A MONSIEUR DIT FERRIER
17 mars 1681.
Je ne m*étonne pas, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous soyez sensible à Texil de Monsieur votre oncle (1), et que Tétat où il est vous donne de la douleur. 11 faut espérer qu'il en fera un bon usage, et qu'il trouvera le moyen de porter cette croix par la confiance en celui qui sait consoler les affligés. Je ne vous conseille point de lui écrire sur ce qu'il croit avoir été le sujet particulier de sa disgrâce et qu'il vous marque dans sa lettre; c'est une matière trop délicate et dont il ne peut être d'aucune utilité que vous parliez. Il vous suffira, pour satisfaire à ce que demandent et la charité et la parenté, que vous lui témoigniez en général votre douleur, la part que vous prenez à son affliction, et la
(1) M. Jean Du Ferrier, un des premiers compagnons de M. Olier. sur sa personne, ses écrits, la lettre q^ii fut le sujet particulier de sa disgrâce, et le Ht d'abord exiler à Tonnerre en Tannée 16d0, puis emprisonner à la Bastille, voir la Bibliothèque sulpicienne, t. Ill, p. 61-70. et les auteurs qui y sont indiqués.
fidélité que vous aurez à demander à Dieu qu il lui donne la force nécessaire pour bien porter celle épreuve.
Je crois que vous aurez M. Le Tellier aussitôt après Pâques. II se rétablit doucement, et je crois qu'il sera en état de travailler en ce temps-là. On fait bien de ne rien entreprendre de nouveau en son absence; car les choses se régleront mieux à son retour, et se feront plus doucement. Il seroil à souhaiter que Ton ne fit point dans votre église la première communion des enfans des paroisses dans lesquelles on prend le soin de faire des catéchismes pour ce même dessein. Car ce seroil assurément donner sujet de peine à Messieurs leurs curés; ce que l'on ne saurôit trop éviter. Je suis de tout le cœur tout à vous. — L. Tronsos.
LETTRE XXIX
A MONSIEUR Gt'ÉNON
ce 30 Juin 1681.
Je consens à votre pèlerinage pourvu que M. Le Tellier en soit d'avis, que vous y ménagiez votre santé, et que vous preniez bien vos mesures pour être de retour au commencement des exercices. Vous jugez bien que cela est de conséquence et que la dévotion, pour être réglée, ne doit point engager à des choses qui nous feroienl manquer à nos principales obligations et à ce que Dieu demande de nous dans* remploi où il nous appelle. Si, étant à Milan, vous vous trouvez avoir assez de temps, de force et de santé pour aller jusqu*à Notre-Dame de Lorellc, je ne m'y opposerai point, pourvu que vous vouliez mettre au nombre des grâces que vous demanderez à la très Sainte Vierge, celle de vous donner la résolution de parler un peu dans les conférences, et de surmonter cette timidité qui vous empêche de publier ses louanges, de parler des grandeurs de son Fils et de faire connoître ses maximes. Vous ne sauriez croire le fruit que vous feriez si vous pouviez vous surmonter en cela, et la facilité même que vous y auriez dans la suite. J'espère que
CORnESPONUANGE AVEC LE SÉMINAIRE DE ROURGES ±^0
VOUS en serez un jour convaincu. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXX
A MONSIEUR DU FERRIEU
4 juillet 1081.
Ne vous gênez point pour m'écrire, Monsieur et très cher eu Notre Seigneur. Je sais que votre cœur est bon; que vous avez d'ailleurs assez d'occupation, et que vos emplois emportent tout votre temps. Ils vous sont pénibles parce qu'ils vous sont nouveaux; mais l'exercice vous y donnera dans la suite plus de facilité. Cela vous est nécessaire pour vous donner plus d'ouverture et vous faire sortir des bornes trop étroites dans lesquelles votre esprit se scroit renfermé. J'espère que vous recueillerez un jour avec joie les fruits de la violence que vous vous faites présentement. Le principal est de ne se point décourager, quand même on nous imposeroit des fardeaux que nous croirions ne pouvoir porter dans rélat où nous sommes. Peu à peu l'on se forme et l'on se rend capable de tout. Ayez bon courage, mon cher Monsieur, et mettez votre confiance en celui qui voit tous vos besoins, et qui, au milieu de vos scrupules et de vos peines, ne veut par ces épreuves que vous accoutumer à mourir à vousmême et à vous vaincre, afin que vous soyez tout à lui. Il faut pour cela que vous fassiez très peu de réflexion sur vous, et beaucoup sur Tamour de celui qui, vous ayant appelé dans l'emploi où vous êtes, ne permettra pas que vous vous perdiez en accomplissant sa très sainte volonté : iiiomentaneum et levé tribulationia œternum gloriœ pondua operatur in nobis (Il Cor. IV, 17).
