‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 25 sur 42 · A MONSIEUR DU FERMIER · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU FERMIER

22 octol)i*e 16ï<3.

Le besoin que M. Le Tellier a d'être soulagé nous a oblige

^3tf LIVUË TttOISIÈME

(le lui donner M. Simon (1), qui dirigeoit iei, pour aller Iravailler à Bourges. Comme il y auroit maintenant trop d*ouvriers dans le séminaire, nous avons eu la pensée de vous rappeler ici; et nous en avons pris d'autant plus volontiers la résolution, que vous n'y manquerez pas d'emploi ni de quoi vous occuper. Le changement de lieux est quelquefois pénible à la nature; mais il est bien indifférent k une âme qui ne cherche que Dieu; qui sait qu'on le peut trouver partout, el qui est convaincue qu'on ne le rencontre jamais mieux que dans les lieux où sa Providence nous appelle. Comme je suis persuadé que ce sont là vos dispositions, je ne doute pas que vous ne sacrifiiez volontiers à Notre Seigneur rinclination que vous auriez peut-être de demeurer à Bourges, et que vous ne reveniez ici avec joie. Vous prendrez avec M. Le Tellier les mesures pour votre départ, et vous me trouverez, en arrivant ici, le même que j'ai toujours été à votre égard; c'est-à-dire tout à vous el du fond du cœur. — L. Tronson

(1) Jean Simon — que la Correspondance appelle Simon de Lyon pour le distinguer de Simon de Paris, dans le temps où ils se trouvaient ensemble au séminaire de Bourges — naquit à Montbrison en Forez vers Pan 1647. Le 4 février 1672, il entra au séminaire de Lyon» et dès Pannôe 1676, il y remplit plusieurs emplois, même celui de professeur de théologie et de directeur des séminaristes, ayant de bonne heure manifesté le désir d'entrer dans la Compagnie, mais ayant été retenu à Lyon par M. Maillard qui avait fait les frais de son éducation. Comme il avait déjà de l'expérience et des vertus solides lorsqu'il arriva à Paris le 8 février 1680, il fut aussitôt mis au rang des directeurs du séminaire Saint-Sulpice, fit la conférence des Cas et dirigea quelques ecclésiastiques pendant leur retraite. L'année suivante, il fut envoyé à Clermont, d'où il passa à Bourges en 1683. Il y fut successivement — et quelquefois simultanément — professeur de morale, économe, curé et supérieur; et dans tous ces emplois il fit voir une capacité et une vertu bien au-dessus du commun. La plupart des lettres que lui écrit M. Tronson sont des lettres de direction, en même temps qu'une preuve de l'estime et de la confiance que le maître avait pour son clier disciple. 11 mourut à Bourprcs le 17 octobre 1722, âgé do 7.5 an.<.

r.ORRKSPOXDAXr.lâ AVEC LE SEMINAIHE DE UOUHUES 'ilV*\

LETTRE xxxvii

A MONSIEUR LE TEL LIER

10 décembre 1683.

Si Monseigneur l'Archevêque de Bourges veut unir à perpéluilé son séminaire à celui-ci, nous regarderons cela comme un effet de sa bonne volonté pour Saint-Sulpice. C*est un plaisir de travailler pour un prélat qui ne manque ni de lumière, ni de zèle, ni de saintes intentions, et c*est la consolation que vous avez dans vos emplois, et ce qui nous donne un grand désir de servir son diocèse. Mais de faire aucune avance pour nous y lier davantage, ou pour y faire un établissement plus solide, c*est ce qui n*est nullement de notre esprit, ni de Tabandon à la Providence dont nous voulons dépendre absolument pour ces sortes d^établissemens. Si Dieu donne à Monseigneur rArchevéque la pensée de faire celte union, il lui en donnera aussi les moyens, et il ne sera pas en peine de la manière dont il faudra le faire. Il est intelligent, et les termes justes ne lui manqueront pas. Il vaut bien mieux qu'ils viennent de lui que de nous, et ils porteront plus de bénédiclion quand nous n*y curons nulle part. V'ous savez que nous n en avons point voulu avoir d*autre dans notre premier engagement, que de suivre ses vues; je ne crois point que nous devions maintenant en prendre de différentes pour raffermir. Tous les projets d'actes que nous pourrions donner ne seront jamais si bons que ceux que luimême nous donnera lorsqu'il le jugera à propos. Ainsi, on n'estime point que nous devions faire celte avance. Nous avons déjà assez d'élablissemens. Si Noire Seigneur se sert de lui pour nous faire connoitre qu'il veut que nous soyons pour toujours chargés du séminaire de Bourges et qu'il en affermisse l'union, ce sera une marque qu'il agrée nos services, et nous recevrons celte grâce avec toute la reconnoissance que nous devons. Que s'il ne la fait pas, nous ne laisserons pas de le servir avec toute la fidélité que nous devons

au souverain Mailre qui nous y a appelés. Vous pouvez agir sur ces principes, dont nous aurons peine à nous départir, étant ceux sur lesquels nous avons jusqu*à cette heure réglé noire conduite. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXXVI

A MONSIEUR SIMON (de Lyou)

20 décembre 1683.

Je souhaite que la maladie de M. Simon (de Paris) fasse connoitre à Monseigneur de Bourges, que ceux qui ont à travailler toute Tannée dans un séminaire ont besoin de se reposer les vacances, et que ce n*est pas se reposer que de travailler dans des visites du diocèse. Nous sommes convenus, en établissant celui de Bourges, qu'on ne détourneroit point les directeurs de leurs fonctions, et qu on ne les appliqueroit point à d*autres emplois. C'est un article de grande conséquence; mais il est difficile de l'observer, quand un évéque veut passer par dessus. Peut-être y fera-t-il réflexion. Pour vous, si l'on vous en propose, vous vous excuserez, non pas sur la raison qu'on ne s'est chargé du séminaire qu'à celle condition; car cette excuse pourroit faire peine; mais sur la raison de votre santé, à quoi il n'y aura pas de réplique.

Je serois bien aise d'avoir copie de vos règlemens de la manière que Monseigneur de Bourges les a corrigés et qu'ils s'observent maintenant; soit pour ce qui se fait chaque jour, soit pour ce qui se pratique chaque semaine, soit même pour les retraites des ordinans.

Continuez d'adoucir les cœurs autant que vous pourrez, car rien n'est préférable à l'union.

La règle pour la conférence spirituelle des samedis au soir est de n'y point manquer, à moins qu'il n'y en ait eu quelqu'une dans la même semaine. On pourroit néanmoins la remettre au dimanche au soir lorsqu'il y a le lundi une fête à conférence. Que si la fête arrive le mardi, l'on en fait

CÛRUeSPONDANGB AVEC LE SÉMINAIRE DE BOURGES 235

une la veille, c*est-à-dire le lundi, outre celle que Ton a faite le samedi précédent; et pour celle du samedi suivant, elle est laissée ad libitum Stiperioria. Que si elle vienl quelque autre jour de la semaine, on en fait la veille de la fête, et Ton omet celle du samedi suivant. C^est la règle que M. de firetonvilliers a donnée sur cela à quelques séminaires (1).

Voyez avec M. Le Tellier s'il n*y a point d'inconvénient que vous vous chargiez des prônes dont M. de la Chetardye vous a parlé. Gela ne vous détourneroit-il point de ce que vous devez faire au séminaire, et ne seroit-ce point trop de travail pour vous? Je suis de cœur tout vôtre. — L. Tronson.

(1) Aujourd'hui les séminaristes qui parlent, à la conférence spirituelle, ont été avertis d'avance, et ont écrit ce qu'ils y disent : il n'en était pas ainsi dans les premiers temps de Saint-Sulpice. Voici ce que M. Tronson écrivait à M. Le Tellier le 7 juillet 1681 : « Je ne crois point que l'on doive avertir ceux qui doivent parler le samedi au soir à la coniérence. Car l» cela ne se fait nulle part. 2» Il y auroit à craindre qu'ils ne voulussent composer des pièces, et que des discours trop étudiés ne leur lissent perdre la grâce de la simplicité à laquelle il faut les accoutumer. S» On peut, avec le temps, remédier au temps qu'ils perdent en se préparant toute la semaine lorsqu'ils ne seront pas avertis. Car, quand on les aura avertis souvent qu'il faut parler simplement; quand vous leur aurez fait quelques conférences ou quelques entretiens pour leur en faire connoïtre l'importance; quand, dans les récréations, vous leur aurez raconté quelques-unes de vos vieilles histoires qui les fassent rire et qui leur montrent combien se rendent souvent ridicules ceux qui ne veulent parler qu'avec de si grandes préparations, et ne prononcer que des discours étudiés, vous verrez que, peu â peu, ils s'accoutumeront à notre manière. C'est par cette voie que l'on a réduit, dans quelque autre séminaire, ceux qui voulaient prêcher dans les conférences ; qui ont été obligés enân de changer de méthode pour ne se faire pas moquer d'eux ». Plus tard, on trouva sans doute incomptœ nimis ces orationes ex tempore fusas minirneque pertinaces; et, à la négligence du style, inévitable chez des Jeunes gens encore peu habitués à parler en public et même à écrire, on préféra le verborum de foetus elegans nimis aptaque et rotunda construetio ; défaut d'ailleurs dont toup ne sont pas capables, et dont rabns est facile à prévenir.

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LETTRE XXXIX

A l'archevêque de BOURGES

Du stoinaire Saint-Sulpice, ce 18 mai 16î<4.

Monseigneur,

J*ai appris par la dernière lettre que M. Le Tellier m'aécrilc ce que vous avez fait pour affermir votre séminaire et pour Tunir a perpétuité à celui de Saint-Sulpice. C*est là, Monseigneur, une suile de vos bontés loutes singulières pour nous, et une grâce pour laquelle nous ne saurions vous témoigner assez nos reconnoissances. Rien ne nous pouvoit marquer d*unc manière plus obligeante et plus sensible que vous êtes satisfait de nos Messieurs; et comme je ne souhaite rien avec plus de passion que de savoir qu'ils vous contentent, et que leurs petits services vous agréent, rien aussi ne me pouvoit donner plus de consolation que cette bonne nouvelle. Ce nous sera, Monseigneur, un nouvel engagement pour nous attacher plus entièrement à votre service; et si nous pouvions ajouter quelque chose à Tardeur avec laquelle nous nous y sommes déjà dévoués, je puis vous répondre que nous nous ferions tous un extrême plaisir de vous donner en cette occasion celte marque de notre gratitude. Ce sont là. Monseigneur, nos véritables sentimens, dont nous serons ravis de pouvoir donner des preuves dans les rencontres qui se présenteront. (Cependant j'espère que vous ne désapprouverez pas la liberté que je prends de vous en donner ici des assurances au nom de toute la communauté, et de profiter de cette occasion pour vous témoigner que je suis avec toute la soumission, tout le respect et tout l'attachement que je dois, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE XL

A MONSIEUR DE LA GHBTARDTE

Ce 22 mai 1684.

Mon incommodité, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, n'a pas été fort considérable. On pouvoit dire cependant que j'étois malade à l'extrémité; car mon plus grand mal éloit au gros orteil, dont le feu s*étendoit par tout le pied et causoit une enflure par loute la jambe. Quinze jours de repos, sans autres remèdes que Toxicrat (i) et l'eau de la Reine de Hongrie (2), m'ont remis en liberté. Vous pouvez croire que la mort de M. Masson nous donnera ici un peu d'exercice. Car il travailloit beaucoup et fort bien. Il est universellement regretté, et, certes, avec raison : car il contentoit tout le monde, et cette perte est grande pour la maison. Nous rappelons ici M. Leschassier que nous avions prêté pour quelque temps à la communauté, et qui nous sera d'un grand secours. Je vous explique ce détail, parce que je vois par votre dernière lettre Tinlérét que vous prenez à l'étal où nous sommes. Il y a long temps que je connois votre bon cœur ot l'amitié que vous avez pour nous ; que je cultiverois par des lettres plus fréquentes, si je ne la croyois pas très affermie. Au reste, je puis vous dire, puisque Dieu m'en donne la pensée et que Foccasion à'en présente, que je suis plus convaincu que jamais que vous avez vocation pour Bourges. Dieu y bénit vos travaux : on y est content de vous. Je sais combien les talens et la facilité que vous avez pour le travail soulage M. Le Tellier, et sert au séminaire. Continuez seulement, mon cher Monsieur; car vous voyez l'importance de Tœuvre dont vous êtes chargé ; qui auroit peine à se soutenir sans vous. J'ai vu, par les actes que M. Le Tellier m*a envoyés, la bonne volonté de M»' l'Archevêque, que nous

(1) L'o::ycrate est un mélange d'eau et de vinaigre.

(2) Alcoolat, ou esprit de romarin. Autrefois préconisé contre la fifoutte.

(levons tâcher de reconnoitre. Celle grâce qu*il nous fail marque les desseins parlicuiiers de Dieu sur nous, quinousobligent à nous consacrer avec plus d'abandon au service de son diocèse. Quelques biens que vous eussiez pu faire au Puy, je suis convaincu qu*ils n*auroient jamais égalé ceux que vous avez déjà faits à Bourges, et ceux que vous y ferez encore sous un prélat si bien intentionné, et qui a de la considération pour vous. J*espère que qui cœpit per te opus honutn, ipse per te perficiet. Soyez persuadé. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que je suis autant à vous que jamais, et beaucoup plus que je ne puis dire. — L. Tronson.

LETTRE XLi

A L*ARCHBVÊQUB DE BOURGES

Du séminaire de Saint-Sulpice, ce 12 mars 1685.

Je ne me donne pas l'honneur de remercier Votre Grandeur toutes les fois que j'apprends les nouvelles obligations que lui a votre séminaire. Je vous supplie très humblement d'être persuadé que nous n'en avons pas moins de reconnoissance dans le cœur, et que le seul respect et la crainte de vous détourner de vos occupations importantes, et dont nous entendons parler avec tant d'édification, nous retient souvent dans le silence. Cependant, Monseigneur, je n'ai pu apprendre les effets récents et publics de la protection que vous lui avez donnée, sans vous en faire mes très humbles actions de grâces, et sans vous assurer que noufr ti^thi^riHT" de répondre à tant de faveurs pmr nos prières assidues et par une entière soumission à vos ordres.

