A MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE GLERMONT
25 Janvier 1678.
Messieurs,
La retraite que j'ai Faite k Issy le mois passé et la multitude des affaires que nous avons eues depuis les vacances m*ont empêché de vous envoyer, aussi tôt que je Taurois désiré, le règlement que je vous avois promis et que vous trouverez joint à cette lettre (1).
Vous y verrez les principales choses que Ton a cru devoir être réglées pour le bon ordre de la maison ; et quoiqu'elles ne paroissent pas toutes d*abord d'une même nécessité, on les a néanmoins regardées toutes comme très importantes, parce qu'on a vu que c'étoit un moyen de maintenir la régularité dans tous les séminaires de Saint-Sulpice, d'y conserver sans peine le même esprit, et d'y établir la dépendance et l'union que nos premiers pères nous ont si particulièrement recommandées.
Ce n'est pas que nous n'ayons, de notre part, tout sujet detre satisfait de l'exactitude, de la fidélité et du zèle de tous ceux qui les gouvernent : mais comme il est de notre devoir de pourvoir à l'avenir aussi bien qu'au présent, et que ceux qui viendront après nous, se trouvant peut-être dans d'autres dispositions pourroient s'écarter des vues de nos très honorés fondateurs, et suivre d'autres routes s'ils n'en trouvoient point de marquées, l'on a jugé qu'il falloit des déterminations fixes qui leur servissent de règle; et même que, pour leur ôter un jour tout prétexte d'en prendre d'autre, il falloit s'y assujettir dès cette heure, afin que, voyant dans tout le corps une conduite uniforme, au moins autant que la diversité des maisons
(1) Quoique intitulé, « Règlement pour le séminaire de Clermont, 1G78 », cependant le texte en est, mot pour mot, celui du Règlement pour les supérieurs et directeurs des séminaires de province, encore aujourd'hui en vigueur dans tous les séminaires dirigés par la Compagnie de Saint-Sulpice.
CORRRSPONOANCR AVEC LK SÉMINAIRE DE (jLERMÛNT ^89
et les besoins des diocèses le pourroient permettre, nul n'entreprit de se séparer de ce qu*il verroit observé et pratiqué Tidèlement dans toute la communauté.
C'est ce que notre très cher Père M. de Bretonvilliers m'a dit souvent, en me représentant la nécessité qu'il y avoit pour affermir une communauté qui s'affoiblissoit souvent par la multiplication de ses maisons, d'établir en toutes le même esprit; et il avoit cela tellement à cœur que, nonobstant ses infirmités et ses affaires qui ne lui laissoient guère de temps, surtout la dernière année de sa vie, nous avions chaque semaine un jour déterminé pour voir ensemble ce que Ton devoit observer suivant les règles que M. Olier, notre très digne instituteur et fondateur, lui avoit données.
C'est de là que j'ai cru devoir prendre ce que j'ai ajouté au règlement que vous avez, ne voyant rien de meilleur pour assurer devant Dieu votre conduite et la nôtre, que de marcher sur les traces et suivre les vestiges que nous ont marqués ceux que Notre Seigneur a si particulièrement suscités pour rétablissement du saint œuvre qu'il nous confie.
Je suis si convaincu que ce doit être là notre règle, et j'ai tant d'expérience des bénédictions que Ton y trouve, que je ne doute point que votre fidélité à vous y soumettre, ne vous en fasse ressentir abondamment les avantages. Je le souhaite avec toute l'ardeur et toute la passion avec laquelle je suis, autant que Ton peut être et que je le dois, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE IX
9 mars 1678.
Vous vous acquittez trop bien de la fonction de secrétaire des assemblées, pour ne vous la continuer pas.
Ne vous amusez point à réfléchir sur l'occasion particulière que vous me marquez, et sur la faute que votre timidité vous a fait faire. Ce sont des sujets d'humiliation, mais
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non d*inquiétude ni de trouble. Je vous conseille d*en éloigner la pensée de votre esprit, quand même elle vous viendroit sous de très beaux prétextes; car vous verriez dans la suite que ce seroit une occupation qui vous serreroil le cœur. Il vaut mieux le tenir dilaté, et Ton trouve toujours mieux son compte de recourir à Tamour, qui nous fait trouver dans l'abandon et la confiance en Notre Seigneur mille fois plus de grâces, que dans quelque autre pratique que ce puisse être. Ne laissez donc point troubler pour cela, ni pour de pareilles occasions, la paix intérieure ni la douceur du petit mouton; car c'est ce qu1l doit conserver par dessus tout : c'est ce qu*il doit aimer comme son riche trésor; c^est ce qui lui doit être plus précieux que tous les biens du monde; c*est, en un mot, ce qui le rendra dilectus Deo et hominiàua (Ëccli. XLV, 1).
Qu*il ne s*étonne pas aussi des peines qu*il a ressenties depuis sa dernière confession générale : elles sont ordinaires dans la plupart des âmes, et quelques préparations qu'elles aient apportées à se bien confesser, il n'y en a guères qui ne souffrent cette petite épreuve. Ainsi, qu'il n*espère point être parfaitement en paix tant qu'il écoutera le passé. Après avoir fait de bonne foi ce qu'il a pu, qu'il se tienne en repos, et qu'il fonde la sûreté de son salut sur la bonté de Notre Seigneur plutôt que sur ses propres soins. Cent confessions générales réitérées avec toute l'application dont il peut être capable, ne lui donneront jamais le calme qu'il sentira dans celte unique pratique et dans cette disposition de confiance et d'abandon. Il trouvera aussi en cela le grand remède aux tentations dont il me parle, et ii se trouvera en grande sûreté quand il s'accoutumera, dans les plus grands périls, à faire en sorte que l'amour dans son cœur l'emporte toujours par dessus toute crainte. C'est ce que nous demanderons au grand Pasteur pour son cber mouton, qu'il n'a garde de laisser perdre dans le bercail où il est à présent, puisqu'il le tient toujours entre ses bras et sur son cœur, et qu'il l'offre incessamment à Dieu son Père comme une sainte victime et comme une de ses conquêtes qui ne lui sera jamais
i:ûrresi*um»a.nce a\ec le skminaihk de clkhmom i91
«Milcvée. Tout ce que je lui souhaite est qu*il se tienne, de sa part, dans une pure et simple disposition de soumission à sa Providence, qui le conduira toujours sûrement dans ses voies. Je suis de cœur tout vôtre. — L. Tronsox.
LETTRE
A MONSIEUR BAI DRANn
7 juin 10T8.