J'admire Tavis que l'on vous donne sur la résignation des bénéfices in favorem (1); et il faut n'avoir guères de lu-
(1) La résignation in favorem — Beneficii renuntiatio in favorevi subjectt idonei — est prohibée par les canons qui défendent aux bénéticiersde choisir leur successeur ; soit parce qu'ordinairement le ré-
'i'ii^ LIVRE THOISIRME
mière sur le détail des besoins des séminaristes, pour faire de ceci un capital des instructions qu*on doit leur donner pour leur conduite. Si vous aviez à conduire ceux qui gouvernent rÉglise, à qui il appartient de régler ces choses générales, je ne m'étonnerois pas si fort qu'on vous parlât de la sorte. Mais ayant seulement à régler la vie des Ordinans, en qui il y a cent besoins plus pressans, et qui, suivant en ceci la pratique commune et assez autorisée dans rÉglise pour les exempter de péché, se trouvent en sûreté de conscience; ce seroit, à mon avis. s*ériger hors de temps en réformateur public, que de vouloir leur en faire scrupule. J'avoue que ce zèle n'est pas de mon goût, et que cet esprit de réforme qui va à condamner Tusage présent et universel de rÉglise, me paroit n'être bon qu'à faire beaucoup de bruit et très peu de fruit. Renfermons-nous, mon cher Monsieur, dans les bornes de notre vocation; appliquons-nous à bien sanctifier les particuliers dont nous sommes chargés, et laissons le soin de la réforme générale à ceux qui ont grâce pour cela et qui y sont appelés. Notre moisson est assez grande, sans mettre notre faux dans la moisson des autres. Les matières des Contrats, des Bénéfices, de la Simonie et (les Censures sont difliciles et des plus embarrassantes qu'il y ait dans la Morale. Ainsi je ne m'étonne pas qu'elles vous aient donné de la peine, puisqu'elles en donnent bien encore tous les jours à ceux même qui les ont étudiées. Vous trousignataire n*a pas autant de mérite que celui auquel le bénéfice serait conféré s'il Pétait pour cause de vacance, per vacationem; soit parce ilije souvent celui qui résigne retient, sur le bênéUce auquel il renonce, un droit â une pension qui lui sera payée par le résignataire, et cela au détriment des pauvres. Cependant, ces résignations sont quelquefois utiles à l'Église, et le Souverain Pontife peut dispenser et a souvent dispensé des lois prohibitiv&s en cette matière. Ceux qui ont parcouru dans nos archives les registres d'Insinuation et de Secrétariat de nos évèohés d'avant la Révolution, ont pu constater que très souvent les canonicats, les cures, se transmettaient de la sorte : l'oncle résignait en faveur du neveu, lequel devenu oncle à son tour résignait pareillement en faveur du fils de son frère ou de sa sœur; et ainsi de suite, quelquefois pendant prés d'un siècl?, ou même davantage.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE BOURGES i.'il
verez plus de facilité dans les autres. J*espère donc que, les années suivantes, vous aurez plus de repos et plus de temps. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXI
A MONSIEUR RÉCHET (i)
Ce 2 septembre 1081 .
Je vois, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous avez besoin de demander à Dieu qu*il vous donne la paix. Votre lettre me fait connoitre que vous n*en avez pas plus à Bourges qu*à Paris. Cependant je ne remarque point de sujet raisonnable de vos inquiétudes et de vos troubles. Si je ne vous ai point donné d'instruction particulière avant votre départ, ce n'est point par principe d'indifférence; rar je puis dire que je n'en ai jamais eu pour vous; mais j'ai supposé que vous aviez assez travaillé à la paroisse, pour être suffisamment instruit de ce qui regarde la confession; et pour le reste, j'ai cru que vous aviez tout ce qu'il vous*falloit, ayant M. Le Tellier avec vous.
