Quant à ce que j*ai fait, après la mort de M. dé Bretonvilliers ou en d'autres occasions, et que vous prenez pour exemple, vous pouvez faire réflexion que tout ce que j'ai relâché n étoil point nécessaire au séminaire; que pas un de nos Messieurs n*en a souffert, et qu'il y avoit, dans ces occasions, des raisons de bienséance, de reconnoissance et de gratitude, aussi bien que de détachement, qui ne permettoienl pas de douter de la volonté de Dieu. Je ne doute point aussi que vous n'ayez cru l'accomplir dans ce que vous avez fait. Ainsi, je n'ai garde de vous en faire un crime. Ce que je vous en dis n'est que pour borner votre détachement et le renfermer dans des règles qui conviennent avec les besoins de la communauté, afin que tout le monde soit convaincu, autant que je le suis, que vous ne cherchez que le plus grand bien du séminaire. Je suis. Monsieur el très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE LXI

A MONSIEUR DE SABATIEH

17 janvier 1697.

J'ai été bien aise d'apprendre le bel ordre et l'heureux succès de votre ordination dont vous me faites le récit. J'ai témoigné à M^' d'Autun l'obligation qu'on lui avoit d'avoir engagé M^' de Chalon d'aller à Aulun, et d'épargner à ses ordinands la peine, ia dépense et la dissipation qui auroient été inévitables s'ils avoient été obligés d'aller à Chalon. L'entretien que leur a fait un prélat aussi bien intentionné et aussi expérimenté (1), ne peut que leur avoir été très utile, et c'est un bon office que vous leur avez rendu de le leur avoir pro-

( 1 ) Henri-Félix de Tassy, né en 1639 du célèbre Charles-François, premier chirurgien de Louis XIV, était archidiacre d'Auch et trésorier de la Sainte-Chapelle de Vinceniies, quand il fut nommé évèque de Digne en 1673. Jean de Maupeou, évèque de Chalon-sur-Saône, étant mort le

174 LIVRE DRUXfKUF.

curé. Ce qui augmente ma joie est la modestie et la piélé dont ils ont accompagné cette action, et qui sont un effet de votre vigilance et de vos soins. Ce ne vous est pas un petit sujet de consolation, de voir que le Prélat veuille régler ses ordinations sur le modèle et le bon ordre de celles d'Autun.

J*ai reçu le résultat de votre dernière assemblée qui ne contient pas en vérité beaucoup d*affaires, mais qui en contient une qui, toute seule, en vaut beaucoup; c.ar je ne vois rien de plus important que de bien connoître ceux qui se doivent présenter à Tordination.

Je suis, cette année autant que les précédentes, très cordialement à vous. — L. TuoNsoN.

LETTRE LXU

A MONSIEUR SABATIBR

Ce 16 mai 1697.

J*ai reçu votre lettre du septième de ce mois. La difficulté que vous me proposez pour les armoiries embarrasse partout, et personne ne peut bien dire ce qui seroit plus à propos de faire. Cependant, on croit que vous pouvez répondre que vous n*avez point d*armoiries. Que si on vous presse d*en prendre, vous pourrez prendre celles que vous donnera Monseigneur d*Autun, qui a plus de droit que personne de donner des armoiries à son séminaire. On dit qu*il partira vendredi prochain pour aller faire Tordination à Autun ; et je ne doute pas qu'il n'ait bien de la joie à son arrivée quand il vous verra, et que vous Tirez recevoir à la tète de quatre-vingts ' ecclésiastiques.

Quant aux instances que vous fait l'abbessede Saint-Jean (I)

26 mai 1677, Tévêque de Digne fut appelé à lui succéder. On loue sa science, sa sagesse et sa douceur. Il mourut à Chalon, le 10 novembre 1711, âgé de 72 ans.

(1) L'abbaye Bénédictine de Saint- Jean- le-Grand d'Autun fut fondée vers Tan 589 par la reine Brunebaut et Syagrius, évêque d'Autun. En 1697, Pabbesse était Marie de Carboniéres de la Capelle Biron, flUe de

CORRBSPONDANCR AVRG LE SÉMINAIRE D*AUTUN 17.^>

qui VOUS persécute depuis dix-huit mois pour lui rendre une visite, vous pouvez condescendre k son désir pour vous délivrer de cette persécution; et quelque peine que vous ayez eue à lui mander que vous ne. le pouviez faire sans avoir une permission de Paris, je ne puis qu'approuver en cela la violence que vous vous êtes faite et votre fidélité à me rendre compte dé votre disposition. Je dois vous dire cependant que Ton n*avoit point cru jusqu'à présent, à Saint-Sulpice non plus que dans les autres congrégations, qu'il y eût rien de monacal de demander en certains cas la permission aux supérieurs majeurs. On n'a pas prétendu vous gêner plus que les supérieurs des autres séminaires, qui savent que l'esprit de Saint-Sulpice est de ne visiter les Religieuses que lorsqu'il y a quelque nécessité et que cela peut tirer à conséquence. On a bien cru que, comme vous aviez plus de talent et d'agrément que quelques autres, vous pourriez aussi sur cela être plus persécuté; et l'on croyoit vous donner un moyen facile d'éviter la persécution en recourant à la permission de Paris. Mais puisque ce remède ne vous débarrasse pas, vous pourrez, sans avoir recours au cardinal protecteur, en user comme les autres. Vous voyez que je vous réponds en la même manière que vous m'avez écrit, c'est-à-dire à cœur ouverl .

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, avec toute l'affection et la tendresse que vous pouvez désirer, tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE Lxm

A MONSIEUR SABATIEK

Ce 22 JuiUet 1697.

Je vois par votre lettre du 13 de ce mois que votre voyage

Jean de Carbonières, marquis de la Capelle, et d'Henriette d'Estrades, sœur du maréchal de ce nom. D'abord prieure du monastère, puis coadju triée de sa tante Antoinette d'Estrades, elle lui succéda comme abbesse quand celle-ci mourut, et prit possession le 22 septembre 165tj. Marie de Carbonières monrnt le 12 décembre 1700, âpée de 6,5 ai)s.

à Dijon, où M^^' d'Aulun vous avoit prié d^aller le voir, n apas élé inulile. Il ne se peut rien faire de plus avantageux pour le séminaire, ni de plus obligeant pour vous, que ce qu'a fait le Prélat, à voire considération. Le bien que vous êtes en état de faire par lexlréme confiance qu*il a en vous, me confirme dans la pensée que votre véritable vocation est le lieu où vous êtes. Car je ne vois personne qui pût avoir le cœur du Prélat comme vous, et en obtenir les grâces qu*il vous accorde. H me semble que cela vous doit donner bien de la consolation dans votre travail, et vous oblige de remercier Dieu des bénédictions qu'il donne k votre conduite.

J*avois témoigné ici au Prélat que la clôture du séminaire seroit bien nécessaire. Je suis bien aise qu'il vous ait témoigné d'entrer dans cette vue, et Ton ne sauroit rien souhaiter de meilleur, sinon que cela soit exécuté au plus tôt.

L'affaire de vos armoiries terminée est encore une très bonne chose; ce que vous avez donné pour cela n'étant pas considérable (1).

Pour votre voyage de Paris, vous pouvez prendre le temps qui vous sera plus commode ; car nous serons toujours prêts de vous recevoir avec joie et k vous embrasser avec toutes les marqués d'amitié que vous pourrez désirer. Il sera bien nécessaire que vous désigniez une personne qui puisse suppléer k votre absence. Comme il pourroit y avoir plusieurs séminaristes qui seroient en état de demeurer au séminaire pendant les vacances, — ce qui seroit fort a souhaiter — on a cru ici fort important qu'on leur fit quelques petits règlemens, comme on fait k Issy, qui ne consistent qu'a se lever k () heures, ensuite faire l'oraison en commun, la sainte messe; k onze heures, l'examen en commun, puis le diner; une demie heure de lecture en commun l'après dinée, puis le souper et la prière pour se coucher k neuf heures.

Nous avons pris ici pour armoiries le Maria du séminaire environné de rayons avec ces mots autour : Sigillum Senii-

0) On donna 25 livres : le receveur de Dijon en avait «ralwrd (leiriandé cinquante.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aI'TUN 177

narii S. Sulpitii Parisienaia. Voyez s'il ne seroil point à propos d'ajouter pour légende autour des vôtres : Sigillum Seminarii Augustodunensis.

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de tout cœur tout à vous. — L. Tronsok.

LETTRE LXIV

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 12 novembre 1697.