Comme je sais. Monseigneur, que vous n'envisagez que la gloire de Dieu et le bien de l'Église, et que d'ailleurs vous ne sauriez douter du désir sincère que nous avons de vous contenter, je prends la liberté de vous proposer une chose que je retiens en moi depuis six mois, et dont je n'ai osé

jusqu'à présent me donner Fhonneur de vous écrire, dans la seule appréhension que peut-être elle ne vous fût pas agréable. C*est, Monseigneur, que le séminaire de Glermonl est sans supérieur; que je ne vois personne qui puisse bien remplir celte place présentement que M. de la Chetardye, et que nous vous serions très sensiblement obligés si vous vouliez bien permettre qu*il y allât, du moins pour quelque temps, et jusqu'à ce que nous fussions en état de vous le redonner, si vous ne vouliez pas le laisser aller pour toujours. Les affaires de Tune de ses sœurs (1) l'appelant en ce pays-là, il semble que ce seroit une providence si vous agréiez qu'il y fit quelque séjour. C'est un diocèse de vos suffragants qui vous demande du secours. Monseigneur, comme à son métropolitain; et qui a recours à votre abondance pour suppléer à sa disette. Nous ne manquerions pas, au reste, de vous envoyer aussitôt M. David; et M. de la Chetardye, en s'en allant, laisseroit à votre séminaire la pleine et entière jouissance du prieuré de Reuilly, pour être employée au bâtiment que vous y faites construire, en attendant qu'on pût y unir le titre. Ainsi, Clermont seroit secouru sans que votre séminaire en souffrit. Voilà, en simplicité. Monseigneur, toutes mes vues, qui seront toujours soumises aux vôtres, n'ayant point au fond de plus grand désir que de vous satisfaire, et de vous faire conaoitre en cette occasion, aussi bien que dans toutes les autres qui se pourront présenter, avec combien de respect et de sincère soumission je suis, Monseigneur, votre 1res humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson. ^

(1) Marguerite-Charlotte de la Chetardye lit profession dans le couvent des Clarisses Urbanistes de Limoges. Le roi la nomma abbesse de Pabbaye Sainte-Claire de Clermont, le 29 Juillet 1644. Elle en ftit mise en possession» une première fois, le Saint-Siège étant vacant, par Pévêque de Clermont, Joachim d'Estaing, le 15 Juillet 1645; et une seconde fois, le 21 mai 1646, après avoir reçu ses bulles du pape Innocent X et la bénédiction du même évêque de Clermont. Elle mourut le 19 septembre 1684, et fut inhumée dans le chœur de l'église du monastère. OpUma abbatissa, disent les Bénédictins de la Gai lia christiana (t. Il, col. 418).

^iU LIVRK TROISIKMK

LETTRE XLil

A BiONSERUR DE LA CHETARDYE

Ce 12 mars 1685.

Je ne crois pas que vous soyez surpris, Monsieur et 1res cher en Noire Seigneur, de la proposition que j*ai à vous faire, après le bruit qui en a couru eLque vous n'avez pas ignoré. Je vous dirai donc que j*écris aujourd'hui h Monseigneur IWrchevéque pour le prier très humblement d*agréer que vous alliez travailler au séminaire de Clermont, qui a besoin tout à fait de votre présence pour être bien soutenu. La répugnance que vous aurez à quitter un pays où vous vous trouvez bien, et des personnes qui vous goûtent, et surtout la peine sensible que je sais que vous aurez de vous séparer d*un prélat qui vous a témoigné tant de bonté et pour qui vous avez tant de respect et de considération, ne vous empêcheront pas d'aller secourir un diocèse entier, où vous verrez mieux, quand vous y serez, le besoin que Ton a de vous, que vous ne le pourriez connoitre maintenant. Le désir sincère que nous avons de contenter Monseigneur TArchevêque ne nous auroit pas permis de songer à vous, sachant bien qu'il sera fâché de vous perdre, si la nécessité ne nous y conlraignoit, et si nous n'étions persuadés de son désintéressement el de son affection pour Saint-Sulpice. C'est dans cette conviction que je le prie de trouver bon que vous preniez ce nouvel emploi, au moins pour quelque temps. J'espère qu'il nous accordera cette grâce, et que vous vous disposerez, s'il Tagrée, à y aller bientôt. Comme nous ne savons pas s'il consentira que vous vous en alliez pour long temps, et que pour rien du monde nous ne voudrions le mécontenter, je ne vous conseille pas d'emporter le gros de vos bardes, ni de lui proposer personne pour occuper la cure du séminaire. Car cela seroit inutile en cas qu'il veuille absolument que vous reveniez. Résolvez-vous donc d'aller soutenir ce bon œuvre. Quand il sera dans l'état qu'il doit être et qu'on pourra se passer de vous en ce pays-

COlinKSl>ONDANGfi AVEC LE SI^lIlNÀIRfi DE BOURGES Si41

là, hôus verrons quelle sera la disposition de Monseigneur r Archevêque pour nous y conformer. Joignez vos prières aux miennes, afin qu*il vous accorde congé au moins pour quelque temps. Je lui mande que vous laisserez au séminaire la jouissance du prieuré de Reuilly pour en recevoir les revenus en voire absence et les appliquer au bàliment; el que, du momenl qu'il y aura un abbé à Saint-Denis (1), vous vous en démettrez aussitôt et travaillerez incessamment à Tunir à son séminaire, parce que je sais que c*est là votre intention, et que vous ne Tavez pris et ne le gardez que dans cette vue. M. David est tout prêt d*aller à Bourges si vous quittez. Ainsi, M. Le Teilier sera soulagé, et on tâchera de faire en sorte que le séminaire ne souffre pas de votre translation. Vous nous ferez savoir la manière dont Monseigneur TArchevéque aura pris ma proposition; car je vous réitère encore que, quelque besoin que nous ayons de vous, je préférerai toujours sa satisfaction à la nôtre. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XLUi

A MONSIEUR DE LA GHETARDYE

Ce 27 mars 1685.

Quelle apparence, après ce que m*a écrit Monseigneur TArchevôque, de revenir à la charge el d'insister encore sur \otre départ! H s'est expliqué trop fortement pour espérer qu'il change; et quand, par un effet de sa bonté, il se rendroit à de nouvelles instances qu'on lui feroit, ce ne seroit qu'un consentement extorqué, dont il y auroit à craindre que Dieu ne bénit pas les suites. Ainsi, je crois que, pour le présent, il faut en demcurer-là, et allendre que la Providence du Souverain Maître donne d'autres ouvertures. Sa volonté,

(1) Il ne devait plus y en avoir, et le cardinal de Retz, mort le 24 août 1679, devait être le dernier. Le 15 Juin 1686, en effet, en vei-tu d une décision de Louis XIV approuvée en 1691 par le Pape, la mense abbatiale de Saint-Denis fut réunie à la maison royale de Saint-Cyr établie par M*' de Maintcnon, et la digmitê d'abbé se trouva ainsi éteinte.

"iïi LIVRE TROISIÈME

ce me semble, nous paroit assez, après les démarches que nous avons failes; et puisque la porte pour votre sortie se trouve fermée et que la clef ne i*ouvre pas, il ne faut pas forcer les gardes et gâler la serrure. S*il veut que vous consommiez à Bourges votre sacrifice, il faut l*y consommer avec joie; s*il a d*autres vues sur vous, ii les fera paroitre dans la suavité ordinaire de sa conduite et dans les temps réglés par sa sagesse. II faut que la nôtre lui rende hommage par le sacrifice de nos lumières et de toutes nos raisons, et par une soumission aveugle à ses ordres toujours saints et toujours aimables à ses Élus. Je prie Notre Seigneur de vous remplir de son divin Esprit et d*étre Tunique objet de votre amour. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XLIV

A l'archevêque de BOURGES

Du Séminaire Saint-Sulpice, ce 3 avril 1685.

Monseigneur,

11 me suffit de connoitre vos sentimens pour les suivre avec toute la soumission que je dois. Puisque vous jugez M. de la Ghetardyc utile à votre diocèse, nous ne penserons plus à son départ. Il ne seroit pas juste, pour accommoder le séminaire de Clermont, de faire tort au vôtre. C*est un ouvrage qui ne peut que nous être très cher par la protection que vous y donnez, et par les marques de votre zèle et de vos bontés pour nos Messieurs, dont ils se ressentent tous les jours. Ainsi, Monseigneur, je vous supplie très humblement d'être persuadé que nous nous en tenons, de notre part, trop obligés, pour ne le pas soutenir de toutes nos forces, bien loin de vouloir rien faire qui pût TafFoiblir ou vous déplaire. C'est ce que j'espère que vous remarquerez dans toute notre conduite, n*ayant point en mon particulier, de désir plus ardent que de vous faire connoitre avec combien d'attachement et de respect je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronsox.

LETTRE XLV

A liONsiRR SIMON (de Lvoin

Ce 11 juin 1685.

Je bénis Dieu des dispositions qu'il vous donne, et je le prie de vous y bien affermir. L*atlrait pour le recueillement intérieur est une grande grâce, et quand on la peut conserver dans les emplois extérieurs auxquels noire vocation nous engage, c*est un moyen d*y faire de grands fruits, et de s\ sanctifier beaucoup soi-même en sanclitiant les autres. Vous avez cependant k prendre garde à la trop grande contention, à laquelle on se laisse aller quelquefois pour conserver cet attrait, quand il cesse de se rendre sensible. Car c'est cet effort qui incommode et la poitrine et la tète.

Je n*aî rien trouvé à redire à vos résolutions, sinon k la dernière qui regarde vos besoins temporels, k laquelle on peut mettre quelque limitation en quelques cas particuliers qui pourroient arriver, et où la prudence doit conduire.

Pour les mortifications corporelles, je ne vois pas que vous soyez en état d*en faire de nouvelles. C*est assez de vous rendre fidèle a vos emplois, sans chercher d'autres pénitences que celles que vous y trouvez.

Ménagez toujours un peu votre santé. Car, quoique Dieu vous en donne présentement assez, elle n'est pas si robuste que vous deviez vous surcharger beaucoup.

Je ne vous conseillerois point de changer votre manière de parler, quand même vous auriez plus de temps k vous préparer. Ce ne sont point les discours si polis et si justes qui touchent le plus; et c'est un grand talent, surtout dans les séminaires, de savoir parler sans tant de préparation; mais tous ne le peuvent pas, et il faut que chacun fasse prout accepit a Domino.

Je ne sais rien de plus utile pour soutenir le bien que Ton fait dans le séminaire, que de mettre les séminaristes en état d'entretenir une grande correspondance avec leurs direc-

leurs quand ils en sonl sortis. On ne sauroit leur en trop inculquer rimportance. C'est un grand travail que les directeurs s^attirent par là, car il faut donner bien du temps pour répondre à toutes leurs lettres; mais c'est un bien qui ne se peut assez estimer.

Monseigneur de Bourges dina hier ici (1) et nous témoigna mille satisfactions de son séminaire. Je suis, Monsieur et très cher en Noire Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XLVi

A MONSIEUR DR LA GHETARDYE

Ce 10 septembre 1685.

Ne craignez point, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de me mander vos vues; car elles pourront faire quelquefois de bons effets, et je puis vous répondre qu'elles n'en feront jamais de mauvais. Celles que vous me proposez dans votre dernière lettre touchant le changement de;s sujets d'une maison à une autre sont des vues que l'on a ici depuis long temps et que l'on souhaiteroit pouvoir exécuter; mais on y a trouvé si souvent des obstacles et des inconvéniens si grands, que Ton a été obligé de s'arrêter et d'attendre du temps et des conjonctures plus favorables. On est obligé de ménager Messeigneurs les Prélats; il faut quelquefois condescendre aux désirs des supérieurs, et la charité qui veut que l'on ait égard aux besoins et aux infirmités de lous, fait que souvent, pour éviter le bruit et l'éclat, on fait ce que Ton ne voudroil pas et on ne fait pas ce qu'on voudroit. L'exemple de Clermonl est récent (3) et vous avez vu l'obslacle que Monseigneur l'Archevêque mit à votre translation, ot avec quelle force il répondit à la proposition que je lui en

(1) Le Prélat avait été député par sa province à P Assemblée générale du clergé qui se tenait à Saint-Germain.

(2) Pour de bonnes raisons, M. Tronson avait désiré retirer du séminaire de Clermont un directeur; mais il dut céder à la volonté de révêque qui s'opposa à son départ.

COHRBSPONDANCI& AVEC LE SÉMINAIRE DE BOURGES iiS

fis Je ne doute pas qu'il n*en usât de la même manière si on lui proposoit de lui 6ter M. Simon. Nous trouvons ailleurs les mêmes diflScullés; et je puis vous dire qu*en quelque lieu que ce soit, si les inférieurs ont quelquefois de la peine, les supérieurs n*en ont pas moins qu'eux, lorsque sans se départir de la douceur qu'ils doivent avoir dans leur conduite, sans faire trop de violence aux sujets, sans manquer à ce qu'ils doivent aux prélats, il faut faire en sorte que tout cadre. Je ne vous dis ceci que par ouverture de cœur, car je crois que vous en êtes assez convaincu. Le souhait que vous faites, que nous vous donnions M. Rochelle pour la paix et l'utilité de la maison pourra bien avoir son effet. Je suis bien aise que vous m'ayez donné cette vue. Je m'en va travailler à la faire réussir. Je suis, Monsieur et très cher en Noire Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XLVII

A l'aRCHEVÂQUE de BOURGES

Ce 17 octobre 1685.