Pour votre incapacité à parler et à conduire, il vous doit suffire que ceux qui vous connoissent vous y appliquent. Quand vous auriez dix fois plus d'expérience et de capacité que vous n'en avez, vous y trouveriez encore de grands embarras. Ainsi, vous ne devez ni vous rebuter, ni même vous étonner des difficultés qui vous y arrivent. Il faut y faire du mieux que vous pouvez. Quand il n'y a point de crainte de révéler le secret, il faut consulter; si on ne le peut pas, il faut demander lumière à Notre Seigneur, se confier en lui, et croire qu'il ne nous rendra pas responsable de ce que nMis aurons fait bonnement dans la vue de l'obéissance, et
(1) Jean-Baptiste Déchet, nô vers 1641 dans le diocèse de Verdun avait longtemps travaillé à la paroisse de Saint-Sulpice a Paris, avant tle venir à Bourges, où il mourut le 19 novembre 1691, âgé de 50 ans. Voir, plus loin, sur sa mort et son testament, la lettre à M. Simon, datée du 26 novembre 1691.
iâ8 LIVRE TROISIEME
seulement pour lui rendre service. Ainsi, mon cher Monsieur, allez toujours votre train, et vous verrez que tout ira bien, quoique la tentation vous en dise. G*est Tassurance que vous donne celui qui vous connoit parfaitement, et qui est parfaitement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXII
A MONSIEUR LE TELLIER
Ce 18 novembre 168i;.
Vous savez, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, quelles sont nos dispositions touchant le séminaire de Bourges. Les démarches faites avec tant dé zèle et tant de bonté pour nous y engager nous ont persuadé que nous y étions légitimement appelés : c'est à nous maintenant d*y travailler tant que la Providence nous fera connoitre que Monseigneur agrée nos services. Vous avez bien fait de lui expliquer notre pensée sur votre bâtiment. Je suis plus confirmé que jamais qu*il faut le laisser le mailré, et que, soit pour cet article, soit pour celui de rétablissement du séminaire dont il a eu la bonté de vous parler, nous ne devons point prétendre y avoir d'autre pari, ni demander d'autre sûreté, que celle qu'il voudra nous donner. C'est ainsi qu'il faut agir avec abandon dans les œuvresdeDieu; et rien n'attire tant de grâces et de bénédictions du Ciel, que ce détachement. S'il croit nous devoir donner quelque assurance particulière pour l'avenir, nous la recevrons comme une grâce dont nous serons redevables à sa bonté; s'il ne le juge pas à propos, nous en serons également conlens. C'est de lui que nous avions appris que Dieu nous appeloit pour commencer cet (puvre, et c'est de lui que nous devons apprendre combien nous le devons continuer. Quand ce ne sera que de son vivant, nous lui aurons toujours l'obligation d'avoir bien voulu se servir (le nous, tout indignes que nous en sommes; et nous regarderons toujours comme une faveur particulière et un grand honneur qu'il nous a fait, de nous avoir choisis pour com-
mencer un si saint ouvrage. Que s*il nous donne les moyens de servir encore après lui son diocèse, ce sera un surcroil d'obligation dont nous ne manquerons pas de lui témoigner nos justes reconnoissances. Mais de quelque manière qu'il en use, nous le servirons toujours avec la même fidélité, ne voulant point avoir en cela d'autres vues que les siennes, r/est \h notre véritable disposition, dont vous pouvez encore lui donner des assurances. Car vous savez que c'étoit Tespril de M. Olier, et que c'est l'esprit de toute la maison. Elle no désire point de se multiplier; elle ne cherche pointa sagrandir. Toute son ambition est de servir Messieurs les Prélats dans retendue de sa vocation avec toute la fidélité, tout le zèle et toute la soumission possible, tant qu'ils ont son service agréable. Ainsi, nous n'avons point été trompés dans le ronlrat que nous avons fait, et M. Ghéron ne nous a point surpris. Car nous n'avons point eu d'autres pensées que celles que je vous marque ici. Ses vues ont été les nôtres, et je crois que les siennes et les nôtres ont été celles de Monseigneur l'Archevêque. Je salue tous nos Messieurs, à qui je suis tout acquis. — L. Tronson.