La bonté du Prélat pour vous et les marques de complaisance qu1l vous donne font assez voir combien il est content de vous. Les cinquante louis d'or qu'il vous a encore donnés pour vos deux chapes et pour d'autres ornemens (1) pour la sacristie, et pour suppléer aux pensions de quelques pauvres ecclésiastiques que vous lui avez recommandés, en sont encore de nouvelles preuves. Ce que vous lui avez dit afin qu'il ne fût jamais parlé de vous dans son conseil et afin qu'il ne vous priât point à dîner chez lui est une précaution de sagesse, de prudence et d'esprit. Je ne doute pas aussi qu'il ne l'ait pris de la sorte, et qu'il n'ait bien connu le motif qui vous portoit à lui parler ainsi. Pour être admis dans son secret et sa confiance à l'égard du neveu (2) dont il

(1) Le 10 juin précédent, M. Tronson écrivait à M. Sabatier : « Nous avons vu, ces jours passés, Monseigneur d'Autun qui me paroît extrêmement content de votre zèle pour son séminaire. Il nous fit voir les beaux et magnifiques ornemens qu'il vous lait faire. Il ne se peut rien ajouter à Paffection qu'il témoigne pour la décoration de votre chapelle : car il est venu ici deux ou trois fois pour nous faire voir le dessin d'une tapisserie qui, assurément, vous satisfera ».

(2) Henri-Emmanuel de Roquette, né à Paris, baptisé dans l'église de Saint-Sulpice le 4 février 1658, docteur de Sorbonne, abbé de S. Gildas de Ruis au diocèse de Vannes, prédicateur du roi, membre des États de Bourgogne qui souvent le choisirent pour haranguer Sa Majesté au nom des députations, élu le 12 décembre 1720 à l'Académie française pour succéder à Renaudot, mort à Paris le 4 mars 1725. Cfr. D'Alembert, Histoire ffes membres de r Académie fran-

178 LIVRK DKl'XIKMK

u*éloit pas conlenl, il vous auroil été ditticile de vous en dispenser, et cela même peut être utile pour maintenir le neveu dans son devoir et dans la règle, et entretenir Tunion entre Tun et l'autre. Comme vous ne cherchez en cela qu*à lui faire rendre à son oncle le respect, la soumission et la déférence qu*il lui doit, c*est à Tonde à voir ce qu*il peut faire 'pour lui; de votre part, vous ne devez point avoir de scrupule des démarches que vous faites, qui ne vont qu'à procurer le bien spirituel de ce neveu.

Je ne doute point que le bon air qu*ont vos séminaristes ne vous fasse plaisir. Il ne faut que demander à Dieu que Tintérieur y réponde. Nous offrirons à Dieu de bon cœur nos prières pour obtenir cette grâce, aussi bien que pour lui demander celle de conserver une santé aussi utile à son œuvre que la vôtre.

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, cordialement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXV

A MONSIEUR DK SABATIBR

Ce 26 juin 1696.

J'ai vu par votre dernière lettre la grande cérémonie de votre ordination dont on vous avoit chargé. Ou avoit besoin iVan bon maître pour la bien régler sur le champ, et pour disposer toutes choses d'une manière qui a contenté tout le monde et édifié toute la ville. J'en ai fait le récit à votre bon oncle, M. de Longueil (1), qui a sujet de se glorifier d'avoir eu un si bon disciple et si capable d'en former d'autres.

cuise morts depuis 4700 jusqu'en i?7i; Paris, 1787, t. IV, p. 347-376. Bibliographie catholique, t. XXVI, p. 99-101. De Hoislisle, notes sur les Mémoires de Saint-Simon, t. XIV, p. 297, 639.

Cl) Charles de Longueil, clerc du diocèse de Meaux» fût admis, le 2 dêcembi*e 1652, au séminaire de Saint-Sulpice, où il exerça les fonctions de maître de cérémonies. Il mourut le 17 janvier 1706, âgé de So ans, et il fiit inhumé dans la chapelle basse du séminaire. Le lendemain

Je soiihaile que votre saignée vous ait parfaitement rétabli et vous ail redonné une santé qui ne vous oblige à retourner ù ce même remède qu*au bout de douze ans. Il faut que vous y contribuiez aussi un peu de votre part, et que vous vous ménagiez davantage Tannée prochaine, que vous n^avez fait celle-ci.

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXVI

A MÛiNSIEUR DR SABATIBR

Ce 10 juiUet 1698.

Je reçus hier votre lettre du &"• de ce mois. Si vous avez la bonté de nous envoyer par M. Fénard le Catéchisme apirù tueî de la mère Bon, supérieure des religieuses Ursulinesde S'. Marcelin, je le recevrai avec plaisir et le lirai exactement ; car s*il y a quelques endroits où il y ait du quiétisme, il sera de quelque utilité qu*on le fasse remarquer ici. Le père Hichebraque (1) qui vous Ta communiqué, a été fort cité dans

de sa mort, M. Bourbon écrivait aux supérieurs de province : « M. de Longueil mourut hier au soir. Il avoit entendu la messe le matin et y avoit communié. Il soupa le soir et passa la récréation à son ordinaire. Ayant fait sa prière, comme on le déshabilloit, il tomba en foiblesse. M. Leschassier Talla tout aussitôt trouver, et on n'eut que le temps de lui donner Tabsolution et le dernier sacrement. Sa mort a été aussi paisible que sa vie innocente. Nous savons tous quelle a été sa religion et sa piété; mais plusieurs ne savent pas que, dans le temps de sa meilleure santé, il étoit travaillé de maux de tète continuels, dont il ne s'est Jamais plaint, et qui ne diminuoient rien à l'extérieur de sa ji^ieté et de sa douceur. Vous aurez la bonté de lui faire faire un service, n étoit âgé de 80 ans, dont il a passé 56 ou 57 dans le séminaire d'une manière très édifiante ».

(1) Dom Hichebraque avait été prieur de Saint-Robert de Comillon, monastère de Bénédictins situé près de Grenoble. Il était à Elois quand M«« Guyon lui écrivit, au mois d'avril 1695, pour le prier de rendre témoignage à la vérité sur une maxime détestable qu'on raccusail d'avoir enaeiprnée. Il répondit delà manière la plus favorable

180 LIVRR DEUXIÈME

l'affaire de Madame Guyon, et on dit qu'il a écrit une lettre en sa faveur. S'il vous a parlé de ces matières, il ne seroit pas inutile que je puisse savoir de quelle manière il vous en a parlé, et s*il est pour ou contre.

Si M. Baudot (1), prêtre et bénéficier que vous avez dans votre diocèse, que vous dites avoir été secrétaire de Molinos.. que l'on regarde comme un possédé et en qui il se passe des choses extraordinaires, refuse de suivre le conseil qu'on lui donne, de parler de ses peines à M. le Grand Vicaire, qui est son supérieur légitime, vous ferez très bien, à mon avis, de l'avoir pour suspect, et de ne pas le laisser prêcher et confesser, ni faire les autres fonctions auxquelles il dit qu'il a attrait, et pour lesquelles il s'attribue une espèce d'apostolat. Si vous aviez quelque chose de plus particulier à nous mander là-dessus, il ne seroit pas difficile de lui faire tenir compagnie au P. de La Gombe et k Madame Guyon (2). On découvre de temps en temps des choses fâcheuses qui n'accommodent pas leur affaire. Vous en aurez appris une partie par la Relation du Qutétiame, que Monseigneur de Meaux a donnée depuis peu au public.

Nous avons vu M^' d'Âutun toujours également affectionné k son séminaire et toujours tout rempli d'estime pour vous.

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement k vous. — L. Tronson.

à M«« Guyon, par deux lettres datées du 14 avril, lesquelles sout rapportées dans la Correspondance de Fénelon; édition de Paris, 1827, l. VII, p. 164 et suiv.

(1) Sur ce singulier personnage, — natif d'Avallon, alors du diocèse d'Autun, — qui fut, en effet, secrétaire de Molinos et l'un des apôtres les plus étranges du quiétisme, voir d'amples détails dans Henri Fignot, Gabriel de Roquette, tome II, p. 492-504.

(2) Elle était alors enfermée à la Bastille.

CORRISSPONDANCK AVEC LK i>ÉMrNAIRE l)*AUTUN 181

LETTRE LXVli

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 26 juiUet 1698.

J'ai reçu voire lettre du 15 de ce mois. On auroit fort souhaité que le Père de Richebraque; dans la lettre qu*il a écrite en faveur de Madame Guyon, eût dit quelque chose de ses erreurs. Il i'auroit pu faire efficacement, puisqu'il a été, à ce qu*il dit, le premier à les combattre. II y a beaucoup à craindre, en voyant la manière dont il en a écrit, qu*on ne le prenne pour un de ses fauteurs. Croyez-vous qu'il voulût répondre si on rinterrogeoit sur les extravagances de la Dame, et sur les maximes erronées qui regardent les mœurs? Elle est toujours enfermée dans la Bastille, et ne sait point encore à quoi aboutira la lettre que le P. de La Combe lui a écrite.

Je serois bien aise de savoir ce que le P. de Richebraque aura dit touchant la Relation du Quiétisme de M. de Meaux.

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE Lxviir

A MONSIEUR DE LA GOUTTE

Ce 16 février 1699.

J'ai lu exactement votre lettre du 9* de ce mois. Toutes les peines que vous m'y exposez ne sont qu'une pure tentation et des effets d'une imagination préoccupée ffui craint le péché dans les occasions où il n'y a point sujet de craindre. Tant que vous suivrez les règles que vous donne votre directeur, vous marcherez en sûreté. Le meilleur avis que je vous puisse donner est de vous y rendrç bien fidèle, et de vous bien souvenir de ce mot d'un père de l'Église : que ce n'est pas par la force du raisonnement, mais par la fidélité à l'obéissance, que Ton se sauve, et que c'est pour cela que, quand on dé-

finit l*hoinme dans le christianisme, on ne le désigne pas par le nom de raisonnable, mais par le nom de fidèle : Considéra, dit-il, quod non voceris rationalis, sed fidelis, 11 importe peu, au jugement de Dieu, de faire beaucoup ou peu de chose; mais l'important est de faire ce qu*il demande de nous, et nous sommes sûrs que nous le faisons quand nous obéissons fidèlement. Tous vos efforts, toutes vos craintes, toutes vos réflexions n'assureront point votre salut, comme la déférence et la soumission simple que vous rendrez à votre directeur. Ainsi, tout ce que je puis dire de meilleur pour vous est de suivre à Taveugle et en simplicité ses avis. G*est ce qui vous donneroit assurément beaucoup de paix, si vous pouviez seulement vous résoudre à le pratiquer pendant quelques mois. Vous n'auriez pas besoin ensuite d'autre preuve pour vous en convaincre que votre propre expérience. .Te suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, enlièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXIX

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 9 avril 1699.

Vos ordinands sont bien obligés k votre charité et à celle de Monseigneur de Ghalon qui a pris la peine d'aller k Autun leur conférer les ordres. Vous leur avez épargné bien de la dépense, de la peine et de la dissipation. Je crois qu'ils n'auront pas regretté Técu que chacun a donné pour la dépense extraordinaire qu'on a fait pour le Prélat. Il y a bien de l'apparence que vous ne serez pas dans la même peine k l'ordination de la Pentecôte; car je ne doute pas que M»"* d'Autun, qui a pour vous de grands égards, ne se rende au désir que vous lui témoignerez de le posséder dans ce temps-lk.

Je crois que vous serez bien aise de voir les deux extraits des deux lettres qu'a écrites M. de Cambrai en suite de l'avis qu'on lui a donné du bref du Pape qui condamne son livre (1).

(1) Voir ce Mandement ap. Œuvres de Fênefon, édit.de Versailles, t. IX, p. 178-182.

CORRBSPONDAKCE AVEC LE SEMINAIRE D*AUTU!f 183

M n'hésite point à se soumettre, et il le fera sans restriction et de tout son cœur. Plùt à Dieu que les Jansénistes en eussent fait de même ! La condamnation est forte et renverse de fond en comble le système du livre des Maximes, et Ton n'y a aucun égard à ses explications.

Je SUIS, Monsieur et très cher en Noire Seigneur, cordialement tout à vous. — L. Tronsox.

LETTRE LXX

A MONSIEUR KENARU (1)

Ce 9 avril 1699.

Les embarras el les difficultés que vous trouvez dans remploi de la confession ne doivent point vous décourager. La gloire de Dieu et le salut des âmes que l'on y procure sont de puissans motifs pour vous faire passer par dessus vos peines. Quoique toutes les personnes que vous conduisez ne profitent pas de vos instructions, et que vous trouviez des cœurs durs et opposés à vos avis, il y en a toujours assez de bien disposés et à qui la parole de Dieu profite, pour vous consoler dans vos travaux. Quand nous avons bien semé el cultivé, nous avons fait ce que Dieu demande de nous, et cela nous doit suffire. C'est à Dieu k donner Taccroissement, el c'est de lui qu'il faut attendre les conversions. Ainsi, quelque bonne que soit votre intention qui vous fait désirer la retraite, elle sera encore meilleure el plus agréable à Dieu quand elle vous fera souhaiter le travail.

Je voudrois que le reste du Forma Cleri que vous demandez fut en état de vous être envoyé; mais il vous seroit

(1) Claude Fénartl, clerc du diocèse de Troyes, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 18 octobre 1680. Kn 1691, il fut envoyé au séminaire de Clermont, oiï il ne passa qu'un au, une maladie qu'il contracta à Paris, aux vacances de 1692, ne lui ayant pas permis de retourner en Auver^e. Kn 1603, on l'envoya au séminaire d'Autun. Il y fut successivement professeur de morale, direoteiir du en 1605, et enfin supérieur en 1707. Il y mourut le 30 juin 1712.

184 LIYKU D£UXI£Mje

assez inutile dans l'état où il est. Il y a quelques cahiers perdus, il y en a d^autres qui ne sont point remplis, et tous sont fort imparfaits. J'ai mis tout ce que j*en avois entre les mains de M. Lcschassier pour en faire le meilleur usa^ e qu'il pourra (1).

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, enlicrement k vous. — L. Tronsox.

LETTRE LXXI

À MONSIEUR PELLETIER {,i)

Ce 16 avril 1699.

J'ai toujours cru que, pendant qu'on examinoit à Rome le livre de M. de Gambray, la prudence demandoit qu'on ne parlât ni pour ni contre, el qu'on attendît le jugement du Saint-Siège. Maintenant que le livre est condamné, on en peut parler en sûreté. Le Prélat lui-même le condamne, et il a fait un mandement où il déclare, conformément au bref du Pape, qu'il condamne sincèrement et sans aucune restriction, et le livre et les vingt-trois propositions qui en ont été extraites, et qui sont marquées dans le Bref. Une soumission aussi entière et aussi absolue est dans l'Église un grand exemple. Il seroit à souhaiter que ceux qui ont fait tant de

(1) Les trois premières parties du Forma Cleri avaient paru en 1669 et 1682, 3 in-12; elles fUrent rôimprimôes et publiées avec le reste, c'est-à-dire les quatre dernières parties, en 1727, sept parties in-4^ Cfr. Bibliothèque sulpicicnne, 1. 1, p. 130-132.

(2) Jacques Pelletier, né à Auxonne, autrefois du diocèse de Besançon, aujourd'hui du diocèse de Dijon, entra clerc au petit séminaire de Saint-Sulpice le 7 mai 1687, suivit les exercices de la licence et obtint le 68» rang sur 104 licenciés. En 1695, M. Tronson l'envoya à Bourges pour y enseigner la scolastique qu'il savait très bien. Étant allé à Paris aux vacances de 1698, il reçut de M. Tronson la mission d'aller à Autun, où, pendant un an, il enseigna la morale avec beaucoup 4'application. Mais en décembre 1699, sa tète se fatigua; il partit alors pour Besançon, et ne retourna plus à Autun, ni dans aucun séminaire de la Compagnie.

GOHRESPO.NDÂNGE AY£G LE SÉMINAIRE d'aUTUN 185

bruit par leur distinction du droit et du fait en voulussent profiter.

J'écrirai à M. Sabatier le désir que vous avez que I*on vous avertisse de vos défauts, et la disposition sincère où vous êtes et qui m'édifie, de profiter des avis qu'on vous donnera.

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXXII

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 14 juiUet 1699.

Ce n'est pas aux personnes qui s'acquittent aussi bien que VOUS de leur devoir, à qui le seul mol de visite doit donner naturellement du chagrin : il leur doit être, au contraire, un grand sujet de consolation. Le bon ordre que MM. Tanoarn et Baluze ont trouvé dans votre séminaire vous est avantageux, et ne peut que vous donner de la joie. II est vrai que ce que vous m'en aviez mandé étoit suffisant pour me convaincre que tout y alloit bien; mais j*ai été bien aise de conserver une coutume que j'ai trouvée dans la maison, et que je dois croire y avoir été sagement établie. Au reste, ces Messieurs en sont très édifiés, et ils se louent fort du bon accueil que vous leur avez fait. S'ils trouvent les mêmes douceurs dans tous les lieux où ils doivent s'arrêter, ils auront de quoi se consoler de la fatigue de leur voyage, et nous aurons sujet d'espérer qu'ils reviendront ici bien contens et en bonne santé.

Je vois que votre prélat est toujours plein de bonté pour son séminaire. Il nous fil l'honneur de nous venir visiter, il v a quelques jours, pour nous dire adieu. Nous lui dîmes que deux de nos Messieurs qui alloient à Lyon dévoient voir en passant son séminaire. Nous ne crûmes pas lui devoir parler de visite, pour des raisons que vous devinerez aisément.

Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement à vous — L. Tronson.

LETTRE LXXIII

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