Monseigneur,

Je n'ai pas cru devoir différer d'exécuter vos ordres et de faire partir incessamment M. Rochelle (1). Vous trouverez en lui une personne d'une aussi grande piété, mais d'un esprit plus accommodant que M. Guenon. Quoiqu'il soit plus jeune docteur et qu'il n'ait pas tant d'expérience, j*espëre que vous en serez satisfait, et que vous reconnoitrez bientôt qu'il est plus propre pour votre séminaire que son prédécesseur. Je

(1) Maurice de Rochette, né à Clermont, entra au séminaire de Saint- Sulpice le 21 décembre 1674, et y suivit pendant bien dés années \e» exercices ordinaires, en même temps qu'il suivait en Sorbonne les leçons et les exercices de la licence, II prit le bonnet de Docteur le 2 août 1685, et peu de jours après fut proposé par M. Tronson pour être directeur au séminaire de Bourges, bien qu'il n'appartînt pas encore à la Compagnie. M. Rochette s'acquitta de toutes ses fonctions avec un zèle constant et à la satisfaction de tous. Cependant, aux vacances de 1693, il quitta ces emplois et accepta un canonicat dans le

VOUS supplie très humblement d*ètre persuadé, Monseigneur, que je me ferai toujours un plaisir singulier de pouvoir connoitre vos volontés pour y conformer les miennes, et que je n*aurai point plus de joie que de trouver des occasions de vous témoigner avec combien de reconnoissance, de soumission et de respect je suis, Monseigneur, votre très humble o( Iros obéissant serviteur. — L, Tronson.

LETTHK XLVIII

A l'archevêque de BOURGES

Du Si'ininairc saint-Sulpice, ce 3 mai-s 1686.

Monseigneur,

Nous ne saurions attribuer qu'à votre zèle et à vos soins l'enregistrement sans modifications des dernières lettres patentes, dont vous avez eu la bonté de me donner les premières nouvelles par la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m*écrire. Je regarde cet heureux succès comme une suite des bénédictions que Dieu donne aux ouvrages que vous entreprenez pour sa gloire, et que vous ne voulez point laisser imparfaits. Nous nous sentons obligés de nous intéresser d'autant plus en celui-ci qu'il nous lie plus étroitement ii vous, et qu'il nous engage plus indispensablement à vous servir, qui est la chose du nionde qui nous sera toujours la plus agréable. J'cspèro aussi. Monseigneur, que nous y trouverons le moyen, par notre fidélité, de reconnoître les marques de vos bontés, que vous donnez en cette occasion,

(Chapitre de Clermont, avec le consentement de M. Tronson, qui lui permit même de demeurer au séminaire où il aurait eu la première plac3 après le supérieur. Mais le nouveau chanoine ne paraît pas avoir ïisé de la permission, peut-être parce qu'il fUt nommé vicaire général peu (le temps après sa prise de possession, n continua cependant à entretenir de bons rapports avec Saint-Sulpiee; mais il ne compta plus parmi les membres de la Compagnie, à laquelle, dit M. Gamon, bien qu'il eût travaiUé huit ans dans le séminaire de Bourges, « il n*a^ait même Jamais été asso<Nô «.

CORRKSPOMDANCE AVKG LE SÉMINAIRE DE lIOURtiES ^47

et que je puis dire être extraordinaires, puisque nous ne voyons rien de pareil dans les autres diocèses. Je vous supplie humblement d*étre persuade qu*on ne peut y être plus sensible que nous le sommes tous, et que notre joie sera parfaite lorsque nous pourrons faire paroîlre, autant que nous le désirons, les sentimens de gratitude que nous en portons dans le cœur. C'est la protestation que vous fait, au nom de tous, celui qui est avec un profond respect. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE XLIX

A MONSIEUR LE TELLIER

Ce 4 mars 1686.

Quand vous aurez tous vos papiers, il faudra que vous nous envoyiez des expéditions, afin que si nous n*en avons pas les originaux, nous en gardions au moins ici des copies collationnées.

Il est très fâcheux qu on n*ait pas les mêmes principes de conduite; mais il est très difficile d*en convenir. Ce que vous pourriez faire est d'assembler sur cela vos Messieurs; et comme les sentimens se trouveroient partagés dans rassemblée, on ne feroit pas de difficulté de convenir qu'on en écriroit ici, pour avoir des règles que Ton pût suivre en sûreté. Je crois, comme vous, que les sujets de cette différence de sentimens sont extrêmement à craindre, surtout dans un temps où Tinclination que quantité de gens ont pour la morale sévère se porte très aisément à l'excès et va jusqu*à une morale outrée : no8 auiem non ita didicimus Christum. Il faut être exact, mais selon l'esprit de nos Pères, et ne nous point mettre en peine si ceux qui font profession de crier contre tout le genre humain nous accusent d'être relâchés; pourvu que nous soyons imitateurs fidèles de ceux dont nous avons l'honneur d*être successeurs.

Je crois que vous aurez su la perte que nous avons faite de

M. Couderc (1), qui est mort le 21 du mois passé. Je le recommande à vos prières et à celles de tous nos Messieurs. C'est un sujet dont vous connoissiez les talens et le mérite, et qui s*est consumé dans ces dernières missions des huguenots. Nous ne pouvons pas douter qu*il ne soit en état de recevoir la récompense de ses travaux. Tout à vous. — L. Tro.nson.

LETTRE L

A MONSIEUR LE TBLLIER

Ce 1" janvier 1687.

J*avoue qu*il est très fâcheux, dans Tétat où sont les choses, qu*on ne vous assiste pas pour votre bâtiment; mais, en vérité, j'y vois bien de la difficulté, et la maison ne sera guères en état de le faire tant que nos affaires ne seront point vuidées. Pour moi, je suis maintenant hors d'étal d'y contribuer, mon revenu étant notablement diminué, et comptant pour un seul article dix-huit cents livres de rente de moins que je n'avois, par la résignation de mon prieuré que j'ai faite à M. Leschassier. Pour les particuliers, vous savez quel silence j'observe toujours touchant le temporel, et combien cette réserve^ qui est en usage dans la maison, est importante. M. Leschassier fait bien tout ce qu'il peut; mais il s'étoit engagé de donner quelque chose au Puy, et je vois que les forces lui manqueront plus tôt que la bonne volonté. 11 faut prier Dieu qu'il suscite par sa Providence quelques moyens pour perfectionner et achever son œuvre.

On ne croit pas ici que l'on doive consentir à la proposition de la personne qui veut donner 4,000 livres à son confesseur. On estime cela si opposé au désintéressement que l'on demande dans la maison, qu'on croiroit que celui qui accepteroit cette donation, en a tout à fait perdu l'esprit. De tout

(1) Supérieur du séminaire de Viviers. Voir la correspondance de M. Tronson avec ce séminaire.

CORRBSP0>'0ANCK AVEC LK SÉMINAIRE DE BOURGES tVi

temps, on a recommandé ici deux choses par dessus tout : le désintéressement et Tobéissance; et c'est ce qui a attiré le plus de grâces et de bénédictions sur le séminaire et sur ceux qui s'y sont rendus fidèles. 11 faut tâcher de conserver toujours ce même esprit.

Je suis bien persuadé de la peine que peut avoir un bon sujet dans une communauté, qui voit qu^on ne lui témoigne point de reconnoissance pour tout le bien qu*il y fait. C'est ce qui m'a fait faire autrefois bien des réflexions sur la conduite de Saint-Sulpice; mais ce qui me fait extraordinairement estimer son détachement, auquel j'attribue principalement les bénédictions que Dieu y donne et la grâce de ceux qui y travaillent. Comme j'aurois scrupule si je me relâchois sur un article de cette importance et que cet exemple pourroit avoir beaucoup de suite si je l'approuvois, je ne puis vous dire autre chose, sinon que vous en examiniez toutes les circonstances, et que vous fassiez ce que vous jugerez plus à propos, quand vous l'aurez bien recommandé à Dieu sans m'en écrire davantage. Je suis tout à vous. — L. Tron-

SON

LETTRE Ll

A MONSIEUR SIMON (de Lyou)

1" Janvier 1688.

Je crois que vous devez prendre vos besoins sans scrupule et avec plus de simplicité. Usez-en comme de la nourriture. On craint souvent d'y excéder; mais comme personne ne connoit précisément le point de la nécessité et jusqu'à quel morceau il faut aller pour n*en prendre ni trop ni trop peu, le meilleur est de ne point tant chicaner là-dessus, et de prendre bonnement ce que nous croyons devant Dieu être nécessaire. C'est ce que je vous conseille de faire pour vos habits, en étendant néanmoins la nécessité jusqu'à la bienséance. Car vous ne devez point craindre de blesser en cela la pauvreté, puisque vous ne ferez que suivre les règles de

I*ËgIise, qui averlil particulièrement les ecclésiastiques, ve pannoais, sordidis ant laceris vestibus incedant. Une soutane d'une étofTe simple, et que Ton ne quittera que lorsqu'elle sera usée et prête à se déchirer, ne sera point de mauvais exemple, et vous conserverez assez en vous Tesprit de pauvreté que vous aimez.

I/attache à ses pénitens est une source de grands désordres et de beaucoup de division dans une communauté. Les pénitens en souffrent par la trop grande condescendance et crédulité que Ton a pour eux. Les Directeurs en souffrent par la peine qu'ils se font à eux-mêmes en voulant soutenir tout ce qu'ils font. La communauté en souffre par plusieurs choses qui troublent Tordre, et que l'on est obligé de tolérer pour le bien de la paix. Vous faites bien de vous ménager sur cela, et de ne pas faire des démarches inutiles.

On fait très bien de retrancher les discoles. Si le fils du lieutenant ne se corrige pas après l'avoir averti que Ton ne pourra pas le garder s'il continue, il faudra faire trouver bon à M. son père qu'il le relire, après en avoir parlé au prélat.

Vous faites très bien de ne point réfléchir sur votre étal, et je vou? redis encore que vous y devez demeurer en paix.

Soyez bien convaincu que la crainte n'est pas votre voie, mais l'amour, et que perfecta charitaa foras mittit timorem (I Joann. IV, 18).

Continuez vos oraisons à l'ordinaire, et faites du mieux (jue vous pourrez pour dire votre chapelet, sans néanmoins rien dérober à voire sommeil ni au temps de votre repos.

Craindre pour soi, s'humilier et prier pour ceux que l'on conduit, c'est ce que doit faire un directeur dans la vue des fautes de ses pénitens. Pourvu que cela se fasse sans inquiétude et sans trouble, comme vous me le marquez, tout va bien.

Continuez à faire ce que l'on vous a permis pour le coucher. Choisissez entre les livres spirituels ceux où vous avez plus d'attrait et qui vous portent le plus à Dieu.

N'écoutez pas ce qui pourroil troubler votre paix. Elle

COBRESPUNDANCE AVEC LE SÉMINAIUË DE BOURGES 251

VOUS est nécessaire dans la voie où Dieu vous met, et le Iroublc ne serviroit qu*à diminuer en vous sa présence et augmenter vos tentations. Ainsi, continuez à vivre dans Tabandon et la simplicité, demeurant anéanti devant Noire Seigneur, et mort à toutes vos propres vues. Je suis en lui tout à vous. — L. TnoNsoN.

LETTRK LU

A MONSIEUR SIMON (de Lvon)

Ce 3 avril 1689.

Ne prenez point d*absynlhe ni de coloquinte; ni i^une ni l'autre ne vous convient, et vous n'y trouveriez pas le remède que vous désireriez. 11 vous doit suffire d*en avoir essayé. Pour les bracelets, vous pouvez continuer. Ce n'est pas, à la vérité, une grande mortificalion; mais vous suppléerez aux autres que vous croiriez vous pouvoir être utiles, par un grand désir d en faire davantage, sitôt que Tobéissance vous le permettra. Maintenant prenez pour votre devise ces paroles que Notre Seigneur dit au bon père Yvan qui ne pouvoit se rassasier de pénitences : « Yvan, Yvan, moins de rigueur et plus d*amour ». Peut-être demandera>t-il un jour quelque autre chose de vous, que ce qu'il demande présentement; mais en tout temps sa volonté nous doit suffire.

J*ai dit k M. Le Tellier de recevoir au séminaire M. Michel, votre neveu (1). Je crois qu'il est bon qu'il demeure quelque temps à Bourges avant que de venir ici. Tous les témoignages que l'on m'en a rendus sont conformes à ce que vous m'en avez écrit, et M. \.c Tellier me les a confirmés d'une manière très avantageuse. Ainsi nous avons tout lieu d'espérer qu'^avec le temps il remplira bien sa place dans un séminaire, et qu'il sera utile a l'œuvre que Dieu nous confie.

{\) II entra plus tanl dans la Compagnie, et devint supérieur du s^*minaire de Tulle. Voir la correspondance de M. Tronson avec ce sêniiiiaire.

252 LIVHK TROISIÈME

Vous ferez très bien de ne point écrire à ses parens pour son entrelien, et vous ne devez aussi ni écrire pour cela à M. votre frère, ni avancer de votre argent. Vous rendez assez de service au séminaire, pour ne pas songer à faire cette dépense. C'est à nous à y pourvoir, et j*en écris à M. Le Teliier afin que l'on n*y fasse aucune difficulté. Je suis toujours également à vous. — L. Tronson.

LETTRE Lin

A MONSIEUR DE LA CHETARDYK

19 jiiiUet 1690.

Il y a déjà quelque temps que j*ai reçu le livre de vos Catéchismes (1). Si j*agissois avec vous comme on fait dans le monde, je n*aurois pas tant différé à vous en remercier. Mais je connois assez votre fond, et je sais que vous serez assez persuadé que ce n*esl pas manque de reconnoissance. L'avantage que ce retardement m'adonne est qu'ayant lu une partie de cet ouvrage, je puis maintenant joindre à l'action de grâces le témoignage de la satisfaction que m*a donnée celte leclure. J'espère que le public profitera de votre travail, el que vous vous rendrez par là utile à d'autres qu'à vos paroissiens. Je souhaite que Dieu continue de répandre ses grandes bénédictions sur votre conduite et vous conserve toujours fort en paix. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de très grand cœur et autant que jamais, parfaitement à vous. — L. Tronson.

(1) Catéchismes, ou Abrégés de la Doctrine chrétienne, imprimés par l'ordre de Monseigneur,., l'Archevêque de Bourges, pour être seuls enseignés dans son diocèse; Bourges, 1690, in-12. Plusieurs fois réimprimés. V. Bibliothèque sulpicienne, 1. 1, p. 182-

GORttBSi^OKDANCK àVBC Lfl sélICKAIRfl DE fiOUROËS 253

LETTRE Liv

A MONSIEUR SIMON (dO LyOIl)

Ce 20 novembre 1690.

II est vrai que Tembarras des affaires ne plait guëres à une âme qui a un grand attrait pour la retraite. Cependant quand Tordre de la Providence nous oblige de vaquer aux choses extérieures, quoique alors le repos ne soit pas si sensible, il faut néanmoins que le cœur retiré en Dieu et abîmé dans son aimable volonté y trouve toujours sa paix comme dans son centre. Ce n*est point la solitude et le repos que Ton goûte qui sanctifie, mais la volonté de Dieu que Ton aime et que l'on accomplit; et je crois que souvent, pour craindre trop les embarras et le trouble, on se borne trop dans les emplois où il appelle, et on se prive de beaucoup de grâces qu'il donneroit. Vous avez sujet de le bénir de ce qu*il vous rend fidèle à tout, et de'ce que vous quittez volontiers le repos de Marie lorsqu'il vous appelle aux occupations de Marthe.

Vous pouvez ajouter à vos mortifications, une fois encore par semaine, le cilice durant Thiver. Pour vos abstinences, un jour de jeûne et un autre de quelque abstinence au souper vous doivent suffire : le reste, k l'ordinaire.

Il n'y a pas d'apparence que vous refusiez de faire l'oraison synodale, puisque le Prélat le souhaite. Les maux que les péchés des prêtres causent dans l'Église me paroit un sujet plus touchant et plus utile que l'autre que vous vous proposez. Les choses sont assez fortes d'elles-mêmes sans vous mettre fort en peine des expressions qui, étant trop recherchées, pourroient même les affoiblir; et pour moi, j'aime mieux que vous fassiez un discours chrétien qui touche, qu'une pièce éloquente que l'on admire. Je suis sûr que cette manière sera aussi plus de votre goût. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.

^34 LIVilE TROISIÈME

LETTRE LV

A MONSIBim DE LA CHETARDYE

Ce 30 avril 1691.

il est juste, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous alliez terminer vos affaires à Tours. Puisqu'il n'y a pas d'apparence de remettre à l'automne, après y avoir été plusieurs fois incommodé, vous n'avez qu'à choisir le temps où votre santé et le séminaire en souffriront le moins. II me paroît plus de difficulté au voyage de Baveux à cause de vos emplois, auxquels on ne pourroit pas aisément suppléer. Cependant je voudrois bien que vous ne fissiez point de peine au Prélat (1). Ne pourriez-vous point le contenter en le priant de trouver bon que vous remettiez à l'année prochaine, où vous serez indispensablement obligé de venir à Paris? Je crois que vous en savez bien la raison; mais si vous ne la savez pas, M. de la Barmondière vous la dira (2). La difficulté de remplir vos emplois me confirme dans la pensée que j'ai depuis longtemps, qu'il faudroitque chaque séminaire entretint un ouvrier surnuméraire, qui put soulager de temps en temps ceux qui auroient besoin de repos. Si vous en aviez quelqu'un, je ne verrois nulle difficulté à votre voyage de Baveux. Nous y pourvoirons l'année prochaine. Je suis de cœur, mille fois plus que je ne puis dire, tout vôtre. — L. TnoNsoN.

(1) Ce prélat, cousin de M. de la Clietardye, était Fran^-ois de Nesmond, né à Paris, le 31 août 1G29, d'un président au Parlement et d'Anne de Lamoignon. Nommé évéque de Bayeux en 1659, il ftit sacré le 19 mars 1662, et mourut le 16 juin 1715, âgé de 86 ans, doyen des évèques de France et des docteurs de Sorbonne. Dans son diocèse était situé le prieuré de Reuilly, que possédait M. de la Chetardye et auquel il renonça en faveur du séminaire de Saint-Sulpiee en 1694.

(2) Pour le lecteur qui ne devinerait pas celte « raison >, je citerai cette phrase de la lettre que M. Tronson écrivit à M. de la Chetai-dye le 14 mai suivant : « Je crois que vous devinerez bien la raison du voyage de Tannée prochaine dont Je vous ai écrit, quand je vous dirai

CORBBSPONDANCB AVBC LE SÉMINAIRE DE BOURGES 255

LETTRE LVi

A MONSIEUR SIMON ((le Lvon)

Ce 17 Juin 1691.

Je crois la retraite annuelle d*une très grande nécessité. On a réglé qu*on la feroit tous les ans, parce qu*on a eu expérience que la dissipation d'un travail continuel affoibliroit heaucoup les sujels, s ils ne reprenoient de nouvelles forces par cette retraite. C'est un règlement que je vous conseille fort d'observer, et je vous dirois même de la faire dès à présent, si vos emplois vous le pouvoient permettre. Mais je ne vois pas d'apparence qu'elle pût compatir avec la multitude des choses dont vous êtes chargé. Peut-être vous restera-t-il encore assez de temps pour la faire, après que M. de la Chetardye sera de retour, jusqu'aux vacances. Que s'il n'y a pas de temps, j'aime mieux que vous preniez huit jours des vacances pour la faire, afin que cet exemple serve k donner plus d'estime de ce règlement. Je suppose que votre santé n'en souffre pas : car autrement il ne faudroit pas l'entreprendre. Si l'on a plus de condescendance pour les autres que pour vous, c'est qu'on les tient plus foibles. Que si l'on se trompe, vous devez vous en humilier, de tromper ainsi le monde. Quoiqu*iI en soit, c'est une grande miséricorde de Dieu sur vous de ne pas permettre souvent que l'on condescende à vos propres désirs. C'est par là que, mourant sans cesse à vous-même pour ne vivre qu'à Dieu, ingredieris in tihundaniia aepulchrum.

Je crois qu'un voyage au pays pendant les vacances ne pourroit que vous être utile. Vous pourriez y mener avec vous M. Michel, qui ne sera pas fâché de voir ses parens

que Messieurs Maillard, Tanoarn et Rigoley seront de la partie i». J'ajoaterai que ces trois Messieurs étant assistants de la Compagnie, il «'agissait d'une assemblée â laquelle M. de la Chotardye devait prendre part en la même qualité, en vertu d'une élection faite dans rassemblée vrécédente.

286 LtVAfi TRÔIStÂltÊ

avant que de venir ici sur la fin des vacances. 11 esl juste, quelque indifférent qu*il soit, de lui donner cette petite satisfaction. Je crois môme qu*il est utile qu*ii voie ses parens avant que de venir ici, et il n*est nullement à propos qu*il les aille voir sans vous. Je souhaiterois seulement que vous prissiez vos mesures d*une manière qui ne Tempéchât pas de se présenter à la prochaine ordination. Car, comme il seroit important qu il fût prêtre quand il viendra ici, il faudroit différer jusqu à Noél son voyage de Paris, s*il laissoit passer l'ordination de septembre. Vous verrez ii prendre vos mesures sur ce plan. J'ai été très satisfait de la lettre qu*il m'a écrite. Vous me ferez plaisir de le lui témoigner, parce que je n'ai pas le temps de lui répondre cet ordinaire; et ce que je vous mande peut servir pour tous deux. Je suis de cœur à Tun et à Tautre le tout acquis. — L. Tronson.

LETTRE LVii

A MONSIEUR DE LA GHETARDYE

Ce 23 septembre 1691.

Ne croyez pas. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que ce que j'ai dit (1) au sujet de vos imprimés faits de bonne foi, vienne d*aucune peine que j'aie contre vous.L'avis que Ton a donné a été nécessaire pour se précautionner contre les inconvénients qui arriveroient dans la suite, si chacun avoit la liberté de faire imprimer ce qu'il voudroit. C'est une règle que l'on a cru important d'observer dès à

(1) Estimant sans doute bien suffisante Papprobation donnée à ses Catéchismes par rarchevèque de Bourges, M. de la Chetardye avait négligé de demander pour les imprimer la permission du supérieur de Saint-Sulpice; et, le 2 août précédent, M. Tronson avait écrit à M. Simon : « On a été ici fort surpris de l'impression des livres que vous savez. On m'en avoit pourtant dit quelque mot, il y a du temps. Puisque la 2o édition est commencée, on peut en continuer la correction. J'aurais souhaité que Ton m'en eût averti plus tôt; car on ne pourroit à présent Parrèter sans éclat et sans faire trop de peine ».

présent, pour servir à ceux qui viendront après, qui ne s*en dispenseront pas quand ils la verront en usage. Vous verrez, s*il plaît à Dieu, Tannée prochaine, que mon cœur est le même pour vous; c'est-à-dire plein d'estime, d*affection cordiale et de tendresse mille fois plus sensible que je ne vous puis dire.

Je ne vois pas de diflSculté que vous fassiez imprimer vos petits traités de V Usure, de la Simonie et des Censures, Puisqu'ils ont été déjà examinés ici, approuvés de M. Grandin et imprimés au Puy en françois, cela est plus que suffisant pour les faire imprimer à Bourges en latin (1). Je crois que cela ne peut être que très utile pour les ordinans : ce que M. Le Tellier nous a encore confirmé.

Quant au règlement qui porte que le supérieur donnera les pénitens aux Directeurs, 1"^ comme cela ne regarde que les séminaristes, l'inconvénient que vous exposez, du grand nombre de curés qui viennent quelquefois tous ensemble faire retraite, n'aura point de lieu, puisqu'on leur laissera le choix des directeurs. 2^ On ne prétend pas même que le supérieur refuse à un pénitent le directeur qu'il lui demande. Ainsi, ce règlement ne concerne que les séminaristes qui n'en demandent aucun en particulier. ^^ Quand un pénitent veut quitter son directeur pour en prendre un autre, il ne le doit pas faire sans la permission du supérieur, sans laquelle un autre directeur ne le doit pas recevoir, si ce n'est pour le confesser une ou deux fois. Tout à vous. — L. Tronson.

(1) Le premier et le troisième de ces trois traités, imprimés parmi les Conférences du Puy quand M. de la Chetardye y était directeur, fUrent réimprimés, aussi en Avançais, dans les Compendia tractatuum moralium, ad fusiorem Tractatuum intelligentiam uttlia.,,; Avariai Biturigum, 1691, in-8», pp. 63S-241 . Pour le détail et l'appréciation de ce que contiennent les deux parties de ce volume, voir Bibliothùque sulpicienne, 1. 1, p. 186, 187.

258 LIVRE TROISIEMB

LETTRE LVIII

A tfONSiEUR snioN (de Lyon)

Ce 26 novembre 1691.

La mort de M. Béchel nous a d*aulant plus surpris, que nous le croyons tout à fait hors de danger. Dieu soil béni de tout. Nous le prierons d*exercer dans Téternité ses miséricordes sur ce cher défunt, d'achever de le consommer en lui. H a eu si peu de plaisir durant sa vie, que je ne crois pas qu'il ait eu peine à quitter ce monde. J'estimois beaucoup sa vertu, et peut-être est-ce pour la tenir plus en sûreté, que la Providence la tenoit cachée sous un naturel peu sociable et sous plusieurs défauts extérieurs.

J'ai reçu la copie de son testament que Ton trouve dans toutes les formes. Je crois que vous en aurez donné avis à ses sœurs, aussi bien que de sa mort; sur quoi il faudra attendre ce qu'elles diront. Vous pouvez toujours satisfaire aux frais et dépenses nécessaires, et donner à la sacristie et au garçon qui Ta servi ce qu'il a ordonné. Mais pour le reste, je crois qu'il vaut mieux attendre et ne rien précipiter.

Pour les dévotes qui demandent quelque petit meuble de dévotion, nous tâcherons de les contenter dans le temps. Mais je serois bien aise de savoir en détail ce qu'elles désirent et quelles seroient vos vues. J'ai déjà promis à M. Rochette une statue de la Sainte Vierge qu'il avoit dans sa chambre. Vous pouvez retenir pour vous en particulier ce que vous m'avez marqué, et ce que vous jugerez à propos.

M. Béchet ayant donné ses livres et tous ses meubles au séminaire de Bourges, vous n'avez qu'à les retenir, excepté sa montre d'or, que vous pourrez mettre entre les mains de M. Michel, quand il partira, pour nous l'apporter.

Quoique je ne vous marque rien touchant l'argent, que vous avez entre les mains, je suis bien aise de vous dire que ma pensée est de le laisser à Bourges; mais je ne veux pas encore m'expliquer là dessus ni prendre de résolution ferme.

CUHRESPUNDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE BÛURUES 259

J*altends, pour le faire, d*avoir reçu la réponse de sa sœur, à qui j*ai écrit que j*élais résolu à lui relâcher la moilié des biens de son frère.

J*approuve fort que Ton grave sur sa tombe son nom, son âge ei le jour de son décès. L'on a dit que Ton faisoit courir dans la ville des bruits fâcheux sur les grosses sommes d*argent qu*il avoit amassées; mais je ne puis croire que ces bruits soient véritables. Je n*aurois pas cru aussi qu'il eût été d*humeur à se confier et à s'ouvrir à beaucoup de monde. Quoiqu'il en soit, il avoit beaucoup de vertu, et il y a de bons exemples à imiter dans sa vie. Dieu nous fasse la grâce d'en profiter. Je suis tout k vous. — L. Tronson.

LETTRE Lix

A MONSIEUR DE LA CHETARDYK

Ce 13 décembre 1691.

Monseigneur l'Archevêque m*a dit qu'il vous avoit écrit pour le Doyenné (1). Vous savez quel est sur cela votre engagement, et la réponse que vous lui pouvez faire ne demande pas un grand examen, ni que vous m*en renvoyez la détermination. Car vous pouvez vous souvenir que je n'y puis rien. Ainsi, je serois fort embarrassé à lui répondre d'une manière qui le pût contenter, si on me renvoyoit Taifaire. Je crois que la peine que vous avez depuis long temps de posséder des bénéfices (2) ne vous sera pas un attrait pour en avoir de

(1) Nicolas Chêron, doyen du chapitre de Bourges, ne mourut que le î Janvier de Tannée suivante 1692. Mais il était sans doute déjà malade, et d'ailleurs depuis longtemps ofâcial du diocèse de Paris,' où il fut inhumé dans le couvent des religieuses de l'Ave-Maria.

(2) En effet, près de six ans auparavant, le 25 mars 1686, M. Tronson écrivait à M. de la Clietardye : « Quoique j'approuve le dessein que vous avez de vous défaire de vos bénéfices, j'approuve encore davantage que vous ne le fassiez qu'après avoir pris toutes les mesures que vous jugerez nécessaires. Il faut même attendre, pour celui de Tours, que la Providence suscite quelque occasion, si vous voulez qu'il serve au séminaire de Saint-Sulpice; car, sans cela, il seroit difllcile de

200 LIVjlE TROISIÈME

nouveaux. Je prie Noire Seigneur dé vous faire accomplir sa très sainte volonté, et de se servir de ces occasions de providence pour vous affermir de plus en plus dans votre vocation. Je suis en lui, de tout le cœur et mille fois plus que je ne votis puis dire, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE LX

A MONSIEUR DB POUDENX (1)

!•' juin 1693.

Il me paroit, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que la résolution que vous avez à prendre sur votre canonicat doit dépendre de la disposition où Dieu vous met. Car si vous avez dessein de vous abandonner pour servir les ecclésiastiques et le clergé dans les séminaires, et que Dieu vous donne attrait pour cette vocation; comme vous avez pour cela beaucoup de talens, que votre manière d'agir honnête, douce et gagnante ne peut que faire de grands fruits dans un séminaire, gagner aisément la confiance des jeunes gens et

parvenir à cette union. Si c'est la volonté de Dieu que cela réassisse, il en donnera les ouvertures. Il n'y a qu'à les attendre en paix et sans empressement ». On les attendit Jusqu'en 1696, ainsi qu'on le verra plus loin. Quant au doyenné, la réponse de M. de la Chetardye êdifla le Prélat, qui prit d'autres mesures et le laissa en paix.

(1) François de Poudenx, que nous avons déjà vu au séminaire d'Angers où il fut envoyé en novembre 1694, était venu à Bourges en septembre 1692, du séminaire de Saint-Sulpice, dans lequel il avait été employé, après sa licence obtenue en 1688. Son oncle François de Poudenx, évêque de Tarbes, lui avait donné un canonicat dans sa cathédrale. La démission du neveu affligea sensiblement le Prélat, comme le témoigne cette lettre de M. Tronson : « Je ne m'étonne pas que M. votre oncle ait quelque peine de votre démission, se voyant privé de la consolation qu'il pouvoit attendre de votre présence et de votre secours. Mais il y a sujet de bénir Dieu de ce que cette petite mortification ne vous inquiète pas, et que vous la portez avec toute la tranquiUité d'une âme qui ne cherche (lu'à accomplir sa très sainte volonté » (Letti'c du l octobre Wô?,).

leur rendre agréabfes les exercices de piété; je croîs que vous pouvez envoyer présentement votre démission à M. votre oncle; car il me semble que, comme il ne doit pas retourner sitôt en province, il me paroitroit qu'il y auroit quelque difficulté de garder encore tout ce temps-là votre bénéfice, après ravoir gardé si long temps sans le servir. Ainsi, je ne vois point de meilleur conseil à vous donner, que de vous déterminer suivant votre attrait. Comme vous ne désirez que de faire la volonté de Dieu, il ne permettra pas que vous vous en écartiez en cette occasion. Vous pouvez cependant être persuadé que s'il vous détermine à demeurer avec nous, nous Ten bénirons de bon cœur, et qu'en mon particulier j'en aurai une joie proportionnée aux sentimens d'estime et d'amitié qu'il me donne pour vous, et qui sont plus grands que je ne vous puis dire. — L. Tronson.

LETTRE LXi

A MONSIEUR SIMON (de Lyou)

Ce 18 novembre 1693.

Je vois par votre dernière lettre que Dieu lient toujours la même conduite sur vous. Tantôt du calme et du beau temps, et tantôt de l'obscurité et de l'orage. Vous faites bien de ne point réfléchir sur le temps qu'il fait, d'aller toujours votre train et de faire en paix votre besogne. C'est le fruit de la fermeté dans votre vocation que Dieu vous donne, et qui est assurément une grande grâce; car on peut dire que celui qui chancelle dans sa vocation est toujours en guerre et jamais en paix : inconstans est in omnibus viis suis (Jacob. I, 8). L'amour de la retraite est admirable quand il n'empêche point de travailler aux choses dont la Providence nous charge. C'est très souvent dans le temps que Dieu nous donne le plus d'emploi, qu'il nous fait soupirer davantage après la solitude. Jamais le grand S. Grégoire ne l'a plus ardemment désirée, que lorsque Dieu l'appela à gouverner toute l'Église. Rien ne conserve le cœur si pur dans les em-

plois et si délach<^ de loiil que ce d^sir. Tout à vous. — L. Tronsox.

LETTRE LXII

A monsieur de la chetardye

Ce 25 Juin 1694.

Je ne m*élonne pas que vous ayez été vivement touché de la mort de M«^ de Bourges. G*est une perte très grande, et pour vous et pour le séminaire. M. Leschassier et M. Le Tellier ont vu son successeur (1) qui a témoigné beaucoup de bonne volonté. J*espère que vous en serez content. C/est un prélat auprès duquel on croit, si on le ménage, qu*on trouvera beaucoup d*appui. Il faudra y aller doucement, ne pas trop s'avancer pour lui donner des avis, ne pas trouver à redire trop librement à ce qu'on n'approuveroit pas, et ne se point mêler des affaires du dehors qu'autant qu'on y sera appliqué par ses ordres.

J'ai reçu le second tome de votre Catéchisme, qui ne peut être que très utile, ainsi que les sujets d'oraison que vous avez envoyés à M. Leschassier. Je crois que vous ferez très bien de continuer à en composer : car ce sera, un jour, un grand soulagement pour ceux qui n'auroient pas facilité à parler, et qui ont besoin de trouver des matières toutes digérées.

Je crois qu'il est important de lire le soir un sujet de méditation, et de lire aussi pendant une partie de la table, comme on fait ici durant les vacances, quoique vous soyez peu de monde.

Il semble qu'il est du bon ordre que ceux qui entrent de nouveau dans le séminaire aillent d'abord voir le supérieur,

(1) Léon Potier de Gesvres, né le 15 août 1656, n'avait pas 28 ans quand il fut nommé archevêque de Kourges. Sacré le 23 janvier 1695 dans la chapelle du noviciat des jésuites de Paris, il fut créé cardinal par le pape Clément XI en 1719, résigna son siège en Janvier 1759, et mourut A Paris lo 1? novembre 1714, âgé de 89 ans.

OU que le supérieur les aille voir dans leur chambre, cominc Ton fait ici pour leur donner des directeurs. Nous ne refu* sons point ici de leur donner ceux qu'ils demandent, et on partage les autres à peu près également. Je ne sais pas comme on en use à Bourges, mais si le supérieur retenoit pour soi les plus savans et ceux qui sont de plus belle espérance; surtout si, entre autres, il en prenoit trois qui avoient choisi auparavant leur directeur, cela seroit tout à fait contre Tordre. Je suis tout à vous. — L. Tbonson.

LETTRE LXin

A MONSIEUR LE TELLIER

Ce 18 mai 1695.

Je ne m*étonne pas que Tarrivée si inopinée du Prélat ne vous ait un peu dérangé dans le séminaire; mais le dérangement sera bien réparé par son exemple et par la bonté qu il vous témoigne. Son entrée et ses premières démarches dont on nous a mandé le détail sont édifiantes. On nous marque que le compliment que vous lui avez fait, à la tête des ordinans, a été fort agréé. Ne pourrions-nous point le voir pour y donner aussi notre approbation?

Il seroit fort à souhaiter que vous pussiez être défait de Texamen des religieux; car c*est une grande charge, et qui peut avoir des suites fâcheuses. Que si néanmoins le Prélat vous rimpose, il vaut mieux s y soumettre que de lui faire de la peine.

Quant à ce qui regarde le bon ordre du séminaire, je ne crois pas que ni vous ni les autres lui doivent rien proposer, que vous ne l'ayez examiné ensemble, afin qu'on ne remarque point entre vous diversité d'esprits et de senlimens, mais que l'on y voie cor unum et anima una.

Monseigneur l'Archevêque de Lyon a fait la même grâce a ses ordinans pour son joyeux avènement, que Monseigneur de Bourges a fait aux siens. Il faut espérer que cela n'aura pas de suite, et que les choses reprendront le train ordinaire.

iiiï LIVRE ^TROISIÈME

Vous n'avez pas d'autre parti à prendre que celui de vous soumettre aux ordres du Prélat, et de n*en point relâcher de votre part.

Les gens suspects des nouvelles opinions sont plus à craindre que jamais; mais ils sont plus cachés: Dieu vous en préserve, et nous aussi : car les suites en sont toujours beaucoup à craindre. Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXlv

A MONSIEUR DE LA GHBTARDYE

Ce 15 novembre 1695.

Nous ne croyons point que le changement qui se fait dans votre séminaire lui soit utile. Cependant Monseigneur votre Archevêque ayant réduit à douze mois le temps que doivent demeurer les séminaristes, et ayant témoigné que vos petits imprimés pourroient suffire, si on y faisoit quelques additions en les enseignant, je n*ai pas jugé à propos, après avoir su le résultat de sa conférence avec M. Leschassier, que nous dussions avoir d'autres sentimens que les siens. On a jugé aussi que vos Messieurs ayant peine à bien faire ces additions, et personne ne pouvant s*en acquitter mieux que vous, vous voudriez bien vous en charger pendant quelques mois, en attendant que nous fussions en élat de vous envoyer quelqu'un pour vous décharger. Ce que vous ferez servira de modèle pour diriger ceux qui pourront les enseigner dans la suite, et pour leur faciliter ce travail.

Au reste, la dernière lettre que vous m'avez écrite me fait assez connoitre que la réduction à douze mois ne vient pas de vous. Quand on vous auroit soupçonné d'en ôtre la cause, ce que vous dites avoir mandé au Prélat, et qui a été vu par M. Le Tellier et par M. Simon pour ne la pas faire, vous justifié pleinement là dessus. Ainsi, vous devez demeurer en paix, et ne vous point inquiéter de ce que l'on diroit contre vous sans fondement. Je ne puis vous dire avec combien de cordialité je suis entièrement à vous. — L. Tronson.

CORRESPONDANGB AVEC LE SEMINAIRE DE BOURGES 263

LETTRE LXV

A MONSIEUR LE TELLIER

Ce 16 février 1696.

Nous avons bien cru, Monsieur et très cher en Noire Seigneur, que votre séminaire souifriroit un peu de i*absence de M. de la Chelardye; mais ce nous a été une nécessité absolue de le retirer ici, car vous savez de quelle importance il nous est pour le bien de la paix, de ne pas laisser passer la cure de Saint-Sulpice dans des mains étrangères; et M. Baudrand n'a point voulu jeter la vue sur d'autre que sur lui pour lui succéder. Monseigneur de Bourges vint ici, il y a quelques jours, et me pressa extrêmement pour lui donner parole que nous le lui rendrions; mais comme je lui en fis difficulté, il s'adressa à M. le duc de Beauvilliers qui se trouva pour lors ici, et le pria d'être juge de notre différend, et que nous nous arrêterions tous deux à son jugement. La résolution qu'il nous donna et k laquelle nous promimes tous deux de nous soumettre fut que le Prélat expliqueroit simplement à M. de la Chelardye toutes ses raisons; que, de ma part, j'en ferois autant, et qu'ensuite on lui laisseroit la liberté de se déterminer pour suivre son allrait, et faire ce qu'il croiroit que Dieu demandoit de lui. Depuis, il s'est résolu à prendre possession, et il est présentement notre curé. Je ne sais pas comment il se sera démêlé avec le Prélat.

Le commentaire sur la règle de S. Benoit (1) que vous m'avez envoyé contient des choses fort extraordinaires, et mérite d'être conservé pour faire connoilre la doctrine et Tespril de l'auteur. Je suis de cœur toul à vous. — L. Tronson.

(1) Commentaire sur la Règle de S. Benoits où les sentim^ens et les inaximes rie ce saint sont expliqués par la doctrine des Conciles et des Saints Pères..., par Dom Joseph Mège, Religieux Bénédictin de la Con{?régation de S. Maur ; Paris, 1687, in 40. « Ce commentaire, paru peu de temps après celui de M. de Rancé, abbé de la Trappe, lit ))eaucoDp de bruit, au rapport de D. Tassin. Comme D. Mêgc y éta-

âfîO LIVBE TROISIÈME

LETTRE Lxvr

A M0X8IEUH SIMON (de LvOfl)

Ce 18 juin 1896.

Tout ce qui ne nous rend point coupables devant Dieu ne doit nous troubler, ni nous inquiéter, ni nous décourager. Puisque, dans vos tentations, vous sentez toujours dans le fond du cœur un certain penchant vers Dieu qui ne veut que lui, elles ne vous nuiront pas; et bien que, dans ce temps-là, vous ne sentiez pas tant la douceur de rameur, elles ne laisseront pas de vous être utiles, si elles ne diminuent point la paix foncière de votre âme.

Vous ne sauriez trop demander à Dieu Thumililé que les Saints Pères ont regardée comme le lieu propre de la grâce, et où elle est en assurance. Elle ne doit point vous empêcher de vous excuser et de soutenir vos sentimens avec douceur en de certaines occasions où il y va évidemment de la gloire de Dieu ou de Tavantage du prochain. Je bénis Dieu de vous avoir donné la pensée d'employer Tintercession de sa Très Sainte Mère pour obtenir cette grâce. Je souhaite que vous en ressentiez des effets qui augmentent tellement votre confiance en elle, que vous puissiez dire comme S. Germain, patriarche de Gonstantinople : Mariœ nomen toio corde, are et anima complector : Sit mihi ultimus linguœ loquentis motus.

MP' l'Archevêque de Paris, M»" TÉvêque de Meaux, M«' de Chalons et M«' de Chartres ont condamné ce livre (1) avec

blit plusieurs maximes différentes de cet abbé, on Paccusa de relâchement. Bossuet, son ami intime, se plaignit au P. Général... Pour Papaiser, la diette annuelle de 1689 fit un règlement dont on lui donna copie le premier jour d'août. Par ce règlement, le commentaire du P. Mège est proscrit, et la lecture en est interdite ». Histoire littéraire (le la Congrégation de S. Maur; Paris, 1770, in-4«>, p. 133, 134.

(1) Le Cantique des Cantiques de Salomon, interprété selon le fiens mystique, par M™* Jeanne-Marie de La Mothe Guyon; in-8».

quelques autres de la même Dame. Si la voie de la poste n'éioit point si chère, ou que vous eussiez quelque autre voie par laquelle je pusse vous envoyer la censure de ce dernier qui a marqué plus en détail la doctrine que quelques personnes vouloient insinuer et leurs propositions, vous seriez surpris, et vous découvririez le venin de ces livres, caché sous une belle spiritualité.

Le Chrétien intérieur (1) a été défendu à Rome. Mais comme nous ne savons pas si c'est le même que nous avons ici, nous le laissons lire à ceux qui en profitent. Si vous étiez d*humeur à donner dans le quiétisme outré, je ne vous conseillcrois pas de le lire; mais je ne crois pas que ce soit là voire humeur. Ainsi, je crois que vous pouvez le lire, aussi bien que le précédent, étant capable de discerner les mauvaises conséquences qu*on pourroit tirer de certaines propositions trop hardies, trop générales et non assez expliquées.

Le livre du B. Jean de la Croix est bon, et on a bien oclairci toutes les propositions qui se trouvent dans ses (Ouvres, et que quelques personnes peu mystiques n*approuvoient pas. Pour le livre du F. Jean de Saint-Samson (2), il y a des propositions qui auroient besoin, ce me semble, d*étrc favorablement expliquées. Après tout, marchez coràm Dec in simplicilate cordis, et ipse diriget viam tuam. Cela ne vous doit pas empêcher de in'écrire ce que vous jugerez à propos, si vous croyez que cela vous donne plus de paix. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.

\\) Le Chrestien intérieur, ou fa Conformité intérieure que doivent avoir tes chreatiens avec Jésus-Christ, divisé en huit f ivres; tiré des manuscrits de feu de sainte mémoire M. de Bernières- Louvigny; Paris, 2 vol. in-12. Condamné par un décret du Saint-Offlce du 26 JuUlet 1689.

(2) Les Œuvres spiritucUes et mystiques du divin contemplatif F. Jean de Saint Samson, religieux carme de la Réforme et observance de Rennes, en la province do Touraine, avec un Abrégé de sa vie, recueilli et composé par le P. Donatien de Saint'Xicolas, religieii,r de fa mrme province; Hennés, Pierre Conpard, 165><-1659, 2 vol. in-folio.

LETTRE LXVil

Ce 9 mai 1697.

J*ai eu beaucoup de peine, et durant long temps, à me résoudre à VOUS charger de la cure. Vos crachemens de sang passés m'ont fait appréhender de vous donner cet emploi; et à moins que de vous ménager, je crains beaucoup pour la foiblesse de votre poitrine. J'en avois laissé la détermination à M. Le Tellier; mais puisqu*il vous y a déterminé, je crois qu'il ne l'aura fait qu'avec connoissance de cause, et que Dieu, pour vous y conserver, aura égard à votre obéissance et au bien que vous pouvez faire dans cet emploi.

Je bénis Dieu de l'accident qui vous est arrivé le Samedi- Saint (1), et que, reconnoissant les avantages que Ton peut retirer de l'humiliation, vous lui ayez dit de grand cœur : Bonum mihi quia humiliasti me (Psalm. CXVllI, 71).

Je vous conseille de ne plus faire de réflexion sur votre intérieur ni sur ce qui s'y passe; car, comme vous ne connoisscz guères ce que Dieu y opère, ni ce que vous y faites, vous ne devez pas entrer dans ce détail pour m'en rendre compte. Il suffit de temps en temps que vous me mandiez simplement les changemens que vous y apercevriez, et que vous auriez présens dans l'esprit.

Les imperfections que vous voyez dans les personnes qui sont sous votre conduite ne doivent point vous inquiéter jusques à entrer en défiance de vos voies; car cela ne peut servir qu'à vous décourager.

Pour la paix, il est difficile que vous l'ayez aussi sensible au milieu des affaires que si vous étiez dans la solitude; mais l'accomplissement de la volonté de Dieu vous en donnera une plus solide. Comme vous êtes fidèle à l'embrasser, vous devez vous guérir par là de toutes vos inquiétudes, et ne

(1) M. Simon avait manqué de mémoire en prêchant.

songer qu*à le bien aimer. Je suis en lui tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXvni

Ce 21 Janvier 1698.

Je vous suis obligé des bons souhaits que vous faites pour moi et que je remarque au commencement de votre lettre. J'espère que vous voudrez bien y joindre la continuation de vos prières dans le cours de cette année.

G*est un grand bien pour le séminaire que Ton ait découvert la conduite peu réglée de vos deux Colberlins (1), et il seroit encore un plus grand bien si on pouvoit les mettre dehors. Si Ton s'inquiéloit pour tous les pénitens que Ton conduit qui ne profitent pas, on ne seroit jamais en paix. On a sujet de s*en humilier, mais d'une humilité qui soit calme, paisible, douce et tranquille. Je me persuade que c'est' la disposition où vous êtes, puisque en attribuant » vos péchés leur peu de ferveur, votre cœur demeure toujours dans sa paix. Vous ne la trouveriez pas peut-être si grande dans la solitude^ que vous réprouvez dans le séminaire, et si vous n'y trouviez pas les mêmes croix, vous y en rencontreriez d'autres qui seroient pour le moins aussi pesantes, et peut-être plus dangereuses pour vous. Votre sûreté doit être Tobéissance, qui vous fait accomplir la volonté de Dieu dans l'état où il vous a appelé : unusquisque in ea vocatione in qua vocatus est, in ea permaneai (I Cor. VII, 20). C'est le moyen le plus sûr pour passer le trajet de cette vie sans y faire naufrage.

On ne croit point ici que ce que le jésuite a dit à M. Le Tellier soit vrai : au moins, les nouvelles que Ton a reçues de Rome le 31 décembre n'en disent mot. On travaille toujours à l'examen du livre de M. Cambrai (2); mais on ne

(1) AU sôDiinaire de Bourges, on appelait Colbertins six séminaristes qui y Jouissaient d'une fondation faite par M»» Colbert.

(2) L'Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure.

sait poinl encore quel en sera le succès, car on eh parie fort différemment. Je suis entièrement à vous. — L. Thonsok.

LETTRE IM

Ce 25 novembre 1G98.

Je vous ai dit et vous le redis, que toutes les contestations présentes et tous les doutes qu'elles peuvent exciter dans votre cœur ne doivent point faire changer votre manière d'oraison. Ainsi, dans quelque vuide, quelque nudité et quelque tentation que vous soyiez, abandonnez-vous en confiance à la vue simple et amoureuse de Dieu présent en vous, lorsqu'il vous en donnera Tattrait. C'est un grand secret contre les attaques du démon, que de savoir ainsi se retirer en Notre Seigneur résidant dans le plus intime de notre âme. Quand vous y serez caché dans une des sacrées plaies de ce divin hôte, vous vous trouverez en sûreté, tanquam gallina in foraminibus peti^œ, quœ circumvolitaniem super se intrepida intueiur acctpitrem. C est là où vous pourrez jouir d'une profonde paix, qui ne sera point troublée, ni par les pertes qui pourront arriver, ni par les embarras de vos emplois qui ne vous manqueront pas cette année. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement à vous. — L. Tron-

SON

LETTRE LXX

A MONSIEUR LE TELLIBR

Ce 2 février 1699.

J'apprends avec bien de la joie le succès de votre retraite. En sortir en bonne santé, vous trouver sans aucune peine de corps et d'esprit, et vous sentir disposé et résolu à servir Dieu mieux que jamais, sont des avantages dont je ne puis que me bien réjouir avec vous. La bénédiction qui accom-

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE BOURGES Hi

pagne votre travail ne vous doit pas peu encourager à vous y rendre fidèle, et c'est une des plus douces et innocentes consolations pour un bon serviteur, que de voir qu*il travaille utilement pour son maître. C'est un avant-goût de celle qu'il aura au jour de l'éternité, quand il entendra ces consolantes paroles : Euge, serve bone, in modico fidelis, intra in gaudium Domini tui (Luc. XIX, 17). Nous prierons bien ce souverain Maître de vous continuer ses grâces et de vous y rendre fidèle.

Voici la réponse aux deux cas que vous me proposez dans votre dernière lettre.

Le premier, qui regarde le bon ordre de la maison touchant l'usage que vous devez faire de la permission que l'on donne dans le diocèse, de manger du fromage le carême. Les deux fondemensde M. Simon pour ne se point servir de cette permission, qui sont l'édification publique et la coutume du séminaire de Saint-Sulpice.. auquel il est très bon de se conformer autant que l'on peut dans les provinces, sont fort considérables; mais pour en tirer la conclusion juste, il faut supposer que l'on s'est réglé en cela, à Saint- Sulpice^ selon l'usage des autres communautés. Ainsi, vous n'avez qu'à vous informer comme on en use dans les autres communautés de Bourges, et en vous conformant à leur usage, soit que vous mangiez du fromage, soit que vous n'en mangiez pas, vous en userez comme nous faisons ici et n'édifierez point mal le prochain.

Pour le second cas qui vous regarde, je ne crois pas que vous soyez obligé de jeûner le carême, ni même d'essayer de le faire. Outre votre âge avancé, l'avis du médecin vous doit mettre sur cela dans une pleine sûreté. La vie réglée et édifiante que vous menez à Bourges depuis tant d'années remédiera assez à ce que vous pourriez craindre du côté de l'édilîcation publique. Pour l'exemple des Saints, je crois qu'ils ont été très fidèles à pratiquer les mortifications que Dieu demandoit d'eux; et je crois aussi que vous les imiterez très bien en vous contentant de bien porter celles qui sont attachées à votre état; car il me semble que c'est tout ce que

Noire Seigneur demande de vous. Vous y en trouverez assez pour ne point craindre de mener une vie moUe et trop délicate.

Je prie Dieu qu'il imprime bien avant dans votre cœur les sentimens du pur amour que vous exprimez si bien dans votre petit sonnet. Je i*ai remis entre les mains de M. Bourbon, afm quMl profite aussi de vos bonnes pensées. Je ne sais pas s il vous répondra en même style. Je suis très cordia* lement tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXXI

Ce 5 avril 1699.

J'apprends par votre lettre du 1" de ce mois que vous avez vu le Bref contre le livre de M. de Cambrai. On ne pouvoit mieux embrasser tout son système, ni mieux le condamner. Il n y a point d'autre parti à prendre que de se soumettre au Bref et de condamner simplement ce que le Pape condamne. C'est ce que fera, au premier jour, le Prélat, par un mandement qui portera la condamnation de son livre dans tout son diocèse. Vous ne devez point pour cela vous embarrasser de votre oraison : vous n'avez qu'à continuer de la faire de la manière que vous avez accoutumé. La 16* proposition condamnée (i) ne doit point empocher que vous suiviez l'attrait que Dieu vous donnera. Ainsi, quand vous aurez pris, par exemple, quelque mystère de la Passion pour sujet de votre oraison, dans le dessein de le méditer, et que Notre Seigneur vous portera ou à délester vos péchés, ou à quelque sentiment d'amour, ou à quelque autre sainte affection, vous devez vous y laisser aller simplement, sans vouloir faire de nouveaux efforts pour méditer et revenir à discourir dans

(1) 16. <( Datur status contemplât ionis adeo sublimis adeoque perfectse, ut liât liabitualis : ita ut, quoties anima actu orat, sua oratio sit contemplativa, non discursiva. Tune non amplius indiget redire ad nieditationem ejusqne actus methodicos ».

Toraison. Soyez seulement fidèle à tenir votre cœur bien pur el bien en paix, afin d'être toujours en état d'entendre la voix du Souverain Maître et de la suivre.

Je suis, Monsieur et très cher on Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE IJCXII

Ce 27 juillet 16011.

Je bénis Dieu de tout mon cœur des bons sentimens qu'il vous a donnés dans votre retraite. Je le prie de les imprimer bien avant dans votre âme, afin que les embarras de vos emplois ne vous les fassent point perdre de vue. Quoiqu'ils ne soient pas pour lors si sensibles que dans le temps de la retraite, ils n*en sont pas pour cela moins véritables, et la présence même de Dieu, auquel il semble que Ton ne pense point souvent quand on est occupé aux choses extérieures, ne laisse pas de bien remplir le cœur, quand on ne voit que sa 1res aimable volonté en tout ce qu'on fait. C'est ce qui fera que si vos emplois qui vous tirent au dehors vous paroissent une pesante croix, la vue de sa divine volonté en adoucira la pesanteur, et vous la rendra bien aimable. Vous avez raison de regarder son bon plaisir comme le Paradis de la terre; car c'est, en effet, l'unique bonheur qui se puisse trouver en celle vie.

Je suis bien aise de voir que la confiance en Dieu fait toute votre ressource; c'est la meilleure disposition où vous puissiez êlre dans les différens étals où Dieu permet que vous soyez quelquefois, et dans les différentes peines dont il exerce votre patience. Je ne vois point d'avis plus utile à vous donner que celui de l'Apôtre : Nolite amittere confidentiam , quie inagnam habet remunerationem : Patientia enim vobis necessaria est, ut voluniatem Dei facientes reporteti s promissionem (Hebr. X, 36). La fidélité que vous aurez à ces pra-

tiques et k vos emplois extérieurs fera toute votre pénitence : je ne crois point que Dieu en demande présentement d*autre de vous. Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.

LETTRE LXXiiï

Ce 13 janvier 1700.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

Je ne remarque point dans votre conduite des sujets de peine que vous m*ayez donnés les années passées. Si j*ai écrit à M. Le Tellier qu*il vous réglât le temps que vous donneriez à vos dévotes, ça été pour contenter ceux qui pensoient que vous leur en donniez trop. On n*aura pas maintenant sujet d'en rien dire, quand on saura que vous suivez les règles de Tobéissance. J*ai toujours été assez persuadé que Tapplication que vous aviez à les servir n*élait qu'un eflfet de votre zèle pour ne pas manquer à leurs besoins, qui sont quelquefois plus grands qu*on ne s'imagine. Je ne doute pas que vous n eussiez plus d*attrait pour la solitude que pour cet emploi; mais puisque la disposition de la Providence, aussi bien que Tobéissance, vous y engage, il faut vous résoudre à porter ce joug pénible jusqu'à ce que Dieu donne d'autres ouvertures. Quoique, dans les grandes dissipations que vous donnent tous vos emplois, aussi bien que vos diverses tentations. Dieu ne se rende pas si sensible à vous, il n*y sera pas néanmoins moins présent que dans la retraite. Vous savez qu'il se cache (|uelquefois pour se faire rechercher avec plus d'ardeur : c'est ce que les Pères appellent, les saints artifices de l'aftiour. Servez-vous donc de ces épreuves pour l'aimer davantage, en conser/ant l'attrait de la solitude, el travaillant avec fidélité à l'œuvre que le Père do famille vous confie. Vous aurez le mérite des solitaires, et la récompense des ouvriers de l'Évangile. La fidélité à porter cette conduite de Dieu sur vous doit faire votre grande pénitence; et vous pourrez dire

CORRRSI'UNDANCK AVEC LR SKMINAIRE DK UOUlUiKS ^7'i

alors comme ce grand serviteur de Dieu : Mea maxima pœnttenlia est viia communis (1). C'est la grâce que je demanderai de tout mon cœur à Notre Seigneur, étant, en son amour, très sincèrement tout vôtre. — L. Troxson.

(1) Maxime du lûenheureiix Hci'cknians, île la (onipa^rnio ilo Jésus.

FIN DU LIVRE TRUfSlKMK

LETTRE I

27 juillet 1676.

Monseigneur,

Je croirois manquer à la principale de mes obligations si, dans la place de M. de Bretonvilliers où je me trouve depuis (juelques jours, je différois plus long temps à vous témoigner mes respects et à vous offrir me& très humbles services. Vous savez, Monseigneur, combien, toute sa vie, il a été zélé )H)ur vos intérêts et combien il a toujours pris de part en tout ce qui vous louche. J'espère, Monseigneur, que vous me ferez la grâce d*être persuadé que je n*aurai jamais d'autres dispositions que les siennes, et que ce me sera un sujet de consolation très sensible, si je puis avoir occasion de vous témoigner que je ne succède pas moins à ses sentimens qu*k ses emplois. Ainsi, Monseigneur, vous pouvez me faire cette justice de croire que si j'avois Thonneur de pouvoir vous être utile en quelque chose, il n*est personne au monde pour qui je m'employasse avec plus de joie que pour Votre Grandeur, parce qu'il n'en est pas dont je sois, avec plus de

( l) Sur Pétablissement du séminaire de Clermont, confié à la direction des prêtres de Saint-Sulpice en 1656, voir Vie de M. Olier, t. III p. 346-350, 373. Notice (inédite) sur le séminaire (fe Clermont, par M. Gamon, manuscrit in-4».

(2) Gilbert de Vôny d'Arbouze, profès de l'Ordre de Cluny, d'abord abbé régulier de Manlieu, au diocèse de Clermont, en fut nommé évoque en 1664, et mourut le 19 avril 1682, âpre de 77 ans.

vérité et de respect, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson (I).

LETTRE II

A MONSIEUR GOURIOU (2)

10 août 1676.

Je ne vois pas de sujet d'être choqué de ce que vous m'avez écrit, Monsieur et très cher en Notre Seigneur. Tout ce que j*ai vu de votre dévote est beau et bon, et je n'y remarque rien que de bien édifiant. Et pour la liberté dont vous avez usé en m'écrivant, bien loin de me faire peine, elle m'édifie d'autant plus qu'elle porte un caractère de simplicité qui sera toujours très bien reçu en ce pays. Ne croyez donc pas que ce soit sur ce fondement que je me suis déterminé à croire que vous ne la deviez plus voir, il y en a un autre, plus solide et qui est appuyé sur notre vocation qui n'est point pour les dévotes. Si la votre a de grands besoins, elle a son directeur, en qui Dieu sera toujours pour elle; et s'il ne la soulage pas, vous n'en serez pas responsable; mais

(1) L'évèque répondit par une lettre « très honnête et tout à fait Obligeante ». La voici : « j'ai beaucoup regretté M. de Bretonvilliers, tant par Testime que je faisois de sa vertu et de son mérite, que par les avantages que PËglise recevoit de son zèle. Mais c'a été pour moi un sujet de consolation, d'apprendre que l'on a fait choix d'un aussi digne successeur que vous, Monsieur, pour bien remplir cette place. Et comme j'ai toujours fait une estime particulière de votre personne, j'ai aussi reçu cette nouvelle avec beaucoup de satisfaction ; et vous ne devez pas douter, Monsieur, que cette raison ne soit pour moi un nouvel engagement à être de plus en plus. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — E. de Clermont. Ce 15« août 1676 ».

(2) Yves Gourion, né dans le diocèse de Saint-Pol-de-Léon en 1633, entra sous-diacre au séminaire Saint-Sulpice le 15 juillet 1656. Envoyé à Clermont en 1659, il y travailla jusqu'en 1681, passa ensuite une année an séminaire du Puy, et en 1682 alla au séminaire Saint-Irénée à Lyon. En 1694, il fut de nouveau envoyé à Clermont, et il y mourut le 4 février 1709, âgé de 76 ans.

278 LIVRE QCATniÉME

vous répondrez de l'inslruction des ecclésiasliques donl il vous charge, eL auxquels vous devez donner tout votre temps, .l'écris sur cela un mot k M. Baudrand, qui devra vous servir de règle. Cependant croyez que je suis cordialemonl loul à vous. — !.. Tronson.

LETTRE m

A MONSIKUR BAIDRAND (1)

28 décembre 1676.

Je croyois que M. Leschassier vous avoit écrit touchant la contribution que vous nous demandiez (2). C'est une chose dont je ne crois point que nous devions nous mêler, et Ton ne crie déjà que trop contre Saint-Sulpice, sans en donner encore une si belle occasion. Ainsi, le grand fonds que vous devez faire sur nous pour ces sortes d'impression, c'est que nous n'y devons avoir nulle part. C'est, en deux mots, le résultat de l'examen que Ton a fait de cette affaire, et à quoi l'on croit à propos de se tenir : ut obstruatur os loquentium ijiiqua, et nientiaiur iniquitas sibi (Psalm. LXlï, 12; XXVI, 12). Vous jugerez bien par là que ce qui nous retient sont les conséquences, et non pas voire trop grande liberté à proposer cette taxe. Car vous ne sauriez être trop libre en m'écrivant, et je recevrai toujours comme un épanchement de cœur ce rjue vous jugerez me devoir écrire de vos pensées et de vos vues. Quand elles ne seront pas toujours approuvées, elles seront toujours très cordialement reçues.

(1) Henri Baudrand, né à Paris en 1637, entré au séminaire de Sainl- Sulpice le 6 janvier 1659, admis dans la Compagnie en 1664, docteur de Sorbonne et directeur au séminaire de Saint-Sulpice en 1666. supérieur du séminaire de Clermont en 1675, directeur du séminaire de Saint- Sulpice en 1684, curé de la paroisse en 1689, démissionnaire en 1696 et prieur de Sain t-Cosme-lés Tours, mourut le 19 octobre 1699. Cfr. Bihfiothèque snlpiciennc, t. I, p. 113-123.

(2) M. Baudrand avait demandé s'il était à propos que le séminaiix' de Clermont contribuât à faire impi'imer quelques pièces contre les .îansénistos.

COHRKSPONDANGl!: AVEC LE SEMINAtUE DE CLERMOKT i^79

J*ai bien de la joie que Monseigneur de Clermont soit content de vous et qu il goûte votre conduite. C*est une bénédiction de Dieu qui ctoit bien nécessaire pour le maintien de son œuvre. Ce qu*il vous a dit au sujet de la dévote vous fournira l'occasion de rappeler à vos Messieurs Timportanco (le se renfermer dans la maison, et de ne se point étendre aux emplois qui ne sont point de notre vocation.

M. Vachicr est fort attendu et désiré à Limoges (i); mais (jueique besoin qu'ils en aient, il n*y a pas d'apparence qu'il s'expose par les chemins, que les neiges ne soient fondues. Elles sont ici si grandes, qu'une personne a été une matinée entière à aller et revenir d'Issy. Je crois qu'elles ne sont pas moindres en Auvergne et qu'il ne fait pas meilleur dans vos montagnes. Tout k vous. — li. ïronson.

LKTTHK IV

A MONSIEUR fiAV (2>

Décembre 1676.

Votre lettre du 1" de ce mois me réjouit, voyant votre fidélité à nous mander toutes choses. Soyez persuadé, Mon-

0) Joseph Vaciller, né à Clerniont en 1641, directeur à Limoges en ir»76. mort le 17 janvier 1716. Voir la correspondance avec le séminaire de Limoges.

(2) Pierre Gay, un des plus chers disciples de M. Tronson, était Hmousin. Admis au séminaire de Saint-bulpice le 28 novembre 1666, il fut envoyé à Clermont en 1675 el chargé d'y faire la conférence sur les Sacrements. 11 enseigna ensuite la morale et composa même des cahiers qui furent adoptés et suivis par ses successeurs. Lorsque, en 1691, M. Rigoley fut obligé, pour cause de santé, de quitter Clermont, M. Gay fut nommé supérieur à sa place, et élu assistant de la Compa- $mie dans l'assemblée «rénérale de 1700. Enlln, il fut nommé vicaire général du diocèse de Clermont en 1702, lorsciue M. de Champfloureut été promu à Tépiscopat. 11 mourut à Clermont le 30 septembre 1707. — M. Grandet, dans un voyage qu'il fit à Clermont, ayant soUicité et obtenu de M. Gay quelques Avis aux jtei^sonncs qui sont appliquées fi la conduite d'un séminaire, il les inséra — et ils sont imprimés — dans son Histoire du sétninaire dWngers, t. II, p. 77-81.

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sieur et très cher en Notre Seigneur, que vous faites en cela la volonté de Dieu, et ne craignez point qu*il permette que ces sortes de nouvelles que vous m'écrivez simplement, fassent jamais aucun mauvais effet. Jamais on ne gâte rien en s'acquitlant de ce qu*on doit; et vous connoitrez par expérience combien cela est nécessaire pour maintenir l'ordre, et prévenir beaucoup de tentations auxquelles on n'est pas en état de remédier quand il n y a personne qui les fasse connoitre. Ce que Ton pourroit dire de contraire ne seroit bon qu*à diviser la maison, à faire que dans chaque séminaire chacun agisse comme il plairoit au supérieur, sans se mettre en peine de ce qu'on jugeroit ici plus à propos, et à établir dans la suite autant d'esprits dans Saint- Sulpice, qu'il y auroit d'établissemens différents dans les provinces. Je suis assuré que cette conduite ne seroit nullement de Dieu, et qu'elle est très éloignée de ce que l'on a toujours cru ici absolument nécessaire. Je souhaiterois vous pouvoir mander sur cela les senlimens de M. Olier, Notre cher Père et très honoré Fondateur, et ceux de M. de Bretonvilliers quiéloit persuadé qu'il n'y avoit point de pèsle si dangereuse pour la maison, que cette fausse charité qui fait que, dans la crainte de déplaire à un homme, on ne découvre pas des fautes qui déplaisent infiniment à Dieu. Tout ce que je vous puis dire de plus utile et de plus véritable sur ce sujet, est que M. notre très cher Père n'étoit nullement content en plusieurs choses du séminaire de...; que, s'il étoit uni à Saint-Sulpice, il n'y auroit pas souffert ce qu'il y a toléré, et que l'on ne pourroit, dans les autres dont nous sommes entièrement chargés, suivre cet exemple, sans s'écarter de l'esprit et des règles qu'on y doit suivre. Vous profiterez de cet avis.

L'importance de n'entreprendre aucun voyage un peu considérable sans en écrire ici auparavant n'est pas chose nouvelle : c'est ce qui a été réglé depuis long temps, et ce que Ton a accoutumé de pratiquer dans les autres maisons. Les particuliers n'en écrivent pas toujours, quand euxnicmes ne le pcuvcnl pas faire, mais le supérieur le fait pour

CORRESPONDANCE AVEC LE SËUtKAlKK DE CLERMONT 281

eux. Cela est d'une lelle conséquence, que je me souviens qu'avant que cela fût régie, un établissement considérable pensa manquer, par la seule absence d*une personne qui, étant allé faire un voyage sans en écrire ici, il ne se trouva pas en temps dans le temps que Ton avoit donné parole à un évéque, de travailler à Tœuvre qu'il désiroit. Il y a cent autres inconvénients qui peuvent arriver, et nous en avons vu plusieurs qui ont fait juger cette dépendance absolument nécessaire.

Ceux qui disent qu'il n'y a pas beaucoup de sujets dans Saint-Sulpice ne me paroissent pas connoitre beaucoup l'esprit de M. Olier, ni avoir fait de grandes réflexions sur sa conduite. Nous l'avons vu agir, nous l'avons ouï parler et nous avons de ses écrits, et français et latin, sur ce sujet : c'est assez pour nous tenir en paix : Unusquiaque in siio sensu abundat (^om, XIV, 15). Le nôtre sera celui de Notre Très Honoré Père, dont, moyennant la grâce de Notre Seigneur, toutes les réflexions ni tous les raisonnemens de la prudence humaine ne nous écarteront jamais. Il n'a jamais, de son vivant, voulu dire un mot pour avoir des sujets, et je le sais par ma propre expérience. Il a jugé qu'il n'en fàlloit pas beaucoup, et il a cru que, quand on en auroit besoin, il falloit avoir recours à Dieu plutôt qu'aux inventions humaines, afin de n'en avoir que de bien appelés. Nous en avons eu toujours, par sa miséricorde, suflisamment pour le besoin. Prions-le tous que nous n'en ayons jamais de superflus.

Il est juste do veiller aux besoins des sujets et de les mettre en étal, en les prévenant et leur fournissant leurs besoins temporels, de ne penser qu'aux choses spirituelles, et de vaquer sans distraction et sans inquiétude aux seuls emplois de leur vocation. Si quelqu'un a été exercé sur ce point, je crois qu'il n'aura pas sujet de se plaindre à l'avenir. Car c'est une règle qui sera observée partout comme elle Test présentement ici, qu'un autre que l'économe aura soin de fournir à chacun ce qui lui sera nooossairo; et c'est assurément un excellent moven de contonlcr tout le monde.

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Celui de donner à chacun un pelil fonds dont il disposeroil suivant ce qu'il pourroil dépenser, seroit assurément plus agréable aux particuliers; au moins, il conlenteroit davantage Tamour-propre; mais il suffit de vous dire qu'il a été proposé il y a très longtemps, et rejeté par M. Olier même, quoique ce fût à Toccasion d'une personne queToncraignoil de perdre, et qui étoit un des sujets des plus laborieux que Ton ait eu depuis l'établissement de Saint-Sulpice. M. Olicr étant mort, je me souviens qu'on fit encore celte même proposition; mais quelque bonne qu'elle parût pour contenter quelques particuliers, on crut qu'elle ne pouvoit être que très nuisible et préjudiciable à la maison, et l'on ne jugea pas que Ton se put écarter des sentimens et de la pratique de M. Olier sans sortir de son esprit et de sa grâce; et par conséquent sans détruire son ouvrage et ruiner la communauté. V'ous pouvez juger, après cela, quelles peuvent être mes pensées, et quelles doivent être aussi celles de toutes les personnes qui le regardent comme un saint fondateur : elles doivent sacrifier avec joie toutes leurs vues et leurs propres pensées, quelque importantes et raisonnables qu'elles leur paroissent, pour suivre les lumières que Dieu lui a données pour la perfection, aussi bien que pour l'établissement de son œuvre.

Voilà, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, une ample et exacte réponse à votre lettre; mais elle n'est pas pour vous, car je sais vos dispositions : je vois d'ici le fond de votre cœur, et s'il n'y en avoit point d'autres à satisfaire, je me serois contenté des dix premières lignes de cette lettre. Mais comme nous devons nous faire tout à tous et entrer dans les besoins de tous pour les gagner tous à Jésus-Christ, j'ai cru que tous ces éclaircissements pourroient vous servir pour contenter, selon votre prudence, ceux qui vous tien- (Iroient de pareils discours, et qui vous avanceroient des choses aussi éloignées de notre esprit. Je suis de cœur tout votre. — L. Tronson.

CDIUIRSPONDANCE AVEC LE SÉMLNAIHE DE GLERUOKT t283

LETÏRK V

A MOXSIKUn BAl'DRAXI)

n mai 167T.

L'on n'a pas d'envie, à ce que je vois, d'épargner le jansénisme. C'est là le caractère de la bonne morale, de combattre l'erreur et le vice en môme temps. J'enverrai votre lettre à M. Grandet qui sera aussi surpris que nous de la conduite des sept religieux noirs frères des Blancs-Manteaux, et de l'indifférence de leur abbé (1). Il aura aussi assurément bien de la joie de la fermeté du Prélat. Il y a de quoi bénir Dieu cl dire un Te Deum de ses bonnes dispositions.

Vous pouvez assurer que vous m'avez fort recommandé M. de La Colombière (2), et que nous en aurons un soin tout

0) Le monastère des Blancs-Mcmtcaux fut établi en 1258 par des religieux mendians venus de Marseille, où leur ordre avait commencO sous le titre de Serfs de la Vierge Marie et sous la règle de Saint Augustin; mais parce qu'ils portaient des manteaux blancs, le peuple les nomma Blanvs-Manteaux , et ce nom est resté à leur monastère •te Paris. Leur ordre ayant été supprimé par le Pape Grégoire X au concile de Lyon en 1274, Philippe-le-Bel donna leur monastère aux f^'Mxllemites, institués par un solitaire italien nommé Guillaume, et qui possédaient déjà un couvent à Montrouge, près de Paris. Cette «communauté était peu nombreuse, lorsque le 3 septembre 1618, eUc prit la résolution d'embrasser la réforme bénédictine qui avait commencé à Saint-Vanne, en Lorraine. Louis XIII approuva cette union par des Lettres patentes du 22 février 1622, dans les(iuelles, pour la première fois, le nom de Congréyalion de Saint-Maur est donné aux Bénédictins réformés de France, qui s'y répandirent avec beaucoup «le rapidité. On sait que leur habit est de couleur noire. Les « sept l'eligieux noii-s frères de ceux des Blancs-Manteaux », dont parle M. Tronson, étaient donc des bénédictins de la Congrégation de Saint- Maur; très probablement des religieux du monastère de Saint- AUyre, <lans la ville de Clermont, où la réforme de saint-Maur avait été intro- <iuite, et où le jansénisme avait aussi pénétré, grâce à « Pindiffôrence » de leur abbé, qui était bénédictin comme ses religieux. Poussé sans doute par un ordre reçu de la C.air, l'évèque avait informé contre f^ux, et avait exigé qu'ils signassent le Formulaire d'Alexandre VII.

<2) Jr)S5ei.li ?éré do La Colom)>ièrc, né à Saint-Synu»horien d'Ozon

iSi LIVRE QUATRIÈME

particulier. G*cst une personne qui le mérite et dont nous avons tous les sujets du monde d*étre contents. Si Dieu lui donne assez de santé, je crois qu'il sera quelque jour un grand sujet. Car il a de grands talents, un grand esprit, grande ouverture, beaucoup de pénétration; et avec cela fort exact, soumis et fervent. Nous n'avons guère accoutumé d'user de ce style ; mais c'est là le sentiment de la personne qui le conduit.

Si l'on vous prie de prêcher à la cathédrale, vous pourrez le faire pourvu 1" que l'on vous en presse; 2* que cela plaise à Monseigneur; 3** que vous ne puissiez refuser sans faire peine; 4* que ce ne soit que pour une fois et sans conséquence.

Ce que M. Boucher (1) vous mande des bontés de M»'' l'Archevêque a bien assaisonné la grâce qu'il lui a faite. Il lui a donné la cure de Saint-Nicolas du Chardonnet de la manière du monde la plus obligeante, et il a raison d'en écrire comme

(Isère), était entré au séminaire de Saint-Sulpice Tannée précédente. Il alla au Canada en 1682, fut rappelé en France en 1691, se retira alors au séminaire des Missions-Étrangères, et en 1692 repartit pour le Canada avec M. de Saint-Vallier, évèque de Québec, qui le fit d'aboi^l chanoine de sa cathédrale, et ensuite son vicaire général. Il mourut le 18 juillet 1723. V. Bibliothèque sulptcienne, 1. 1, p. 218.

(1) François Boucher, né à Paris, troisième de la licence de 1676, mourut à Paris au mois de janvier 1708. Le 23 de ce même mois, M. Leschassier écrivait à M. Colon, directeur au séminaire de Viviers : « M. Boucher, docteur de Sorbonne, qui assistoit et laisoit subsister 40 pauvres écoliers, mourut vendredi dernier, après quatre jours de maladie >». U laissa au séminaire de Saint-Sulpice une rente de 1,800 livres pour Pentretien de cette communauté qu'il avait formée en 1690 au collè<re de Montaigu, rue des Sept-Voies, où eUe resta jusqu'à sa mort en 1708. Elle fut alors transférée sur la paroisse de Saint-Sulpice dans une maison attenante au grand séminaire, d'après M. Gosselin, Mémoires sur A/. Tronsou. Le docteur Boucher fut exilé en 1682, ainsi que le docteur Chamillard, pour l'opposition qu'il fit en Sorbonne à l'enregistrement de la Déclaration de 1682. V. Gérin, Recherches historiques sur l'Assemblée du Clergé de Frarice de 1082; 2« édition, p. 389-393. On lit un quatrain de François Boucher en tète de La Vie de A/o'- Alain de Sohntnihac, évoque de Cahors, par Cliastenet; Cahore, 1603, in-8o.

en étant très satisfait. Car il a reçu toutes les marques d*amitié, d*estinie, de cordialité qui se peuvent désirer. Je fus, il y a quelques jours, Ten congratuler; et au fond, j*en ai bien de la joie. Car il éloit important que cette place fût bien remplie (1), et je crois que, pour la sienne, on ne manquera pas de prendre de bonnes mesures pour lui donner un bon successeur.

L'on a fait, ces jours passés, un sanglant écrit contre M. Chamillard; mais comme je ne Tai pas encore lu, je ne puis vous dire en détail ce qu*il contient.

Vous avez bien fait de ne vous point charger de confesser les Bernardines : vous avez assez d*aulres occupations. Et puis, vous savez que ce n*est pas là notre affaire. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE VI

A MONSIEUR BAL DR AND

21 juin 1677.

Jamais les jansénistes n*ont été plus mal à la Cour qu*ils y sont présentement. On a surpris une lettre composée par M. Nicole, et qui devoit être signée par les évêques, par laquelle on demandoit au Pape la condamnation de quelques propositions (2). Le roi a fait écrire aux Intendants des provinces d'avertir les évêques de ne la pas signer. Ainsi vous pourrez en entendre parler. Hier, les Agents du Clergé, pour

(1) Elle était précédemment occupée par Charles de Henniques de Benjamin, mort le 29 avril 1677. Né au diocèse de Senlis, docteur en droit canon, d'abord chanoine de Sens, puis vicaire général et doyen du Chapitre, il avait cé<lé ses dignités au docteur Jacques Boileau en 1G67, pour devenir vicaire général et Officiai de Paris, et enfin, en 1G75, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet.

^2) On trouve le texte de cette lettre, en latin et en français, dans les Nouvelles Lettres de feu M. Nicole; nouvelle édition, tomo VIII, seconde partie, 1767, in-12, p. 248-277; et aussi, en français seulement, dans V Histoire du séminaire d'Angers, par Grandet, tome II, p. 96-108.

280 LIVRE QUATRIKME

exécuter leur ordre, commencèrent à aller chez les prélals qui sont en celte ville, pour s'informer des raisons qu'ils ont de n'être pas à leur diocèse, pour en rendre compte à Sa Majesté (1). Monseigneur d'Arras, que l'on accuse d'avoir bonne part à cette lettre partit jeudi dernier (2).

L'on a imprimé une terrible pièce contre votre bon ami le P. Courtot (3). Si elle se pouvoit trouver plus aisément e( que nous en pussions avoir un second exemplaire pour vous l'envoyer, vous y verriez l'esprit de la médisance m sz^/^re'wo gradu. Tout î\ vous. — L. Tronson.

{\) Les Agents-généraux du Clergé écrivirent aussi, par oixlre du roi, dans le même sens, à tous les évèques du royaiune, une lettre dont on peut lire le texte dans les Xout^cifes Lettres de Nicole, loc. cit., p. 277, 278, et dans Grandet, loc cit., p. 108, 109. Innocent XI n'en condamna pas moins 65 propositions rclâcliées, par im décret daté du 2 mars 1679.

(2) Gui de Sève de Rochechouart. 11 passa pour avoir été, avec Pévéque de Saint-Pons de Tomières, Percin de Montgaillard, le principal instigateur de cette lettre: mais il nia fortement le fait dans une lettre écrite à M. Tronson. Voir dans la correspondance avec Pévéque de Limoges la lettre datée du 4 septembre 1077; et syrtout, parmi les lettres de M. Tronson à l'évêque d'Arras, celles qui sont datées du 2 juillet et du 11 août 1077 (tome III de ce recueil).

(3) Jean Courtot était mort en 1666. 11 était entré en 1032 dans la congrégation de POratoire, dont il fut exclu en 1648, à cause de son amour des nouveautés. Ayant appelé de cette sentence, elle fut révoquée; mais de nouvelles imprudences le firent définitivement chasser en 1652. L'année précédente, il avait publié sous le nom d'Alétophilus, Manuale catholicorwin ad devitandas ex mente Apostoli profanas vocura doc trinar unique novitates, ex conciliis alque antiquis Patribus fideliter contextum, adccrsùs Malinistas, in-18, réimprimé in-8« en 1663; et en cette même aimée 1C63, sous le nom de Jean Cordier, Andomatunois : La calomnie confondue par la démonstration de la vérité et de l'innocence opprimées par la faction des Jésuites, pour servir de justification de la personne et de la doctrine de Jansénius, in-40 de 12 pages. Voir la longue notice que lui a consacrée le P. Batterel, Mémoires domestiques pour servir à Vhistoire de l'Oratoire; Paris, Picard, 1903, t. II, p. 386-403.

LETTRE vu

A MONSIEUR BAUDRAND

19 juillet 1677.

Les sentimens que Ton vous témoigne sur Texaclitude que Ton doit observer doivent ôtre assurément réformés. Us ne sont ni conformes au sentiment de feu M. de Bretonvilliers, notre très cher Père, ni selon Tesprit de Saint-Sulpice. C'est un très méchant principe cl une des plus pernicieuses maximes que nous puissions avoir, que celle qu*un séminaire de province ne peut pas être réglé comme celui de Saint-Sulpice. Bien n'est si capable de ruiner un séminaire que cette malheureuse maxime. La liberté qu'on allègue n'est nullement de Tesprit de Saint-Sulpice, et n'est point celle qui est nécessaire pour empêcher que l'on ne fasse des hypocrites. J'ai ouï parler sur cela cent fois feu M. notre très cher Père, mais avec une force si grande, qu'il éloit persuadé que c'étoit par là que les séminaires de province se perdroieni, et à moins que d'y apporter une exactitude plus grande que celle qu'y apporloient quelques supérieurs, il éloit impossible qu'à la fin ils ne périssent. Je vous ferois un livre, au lieu d'une lettre, si je vous rapporlois tout ce qu'il m'a dit sur ce sujet.

Je vois par la disposition des esprils la peine que vous avez. C'est une de nos croix, dont nous lâcherons de nous consoler ensemble. Elle ne nous empêchera pas, s'il plail à Dieu, de faire ce qu'il demande de nous. Nous en examinerons ici les moyens, afin que !e tout se fasse in charitate Dei et patientiâ Christ i, sed in poteniia viriuiis ejun <n Thess. UI, i)). Je suis à vous autant que vous savez. — L. Tronsox.

LETTRE vm

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