Nous avons Monseigneur do Ciermonl. Il est venu deux fois ici. J'ai été autant de fois rhez lui, et le tout s est passé de la manière que vous pouviez souhaiter. Je lui ai rendu votre lettre : il n*a dit que du bien de vous, et il témoigne être aussi satisfait qu*on le peut être de toute votre conduite. II ne parle pas de même du breton (1). Ses plaintes sont fondées sur quelques avis donnés aux personnes du dehors dont il ne veut point qu*on se mêle. C'est une raison de plus pour se résoudre à se renfermer aux personnes du dedans. Le fruit que Ton fera ne sera plus si étendu; mais il le sera toujours assez quand il le sera autant que Dieu le demande, ùr, Dieu ne demande pas, assurément, que nous allions au delà des bornes que les prélats nous prescrivent. C est la règle do TËglise et l'esprit que notre très honoré Père et fondateur a laissé dans la maison; et vouloir, sous prétexte de faire plus de bien, passer ces limites pour satisfaire notre zèle, c'est sortir de notre vocation, et travailler sans que Dieu nous appelle, c'est à dire que c'est nous exposer à travailler sans succès; c'est nous exposer à ruiner son œuvre et ii nous perdre nous-môme. C'est ce que je crois très important de bien inculquer à nos Messieurs, afin que chacun déposant ses vues particulières qui paroitroient même les plus raisonnables et les plus justes, tous se soumettent à ne rien faire que selon cette règle que nous avons reçue de nos très honorés Pères. Il y avoit de très grands biens à faire à Cler*
(1) M. Gouriou.
monl (Je Lodève, où Ton avoit commence un établissement, cl où M. Couderc Tainé travailloit avec grande bénédiction ; el cependant M. Olier lui conseilla de revenir ici et d*abandonner ce saint œuvre, plutôt que d*y travailler contre les ordres et la volonté de l'évéquc (i). Vous savez comme Ton a mieux aimé quitter le séminaire de Nantes où Ton étoit établi depuis longues années, que se départir de cette règle (2). Ainsi, quand Ja plus grande partie du bien que fait le séminaire seroit retranchée en se retranchant à bien, conduire ceux qui y demeurent, quand môme, en ne donnant plus d'avis pour les emplois extérieurs à ceux que Ton conduit encore mais qui n*y demeurent plus, le fruit qui resteroit seroit très peu considérable, je ne puis dire autre chose que nihtl innooetuv prœler id quod traditum est. Rien, à mon avis, n*est plus capable d'attirer grâce et bénédiction sur la maison; et rien, assurément, n'affermira tant l'œuvre que Dieu nous confie, que lorsque tous les particuliers agiront toujours dans cet esprit.
Pour ce que vous me demandez, si vous irez voir M. de Seignelay, je me sers de la même règle pour vous dire que je ne crois pas que vous le deviez aller voir quand il passera par Clermont. Car ces sortes de civilités ne sont pas de notre esprit, et celle-ci me paroitroit un peu affectée. Je craindrois même qu'il n'en eût la pensée; et que, comme il connoit que nous aimons la solitude et ne nous produisons pas dans le monde sans quelque nécessité, il ne fût pas si édifié de votre visite, qu'il le seroit de vous voir observer une si exacte retraite. Et puis, il agit par des principes chrétiens, et il ne vous accusera pas de manquer de respect pour lui, pour qui il sait que l'on a ici toutes sortes d'égards.
Rien ne m'embarrasse plus quelquefois que vos lettres sans date quand il y faut répondre; surtout quand je n'y réponds pas, à l'heure môme, et qu'il s'y trouve de certaines affaires où la connoissancc du temps que vous m'avez écrit
(1; V. Vie de M. Olier, tome III, p. 25^^263. (2) ïbi(L, t. m, p. 328, 329.
CORIIESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIHE DE CLEltlfONT 293
me serviroit beaucoup. Il y a même bien des choses que vous me mandez qui deviennent inutiles par ce défaut de dates. Par exemple : que M^*' de Ciermont partira la semaine prochaine; que M. de Seignelay sera dans (rois semaines à Ciermont; que M. Apoil doit s*en aller, de samedi en quinze jours, au sortir de votre retraite. Il y a de ces nouvelles sur lesquelles on seroit bien aise quelquefois de prendre quelques mesures si l'on en savoit le temps : et vous voyez bien que c*eet ce que Ton ne peut faire quand les lettres ne se trouvent point datées. Un peu moins d'abstraction et plus d'application en écrivant corrigera ce défaut. Quoique nous n*en soyons pas toujours les maîtres, quelques petits avis de temps en temps peuvent servir à en rafraîchir la mémoire.
Je recommande à vos prières deux affaires où il va de plus de six-vingt mille livres, dont la maison est en danger de perdre la plus grande partie. Je suis tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE XI
A MONSIEUR BAUDRAND
Ce 25 juin 1678.
Vous ferez un grand coup si vous pouvez modérer votre feu et votre activité. Si cela arrive, et que vous retranchiez de la longueur de vos prônes et de vos discours pour les réduire à une juste mesure, je serai convaincu que votre retraite aura opéré. Mais il faut pour cela bien de la grâce; car jamais vous n*en viendrez à bout que lorsque, étant persuadé que Dieu le demande de vous, vous lui serez fidèle à demeuver au milieu d*une période, plutôt que de passer au delà du temps que vous vous serez prescrit, quelque utilité qu'il vous parût de Tachever. Or, c'est une pratique qui est un peu mortifiante quand on a de belles choses à dire. Cependant je ne vois rien qui vous soit plus nécessaire. Car je crains que la nature et Tamour propre n'aient beaucoup de part à ces longueurs, el qu'on ne so laisse aller insonsi-
29ï LIVRE QUATRIÈME
blemenl à leur impéluosité, parce qu*on auroit trop de peine à se retenir, et qu'on ne se veut pas faire cette violence, il est impossible d'ailleurs que la santé n*en souffre et que les auditeurs ne s*ennuyent. Un demi quart-d*heure au delà des bornes use plus une poitrine que de fréquens discours où Ton se borne. Vous devez être exact sur cela, et vous avez besoin, pour en venir à bout, d*avoir deux fois autant d'obéissance que les autres, parce que vous avez bien deux fois autant de feu. C'est de quoi faire un beau sacrifice, car il y aura de quoi bien dévorer la victime. Aussi, jeslimerois plus cette fidélité, que toutes les autres résolutions que vous auriez pu prendre dans votre retraite; et je jugerai par là du fruit que vous y avez fait. Vous pouvez en cela pratiquer la dépendance sans être à Paris; et puisque Notre Seigneur vous donne un si grand désir d'obéir, que tout votre plaisir seroit de bien faire ici le novice, lâchez de le faire à Clermont, pour ne point aller au delà de celle règle que nous vous donnons.
M. de Seignelay n'a point fait de retraite à Saint-Sulpice. Ce qui a pu donner lieu à ce bruit est, ou qu'il y vient assez souvent et y demeure assez long temps, ou que j*ai été à Sceaux et y ai passé avec lui une semaine. Je crois que ce que vous me mandez de ses oraisons ne se trouvera pas plus véritable. Les vapeurs et les eaux demandent plus de relâche, et je m*imagine qu'il n'y a que des gens qui savent grossir les nouvelles qui lui en font faire trois heures par jour.
Vous ne devez pas vous étonner des difiicultés que fail votre économe de vous donner Targent dont vous avez besoin. Je ne m*élonne pas de ses longueurs ni de ses épargnes: c'est l'esprit de la profession. Ce sont .des occasions mortifiantes, mais qu*il faut souffrir doucement. On y est exposé en quelque lieu que l'on soit, et Ton est obligé partout de ménager beaucoup ceux qui sont dans cet emploi. Ils ont presque tous le même esprit et la même conduite, et il est difficile qu'un économe, dont la vue est d'épargner autant qu'il pont pour lo bien do la maison, n'exerce quel-
CORRESPONDANCK AV£G LE SÉMINAIRE OE GLERMOKT 29«1
quefois un supérieur qui voit que, pour le bien de la même maison, il est nécessaire de faire quelque dépense. Vous avez pu remarquer autrefois ce qu*on disoit ici, du vivant de M. de Brelonvilliers, pour plusieurs choses qui étoient h souhaiter sur ce sujet, et que lui-même voyoit et désiroit beaucoup être exécutées; mais quelque utiles que ces choses lui parussent, il a cru qu il falloit céder en beaucoup d'occasions, plutôt que de faire trop de peine à celui qui en avoil assez d'ailleurs par son emploi. Ce n est pas qu'il ne faille tenir ferme en plusieurs rencontres; mais c'est aussi agir prudemment de patienter dans quelques aulres pour le bien de la paix.
C'est là une des croix des supérieurs, qui n'est pas des moins pesantes. Chaque profession a les siennes, et le grand secret dans la nôtre est qu'en souffrant d'une part et ménageant les esprits dans l'autre, nous conservions toujours l'ordre et la paix dans la maison. Je suis tout à vous. —
LETTRE XII
A MONSIEUR BAUDRAND
15 Juillet 1678.
.le n'ai qu'un mot à vous dire aujourd'hui, mais un mot qui en vaut bien cent autres. C'est que M»^ de Clermont a dit merveille de vous, et à une personne à qui Ton ne peut pas douter qu'il ne parlât du fond du cœur. Je l'ai su de Ms^ de Bourges (i) même, qui désirant avoir des ecclésiastiques de Saint-Sulpice pour son séminaire, et s'en étant informé au susdit prélat, il en reçut tous les témoignages avantageux que nous pouvions désirer. Je fus avant-hier chez lui pour l'en remercier, mais je ne le trouvai pas. Il vint hier ici, mais nous étions à la promenade ; et il s'est fait ainsi, depuis qu'il
(I) Michel Phélypeaux de la Vrillifere, sacré évèque d'Uzi^s le 7 juin in76, nommé archevêque de Bourges en 1678.
â96 LIVHE QUATRIEME
est ici, plusieurs visites à faux de part et d'autre. Nous Tinviterons à dîner ici la semaine prochaine ; nous trouverons io moyen de ne le pas manquer.
Pour M^' de Bourges, nous nous trouvons assez disposés, de notre part, d'accepter son séminaire ; il y est assez porté de la sienne. Nous suivrons les ouvertures de la Providence, et attendrons en paix ce qu*il plaira à Notre Seigneur d*en ordonner.
Nous avons ici en retraite M. Colbert, évêque d*Auxerre (1), que M. r Archevêque doit sacrer en Sorbonne le 24 de ce mois. Vous jugerez par là que nos occupations ne diminuent pas.
Nous avons vu Timprimé des propositions sur lesquelles le P. Bégat, jésuite, a été obligé par M?*^ de Grenoble de s'expliquer publiquement en chaire (2).
Pour votre testament, les sentimcns de votre retraite qui y sont exprimés m*ont tout à fait édifiés; mais ils me paroissent plus propres pour demeurer entre les mains d'un directeur, que pour être mis entre celles d'un notaire. Je craindrois même que, venant un jour à paroître en public, il ne fît pas
(1) André Colbert, cousin du Ministre de ce nom, né à Reims en 1647, chanoine de Reims dès 1660, docteur de Sorbonne enl669, succéda â son cousin Nicolas Colbert, mort le 5 septembre 1676, ftit préconisé le
5 avril 1677, et mourut le 9 juillet 1704. Il confia aux Lazaristes la direction de son séminaire.
(2) Propositio7is dont on demande rétractation, ou désaveu, ou justification j auR. P. Begat, jésuite, prédicateur de Saint-André de Grenoble en l'an 1678; sans nom de lieu et sans date, in-12de
6 pages. Gaspar Bégat, né à Vienne (Isère) le 23 février 1636, admis le 18 septembre dans la Compagnie de Jésus, mourut à Avignon le 30 novembre 1689. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, 1. 1, col. 1129; t. VllI, col. 1794. En 1678, le jour de S. Mathias, le P. Bégat prêcha un sermon qui fut critiqué. On lui reprocha d'avoir soutenu six propositions fausses, et même hérétiques, concernant le culte des Saints, la Confession, les mérites de J.-C, et la sainte communion. Le religieux incriminé lournit des explications qui parurent suffisantes. V. Bellet, Histoire du cardinal Le Camus; Paris, 1886, in-S», p. 150, 151. Voir aussi Lettres du cardimU Le Camus; Paris, 1892, in-S*», p. 303, 311,
l'cffel qu*il devroit; quo ceux qui n*entendroienl pas volrc spiritualité n'en prissent sujet de railler, et ceux qui Tentendroient ne trouvassent une si longue moralité hors de propos. Ainsi, je crois que si vous voulez que cette pièce demeure ici pour notre édification, il seroit bon que vous en fissiez une autre pour faire paroilre après votre mort; où vous vous contenteriez, après deux ou trois lignes de moralité, do marquer la disposition que vous faites de votre bien. Cela paroitra plus simple et moins affecté; et de la sorte on n*y trouvera rien de singulier. Au reste, le moyen que je n'approuve et agrée très particulièrement l'article qui me regarde, puisque je vois votre tendresse et que je trouve votre cœur en ce que vous me donnez. C'est de ce fonds, qui est plus à vous que tout le reste, que je prétends entrer en possession plus que jamais; car, pour les choses extérieures. Dieu me garde de les posséder de ma vie! Elles ne changeront pas si tôt de main, et j'espère, pourvu que vous conserviez votre poitrine en continuant d*étrc un peu court, que je ne serai jamais en celle peine. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XIII
A MONSIEUR RAUDRAND
Ce 26 septembre 1678.
Nous instruirons ici le secrétaire de vos assemblées. Il me paroit, en effet, trop concis, et j'entre sur cela tout à fait dans votre sentiment. Son application principale doit être à bien faire connoitre l'esprit aussi bien quo le fonds de vos résolutions, et c'est en cela plutôt que dans la régularité de son style, qu'il doit faire paroilre sa Justesse et sa netteté.
No3 maîtres de cérémonies ont été édifiés de celles qui s'observoienl autrefois dans le chapitre du Port (1), et qu'ils ont pris plaisir de voir dans la vieille pancarte que vous m'avez envoyée; mais quelque estime qu'ils en aient, ils
(1) Le chapitre de Notre-Dame du Port, dans la ville de Clermont.
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avouent de bonne foi qu*ils auroient peine à se servir de pareils privilèges. Je m'assure que vous n*avez nulle peine à les croire.
Enfin nous changeons de curé. L'ancien (1) presse exlraordinairement afin que le nouveau (2) prenne possession ; et pour moi, je le fais différer autant que je puis, mais cela ne sauroit aller loin. Le besoin que Ton a de vous à Clermont pour les raisons que vous savez, l'incommodité de M. Leschassier qui continue toujours, Téloignement de M. du Bouexic dont les dispositions vous sont assez connues (3)^ ont fait que Ton n'a pas eu beaucoup de peine à se déterminer pour le choix. Peut-être ne sera-t-il pas approuvé par ceux qui ne savent pas ce détail; mais quoique l'on puisse dire, l'on n'a pas pu douter de la volonté de Dieu dans l'élat où nous nous sommes trouvés, et M. de Poussé étant résolu absolument de se décharger.
Les Pères de l'Oratoire ont écrit une belle lettre au Roi en suite de leur assemblée générale, et ont mis entre les mains de Monseigneur l'Archevêque un mémoire des choses qu'ils enseigneroient k l'avenir touchant les matières qui pourroient faire quelque bruit (4).
Les sentiments que M. Feu (5) vous a marqués dans sa
(1) M. Antoine Haguier de Poussé.
(2) M. Claude Le Bottu de la Barmondière.
(3) Le 17 octobre suivant, M. Tronson écrivait à M. Baudrand : « M. du Bouexic aide Monseigneur de Rennes à faire sa visite, et Je ne sais s'il ne continuera pas à travailler dans son diocèse lorsque ses affaires y seront achevées ». Il continua, en effet, et y exerça, dès cette année 1678, les fonctions de vicaire général. V. Bibliothèque sufpiciennc, t. I, p. 478.
(4) Cfr. d'Avrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques; 1739, t. m, p. 131-144.
(5) François Feu, né à Massiac (Cantal) le 26 décembre 1633, créé docteur en théologie le 15 février 1667, fut précepteur de Jacques-Nicolas Colbert dont il devint le vicaire général lorsque celui-ci devint luimême archevêque de Rouen. Il exerça les fonctions de curé dans les dernières années de sa vie, et s'occupa alors de composer un cours de théologie; mais sa mort, arrivée le 26 décembre 1699, ne lui permit ]>as d'achever son ouvrage. Il ne put donner au public que les traités
COnRESPO.NDANCË AVKG LE SÉMINAIUE DE CLEUMONT 291)
lettre louchant le séminaire sont ceux qu il a dans le fond du rœur. Il les a témoignés a des gens de dehors qui avoienl conçu les mêmes idées que lui de la conduite de Sainl- Sulpice, et qui ont été surpris d'entendre ainsi parler un témoin oculaire et non suspect. Je lui ai donné votre lettre où il n*y a rien que de bon. il a dessein de faire copier nos registres (1) pour la bibliothèque de M. Colbert. N\- a-t-il pas quelque mot contre M. Bouvot (2) dans la préface, dont il pourroit n*ètre pas édifié? Vous jugez bien qu'il ne sera pas
rie la Trinité, des Attributs divins, des Anges, des Lois, des Péchés et de rincarnation. Ils parurent sous ce titre : Théologie i traetatus ex ^acris Codicibus et sanetorum Patruni monumentis exeerpti ; Pariails, 1692, 1695, 2 vol. in-4».
(1) Il s'agit des Acta S. Facxdtatis Theologix Parisiensis in quinque tomia, anno 1673, à D, Baudrand è Seminario S. Su/pitiij conservés au séminaire de Saint-Sulpice. Voir, sur ce recueil intéressant, la Bibliothèque sulpicienne, t. I, p. 116-119. Je doute très fort qu'il ait été copié pour la bibliothèque de CoI))ert, car il n'y rn a pas de copie à la Bibliothèque Nationale.
(2) Philippe Bouvot, prêtre, ancien chanoine de îSaint-Beuoît, grefller 'le la Faculté de théoloi^ie, mourut le 8 décembre 1676. C'était un grand ami du docteur Arnauld, de Saint-Amour et de tous les Jansénistes. Voici le passage qui le concerne dans la préface du recueil fait par M. Paudrand, et auquel M. Tronson fait allusion dans sa lettre. « Hos autem libros pergamineos D. Bouvot, qui per sexaginta annos bidelli et scribae S. Facultatis munere fungitur, nobis evolvendos, sicut omnia sacrse facultatis monumenta, benigno et libenti animo permisit; vir sane emunctœ naris, antiquse et vernaculœ festivitatis imaîTinem praeferens, quem mores suavissimi et veneranda canities, nihil morosae et senescentis œtatis redolens, omnibus facile commendant, l'uique nos privatim in pluribus, prsesertimque quod aditus archivorum S. Facultatis omnibus ferme prseclusus, pro libito, ipsomct nobis ultrô concedente, patuit, devinctos esse non dilïltemur. Sed »num in isto viro de nostro consessu alioquin bene merito desideraitimus, ne Richerianse, et Arnaldica* causœ tam acer vindex existeret : uimium ejus erga partes istas affectum ex summa qua poUet gratitudine prodire conjicimus; nequidem temere : magna enim débet Hicherio, sed Arnaldo maxima, necnon utrique familiari coUoquio et maxime vit» necessitudine fuit conjunctus. Unde nihil eorum, ubi scî •l^it occasio, qua» utriusque causam promoverent, un((uam prœterinisit; quae quidem a nobis prolata, non molesto, sed animo sanè gi*a- Unti vir illc nobis addictissinnis oxcipiol, cnni ipscmct Imiuelà f^nà
possible de refuser celte grâce à une personne de qui nous en recevons de bien considérables.
Cependant, s*il y avoit quelque chose qui obligeât au secret, il scroit important de m'en avertir de bonne heure; car je crois que Ton me pressera bientôt sur cet article. C*est une chose merveilleuse que chacun loue votre travail, et que personne n*ait du zèle pour le continuer. Il faut attendre que Dieu en donne la pensée et Tattrait à quelqu'un; ce qui seroil extrêmement à souhaiter pour la perfection d'un ouvrage aussi important et aussi utile que celui-là : Roga Dominum ut mittai operarios (Luc. X, 2).
Je ne crois point que vous deviez faire lire au réfectoire le Schisme d'Occident (1). Pour les autres histoires du P. Maimbourg, la lecture en est agréable, divertissante et très bonne pour les vacances, et vous pourrez vous en servir durant ce temps-là. Mais je ne sais si d'autres livres de piété ne seroient point plus utiles à vos séminaristes le reste de Tannée. Nous avons interrompu ici Thistoire ecclésiastique, parce que nous avons remarqué que cette lecture ne faisoit pas le même fruit que celle des livres de dévotion, dont il me semble que l'on a encore plus de besoin dans les provinces.
Je salue tous nos Messieurs et suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XIV
A MONSIEUR OAY
Ce 12 novembre 1678.
II y a long temps que je n'ai reçu de vos nouvelles. Est-ce l'air du pays qui vous a rendu plus paresseux à écrire, ou
fictionis et tergiversationis nesciâ , quo spiritu ducatur erga Richerium et Arnalclum faciat omnibus manifestum ».
(1) Histoire du grand schisme d*Occident ou des Antipapes, depuis 1378 Jusqu'en 1429; Paris, 1678. in-4«. Le 23 mai 1680, l'ouvrage fut condamné par la congrégation de PIndex, et il figure encore dans la dernière édition (Rome, 1900, p. 199). En 1681, l'auteur reçut l'ordre de quitter la Compagnie de Jésus, parce qu'il avait pris la défense des libertés de Téglise gallicane.
« CORRBSPONDANCR AVEC LE SÉMINAIRE DE CLEBMONT 301
plutôt n*est-ce point que, n*ayant point trouvé de quoi exercer votre paternité, vous n*avez point eu de nouvelles à me mander? S'il n'y a que la matière qui vous a manqué, voici, en deux mots, de quoi vous exercer.
M. Baudrand est parti ce matin, mais sans que je lui aie donné de règlement. J*ai cru, avant que de le conclure, qu'il seroit bon que vous me mandassiez toutes vos vues sur toutes les choses que vous croiriez nécessaires de régler. Prenez donc un peu, dans la première lettre que vous m'écrirez, votre humeur critique. Je dis mal quand je dis, votre humeur; car je sais que ce n*est pas Va votre génie, ni le talent du petit mouton qui ne veut que la paix. Mais je veux dire que vous vous fassiez un peu de violence, afin de me mander en particulier ce que vous trouveriez à redire à ce qui se fait dans la maison. Ne craignez que cela produise de mauvais effet. Car je n'y ferai d'attention qu'autant qu'il sera nécessaire pour régler les choses et pour procurer le bon ordre de la maison. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XV
A MONSIEUR GOURIOU
Ce 27 décembre 1679.
J'aurois souhaité que votre dernière lettre eût descendu un peu davantage dans le détail, et que vous m'eussiez marqué en particulier les choses qui vous paroissent à retrancher dans la maison. Quoique ce soient des choses que les autres voient aussi bien que vous, vous n'êtes pas dispensé pour cela de faire, de votre part, ce que vous devez; et vous ne devez point appréhender que le compte que vous en rendrez fasse de mauvais effets, parce qu'on ne s'en servira que pour le bien de la maison et pour l'avantage des particuliers. Ainsi, éclaircissez-nous un peu du détail, et suppléez par une seconde lettre à ce qui manque k votre première.
Je ne vois pas pourquoi l'horloge que l'on met dans votre
»U)2 LIVRE gUATRIKyK
quartier achëveroit de vous détraquer. 11 me semble que ce doit être plutôt un moyen pour vous régler, pourvu néanmoins que vous ne la fassiez pas aller à votre fantaisie, et que vous la régliez selon le soleil. Car, de Tavancer ou reculer pour la commodité de la maison, je crois que c*est le moyen de n*élre jamais réglé. Je ne vois pas même de quelle commodité cela pourroit être, si ce n*est peut-être lorsqu*un entretien ou une conférence auroit été trop long: mais il vaut mieux, dans ce cas même, ne la point reculer : car le bon ordre demande que les particuliers s'ajustent à la règle qui est Thorloge, et non pas que Thorloge se règle sur les particuliers. Nous voyons ici, depuis quelques années que notre pendule est réglée, combien cela est utile, soit pour avoir toujours une conduite uniforme, soit pour mot' tîfier ceux qui voudroienl bien que l'horloge suivit quelquefois leurs idées et les mouvemens de leur propre volonté.
Je ne vois nulle difficulté de dire Matines le soir et de remettre les Laudes au lendemain. Au moins, n'y a-t-il pas, à mon avis, do fondement suffisant pour accuser de péché, même véniel, ceux qui en useroient de la sorte, quand même cela arriveroit souvent et qu'ils en feroient coutume. Car, s'il y a quelque loi qui le défende, elle n*est point assez connue, ni suffisamment promulguée pour pouvoir rendre coupables ceux qui la violent.
Votre coutume de vous découvrir aux noms de Jésus et de Marie, soit au Martyrologe, soit i\ V Imitation do Notre Seigneur, est bonne à suivre. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XVI
k MONSIEUR GAY
4 mars 1680.
Je vois dans les premières lignes de votre dernière lettre une réflexion qui me satisfait plus que je ne puis dire. Je Tavois faite moi-même il y a quelques jours, et je commenrois à m'apercovoir comme vous, qu'insensiblement vous
CURnBSPOXDANCE AVEC LE SÉIIINAIRE DE GLERMONT 30«(
VOUS rendiez paresseux à m*écrire. Je suis assez persuadé que ce n*est pas manque d*ouverture : je vous connois assez pour être convaincu que vous l'avez entière, et je serois le plus trompé du monde si jamais votre cœur se resserroit à mon égard, le mien demeurant toujours le même pour vous. Continuez donc à m*écrire avec la liberté, la franchise, Touverture et la fidélité dont vous avez usé jusqu*à présent. C*est sur vous que je me repose pour savoir Vétat du séminaire de Glermont.