LETTRE xxxiil
A MONSIEUR LE TELLIEK
Ce 15 janvier 168^\
Nous ne sommes pas maintenant en état d'accepter de nouveaux établissements. Il faut, pendant quelques années, demander à Dieu qu'il nous donne de bons sujets, si c'est sa volonté que nous nous étendions. Un célèbre prélat nous a pressé extraordinairement depuis peu pour nous charger de son séminaire : il s*y est pris d'une manière que nous n'aurions pas pu le refuser, si nous avions eu du monde à lui donner. Mais nous avons vu, après y avoir bien pensé, que nous étions dans l'impossibilité de le satisfaire. Il seroil fâcheux d'exposer Monseigneur de Nevers (1) à un pareil
(1) Edouard Valot, tlls d'Antoine Valot, premier médecin du roi, n('
230 LIVRE TBOISIBMB
refus. Ainsii il sera bon, pour le prévenir, que M. Jacquier, en faisant réponse à M. son Grand Vicaire, témoigne la joie que nous aurions de travailler sous ses ordres; mais que nous n'avons pas pour cela présentement des sujets. Tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXIV
A MONSIEUR LE TELLIER
Ce S4 mars 1683.
Je ne vois rien de particulier à vous dire sur le résultat des trois conférences que vous m*avez envoyé. La liste des choses que le supérieur est obligé de proposer à rassemblée ne se peut faire en détail; et c'est une vue qui est belle en spéculation, mais qui ne se peut réduire en pratique. Il y auroit aussi de grandes difficultés et des inconvénients considérables à faire dépendre rentrée et la sortie des serviteurs, des suffrages de rassemblée. Le supérieur, avec l'économe, en doit être le maître, et c'«st une affaire dont les autres Messieurs ne se doivent point mêler.
Pour la pensée de finir les vacances à la Saint-Luc, je suis fort persuadé qu elle vient d'un bon zèle, mais je ne la vois pas assez fondée pour changer ce qui a été établi et pratiqué jusqu'à présent.
Quant aux livres que doivent apporter les personnes qui entrent, vous avez bien fait de les marquer, et vous devez être exact à les y obliger, afin qu'ils ne perdent point le temps dans le séminaire.
Il est vrai que la multitude des règlemens ne sert qu'à gêner, mais c'est à gêner l'amour-propre, à captiver les passions, à assujettir le vieil homme qui ne peut souffrir de se
en 1637, abbé de Saint-Au])in'<les-Bois (Saint-Brieuc) en 1653, de Saint- Maurin (Agen) en 1658, de Nogent-sous-Coucy (Laon) en 1660, nommé ôvêque de Nevers le 6 septembre 1666, sacré à la Sorbonne dont il était docteur, le 28 août 1667, démissionnaire en février 1705, mort à Paris le 3 septembre suivant. Apre de ^ ans.
voir dans la contrainte : et ce sont là les grands avantages qui ont fait, et que les saints ont estimé les règles, et que ceux qui ont aimé leur liberté ne les ont pu souffrir. Mais de dire qu'elles ne sont bonnes qu*à faire des hypocrites, c*esl ce qui ne se peut dire que par des personnes dangereuses pour des communautés et peu éclairées sur la conduite qu on y doit observer pour y maintenir Tordre. Tout à vous. -—
LETTRE XXXV
A MONSIEUR DE LA GHBTARDYE
Ce 21 Juillet 1683.
Je suis persuadé. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que les visites du diocèse sont d*un grand fruit. Je ne doute pas même que vous n'ayez eu bonne part aux bénédictions qui accompagnent Monseigneur votre Prélat dans cet emploi. Cependant je loue Dieu de la résolution que vous avez prise de n*y retourner plus. La paroisse et le séminaire ont besoin de vous, et vous pouvez juger quelle est la peine de M. Le Tellier qui n*a personne qui le soulage en votre absence. Les cinq cents livres que vous lui avez données pour le bâtiment l'ont tout consolé, voyant que vous voulez joindre aux bénédictions du Ciel les rosées de la terre. Je suis très persuadé, quoique vous pensiez de votre séjour à Bourges, que vous y serez très utile en toutes manières, et que c'est là maintenant où Notre Seigneur vous demande, et où vous voudrez bien demeurer jusqu'à ce que vous ayez accompli tout ce qu'il désire y faire par votre ministère. Je le prie de vous remplir de son amour, de vous combler de ses grâces et de vous faire connoîlre combien je suis à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXVI