‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 23 sur 42 · A MONSIEUR DU VIGNEAU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU VIGNEAU

Ce 10 septembre 1699.

Le désir que vous avez d'aller à la Grande Chartreuse esl une curiosité sainte que vous pouvez contenter sans scrupule. II est bien juste que vous vous promeniez comme les autres. Je crois que le commencement de vos vacances aura été assez mélancolique, n*ayant eu avec vous que M. Fénard et M. Pelletier, et encore par intervalle. Ainsi, je suis bien aise que vous fassiez ce voyage pour vous délasser, dont vous ne pourrez être que bien édifié. J'écris une lettre au R. P. Général (2) pour lui faire connoître que vous êies un prêtre de Saint-Sulpice et Directeur au séminaire d'Aulun. Comme il nous aime et qu'il estime le séminaire, je crois qu'il vous fera bon accueil. Employez bien le reste de vos vacances.

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

(1) François de Moayre du Vignau naquit à Nantes le 23 octobre 1660. Après avoir terminé ses études, il fut reçu licencié en droit canonique et en droit civil. Il alla ensuite au séminaire de Saint-Sulpice, où il fut reçu le 15 Janvier 1688; puis, en 1693, à la Solitude, où il passa deux ans. En 1695, il fut envoyé à Autun pour y gérer le temporel; fonction qu'il alla ensuite exercer au séminaire de Lyon en 1701. Il quitta cette maison le 3 octobre 1722, et après avoir été pendant un an employé au Héminaire de Paris, il fut envoyé au séminaire de Clermont en qualité de directeur du, et y mourut le 27 décembre 1741, âRé de 81 ans. 11 avait été élu assistant de la Compagnie en 1715.

(2) Dom Innocent I.e Masson, qui professait une grande estime pour M. Tronson. Voir la Correspondance avec divers.

CORRfiSPONDANGË AVEC LK S£MLNAIU£ D*AUTU> 187

LETTRE LXXIV

A MONSIEUR DE SABATIER

Ce 20 janvier 1700.

J'ai reçu votre lettre du 15' de ce mois. Si Monseigneur d'Aulun souhaite que vous vous chargiez de I examen des ordinands et que vous puissiez prendre cet emploi sans faire peine à Messieurs les Grands vicaires et aux autres officiers du Prélat, vous ferez bien de condescendre à son désir. Mais je ne croirois pas qu il faille obliger ceux de nos Messieurs qui y auroient peine, d'y assister ni gêner en cela leur conscience. On pourra aisément s*en passer, y en ayant assez d*autres plus accommodans et de bonne volonté. Tant qu*on peut raisonnablement ne point faire peine aux gens, je me détermine ordinairement à ce parti. Nous prierons Dieu cependant pour votre belle ordination de carême, afin que Dieu la bénisse et répande une grande abondance de grâces, et sur les ordinands et sur leurs directeurs.

Je ne sais point de meilleur remède pour le rhume do M. Fénard que le repos.

Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

188 MVRE TROISIÈME

LETTRE I

A MONSIEUR LE TBLLIBR (1)

Ce 22 septembre 1679.

Votre lettre, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, m'a donné bien de la joie, voyant le bon accueil que Ton vous fait, et Tespérance que Ton peut prendre, par ces premières démarches, du bon succès de i*œuvre qui vous est confié. L*empIoi que Ton vous a donné d*abord est un témoignage sûr de I*estime que Ton a de vous, et il auroit été difficile de ne le pas recevoir, après les instances que i*on vous en a faites. Mais il en faudra faire de votre part, el de nouvelles et de plus fortes, si Ton prétend que vous en demeuriez chargé lorsque les exercices du séminaire commenceront. Que si, en ce temps, on ne vouloit pas vous en décharger et que vous n'eussiez point de meilleure voie que de le faire tomber à M. de la Chetardye, il faudroit insister à cet expédient qui ne feroit pas tant de tort au séminaire et qui vous meltroit en liberté.

J'avertirai M. Du Ferrier de se bien préparer pour les

(î) Né en 1627, à Gisors dans le diocèse de Rouen, Henri Le TeUier était déjà diacre lorsque, le 2 mai 1651, il entra au séminaire de Saint- Sulpice. Il y remplit ensuite les fonctions de directeur ordinaire, puis* celles de directeur du séminaire, à la place de M. Tronson, lors(iuo celui-ci eut été nommé supérieur. M. Le Tellier fut le premier supérieur du sC'minaire de Bourges; il y mourut dans les premiers jours du mois d'août 1710, âgé de 83 ans, dont il avait passé 59 dans la Couipagnie de Saint-Sulpice. 11 fut inhumé le 5 de ce même mois d'août dans réglise du séminaire, devant rautel de la Sainte Vierge. V. mhliothf^que sufpiricntin, t. I, p. 166-1B8.

(iRS (1) : il soupire fort après son dépari, et le désir qu'il en a me fail croire qu'il sera fidèle à son travail.

La ratification des parties suffira, sans qu'il soit nécessaire de passer un nouveau contrat (2), et je vous enverrai pour cela, au premier jour, une ample procuration.

Si la maison de Jacques Cœur (3) vous accommode, ce seroit un moyen de commencer bientôt le séminaire, et sans être exposé aux embarras et longueurs qu'il faut subir dans l'attente d'un bâtiment neuf ou d'un logement commode.

Il faut nous résoudre de retrancher de nos prières pour donner aux affaires et aux visites tout le temps que nous voyons bonnement être nécessaire pour le bien de l'œuvre que Dieu nous commet. Tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE II

A L*ARGHBVÉQUE DE BOURGES (4)

A Issy, ce 26 septembre 1679.

Monseigneur,

Votre homme d'affaires qui vint hier ici me témoigna le désir que vous aviez d'affermir le contrat que vous avez eu la

(1) Cest de ce nom qu'on désignait la théologie morale. Voir, plus loin, page 191, la note sur M. Antoine Du Ferrier.

(2) Le concordat passé entre l'archevêque de Bourges et le supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice est du 21 mars 1679; mais on ne commença les exercices que le 2 février 1680. Sur la fondation et les commencements du séminaire de Bourges, voir les Mémoires de M. Gosselln sur M. Tronson, et la Notice historique sur le séminaire de Bourges, composée par M. Guillaume Renaudet, qui en fat longtemps supérieur.

(3) Tous ceux qui ont visité la ville de Bourges connaissent le bel hôtel de l'illustre Unancier : c'est aujourd'hui le Palais de Justice.

(4) Michel Phélypeaux de la Vrillière, deuxième fils de Louis Phélypeaux d'HerLault, seigneur de la Vrillière, Secrétaire d'État, fut nommé évéque d'Uzès par brevet du roi daté du 22 novembre 1674, puis archevêque de Bourges le 18 Juin 1677. Il prit solenneUement possession de ce dernier siège le 12 septembre 1679, et mourut subitement à Paris, le 28 avril 1694, âgé de 52 ans.

190 LIVRR TROISIÈME

honte de passer pour la direction de voire séminaire. Comme les avis qu*on lui a donnés sont conformes à ceux des avocats, et que tous conviennent qu^une simple ratification suffit, j'ai cru que vous agréeriez bien que j'envoyasse pour cela une procuration à M. Le Tellier, pour le mettre en étal de répondre à vos desseins et pour en user selon vos ordres. Au reste, Monseigneur, vous agissez envers lui et envers M. de la Ghetardye d*une manière si obligeante, et ils se louent Tun l'autre tellement de vos bontés, que je ne puis que je ne me joigne k eux pour vous en témoigner mes très humbles reconnoissances. J'espère que, dans la suite, nous pourrons vous les faire mieux connoitre par nos services. Car, de leur part, je suis assuré qu'ils seront fidèles à cultiver toutes les occasions que vous leur en donnerez, et qu'ils n'auront point de plus grande joie que d'exécuter vos ordres ; comme, de la mienne, je n'aurai poinl de satisfaction plus sensible que de vous faire paroitre avec combien de respect et de soumission sincère je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE m

A MONSIEUR LE TELLIER

Ce l»"- novembre 1679.

Je suis persuadé que vous avez trop de confiance en Dieu et d'abandon k sa Providence, pour ne pas éprouver son secours dans les affaires où il vous engagera. Je ne suis point surpris que vous l'ayez reconnu déjà en quelques rencontres. Vous verrez encore plus clairement dans la suite la protection spéciale que Dieu donne aux âmes abandonnées, et ce que sa bonté fait pour ceux qui s'appuient davantage sur son secours que sur leurs propres talcns.

M. de la Ghetardye m'avoit mandé que nos Messieurs destinés pour Bourges pourroient partir dès le lendemain de la Toussaint ; mais je ne crois pas qu'ils doivent tant se presser, et nous attendrons pour cela l'ordre de Monseigneur l'Arche-

CORRRSPONDANGR AVRG LR SÉMINAIRR DE BOL>RGBS 19i

vdque, qui nous sera la marque sûre de la volonté de Dieu sur leur départ. Ils sont tout prêts à se mettre en campagne. M. Le Fèvre n a plus rien à faire (1). M. Guenon est un peu lassé de son voyage des Pays-Bas, d'où il ne revint qu*avanthier; mais ce n'est pas une lassitude qui l'arrête (2). M. du Ferrier fait demain sa Résumpte, qui le mettra en pleine liberté (3). Pour M. Jacquier, il achète force livres; il em-

(I) François Le Fèvre, né à Écouis dans le diocèse de Houen, fit son séminaire à Saint-Sulpice où il entra étant clerc le 26 mars 1667. Malgré Pactivité et l'étendue de son zèle, ou plutôt précisément à cause de cela, il parut passablement inconstans in viis suis. Il s'embarque à La Rochelle le 2 Juillet 1672, arrive à Québec le 13 août, se rend à Montréal, 3' travaille avec zèle Jusqu'en 1675, repasse en France, retourne à Montréal en 1676, revient en 1678 rappelé par la mort de son père, est envoyé à Bourges en 1679, entre au séminaire des Missions-Étrangères en 1680, part pour la Chine avec Pévêque d'Héliopolis en 1681, revient avec lui en 1685, l'accompagne â Rome et y reste quelques mois comme procureur des Missions-Étrangères, rentre an séminaire de Saint-Sulpice en 1686, va ensuite à la communauté de M. le Curé, puis passe à la Petite Communauté, retourne â la paroisse où il est vicaire d'honneur, quitte de nouveau la communauté de M. le Curé pour aller à Cambrai où Fénelon le nomme supérieur de son séminaire en 1703, quitte Cambrai vers 1712, se retii'e A l'abbaye de Saint-Victor, et y meurt enfin en 1718.

(î) Charles Guenon, du diocèse de Coutances, entré diacre au séminaire de Saint-Sulpice, le 17 octobre 1671, y avait enseigné pendant quelque temps avant d'être envoyé à Bourges. Quand il quitta ce dernier séminaire, il retourna à Saint-Sulpice, où il enseigna de nouveau et dirigea Jusqu'à sa mort arrivée le 11 août 1717. Il avait 88 ans, et en avait passé 46 dans la Compagnie. Licencié de Sorbonne en 1672, avec le 38» rang sur 98 concurrents, il avait été reçu docteur le 4 septembre de l'année suivante 1673.

(3) Antoine Du Ferrier, neveu de Jean Du Ferrier, un des premiei's compagnons de M. Olier, était né à Toulouse comme son oncle. Il entra, étant déjà clerc, au séminaire Saint-Sulpice le 13 octobre 1666, et suivit pendant treize ou quatorze ans les cours de la Sorbonne. Il prit le bonnet de docteur le 22 Juillet 1679, et le 2 novembre suivant, il ftit resumpté. La Résumptc était une thèse sur toute l'Écriture sainte, que les Docteurs de Sorbonne devaient soutenir avant d'être mis en possession de certains droits de la Faculté, comme d'avoir suffrage dans les assemblées, de présider aux Actes... Aux vacances de 1681, M. Du Ferrier retourna à Paris, et fut employé, soit au serai-

19^ LIVRE TROISIÈMR

halle et fait emballer tant qu'il peut (1). Ainsi, vous voyez que Ton sera prêt à débarquer au premier signal. Ils me paroissent tous avoir bien de la joie d'aller travailler à un si grand œuvre et sous un si digne prélat. Je leur ai montré ce que vous et M. de la Chetardye ro*en avez mandé; et vous pouvez juger si cela les a encouragés. J'espère que Monseigneur sera satisfait. Si l'on pouvoit commencer les exercices du séminaire à la Présentation, et que Monseigneur voulut les commencer par une cérémonie pareille à celle que nous faisons ici {i), ce seroit un moyen excellent pour donner d'abord aux ecclésiastiques une grande estime du séminaire et une haute idée de leur profession. Mais il vous doit suffire de lui en avoir donné la vue; et je ne vous conseille pas de faire sur cela aucune instance. Dieu lui en donnera assez le mouvement si cette cérémonie est utile à son œuvre ; et il vaut mieux, s'il la fait, que ce soit par attrait que par votre sollicitation.

Tous les saints que vous me nommez sont de bons patrons; mais si on nous laissoit le choix, notre dévotion iroil à la Sainte Vierge ou à S. Sulpioe (3). Celui néanmoins que Monseigneur l'Archevêque donnera sera le meilleur pour nous: le

naii'e, soit à la communauté de la paroisse. En 1686, M. Tronson le proposa à la duchesse de Guise qui désirait avoir des prêtres de Saint- Sulpice à Alençon : mais cette démarche ne paraît pas avoir eu de résultat. Il est probable que M. Du Ferrier se retira de la compagnie de Saint-Sulpice. Son nom figure encore sur la liste des Docteurs en 1723 : il ne se trouve plus sur celle de 1748.

H) Etienne Jacquier, né à Saint-Étienne dans le diocèse de Lyon, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 19 octobre 1674. Il ne resta guères plus d'un an à Bourges, sa santé Payant bientôt obligé de i*etoumer dans sa famille, et même de renoncer aux fonctions de directeur de séminaire. Toutefois, il n'oublia jamais la Compagnie, et par un codicille du 27 août 1704, il légua 5,000 livres au séminaire de Saint-Sulpice, â la charge de célél)rer annuellement 200 messes basses pour le repos de son âme. Il mourut à Saint-Ktienne en Forez dans les premiers jours du mois de septembre 1704.

(2) La cérémonie de la rénovation des promesses cléricales.

(3^ S. Sulpice le Débonnaire rPfvs), élu archevêque de Bourges en 624, mort le 17 janvier 644.

COURESPONDANCB AVEC LE SÉMINArUE DE lIOUUtiES [{)?i

séminaire est son œuvre, il est avantageux qu'il en soit le parrain aussi bien que le père ; et nous nous trouverons toujours mieux de nous accommoder à sa dévotion que de suivre la nôtre.

Vous ne pouviez rien faire de plus important pour le séminaire, que de ne vous point charger de Texamen des religieux. Tout vôtre. — L. Tronsox.

LETTRE IV

A yONSIRUn HE LA CIIETARDYK (I )

11 octobre lG7y.

Vous ne sauriez me faire plus de plaisir que de m'écrire comme vous avez fait la dernière fois, pourvu néanmoins que vous en ayez le temps. Car, pour moi, ce me sera toujours une satisfaction particulière de lire vos lettres, et d y apprendre tout le détail de ce qui se passe. Vous en devez avoir une bien sensible de voir tant de dispositions pour le bien dans Monseigneur rÂrchevéque. J'avoue que ce que vous m'en mandez me ravit, et je ne puis douter que les suites ne répondent à un si beau commencement. Pour le séminaire, il n*en sauroit avoir de plus avantageux que la petitesse et la pauvreté. La maison de Jacques Cœur avoit trop d*éclat ;

0) Joachim Trotti de la Chetardye, d'une famille originaire d'Italie, naquit le 23 novembre 1626, an château de la Clietardye, sur la paroisse tPExideuil (Charente), alors du diocèse de Limoges. Admis au séminaire de Saint-Sulpice en 1657, puis dans la Compagnie en 1663, il enseigna d'abord la morale au séminaire du Puy. En 1679, sur le désir de l*archevê<ïue de Bourges, il fut adjoint aux directeurs de son séminaire, et plus spécialement chargé de desservir la paroisse de Moutier- Moyen que le prélat avait unie au séminaire. Celle de Saint-Sulpice, îi Paris, Peut pour curé depuis le 13 février 1696 jusqu'à sa mort arrivée le 9 juin 1714. Il avait, en 1702, refusé l'évêché de Poitiers, et à partir de 1709, était devenu le directeur de M»» de Maintenon, après la mort de Godet des Marais, évêque de Chartres. V. Bibliothèque fHlpicienne ^ t. I, p. 170-207. Hamel, Histoire de Vèglise Saint- Sulpice, Paris, 1900, in-8o, p. 143-I58.

celles de Montermoven (1) auronl plus de rapport à celle que xNotre Seigneur a choisie pour venir racheter le monde; et il me semble que c'est par là que commencent ordinairement les établissemens chrétiens, et sur lesquels Notre Seigneur verse de plus grandes bénédictions. Rien aussi ne me donne plus d*espérance de succès de cet œuvre, que de le voir commencer de la sorte, surtout ayant Tapprobation et Tamitié du Prélat.

Vous pouvez rassurer que les Messieurs qui doivent aller travailler à son séminaire seront ponctuels à ses ordres pour leur départ.

La Pénitencerie (2) auroit pu dans la suite faire un grand tort au séminaire, et c*est un grand bien pour cet œuvre, que Monseigneur TArchevèque ait bien voulu vous en décharger. H en aura prévu les conséquences.

Vous ferez bien d'être ferme à ne point confesser les personnes des autres paroisses, dont le grand nombre pourroit bientôt vous accabler.

Notre vaisseau pour le Canada a péri, et toutes nos provisions sont perdues. Il faut prier Dieu pour nos Messieurs qui en souffriront cette année. Tout vôtre. — L. Troîîson.

LETTRE V

A MONSIEUR LE TELLIER

Ce 12 octobre 1679.

Je ne crois point qu iî faille se susciter des affaires pour des opinions que l'Église n'a point encore condamnées. Celle de la contrition (3) n'est point contre la foi : le Pape ne veut

(1) Ou Mouticr-Moxjcn , dont Michel Pliélypeaux, archevêque de Bourges, unit la collégiale à son séminaire.

(2) La dignité de pénitencier dans le chapitre de la cathédrale.

(3) Aujourd'hui, et depuis longtemps, tous les théologiens enseignent comme certain, mais non comme de foi catholique, que la contrition parfaite — appelée proprement contrition par opposition à la contrition imjmrfaite désignée sous le nom iVattrition — n'est pas une condition nécessaire pour recevoir validement Pahsolution dans le sacrement de pénitence.

CORRBSPONDANCE AVEC LB SÉMINAIRE DE BOURGES lOi]

point qu'on noie ceux qui en soutiennent la nécessité; et il y a déjà assez de personnes opposées à SainUSulpice, sans en grossir le nombre par la chaleur que Ton témoigne quelquefois contre ces sortes d'opinions. On passe pour être si emporté sur ces matières, qu'on doit assurément se ménager pour ne point donner lieu à ces soupçons, qui non seulement décréditent, mais qui empêchent encore de faire tout le bien qu'on pourroit faire, si l'on paroissoit moins prévenu et moins emporté. Ce n'est pas qu'il faille trahir ses sentimens et la vérité; mais on peut attendre qu'il soit utile de le dire, et même lorsque l'on en voit l'utilité, ne la dire qu'avec une grande retenue et avec beaucoup de modération. On ne sauroit croire combien on fait de fruit dans le monde par cette voie, ni combien il est important de garder cette règle, surtout sur les matières du temps. Je ne puis vous écrire aujourd'hui davantage. — L. Tronson.

LETTRE VI

A l'archevêque de BOURGES

20 octobre 1679.

Monseigneur,

H est bien juste que je continue à vous donner des témoignages de mes reconnoissances, puisque vous continuez d'une manière si obligeante à nous donner des preuves de vos bontés. Depuis la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, qui en contenoit de très particulières, j'ai reçu la copie du contrat avec la ratification que vous avez eu la bonté de faire; et je l'ai reçue avec d'autant plus de joie, que cela affermit un établissement qui nous donnera lieu de vous rendre plus de services. Le zèle avec lequel vous vous y appliquez nous en fait espérer un grand succès et je ne doute point qu'il n'attire de grandes bénédictions, et sur l'œuvre et sur les ouvriers. Ceux que nous avons ici, et qui n'attendent que vos ordres pour partir sont tellement charmés de ce qu'ils apprennent, qu'il ne leur faudra point d'autre motif pour leur faire quitter Paris avec joie, et pour les encourager

19(5 LIVBE TllOISIÊME

au Iravail. Pourvu que yous leur fassiez toujours la grâce de les honorer de voire protection, je suis persuadé. Monseigneur, que tous leurs souhaits seront remplis. C'est la grâce que je prends la liberté de vous demander pour eux, comme je vous demande très humblement pour moi celle de me croire. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE vu

A MONSIEUR DE LA GHETARDYE

iO novembre 1679.

Je bénis Dieu du zèle qu*il vous donne. M. Le Tellier me mande que vous travaillez comme quatre, et me marque le sjccès de votre travail. A quoi pensez-vous de vouloir que l'on examine encore votre vocation? Plus j'y fais réflexion, et plus je suis convaincu que Dieu vous veut dans l'emploi où vous êtes, et que vous êtes le seul qui pouvez bien remplir cette place. Je l'approuvai ici, à la vérité, d'abord qu'on en parla; mais j'y avois, ce me semble, bien pensé auparavant, sans pourtant oser rien déterminer, jusqu'à ce que je vis tout d'un coup disparoilre toutes les difficultés. Enfin, il n'est plus question, mon très cher en Notre Seigneur, d'examiner votre vocation, mais de la bien remplir : ce que je ne doute point que vous ne fassiez avec une grande bénédiction. Les sentimens de Monseigneur l'Archevêque, les dispositions de Monsieur et de Madame l'intendante, etc., sont des préjugés (te ce que vous y ferez dans la suite : ainsi, demeurez fort eu paix sur cet article.

Je bénis Dieu de la piété, du zèle et de la fermeté de Monseigneur l'Archevêque : vous aurez de la consolation à travailler sous un si digne prélat. Nous attendons ses ordres pour faire partir nos Messieurs. Tout à vous et de tout le cœur. — L. Tronson.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIHE DK BOURGES 197

LETTRK viii

A l'aRGIJBVÉQUE de BOURGES

Du séminaii'e Saint-Sulpice, ce U décembre I67î».

Monseigneur,

J'ai lu avec une cxlrénie salisfaclion les letlrcs dont vous avez eu la bonlé de me faire envoyer une copie. Elles sont si judicieuses et si pleines des marques de la sincérité de vos intentions et de la pureté de votre zèle, que je ne m^étonne pas si elles sont si universellement approuvées. Ceux à qui j*ai cru les pouvoir lire ici sans m*écarter de vos vues en ont été charmés, et ils ne peuvent s'empôcher de bénir Dieu de vous avoir donné pour pasteur à un grand diocèse qui avoit besoin d*un tel prélat.

Pour nous. Monseigneur, nous y sommes trop intéressés pour n*avoir pas ces mêmes sentimens, et pour ne pas regarder comme un bonheur très grand la grâce que vous nous faites, de nous appeler dans ce même diocèse pour y travailler sous vos ordres. Ceux que vous me donnez par la dernière que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire auroient été exécutés dès cette semaine, et nos Messieurs seroient partis dès aujourd*hui s'ils avoient trouvé quelque carrosse. Mais comme il n*en partira que lundi prochain, ils ont été obligés de différer jusqu'à ce jour-là, et ils ont déjà retenu leurs places pour ne laisser pas échapper cette occasion. Ce que je souhaitr. Monseigneur, est d'en avoir en mon particulier quelques-unes où je puisse vous faire connoitre tous mes sentimens et le fond de mon cœur. Vous verriez assurément qu'on ne peut être avec plus d'attachement et de respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

198 LlVHl^ TROISIÈME

LETTRE IX

A MONSIEUR LE TELLIER

18 dêcembi*e 1679.

Nos Messieurs partent ce matin dans des dispositions telles que nous pouvions souhaiter. M. Du Ferrier a été fortement sollicité ailleurs, et M. son oncle lui a écrit d*une manière fort tendre pour l'attirer auprès de lui (1). Mais je ne crois point que ce soit là son fait; et son esprit n*est nullement propre pour ces grandes vues de réforme et ces belles maximes pour conduire les diocèses qu*on voudroil lui inspirer. Je lui ai conseillé, si on lui en écrit encore, de vous montrer les deux lettres qu'il a déjà reçues, afin que vous puissiez mieux connoitre Tétat des choses et lui donner avis. On lui dit que c'est pour conduire un séminaire; mais on ne lui a jamais voulu nommer le diocèse; et peut-être a-t-on appréhendé, comme je le soupçonne, que ce lieu ne fût ici suspect. Vous ne lui parlerez de ceci qu^autant qu*il vous en donnera ouverture; et je crois qu'il vous la donnera toute entière, parce qu'il s'adressera à vous pour sa conduite^ et que c'est un bon enfant, et qui a bien envie de faire la volonté de Dieu. Tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE X

A MONSIEUR LE TELLIER

1" janvier 1680.

C'est un grand talent de se savoir modérer sur les matières

(1) Jean Du Ferrier, un des premiers compagnons de M. Olier, était alors retiré dans la ville d'Alby. Ces « grandes vues de réforme et ces belles maximes pour conduire les diocèses » dont il est parlé plus bas, sont exposées dans ses intéressants Mémoires, M. Georges Doublet, professeur de rhétorique au Lycée de Nice, en a publié une analyse dans la Revue des Prjrénéea, années 1902-1904, sous ce titre : Vn Mémorialiste toulousain du XVIb siècle : Vabbé Jean Du Ferrier, V. Bihliothf'quc sulpiciennCj t. III, p. 61-68.

du temps, et de se posséder assez pour condamner toujours les erreurs avec force sans toucher aux personnes. Celles des évéques surtout nous doivent être sacrées, et le respect particulier que nous devons rendre, et à leur caractère et à leur dignité, demande que nous n'en parlions qu'avec beaucoup de retenue. Il est tout à fait important de s'observer sur cela soi-même : car on est dans un temps où Ton est bien observé des autres : cela est plus important qu'on ne pense.

Pour la prise do possession des bàtimens, il sufliroil absolument de s'y mettre et d'y demeurer, sans en faire aucun acte, puisque, par le contrat d'union du séminaire de Bourges à Sainl-Sulpice, le Clergé est obligé de fournir un logement. .Néanmoins on croit ici qu'il vaudroit encore mieux, si cela se peut, de passer un acte par devant notaire, par lequel il seroit dit que Monseigneur et Messieurs du Clergé, en exécution dudit contrat d'union, nous ont livré et abandonné tels et tels bàtimens, lesquels vous auriez acceptés, en attendant qu*il vous en soit pourvu d'un plus commode.

Pour la prise de possession de la cure, il y a deux choses à faire. La première est que, comme cette cure est unie au séminaire, et qu*il est nécessaire par conséquent qu'on en prenne possession au nom du corps, MM. Le Tellier et de la Chetardye, qui ont déjà représenté le corps dans la ratification du contrat d'union, pourront eux-mêmes, au susdit nom, en prendre possession par un acte public. La seconde chose qu'il y a à faire est que M. de la Chetardye, comme député du Supérieur de Saint-Sulpice, conformément au contrat d'union, aille prendre sa mission de Monseigneur l'Archevêque; et il seroit à souhaiter qu'on la lui donnât par écrit.

11 ne faut point que ni vous ni vos Messieurs confessiez à la paroisse; car, si peu qu*on se donne au dehors, on s'expose à avoir bien des affaires qui ne s'accommodent pas avec le séminaire. Vous avez très bien fait de les éviter adroitement, et de ne vous pas rendre aux désirs et aux plaintes des peuples.

Je ne vois nulle difficulté de recevoir le religieux de

200 LIVRE TftOISIÈME

Sainl-Cosme pour aider M. de laChetardye. Ce lui seroit un grand secours de Tavoir pour la paroisse, et au séminaire ce seroit un grand avantage, s*ii vouloit montrer le plain-chant, d*avoir une personne pour cet emploi, qui non seulement ne seroit point à charge, mais qui voudroit bien même payer sa pension.

Le tempérament que vous avez pris sur la proposition que Monseigneur vous a faite de donner des écrits est très bon. Car M. Guenon peut aisément donner des écrits des Sarremens; et M. Du Ferrier, qui ne pourroit en donner sur le reste de la théologie morale, expliquera aisément Âbelly ou Bonal (1). Vous verrez quel est celui dont il se serviroit avec moins d*embarras, et pour lequel il auroit plus d*ouverture. Il me semble que le premier est bien court pour ce qui regarde les cas.

Le nom de la Sainte Vierge que Ton veut donner k votre séminaire (2) avec le jour de sa Purification que Ton choisit pour en faire Touverture, nous donnent de grandes espérances que Dieu y versera ses bénédictions et ses grâces à pleines mains. Car que ne doit-on point attendre sous une lelle protection? Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XI

A MONSIEUR DE LA GHETARDYE

1" janvier 1680.

Vous voilà bientôt, Monsieur et très cher en Notre Sei-

(1) Medulla theologix ex sacris Scripturis, ConcHiorum Ponfificumque et SS, Patrum ac Doctorum placitis ejcpressa, auctore Ludovico Abelly ; Parisiis, 2 vol. in-12. — Le Cours de la Théologie morale, dans lequel les cas de conscience sont amplement enseigne:^.., composé par M. Raymond Bonal, prêtre. Docteur en théologie; Toulouse, 2 vol. in-12. La première édition parut en 1667, la septième en 1077, et la huitième en 1685. Sur M. Bonal et sa conyrrègation, V. Vie de M. Olicr, t. III, p. 362-3(>4; et sur son ouvrage, Bibliothèque sulpicienne, 1 1, p. 215.

(2) Le séminaire de Bourses fut placé sons le patronage de rimmanilée Conception de Notre-Dame.

CORHKSPONDAN'CK AVKC LE SËMINAIUË DE BUCltUKS *iQl

^neur, en état de dire : Flores apparuerunt in terva nostra Canl. Il, 12). Le moyen que vous n*en ayez en abondance, ol des plus belles, sous la faveur de Taimable proteclrice que Ton vous donne ! Je la bénis de tout mon cœur des senlimens qu'elle inspire k Monseigneur TArchevéque. Car je regarde comme une faveur spéciale de cette Sainte Mère et comme une de ses grâces, Tamour qu'il a pour vous, Testime qu'il témoigne de M. Le Tellier, le bon accueil qu'il a fait à tous nos Messieurs; et je ne doute point que sa protection ne vous attire encore beaucoup d'autres avantages. Tâchons seulement de nous rendre de dignes enfans d'une si digne mère, et soyons sûrs que Dieu bénira tous nos petits travaux.

Je suis assez persuadé que les fonctions de la paroisse ne vous laisseront guëres de temps pour vous mêler de la direction du séminaire. Ainsi, vous ne devez faire nul scrupule de le donner tout entier aux fonctions de la cure pour ne point manquer à vos paroissiens. Et comme M. Le Tellier, et en son absence, M. Le Fèvre auront soin de tout ce qui regarde le séminaire, vous ne serez pas obligé d'y faire d'autres choses que quelques entretiens et quelques sujets d'oraison ; et seulement lorsque les autres emplois de la paroisse vous le permettront, et qu'il y auroit une augmentation notable lie travail dans le temps des retraites.

Si vous allez prier Dieu sur le tombeau de la dévote de M. Couvraud (1), morte à l'hôpital, faites-le d'une manière que peu de personnes le sachent; car il nous est plus important qu'à personne de ne point passer pour des gens attachés :iux dévoles, et qui, entreprenant de les canoniser après leur mort, veulent rendre publiques des dévotions qui ne doivent être que particulières. Vous savez jusqu'où va la malignité (lu monde, combien il va de gens qui observent tous nos pas, et combien il nous faut éviter de donner sujet de parler à ceux qui ne cherchent que les occasions.

J'enverrai mercredi prochain le règlement de la journée.

ri) M. CouvraïKl ôtait un prêtre, et i)eiitH»tre un yicaire-prônéral do Uourjres.

Nous avons tâché de le rendre le plus conforme que nous avons pu au règlement d*ici, parce que Tesprit qui doit animer tous les séminaires de Saint-Sulpice devant être le même, on doit aussi, autant qu'il se peut, observer en tous les mêmes règles et la même conduite.

Nous y avons mis les fautes qu on ne souffre point dans la maison, afin que, cela étant approuvé par Monseigneur TArchevêque, on ne puisse pas vous faire instance pour garder des gens qui y seront tombés, et qui feroicnt tort au séminaire.

J'admire comment on peut se persuader, et surtout k Bourges, que nous recherchions, ou au moins que nous soyons bien aise d*avoir de nouveaux établissemens. J'aurai une belle occasion d'en détromper M. le Doyen (1) lorsqu'il sera en cette ville, et que je lui parlerai du séminaire d'Autun. Car il est bon que Ton connoisse sur cela quel est fesprit de Saint-Sulpice, et que rien n*en est plus éloigné que celte idée que Ton s'en est formée. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XII

A l'archevêque de BOURGES

Du Séminaire Saint-Sulpice, ce 19 Janvier 1680.

Monseigneur,

J'ai reçu votre dernière lettre avec le Mandement que vous m'avez fait l'honneur de m'envôyer, dont je dois vous rendre de très humbles actions de grâces (2). Ce m'a été une conso-

n) Nicolas Cheron, élu le 31 octobre 1674» mort le 2 janvier 1692.

(2) Voici cette lettre: «A Bourges, le 11« janvier 1680; Monsieur, J*ai attendu à vous remercier du présent que vous m'avez fait et à tout mon diocèse de bons ecclésiastiques pour la direction du séminaire, jusqu'à ce que je vous pusse marquer le jour que le séminaire doit commencer. Comme il est marqué par le mandement ci-joint et que les autres réglemens y sont aussi spécifiés, je n'ai rien à ajouter à cet égard; mais seulement j'ai à vous supplier d'être fortement persuadé de ma reconnoissance de toutes vos honnêtetés, et que je vous

lalion parliculière que vous ayez voulu vous-même prendre la peine de m*apprendre de si bonnes nouvelles, et je regarde aussi comme une suite de vos bontés la manière avantageuse dont vous y traitez nos Messieurs. Je ne doute point que, se voyant honorés de votre estime beaucoup au dessus de leur mérite, ils ne travaillent de tout leur cœur à répondre aux idées que vous en avez conçues, et qu*ils ne mettent toute leur application à profiter des moyens que vous leur donnez de travailler utilement dans votre diocèse. Pour moi. Monseigneur, mon plus grand désir est que vous soyez satisfait de leur conduite; que, par la soumission parfaite à vos ordres et par Tassiduité de leurs services, ils se rendent dignes de la continuation de votre estime, et qu'ils puissent me servir en particulier à vous faire connoitre avec combien de soumission, d*altachement et de respect je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE XIII

A MONSIEUR LE TELLIER

19 Janvier 1C80.

J*écris aujourd'hui à Monseigneur TArchevéque pour le remercier de son Mandement, qu'il a bien voulu prendre la peine lui-même de m'envoyer. II parle de vous, et de nos autres Messieurs qu'il a choisis, d'une manière tout k fait obligeante; et s'il fait paroitre en cela la continuation de ses bontés et son estime particulière, vous devez bien tous faire vos efforts pour répondre à ses sentimens, et pour donner par votre conduite le modèle d'une vertu extraordinaire, que les ecclésiastiques du diocèse s'attendent de trouver en vos personnes, après l'idée que leur en donne leur digne prélat. Vous savez que c'est là le moyen de rendre vos discours puissans, et dare voci vesirœ vocem virtutis,

ferai toujours connoître Pestime particulière avec laquelle je suis. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L'Archevêque de Bourges ».

iOi LIVRB THOISIÈMB

(Psalm. LXVII, 31). (^est de quoi il esl bon que vous avertissiez de temps en temps nos Messieurs, afin que leur exactitude au silence, au règlement, à Tobéissance, au désintéressement et aux autres choses qu*ils enseigneront, soient une prédication continuelle qui fasse impression sur les cœurs, dans le temps même qu'ils ne diront mot. Je crois que^ pour en obtenir la grâce et pour commencer dès à présent à donner de Tédification, et à faire voir que ce n*est pas seulement la nécessité de vivre dans un séminaire qui vous fait vivre régulièrement, il seroit très important d'observer, entre vous autres, un règlement; et de prendre pour cela les huit jours qui précèdent la Purification (1). Vous y pourriez tous ensemble faire une espèce de retraite, et vous y appliquer plus particulièrement à Toraison et à d'autres exercices intérieurs, autant que vos autres emplois et les occupations extérieures pour tenir toutes choses en état vous le pourront permettre. Vous allez commencer un grand œuvre, niagiium opus; neqve enim homini prspparatur habttatio, sed Deo, (I Paralip. XXIX, 1). Vous avez besoin de beaucoup de grâces pour répondre à ce que Ton attend. Vous en attirerez, et pour vous et pour les autres, dans la retraite ; et vous vous mettrez en état que Ton pourra dire de chacun de vous : Non venit vacuè, quia non venit vacuus. Vous verrez néanmoins si votre santé et les conjonctures des choses compatiront avec cette vue que je vous propose, et qui ne pourroit être que d'une grande édification. Tout vôtre. — L. TnoxsoN.

f.ETTRE XIV

22 janvier 16^0.

Vous trouverez ici, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, la réponse aux trois articles de votre lettre. Comme je connois à fond la sincérité de votre intérieur pour dis-

( n Jour on (lovaient commencer les exercices du séminaire.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE BOURGES lOti

cerner ce qui y est de Dieu et ce qui ne vient que de la tentation, je puis vous parler avec toute assurance sur les choses que vous proposez. Je puis môme vous dire qu'elles me paroissent si claires, que je ne puis sur cela avoir le moindre doute.

1** Donc vos embarras sur les questions du temps touchant la soumission que Ton doit à TÊglise, ne sont que des effets d'un naturel craintif, d*un cœur timide, d'une conscience timorée. Je vous ai dit souvent que les dispositions où vous étiez vous dévoient suffire, et que vous deviez si peu vous mettre en peine des doutes qui vous viennent, que vous ne deviez point vous amuser ni à les combattre, ni à vouloir vous en défaire. Qu*il vous suffise qu'ils ne vous feront point perdre la grâce de Dieu, et que, bie:i loin d'être un obstacle à votre perfection et à ce que Notre Seigneur demande de vous, ils vous serviront même à y être plus fidèle, si, de votre part, vous êtes fidèle à ne les traiter que de scrupule, i'/estce que vous aurez peine à comprendre, maintenant que vous êtes dans le trouble; et je ne m'élonnerois pas si tout ceci ne vous paroit qu'une énigme dans l'embarras où vous êtes. Mais, pour l'amour do Notre Seigneur, ne laissez pas de faire ce que je vous dis: et vous en découvrirez l'importance quand la sérénité sera revenue, et que vous en ressentirez les effets. Vous ne savez que trop par votre expérience combien vous êtes porté par vos scrupules à vous ranger parmi ceux qui trepidaveruni timoré tibi non erat iimor (Psalm. LU, 0). Il faut vous évertuer un peu; et dans la confiance aux avis de ceux qui vous connoissent, vous abandonner entre les bras de Notre Seigneur; lui protestant que vous ne cherchez qu'à lui obéir et à lui plaire, et que vous ne voulez rien craindre sous la protection d'un si bon Maitre. Tous vos efforts ne vous donneront point la paix. Plus vous vous ferez de violence pour vous délivrer de ces doutes, et plus vous vous trouverez embarrassé; votre unique remède est de les mépriser, et de croire que, quoiqu'ils persévèrent, ils ne vous empêcheront pas d'aimer Dieu de tout votre cœur.

2* Soyez aussi 1res persuadé, mon cher Monsieur, qu'il n'y a nul péché dans les pensées qui pourroient vous venir de vous retirer; que Dieu n'y est nullement offensé, et que vous ne devez point vous gêner sur les différentes vues qui pourroient vous inquiéter, soit pour le temps présent, soit pour l'avenir; mais qu'il faut vous contenter seulement de vous tenir dans la disposition de faire simplement ce que Notre Seigneur vous fera connoitre, dans le temps, qu'il demande de vous. Vous savez que c'est là un des artifices des plus ordinaires du démon, de nous occuper toujours ou du passé, ou de l'avenir: du passé, par les scrupules; et de l'avenir, par des soins et des prévoyances inquiètes; afin de nous empêcher de faire un bon usage du présent, qui est le seul de tous les temps qui est en notre disposition. Ne vous laissez point aller à cette illusion. Comme vous êtes maintenant assez en paix sur le passé, tâchez à vous y mettre pour l'avenir; et quelques pensées qui vous en viennent, soyez persuadé que Dieu vous aime trop pour permettre que vous vous écartiez de ses voies, et que vous mettiez obstacle à ses desseins. Us sont peut-être tout autres que nous ne nous imaginons. Mais soyons assurés que si nous sommes fidèles, de notre part, à faire maintenant sa volonté dans les choses où elle nous paroit, il sera fidèle, de la sienne, k nous la découvrir dans celles où elle nous est encore cachée. C'est sur cette confiance en Notre Seigneur que vous devez établir votre paix, si vous voulez qu'elle soit solide : Fundamentum enim alhid nemo potest ponere prwter id quod positum est, Chrisius Jesvs {l Cor. III, 11). Au reste, vous m'avez suffisamment expliqué vos vues et vos petits desseins, et vous n'avez pas sujet d'en avoir du scrupule ni de la peine; car, encore une fois, je vous connois assez.

Pour le 3* et dernier article de votre letlre, il me paroît important, et pour vous et pour nous; et je crois que nous sommes obligés de Téclaircir. On vous accuse de condamner sans autorité et contre la justice des gens que le Pape honore et loue (1). Comme j'ai peine à croire que ce reproche (1) Les louanges données à François Caulet, évêque de Pamiers, par

soit véritable, vous devez assurément vous en justifier, et faire connoitre que, quelque éloignement que vous ayez de Thérésie de Jansénius, vous n*avez jamais eu la pensée d'en faire tomber le soupçon sur aucune personne en particulier, bien loin d'en vouloir accuser ceux que le Pape honore. 11 faut, ou que vous ayez écrit d'une manière bien éloignée de celle que je m*imagine, ou que Ton ait lu votre lettre avec une étrange préoccupation, pour en prendre un sujet de vous faire de pareils reproches.

Quant à Monseigneur de Pamiers, je ne conçois pas sur quoi Ton se peut fonder pour dire que nous le faisons passer pour nétre pas orthodoxe. 11 s*esl expliqué si nettement à M. de Bretonvilliers dans le dernier voyage quil fit à Paris, et il Ta fait de si bonne foi, que nous ne pourrions pas raisonnablement avoir la moindre pensée de ce qu'il veut croire que nous publions. Il est bien vrai que l'on s'est étonné de ce que M. de Bretonvilliers lui écrivant, peu de temps après son départ, qu'il se présentoit une occasion de détromper des personnes considérables de la Cour, qui seroient en état d'en détromper beaucoup d'autres, s'il avoil la bonté de lui vouloir mettre dans une lettre ses senlimens touchant la condamnation de Jansénius, comme il avoit bien voulu lui expliquer de vive voix, on fut, dis-je, fort étonné de ce qu'il ne voulut point le faire, quoiqu'on lui représentât qu*il y allait du bien do l'Église; mais il ne dira pas que ce soit là le faire passer pour n'être pas orthodoxe.

Pour ce qu'il dit : « Jugez, s'il vous plait, dit-il, de ma douleur et de ma compassion pour cet aveuglement effroyable, de condamner celui que le Pape déclare le premier de tous les prélats de rÉglise de Dieu » : je ne puis vous dire

Innocent XI (V. Bibliothèque sulpicienno, t. III, p. 43-46), d'une part; de l'autre, les relations bien connues de Jean Du Ferrier, ancien compagnon de M. Olier, avec ce même prélat, autorisent à penser qu'il était du nombre de ces « gens » auxquels il est ici fait allusion; et que l'accusation intentée au neveu l'était par son oncle Jean Du Ferrier. La citation faite dans l'alinéa suivant confirme encore cette conjecture.

208 LIVnB TROISIÈME

que trois choses. La première, que je ne sais point quel est ce prélat déclaré par le Pape le premier de TÉglise de Dieu (i). La seconde, que nous n'avons garde de condamner le moindre des Prélats, que nous regardons comme nos juges; et qu'ainsi nous serions bien éloignés de condamner celui que le Pape déclarcroit le premier. Troisièmement, qu'il peut, quand il voudra, faire cesser sa douleur et sa compassion, s'il n'en a point d'autre sujet que celui-là. Voilà tout l'éclaircissement que je vous puis donner, et dont vous vous servirez comme vous jugerez à propos.

Si vous répondez, et que vous vouliez éclaircir celui qui vous a écrit, servez-vous de mes mêmes termes, pour ne pas donner prise.

Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.

0) En disant — si véritablement il le disait — que le pape Pavait « déclaré le premier de tous les évêques de France », Pévèque de Pamiers n'exagérait peut-être pas autant qu'on serait tenté de le croire Innocent XI, en effet, lui adressait textuellement ces paroles : < Teque atque invictam Episcopalis roboris constantiam, qua cœieris prx luces, intimo charitatis affectu in Domino complectimur » (Biblio thôque sulpiciennc, loc. cit., p. 44). Cœtcris prœlucere, ou lucerc prie cœieris, c'est bien, ce semble, luire plus que tous les autres; par conséquent être le premier sous le rapport de la lumière. Mais le brel qui contient cet éloge est du 22 décembre 1679. et M. Tronson qui écrivait le 22 janvier 1680 était l)ien excusable de l'ignorer. Quoiqu'il en soit d'ailleurs des éloges décernés par Innocent XI à François Caulet et des conclusions favorables à son orthodoxie qu'on en peut déduire, deux choses ressorlent clairement de la lettre de M. Tronson : la première, qu'au temps de M. de Bretonvilliers mort en 1676, l'évêque de Pamiers s'était « expliqué si nettement et de si bonne foi sur la condamnation » — et par conséquent sur le fait — « de Jansénius », que saint-sulpice ne pouvait pas « raisonnablement avoir la moindre pensée » de le faire passer pour non-orthodoxe. La seconde, que tout en « s'étonnant de sa conduite et la jugeant peu conforme à sa croyance, Saint-Sulpice, au temps de M. Tronson, six mois environ avant la mort de l'évêque de Pamiers, ne le faisait pas « passer pour n'être pas orthodoxe ». En voilà assez, je pense, pour justifier la thèse toute négative que j'ai paru soutenir dans la Bibliothèque sulpicienne (loc. cit.), savoir : qu'il n'est pas prouvé juridiquement, dogmatiquement, que François Caulet ait été janséniste de doctrine, quoiqn'en dise... le P. Rapin.

LETTRE XV

A MONSIEUR DK LA CHETARDYB

Hii janvier Ibîso.

Vous avez raison de dire que la lecture spirituelle est un exercice important et qui profite beaucoup; et que néanmoins il y en a peu dans votre règlement général, où on n'en marque qu'un quart d'heure, l'autre quart-d'heure devant être marqué à chacun au temps de la journée qui lui seroil plus commode. Mais on a mieux aimé exposer les personnes à manquer à un quart-d'heure de lecture spirituelle qu'au chapelet, que feu M. Olier, Notre Très Honoré Père, nous a trop particulièrement recommandé, pour ne pas (aire tout ce qui peut dépendre de nous, afin qu'on le dise tous les jours dans toutes les maisons de Saint-Sulpice. La grâce qu'il obtint de la Très Sainte Vierge et qui lui fit prendre cette résolution (1), est assez considérable pour obliger tous sesenfans à entrer dans ce même esprit et k faire rendre ce même devoir à cette divine Mère, de qui ils tiennent toutes leurs grâces. Le fruit de la lecture spirituelle paroit davantage ; mais celui-ci ne sera pas moindre, si l'on se rend fidèle à ce petit hommage.

Nous avons su que le religieux janséniste avoit eu une lettre de cachet pour se retirer à Quimper ; mais nous ne savions pas l'ordre donné pour prendre les livres du parti.

Je crois que vous no devez pas refuser les jeunes ecclésiastiques qui s'adresseront à vous pour leur direction, pourvu que vous en ayez le temps, et que les emplois de la paroisse vous le permettent. C'est ce que vous devez bonnement examiner, afin que vous régliez les choses d'une manière que la paroisse ne fasse point de tort à la direction, ni la direction à la paroisse.

(I) La grâce, que les Oratoriens, chez gui le Jansénisme avait pénétré, ne s'établiraient pas snr la paroisse Saint-Sulpice. Voir Vie de M. Olior, t. m, p. 216-218.

^10 LIVRE TROlSlklIE

Si VOUS pouvez avoir la copie de rexhorlation que Monseigneur TArchevôque doit faire à Touverture du séminaire, vous nous obligerez beaucoup de nous en faire part. Je suis lout k vous. — L. Tronson.

LETTRE XVI

A MONSIEUR DE LA CHETARDVE

9 février 168(i.

Voire lettre nous a charmés. Si vous nous envoyiez souvent de pareilles relations, vous feriez bientôt envier votre poste. Car il n'y a personne qui ne fût ravi d*aller travailler sous un si digne prélat. Nous bénissons Dieu du zèle qu'il lui donne. J*ai fait part à M. Tabbé Golbert, présentement coadjuleur de Rouen (1), d'une grande partie des choses que vous me mandez, et je souhaiterois que tout le monde le sût. Car, en vérité, une conduite si éclairée et si exacte est d'un grand exemple dans le temps où nous sommes. Je ne doute point que cela ne vous anime tous et ne vous donne une nouvelle ferveur pour vous acquitter fidèlement de vos emplois. Je sais bien la disposition où vous êtes tous de donner une satisfaction entière k Monseigneur de Bourges; mais je ne puis

(1) Jacques-Nicolas Colbert, second tlls du surintendant gfénéral des llnances, né à Paris le 14 février 1654, eut à dix ans Tabbaye du Bec et le prieuré de la Charité-sur-Loire. Dans le cours de Tannée 1678, il fut licencié de Sorbonne (15 février) et obtint le premier rang, puis adnois au séminaire de Saint-Sulpice le 1*^ décembre. Il était alors diacre : il fut ordonné prêtre le 1" avril 1679. Le Journal de M. Bourbon, secrétaire de M. Tronson, contient de son ordination sacerdotale une relation détaillée, qui a été publiée par M. Levesque dans le Bulletin trimestriel des anciens élèves de Saint-Sulpice, année 1900, p. 432-435. Nommé le 2 février 1680 coadjuteur de Rouxel de Médavy, archevêque de Rouen, sacré le 4 août suivant sous le titre <rarchevêque de Carthage in parti bus, il lui succéda sur le siège métropolitain de Normandie le 29 Janvier 1691, mourut à Paris, dans la nuit du 10 au 11 décembre 1707, et lut inhumé à côté de son père dans réglise Saint^Eustache. V. Fisquet, La France Pontificale, diocèse de Rouen; p. 252-257.

C0RRE5P0NUANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE IIOLRUES j!ii

nrempécher de vous dire que les bontés si particulières qu*il vous témoigne suffiroicnt seules pour vous obliger à ne rien omettre de ce que vous verrez qui le peut satisfaire. C*est sur quoi vous n^avez pas besoin d*é(re exhortés, et ce que je ne vous dis aussi que pour vous faire savoir combien nous souhaitons de pouvoir reconnoilre les marques qu*il nous a données de son estime. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE xviï

A MONSIEUR bt' FERRIER

13 février 1660.

Je vous l'ai déjà dit et vous le redis encore, que vous ne devez point vous arrêter à ces scrupules dont vous m'écrivez et qui vous viennent lorsque vous confessez. Vous devez présumer que les personnes disent les circonstances qui sont nécessaires, et vous vous rendriez insupportable aux autres, aussi bien qu*à vous-même, si vous vouliez,sur chaque péché, en interroger vos pénitens et rebattre plusieurs fois sur les mêmes choses. Vous ne devez point aussi vous arrêter à ces autres scrupules qui vous font douter si vous avez une intention suffisante ; si vous êtes obligé de la renouveler, si vous vous souvenez assez, en donnant l'absolution, de ce que Ton vous a dit en confession, etc. Il est de la dernière conséquence que vous passiez par dessus tous ces doutes, et que vous dilatiez un peu votre cœur pour lui donner une plus grande liberté; car, autrement, vous ne travaillerez jamais qu'avec beaucoup de gène : jamais vous ne goûterez le plaisir qu'il y a de servir Dieu ; et, sur le prétexte de craindre son offense, vous vous rendriez tout à fait inutile dans son Église. Je vois bien que tout cela vient d'une conscience timorée, mais il y a en cela de l'excès; il faut vaincre cette trop grande timidité et vous confier un peu plus en la miséricorde de Notre Seigneur, qui aime trop ses serviteurs pour permettre qu'ils s'égarent, lorsqu'ils ne font nul état de leurs doutes et qu'ils ne passent par dessus leur crainte, que pour être plus en état de

21t2 LIVRE THOISlÉllE

le servir. Méditez bien ceci, el prenez-le pour voire règle. Tout à vous en Notre Seigneur. — L. Tronson.

LETTRE xviH

A MONSIEUR DE LA CHETARDYE

Ce 27 février 1680.

Je crois que je ne vous ai point écrit depuis que vous m'avez envoyé le récit de votre cérémonie el le discours que vous y fit Monseigneur rArchevéquc. Vous ne pouviez me rien envoyer qui me fut plus cher que celle pièce, et je ne saurois vous en dire autre chose, sinon que vous ne pouvez pas avoir une instruction plus juste et plus propre pour l'ouverture du séminaire, ni qui vous fit mieux connoitre les vertus principales qui y doivent servir de fondement. C'est une marque du zèle et de Tapplicalion de ce digne prélat, d'avoir voulu lui-même prendre tant de peine en cette occasion. Mais je regarde comme une suite de la bonté particulière qu'il a pour nous, de vous avoir laissé prendre une copie de son exhortation et d'avoir souffert que vous me l'envoyiez. Je lui en écris aujourd'hui pour lui enlémoigner ma reconnoissance; et je le fais avec d'autant plus de ressentiment, qu'il faut que je vous avoue que sa manière d'agir me gagne le cœur, et qu'il n'y a rien que je ne fisse avec joie pour son service. Je crois qu'il seroil inutile de vous exhorter k entrer dans ce même sentiment. Car je sais assez que c'est voire inclination, el que vous êtes tous dans cette disposition. Mais je crois vous devoir dire que vous n'en sauriez avoir qui me donne plus de joie, parce que je n'en sais point qui soit plus capable d'attirer la bénédiction de Dieu sur votre travail, que ce zèle pour les intérêts et pour la gloire de votre Prélat. Il me semble que vous commencez déjà à en goûter les fruits, par cette docilité, par cette ouverture de cœur et par ces autres dispositions que vous me marquez en vos séminaristes. 11 n'y a rien que Ton ne puisse attendre do si beaux commencemens; et puisqu'ils entrent

CORBESPONDANGE AVEC LE SÉMIXAIHE DE BOURGES 2!'*]

avec tant de facilité dans lesprit de direction, qui est ordinairement ce qui fait le plus de fruit, mais ce qu'on a \o plus de peine d'insinuer à ceux qui commencent, il y a sujel de tout espérer de leur fidélité. Vous avez bien fait de vous charger de ceux qui se sont adressés à vous. Car je m'imagine que les emplois de la paroisse ne sont pas si grands, qu'ils ne vous laissent assez de liberté pour donner tout le temps qui pourroil être nécessaire à élever et bien cultiver ces nouvelles plantes. Je prie Notre Seigneur de vous rendre dignes de les servir selon l'étendue et la pureté de ses desseins, et de n'y chercher uniquement que ce que lui-même a cherché quand il est venu dans ce monde : travailler pour leur sanctification, qui est Thonneur et la gloire de son père.

Je ne crois pas qu'il y ail difticullé de lire au réfectoire les œuvres de Grenade, de la traduction de Girard. Je ne Tai point examinée, mais l'on m'a dit qu'on ne croyoit pas que ni l'auteur ni sa traduction fussent suspects. La personne néanmoins qui me l'a dit ne connoit l'auteur que par son ouvrage: mais il nous suffit que, l'auteur n'étont pas connu, on ne voie rien de mauvais dans sa version.

La relique de Saint-Sulpice nous tente et nous feroit presque désirer le bien d'autrui. Mais il faut attendre de la Providence ce qu'elle nous voudra faire avoir des reliques de son corps, et tâcher cependant de nous bien remplir de son esprit. Je vous le souhaite du même cœur qui me fait être tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XIX

A MONSIEUR LE FÈVRE

12 mai 1680.

Nous avons examiné les deux propositions qui sont demeurées indécises dans votre assemblée du 22 avril.

Pour la première, il vaut mieux s'arrêtera un auteur pour les cérémonies, et se conformer, autant que l'usage du dio-

^14 LtVKE TROISIÂllE

cèse le pourra permeltre, àce que l*on fait ici. La liberté que l'on donneroit à ceux qui les enseignent de lire les diiférens auteurs et de suivre ce qu*ils jugeroient à propos seroit la source de changemens continuels, selon les différentes vues de ceux qui les enseigneroient ; et ainsi on n*auroit rien de fixe et d'arrêté, comme on Ta vu autrefois dans les diiférens séminaires, et même dans celui-ci. Or, il faut tâcher de réduire les choses, autant que Ton pourra, k une uniformité de conduite qui fasse paroilre qu'on est animé du même esprit.

Quant à ce que Ton a dit pour appuyer l'avis contraire : (ju'on laisse dans les autres séminaires une liberté entière, à celui qui enseigne les cérémonies, de les régler comme il le juge plus à propos, après avoir lu les auteurs qui en traitent; il n'est pas vrai qu'on leur ait laissé ici cette liberté. Il n*cst pas vrai non plus qu'ils l'aient prise partout; et s'ils Tont prise en quelque lieu, ou ils ont été au delà de ce qu'ils dévoient, ou le supérieur a négligé de veiller sur eux comme il devoit. Car c'est une très méchante maxime, que de dire qu'il faut laisser une entière liberté aux personnes qui sont chargées d'un emploi. Ce seroit le moyen d'introduire dans une maison les usages, les pratiques et les sentimens, soit pour la doctrine, soit pour les mœurs, qui seroient plus conformes à l'humeur et au génie de chacun, et de diviser ainsi bientôt la communauté. Je ne crois pas qu'il s'en trouve qui soit réglée, où Ton voulût suivre cette maxime. Il faut de la dépendance et de la subordination, et chacun doit s'acquitter de ses fonctions, non pas selon ses vues, mais selon que l'obéissance les lui marque, étant ravi de ne pouvoir s'étendre au delà, et de se voir restreint dans l'étendue des règles que cette vertu lui prescrit.

Or, le livre qui paroit le plus net, le plus exact et le plus facile est celui qu'ont fait Messieurs de Saint-Lazare (1), que

(1) Manuel dos cérémonies romaines qui s'observent tians les plus ordinaires offices divins , tiré des livres romains les plus authentiques et des plus intelligents écrivains en cette matière, par quelques-uns des prêtres de la ronprréjration do L Ca) M(is8ion):

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE BOCRGËS il'î

VOUS pourrez suivre après l*avoir proposé à Monseigneur TArchevéque.

Pour la seconde proposition, on croit que vous devez chanter dans votre livre de lettres gothiques écrit à la main, pour les raisons marquées dans la conférence. Ne pourroit-on pas se servir de ce livre pour ceux qui apprennent à chanter, afin de les accoutumer à la lettre gothique et aux renvois qui y sont, et leur en faciliter ainsi Tusage ?

J*ai été surpris de voir M. de la Ghetardye désigné par le mot. Directeur du séminaire, CbI^l ne doit pas vous empêcher d'en faire les fonctions dans la maison. Ainsi, en Tabsence de M. Le Tellier, c*est à vous à commencer et finir Toraison du matin, à faire la prière du soir, à présider à la conférence des samedis au soir et veilles des fêtes; et vous no devez point vous en exempter. II n'y a que le Benedicite et Taclion de grâces, au réfectoire, que M. de la Chetardyedira quand M. Le Tellier n'y sera pas. C'est ce que j*ai écrit à M. Le Tellier, et à quoi je ne pense pas qu'il doive y avoir difficulté. J'espère que toutes choses se régleront avec un peu de temps et d'application. Ne vous lassez point de travailler à une œuvre qui, élant bien établie, doit servir à la sanctification de tant d'ecclésiastiques et au salut d*un si grand peuple. Tout k vous. — L. Tronson.

LETTRE XX

A MONSIEUR LE TELLIHR

;f9 mai 1680.

Vous avez bien fait d'empêcher l'établissement de filles que l'on projetoil, et les raisons que vous avez alléguées

Paris, 2 vol. in-l2. Cet ouvrage, imprimé pour la premièi» fois en 166»', le fut encore en 1670, en 1679, en 1684. En 1743, M. de Cabanis, docteur de Sorbonne et supérieur du séminaire Saint-Charles d'Avignon, en donna une « nouvelle édition, corrigée et augmentée » ; laquelle a été, elle aussi, plusieurs fois rééditée. V. Bibliothèque sufpicicnnt, t. L p. 308-311.

pour faire changer de dessein sont bonnes et 1res solides. Mais comme on pourra former encore dans la suite d'autres desseins, ou prendre des vues singulières que I*on feroit approuver à M. i*Archevèque, je crois qu'il est important que vous les préveniez, et que vous parliez nettement à la personne (1) qui s*en môle. Vous lui ferez bien concevoir à quoi il s*expose par celte conduite, que cela ne va pas à moins qu*à ruiner le séminaire; quil y a des choses que Ton ne passeroit jamais ici, et que si, une fois» M. TArchevôque les uvoit approuvées, et que nous ne crussions pas nous y pouvoir soumettre, ce seroit causer une tentation fâcheuse; quil seroit difficile que, dans une pareille rencontre, le cœur ne se refroidit de part el d'autre, et que la division que ce refroidissement causeroit ne ruinât absolument cet œuvre; (|u*il auroit regret toute sa vie d'avoir été cause, sans y penser, du renversement d'un établissement si saint et qui pouvoit faire de si grands biens; et qu à moins que d'examiner ensemble et écrire à Paris avant que de faire aucune démarche sur les lieux, il seroit difficile que, tôt ou tard, on ne tombât dans ce malheur; qu'on en a fait un article exprès du règlement, pour prévenir cet écueil^ que sans cela Ton n'évitera jamais, à cause des vues différentes que chacun peut avoir sur des choses qui, paroissant à quelques-uns fort à la gloire de Dieu, ne pourroient pas néanmoins être ici tolérées. Je serai bien aise de savoir ce que vous aurez fait sur cela, et comme on aura reçu votre avis. Quand vous prévoiriez qu'on en auroit un peu de peine, il ne faut pas laisser de le donner, soit à tous en général, soit à lui en particulier. Car il est trop important qu'on le sache, et qu'on en soit bien convaincu. Tout à vous. — L. Tronsox.

LETTRE XXI

A MONSIEUR DE LA CHKTARDYE

29 mai 16H0.

Il n'est pas nécessaire que j'aille à Bourges, ni que je voie

ri) M. de la Chetanlyp.

COHRESPOXDANGE AVKC LE SÉMIKAIRE DE BOURGES 217

le séminaire, pour être consolé de ce qui s*y fait. Ce que vous me mandez de la ferveur, de la docilité el de la modestie de vos cinquante ordinands m*en fait concevoir une grande idée, et je ne doute point que chacun ne contribue à Tenvi à en faire un séminaire qui serve de règle et de modèle h beaucoup d*autres. Gomme je suis persuadé que vous y voulez contribuer de votre part, j*ai peine à croire ce que Ton nous dit de vos sentimens. On veut nous faire accroire que le diable avoit dit que vous étiez fort embarrassé à Bourges; qu'il falloit que vous retournassiez au Puy, et que vous assuriez que ce que le diable avoit dit étoit véritable. Pour moi, quoiqu'on dise, je ne puis demeurer d^accord de cette nouvelle. Car 1" quelle apparence de quitter l'établissement de Bourges qui ne fait que commencer? Vous jugez bien que ce seroit lui faire un tort considérable. S"" Ce changement nous feroit un grand tort à nous-mêmes; car on ne manqueroit pas, si vous quittiez Bourges, de l'attribuer, ou à la légèreté, ou à une trop grande crédulité. S*" Quelle apparence de quitter votre vocation et l'état où Dieu vous a appelé, sur le témoignage du démon, pour lequel on ne devroit pas faire le moindre pas? 4^ Si cela est vrai,'et que je fusse à votre place, bien loin de faire passer le diable pour prophète et ses prophéties pour véritables, je ferois tous mes efforts afin qu'on eu connût la fausseté, et que Ton dit qu'il n'est qu*un franc menteur. J'espère, quoiqu'on dise, que ce sera votre disposition et que vous ne penserez plus aux diables du Puy que pour plaindre ceux qui s'y amusent trop (i).

Vous avez bien fait d'accompagner M. l'Archevêque ii Bourbon. Je pensois le voir aujourd'hui et le remercier des bontés qu'il a pour vous et pour son séminaire; mais il est à Fontainebleau, et de là il doit aller à Saint-Germain où se tiendra l'Assemblée, dont la première séance commencera vendredi prochain. Ainsi, nous ne pourrons pas peut-être le voir sitôt. Je suis tout à vous. — L. Thonsox.

i\} Voir la corresi>ondance avec le séminaire flu iMiv.

âl8 LIVAE TRUISIÈIIE

LETTRE XXU

A MONSIEUR DE LA CHETARDYE

11 Juin 1680.

J*ai été chez Monseigneur 1* Archevêque de Bourges el j'y ai envoyé plusieurs fois; mais il n'est point encore arrivé, et comme l'Assemblée du clergé est commencée il y a quinze jours, il y a apparence qu'il ira droit à Saint-Germain où elle se tient, et que je ne pourrai pas le voir sitôt.

Vous ne pourrez pas refuser de raccompagner ces vacances en Normandie s'il le souhaite. Il faudroit néanmoins bien prendre vos mesures, afin que votre cure ne souffrit pas de votre absence.

Je n'ai que faire de me rappeler dans Tidée votre fidélité passée, pour m'assurer de vos dispositions présentes et do votre conduite à venir. Je suis très persuadé de votre soumission, et il me semble que je connois assez le fond de votre cœur pour demeurer sur cela fort en repos. Ainsi, ne vous embarrassez point de ce que je vous ai écrit. Je l'ai fait parce que je dois vous dire bonnement les choses que j'apprends, et que je crois que vous êtes bien aise que j'agisse avec vous avec une entière ouverture; mais, au reste, soyez très persuadé qu'il ne m'en reste nulle impression. La plus forte et plus ordinaire que Dieu me donne, à laquelle j'adhère avec bien de la joie, est d'être à vous sans réserve. — li. Tronson.

LETTRE xxiii

A MONSIEUR DE LA CHETARDYE

Ce 12 juillet 168(i.

Vous avez bien fait d'allerà Tours en diligence pour mettre ordre à vos affaires (1). C'est beaucoup de les avoir réglées en

(1) M. de la Chetardyc possédait pr('s do Tours le prieuré de Saiî.trôme.

si |>cu de temps, et de les avoir mises en état de n*en point être embarrassé. Je n*ai garde de désapprouver ce voyage que Notre Seigneur a béni par un si bon succès. II n*Y avoil pas d*apparence d*attendre d*ici une réponse, dans une conjoncture aussi imprévue et aussi pressante que celle-là. Vous verrez ce que Monseigneur de Bourges désirera de vous pour la Normandie.

M. Le Tellier vous aura dit la mort de M. de Poussé (1). Nous avons vu en sa personne, — ce que j'ai remarqué déjà en plusieurs autres — combien il est important d*étre toujours prêt. Car, quoique les médecins lui pussent dire, il ne crut jamais être en danger et si maf qu'on lui disoit, jusqu'à dix-huit heures avant sa mort qu'on lui donna l'Extrême- Onction, et qu*il mit ordre à ses affaires. Vous savez l'obligation que nous avons de dire pour lui trois messes. Nous l'enterrâmes ici mardi au soir, et il y eut près de deux cenis ecclésiastiques qui se trouvèrent à son convoi. Je ne doute pas que notre nombre diminuant sur la terre, le nombre de nos intercesseurs n'augmente dans le Ciel. Tout à vous. — L. Troxson.

LETTRE XXIV

27 novem))re 1680.

Votre dernière lettre me surprend. Monsieur et très cher en Notre Seigneur. Vous me mandez que vous allez quitter les cérémonies de Saint*Sulpice pour prendre celles de Saint- Lazare. Je ne sais pas qui vous a donné cet ordre, mais il

(1) Antoine Rasruier de Poussé, né à Troyes en 1617, entré au séminaire de Vaugirard en 1642. licencié de Sorbonne en 1W4, docteur en 1645, supérieur du séminaire de Clermont en 1656, curé de la paroisse Saint-Sulpice en 1658, démissionnaire en 1678, mourut le 8 Juillet 1680, âgé de 63 ans. V. Bibliothèque sulpicicmie, 1. 1, p. 59-61; et ajouter à la bibliographie de ses biographes : Ilamel, Histoire de régh'sc Sainf'Sufpice; Paris, IWO, in-8", p. llS-122.

£20 LtVKE TUOISIBMl!:

n'esl nullement conforme à mon intention. Voici qu'elle a été ma pensée. 1* Qu'il falloit avoir un livre de cérémonies, auquel on put ordinairement s'arrêter. S"* Que le livre qui me paroissoit le plus net et le plus commode étant celui de Saint-Lazare, on s'y arréteroit dans toutes les choses où il n'étoit point contraire à l'usage de Saint-Sulpice. 3* Que lorsqu'il seroit contraire à l'usage de Saint-Sulpice, on s'arrèteroit plutôt à cet usage qu'à ce livre, si ce n'est dans quelques cérémonies singulières que l'on ne pratique ici que parce que c'est l'usage de Paris, auquel on a cru se devoir conformer en quelque chose. Voyez si c'est là quitter l*usage (le Saint-Sulpice. C'est ainsi que j'ai cru et que je crois encore que vous en devez user. Je vous envoie pour cela des notes que M. de Longueil m'a données (1). Voyez si elles vous rclairciront assez. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXV

A MONSIEULl DAVID (2)

Ce 9 décembre 1680.

Quoique je n'aie qu'un moment à vous écrire, je ne puis néanmoins laisser passer ce( ordinaire sans vous témoigner la joie que j'ai de ce que m'a écrit M. de la Chetardye. Il me mande que vous gouvernerez assurément très bien le sémi-

(1) Ces notes, qui remplissent quatre pages in-folio du registre sur lequel elles sont transcrites, portent ce titre : Mémoire de Monsieur de Longuail. Elles paraissent extraites d'un cérémonial plus considê rable dont M. de Longueil serait l'auteur, et qui aurait été imprimé; car, à la tin de ces notes, on lit ces mots : « Seconde édition en l'année 1670, par Langlois i>. Langlois était un imprimeur de Paris qui imprima les ouvrages de M. Olier. D'autre part, M. de Longueil, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, y était chargé du soin des cérémonies.

(2) M. Noël David, dont il est parlé dans la correspondance avec le séminaire d'Autun, avait été envoyé à Bourges, aux vacances de 1680, pour remplacer M. Le Fèvre dans les fonctions de directeur du séminaire. Il n'y passa pas un an. Il fut ensuite rappelé à Paris, et mourut supérieur de la communauté de M. le Curé.

CORRESPONDANCE AVEC LE SËllINArRE DE BOURGES Hi

naire durant l*absence de M. Le Teliier ; que les directeurs du séminaire, les curés, les ordinands et Monseigneur TArchevôque vous estiment ; que vous êtes très propre à être supérieur, et que vous vous accommoderez fort bien ensemble ; que ce seroit une pure tentation que la pensée de vous on revenir, et qu*il s*iroit cacher pour plusieurs années, si Ton avoit la vue de lui donner la supériorité. Cela me fait croire qu'en attendant que M. Le Teliier retourne à Bourges, rien ne souffrira de son absence, et que Notre Seigneur bénira vos travaux et vos soins. C'est ce qui me console de l'état où est M. Le Teliier. Il est arrivé ici ce matin, sans que la fatigue du voyage ait beaucoup augmenté son mal. Nous verrons dans peu de jours quel train prendra sa maladie. Je suis plus que je ne vous puis dire tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXVI

Ce 30 Janvier 1661.

J'ai appris avec bien de la. joie que vous étiez arrivé à Bourges avec une bonne santé el une bonne volonté. Il faut que vous employiez bien l'une el l'autre, et que vous contri-

(1) Jean-Baptiste Simon, de Paris, entré clerc au séminaire de Saint- .sulpice le 28 février 1675. alla, le 30 avril 1677, remplir à Issy les fonctions d'économe, et vraisemblablement achever son séminaire ou faire sa solitude; car il n'était {)as encore prêtre quand il fut envoyé à Bounres. Les fonctions d'économe dont il y fut chargé et dont il s'acquittait fldèlement lui plaisaient beaucoup moins que la prédication pour laquelle il avait du talent. Delà, en 1684, les rapports assez étroits qui s'établirent entre lui et l'archevêque de Bourges, lequel l'emmenait souvent avec lui dans ses visites pastorales. Un manque de respect à l'égard du Prélat de la part de M. Simon amena leur séparation, et ultérieurement le retrait de M. Simon du séminaire de Bourges. M. Tronson lui proposa d'aller au séminaire du Puy où il aurait le temps d*étudier, y étant sans emploi et « sans attachement du Prélat » : .\rmand de Béthune, en elfet, ne témoignait alors guéres d'affection aux supérieur et directeurs de son séminaire (Voir la correspondance

"È^iH LIVRE TRUISIËME

huiez par une grande exactilude et une sainle tidélilé à l^affermissement et au bon ordre de la maison, selon l*eniploi qui vous sera confié. Je crois que M. Le Tellier aura déjà mandé que vous prendriez i*économie quand M. Jacquier la quitteroit, el que vous auriez le soin de recevoir les pensions, aussi bien que de faire la dépense. Cet emploi demande beaucoup de vigilance, d*application et d'assiduité pour s'en bien acquitter, et rien n*est plus nécessaire pour le soutien d'une maison. J*espère que Ton sera content de votre administration. Mais ne manquez pas de vous bien instruire de toutes choses avant le départ de M. Jacquier. II a beaucoup d'expérience, et ses lumières vous pourront être utiles. Je suis de cœur tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXVII

A MONSIEUR DE LA CHETARDYE

Ce 20 février 1C81.

Ce que vous me mandez par votre dernière lettre me fait connoître que la ferveur ne diminue pas dans le séminaire, et qu'il ne s'affoiblil pas par l'absence de M. Le Tellier.

Pourvu que le succès de la prédication de M. David ne tire point à conséquence, il y a lieu d'en bénir Notre Seigneur; mais je crains fort que ce ne soit une ouverture pour d'autres engagemens, dont il sera difficile de se défaire. Le tort que j'ai vu, par expérience, que ces occupations du dehors ont fait en quelques séminaires , me fait toujours appréhender tout ce qui n'est point de notre vocation; et je crois qu*on n'y sauroit trop veiller, parce qu'insensiblement on s'engage

(le M. Tronson avec le séminaire du Puy). M. Simon alla donc au Puy en 1686; puis, aux vacances de 1C87, â Paris, d'où, en 1688 ou 1689, il fut envoyé à Clermont. Il rentra au séminaire de Saint-Sulpice en 1690; mais bientôt sa santé l'obligea de passer d la communauté de la paroisse. En 1700, il était curé de Trappes, prés de Versailles. C'est là qu'il mourut au mois de Janvier 1713.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉliCNAIRE DE BOURGES ^^3

à des choses qui ont quelquefois des suites qui font manquer aux principales obligations.

Ce que vous me mandez du vicaire général de Pamiers est bien considérable, et si Ton pouvoit avoir une copie de cette lettre dont vous me parlez qu*on a écrite à votre prélat, ce seroit une pièce importante et qui mérileroil» d'être mise parmi les autres que nous avons sur celte matière.

Un plan de votre terrain nous seroit bien nécessaire pour juger de votre bâtiment. Treize mille livres n'est pas une somme bien considérable, pour en faire un aussi grand et d*aussi longue durée que vous le promettent les entrepreneurs : et si le clergé donnoit douze mille livres, comme vous l'espérez, votre affaire seroit facile à conclure. Je salue tous nos Messieurs, et suis à tous tout acquis. — L. Tronson.

LETTRE xxviH

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