M. Baudrand m*a mandé toutes les particularités de rentrée et de la demeure de M^" de Glermont dans le séminaire, aussi bien que de sa sortie. C'est un sujet de consolation de savoir qu*il en est satisfait, et que la Providence se soit servi de cette conjoncture pour attirer son estime et regagner son affection.
Quant aux tentations que le petit mouton trouve et ressent dans son emploi, il ne doit point s*en effrayer, car elles ne sont que trop communes. Il fait bien de s*en humilier et ensuite de demeurer en paix, sans se laisser aller au trouble, k rinquiélude, ni encore moins au découragement. Il ne doit pas même ordinairement s*en confesser, mais s'abandonner à la miséricorde de celui qui lui a donné tant de marques de sa protection singulière, qu'il ne sauroit se confier trop en son amour. Pour moi, je suis persuadé que tout va bien, et que l'innocence de son cœur et la pureté de ses intentions le conserveront dans la fidélité que demande la sainteté de son ministère. Je suis à lui avec toute la tendresse et toute la cordialité qu'il peut désirer, et qui est mille fois plus grande que je ne puis dire. — L. Tronson.
LETTRE XVII
A MONSIEUR GAV
20 mai 1680.
C'est une grande imprudence qu'a faite le breton (1) de
(l)Sous cette épithète M. Tronson désigne M. Yves Gourion, né dans le diocèse de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne.
30i LIVRE QUATniRME
mander à M. de la Chetardye des nouvelles du diable. II y a des personnes qui, au lieu de le faire paroitre menteur en ce qu*il dit, défèrent trop à ses prophéties. Je vous le dis afin que vous évitiez cet écueil, et que vous n'écoutiez jamais ceux qui vous paroitroient y donner créance et vous parleroient en sa faveur. Il n*est pas imaginable combien de gens y sont surpris, et combien de serviteurs de Dieu se rendent par là inutiles, et se mettent hors d*état de répondre à ce que Dieu demanderoit d'eux. J'en ai des exemples présens et qui me touchent plus sensiblement : une œuvre très considérable et très importante à la gloire de Dieu est actuellement sur le point d*échouer, par Tinutilité où le démon réduit ceux qui v travaillent, abusant de leur facilité et leur faisant croire ce qu'il lui plaît. Suspendez toujours votre jugement sur ces choses extraordinaires qui viennent du démon; ne soyez point curieux d'en apprendre des nouvelles; ne cherchez point d'en être le témoin oculaire; fuyez-en les occasions comme la peste, et souvenez-vous toujours du conseil que feu notre très honoré Père donna à M. de Breton vil liers dans une pareille occasion; « qu'il ne falloit avoir nul commerce avec le diable, ni en ce monde ni en l'autre ». Vous voyez que je vous parle comme à notre très cher enfant et à notre petit mouton qui ne veut vivre qu'en esprit d'obéissance et de sacrifice, et dont la conduite me donne une satisfaction toute entière.
Je crois qu'il y a un très grand inconvénient de mettre plusieurs lits dans une chambre. La nécessité que vous me marquez n'est qu'imaginaire, et il vaut mieux sans comparaison que ceux qu'on refusera aillent à Thiers, que d'en mettre plusieurs ensemble. Peut-être n'a-t-on pas pu faire autrement quand vous avez eu Monseigneur votre Prélat; mais quand même on y auroit été obligé en ce temps-là, cela ne doit pas tirer à conséquence. Ainsi, je crois qu'il faut remédier à cela au plus tôt, et il sera aisé de le faire en le proposant dans l'assemblée. Car, par le résultat que nous verrons, nous aurons lieu d'en mander nos sentimens : il ne faut point attendre pour cola la fin de l'année.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉlilNAIRE DE CLERMONT 30')
Je suis bien aise que I*on n'ait pas continué la lecture du Schisme d'Angleterre (1), et M. Baudrand a bien fait de profiter de ce que vous lui en avez dit, et de la faire interrompre.
Continuez à vous ménager, sans rien relâcher quand il y va du règlement et du bon ordre de la maison. Les vues que vous avez sur cela et sur quoi vous me marquez que vous réglez votre conduite sont très bonnes : ainsi, vous n'avez qu'à les suivre. Ne vous lassez pas de m'écrire : vous verrez un jour le fruit de votre fidélité. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE xviii
A MONSIEUR BAUDRAND
12 mai 1681.
U est fâcheux que ceux qui pourroient vous dire les petits dérèglements des séminaristes gardent ainsi à votre égard un si* profond silence. U sera bon que vous expliquiez à M. Bardon, quand il ira vous visiter, quelle est sur cela leur conduite; car il pourra trouver occasion de leur en parler et de leur insinuer ce qu*ils doivent faire. Quelque bien, en effet, que puisse aller une maison, il y aura toujours un dérèglement considérable quand le supérieur ne sera pas averti de ce qui s*y fait. C'est une chose à laquelle nos Messieurs nesauroient manquer sans manquer à leur vocation.
M. le Doyen de Langeac ne m'a rien dit des possédées du Puy; mais sans qu'il m'en parle, je suis très convaincu que c'est là un grand amusement et dont on ne sauroit se retirer trop tôt (2).
On a souvent parlé de prendre ici quelques résolutions touchant les sentimens que l'on suivroit sur les matières de morale contestées ; mais on n'en a pris encore aucune, et on
(1) Histoire du schisme d'Angleterre, traduit du latin de Sanderus (Sanders)» par Maucroix ; Paris, 1678, in-4o.
(2) Voir la correspondance de M. Tronson avec le séminaire du Puy.
se contenle de la tradition, étant assez difficile de donner des règles bien précises qui niaient leurs inconvénients.
Je ne vois pas de difficulté à ce que, Tan prochain, vous repreniez la direction do quelques séminaristes; mais prenez bien garde d'appuyer vos pénitens plus que les autres et de leur montrer plus de tendresse (1). Il n*y a rien de plus embarrassant dans une communauté que les directeurs qui appuient trop leurs pénitens. Mais cela ne doit point embarrasser les autres qui doivent donner leur avis. Car chacun doit dire simplement ce qu*il en pense, et celte affaire n est pas d*une nature où Ton puisse en conscience déférer aveuglément aux sentimens de ceux qui, pour être leurs confesseurs, ne sont pas toujours ceux qui les connoissent le mieux. Tout à vous en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE XIX
A MONSIEUR BAUDRAND
Avril 1682.
Je ne trouve aucune difficulté au louage d*une maison de campagne que vous projetez. Ce que j*admire est que vous ayez des séminaristes si sages, que vous puissiez répondre de leur modération, et vous engager qu^ils ne toucheront point aux fruits.
J*ai mandé k M. Gay qu'il avoit fort bien fait de refuser la vicairerie de Limoges qu*on lui présentoit, supposant que c*éloit un bénéfice qui oblige à résidence; car ces sortes d*emplois ne sont pas de sa vocation. Si on lui offroit un bénéfice simple, je ne lui conseillerois pas de le refuser si vite.
On avoit fort parlé de M. Tabbé des Marais pour l'évôché
(1) C'est d'ailleurs une règle observée dans tous les séminaires, que le directeur ou confesseur d'un séminariste ne parle Jamais, ni en bien ni en mal, ni dans les assemblées des directeurs ni hors des assemblées, du séminariste qu'il dirijxe.
CORRESPONDANt^E AVRC LE SÉMINAIRE DE CLEUMONT l}f}l
de Séez (1) : Madame de Guise (2) en a parlé au roi el y a fail lout ce qu^elle a pu : mais on a peine à croire que toules ses sollicitations réussissent.
Je n*ai pu débrouiller la plus grande partie d'un alinéa de voire dernière lettre. Quand vous voudrez que je vous réponde, vous écrirez d*une manière que l'on puisse discerner vos caractères et sur du papier qui ne boive pas tant : car on auroit aussi tôt fait de déchiffrer un article de S.Thomas, qu*une de vos pages ainsi barbouillées.
M. Boucher, curé de S. Nicolas-du-Chardonnel, et M. Chamillard ont eu chacun une lettre de cachet pour se retirer el quitter Paris. Vous aurez su sans doute ce qui s*est passé au Parlement et en Sorbonnc.
Vous devez être extrêmement sobre à parler des différends du temps. Tout ce que vous en diriez serviroit peu, et pourroit avoir de très fâcheuses suites. Le silence et la prière doivent être notre partage, et dans Tétat où sont les choses, je crois que c*est ce que Dieu demande de nous, sans même qu*on s'en aperçoive au dehors. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XX
A MONSIEUR r.AY
Ce 8 Janvier 16»3.
Je vous souhaite, à ce commencement d'année, un renouvellement de grâce qui fasse croître Jésus-Christ en vous autant qu*il le désire, et qui vous mette en état de répondre parfaitement à ses desseins. Ceux qu'il a sur vous pour le présent se renferment dans les obligations de votre emploi,
(1) Vacant par la mort de Jean de Forcoal, décédé le 22 février ie8«;. Le 22 mai suivant, Louis XIV nomma A cet évêché Mathurin Savary. (|ui ne reçut ses bulles que le 6 mars 1692. Godet das Marais ne fut nommé évéque de Chartres qu'en février 1690.
(2)Klisaheth d'Orléans, née le 26 déœmbre 1G46, mariée, le 15 mai 1667, à Louis-Joseph de Lorraine» duc de Guise, dont elle devint veuve le 30 Juillet 1671, moi*te le 17 mars 1696.
auquel il faut continuer de vous rendre fidèle; raais il en a d'autres pour l'avenir qu'il ne nous découvre pas encore, et auquel il ne faut pas laisser de vous abandonner par avance. C'est ce que faisoit la Sainte Vierge dans le temple, qui s'étant une fois offerte à Dieu sans réserve, s'abandonnoil à lui pour tous ses desseins, tant pour ceux qui lui éloient connus, que pour ceux qui ne lui étoient point encore découverts; et c'est ce que Notre Seigneur demande de votre fidélité, ne faisant point de réserve dans votre abandon, comme vous n'en voulez point faire dans votre amour. C'est l'état où j'espère trouver toujours le petit mouton, prêt à tout, disposé à tout, abandonné à tout, comme Jésus-Christ même se faisant tout à tous pour la gloire de son Père.
Il faut, par ce principe, compatir aux foibles et aux infirmes. L'on se scandalise quelquefois de leur délicatesse parce qu'on ne sent pas leurs maux, et l'on attribue à un pur relâchement les soulagemens qu'ils sont obligés de prendre, parce que l'on n'est pas animé d'une charité bien pure. Ce qui fait que Ton se laisse aller aisément contre eux à des seniimens d'indignation et de mépris. C'est à quoi j'ai bien prévu que M. Saget (1) pourroit être exposé d'abord à l'égard de quelques-uns; mais cependant comme ils sont tous bien intentionnés, et qu'ils savent tous que vera justitia compasaionem habet, non dedignationem , j'espère qu'ils compatiront tous à son état, et qu'ils seront bien aise de se faire un mérite devant Dieu de supporter avec patience et douceur ses petites infirmités.
C'est un mal inévitable que la facilité des Grands Vicaires k donner des dimissoires. Les autres diocèses s'en ressentent comme le vôtre, lorsque le siège est vacant. Il y a bien à
(1) Jacques Saget était en effet malade et par là même porté à s'ennuyer, ce qui faisait qu'il ne pouvait demeurer nulle part. En 1682, M. Tronson proposa à M. Baudrand de Pemmener en Auvergne, ce qui fut accepté avec une grande charité et un parfait abandon. Cependant, au bout de quelque temps, M. Saget éprouva un peu de soulagement et rendit même quelques services au séminaire. Mais la maladie et Peunui reprenant le dessus, M. Saget quitta Ciermont en 168G, et se retira à Iss)', où il devint directeur de la Solitude.
craindre que le remède ne vienne pas si tôl, car les affaires de Rome ne s*accommodent pas. Plusieurs avoient espéré que la mort de Favorili (1) pourroit apporter quelque changement aux affaires; mais elles vont toujours leur train; au moins, il ny paroîl rien de nouveau, et si ce qu'une personne qui a vu une lettre de ce pays en assure est vrai, vous n'aurez pas si tôt un évéque sacré (2). Si, durant ce temps-la, les méchans prêtres se multiplient, vous devez, de votre part, travailler avec plus de zèle à en faire de bons. Le grand nombre de vos pénitens vous fournira de quoi y réussir.
Je suis. Monsieur et 1res cher en Notre Seigneur, tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE XXI
A MONSIEUR BAUDRANI)
18 avril 1683.
Votre dernière lettre a couru la même fortune que courent entre mes mains toutes celles qui servent d'enveloppes aux paquets que Ton m'envoie. Je ne sais si c'est pour épargner du temps, du papier ou du port, que vous en avez usé de la sorte : mais, quelque raison que vous ayez, je ne vous conseille pas de le faire quand vous voudrez que je lise vos lettres toutes entières. Ce que je déchiffre dans votre dernière, est que l'on vous offre un grand vicariat, et ce que je vous puis dire est que vous ne sauriez mieux répondre à cette offre que par un refus honnête et obligeant.
Puisque vos Messieurs conviennent avec vous de Tacqui-
(1) L*abbé Augustin Favoriti, secrétaire d'Innocent XI, était un ami du cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, qui en parle souvent dans ses Lettres : voir, à la table, le mot Favoriti.
(2) Vény d'Arbouze étant mort le 19 avril 1682, le diocèse de Clermont, malgré deux nominations à cet évèché, n'eut en effet d' « évéque sacré » qu'en août 1692, dans la i)ersonne de François Boohart de saron «le Champipny.
silion que vous me proposez (1), vous la pouvez faire; et je n'y vois pas de difficullé, puisqu'elle vous est commode el que vous y trouvez vos sûretés.
Je ne m'étonne pas que Ton vous fasse parler el bien dire des choses; car, depuis quelque temps que je m'observe encore plus que je ne faisois autrefois et que je me lâche à parler moins, quoique Ton ne m*accusàl guëres de parler trop, on ne laisse pas de m'en faire bien dire à quoi je n'ai jamais pensé. Il faut s'accoutumer à laisser dire, et cejiendant tâcher de demeurer en paix et faire toujours un bon usage de ce que les autres disent en s'observant soi-même davantage. C'est à quoi je me suis résolu et dont je me suis mieux trouvé, que si je m'étois fort tourmenté pour éclaircir les choses, dont la plupart s'éclaircissent assez d'elles-mêmes avec le temps. Et veritas manet, et invaleacit, et vivit et wanet hi œternum ; et ipsa liberabit non à labiis loquentium mendacium. Tout à vous en Noire Seigneur. — L. Trosson.
LETTRK XXU
A MONSIEUR UAUDRAM)
Ce 6 septembre (1683) au matin.
La maladie de M. Colberl m'a empêché de vous faire réponse la semaine passée. La consolation qu'il a fallu donner k toute la famille m'a occupé tout le jour et une grande partie de la nuit. 11 reçut hier au soir rExtrême-Onction, et je ne revins qu'entre dix et onze. Le R. P. Bourdaloue l'assiste, et il est très satisfait des dispositions où il le voit, car elles sont très chrétiennes. Quoique ses douleurs soient très
(1) 11 s'agit de la belle propriété des Roches, située entre Clennont et Chamaliéres, et qui encore aujourd'hui sert de maison de campagne au séminaire de Montferrand. M. Laborieux, ancien chanoine (le Clermont, que le chapitre avait nommé grand vicaire pendant la vacance du siège, la céda pour la somme de sept mille cinq cents livres; prix inférieur à la valeur réelle de la propriété, mais les directeurs s'engageaient à dire annuellement et à periiéluité deux niessfô^ poiir le Menfaitour. \.v contrat rie vente fut passé le 5 mai 1683.
violentes, il les souffre avec une patience qui édifie, et il semble que Dieu ne lui ait conservé la connoissaiice et le jugement entier en ces derniers momens, que pour faire admirer la puissance de sa grâce, qui le tient dans un état d*abandon et de résignation, où, dans l'attente de la mort, il ne demande que raccomplissemènt des desseins et de la volonté du Souverain Maitre sur lui.
La paix faite et le chapeau de cardinal ne sont que des idées, et les choses ne sont point si avancées qu'on le dit en province.
Tout ce que vous avez dit sur les matières du temps paroit fort juste. Je ne puis, non plus que vous, approuver la liberté que Ton se donne de blâmer et condamner les sentimens et les conduites qui ne sont pas conformes aux nôtres. Le Rémois(l) est jeune, et son âge peut excuser sa chaleur. Quand il en auroit dit un peu moins dans ce qu'il vous a dit, son zèle n'en auroit pas été moins agréable à Dieu : il faut attendre que le temps et Texpérience le modèrent; car tout ce qu'on pourroit lui dire présentement le géneroil fort sans beaucoup de fruit; et puis un docteur ne change pas de sentiment comme un autre homme.
M. de Lantages est si désiré à Clermont, qu'une dévote que je ne connois point, nommée de La Croix, m'a écrit afin qu'il y demeurât. Jugez si ce n'est pas là être dévote et avoir du zèle. Cependant, je souhaiterois bien savoir qui elle est; non pas pour lui faire réponse, car inutilem quœstionem solvere débet silentium, mais pour me servir de cette connoissance en de certaines occ.'^sions qui pourroient m'arriver. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE xxiii
A MONSIEUR BAUDKAND
Ce5janvierl684.
Je suis assez persuadé de la disposition du Rémois, et je ne (1) Jeune directeur récemii:enl envoyé an séminaire de Clermont.
doute nullemcnl qu'au fond elle ne soit bonne. Ce qu il vous a dit est une petite saillie qui vient de la chaleur de la dispute. Il a voulu soutenir ses senlimens, et il a cru le devoir faire avec zèle; mais son zèle a un peu excédé en faisant paroitrc trop de feu dans ses expressions. C'est de toutes les fautes la plus pardonnable dans un jeune homme. 11 se seroit expliqué sûrement d'une manière plus douce dans une autre occasion. L*àge, avec un peu d'expérience, modérera son ardeur. Je m*étois presque imaginé d'abord que votre feu uuroit pu allumer le sien; mais je n'ai pas cru me devoir arrêter à cette pensée, de faire un jugement téméraire : voyez si je n'ai pas maintenant bonne opinion de vous.
M. Bardon m'a donné les cahiers du capucin. Je ferai avertir M^** de Crenoble de celle (1) dont ils viennent et qui est dans son diocèse, pourvu que Ton soit sûr que ce soit elle qui les a composés, ou au moins qui les a distribués. Car peut-être lui attribue-t-on ce bel ouvrage pour disculper ce bon religieux (2). Je serois bien aise de savoir quelles preuves vous en avez, afin qu'on ne fasse pas de fausses démarches auprès du Prélat, et qu'on ne lui parle qu'à bonnes enseignes.
On a imprimé une pièce extrêmement forte de M. Deslyons contre M. Arnauld. Elle contient 101 grandes pages in-folio. 11 prétend que M. Ârnauld l'a traité, lui et sa famille, d'une manière outrageuse; et il fait son portrait d'une manière plus fidèle que les peintres n'ont accoutumé de le faire : car il ne le flatte point, et il appelle les choses par leur nom avec beaucoup d'éloquence et d'esprit. C'est une pièce rare (3) :
(1) M™** Guyon, la célèbre quiétiste, qui était alors à Grenoble. On voit dans les Lettres du cardinal Le Camus, publiées par Pabbé Ingold, p. 572, que, à peine arrivée à Grenoble, à cette époque, elle ât des conférences auxquelles assistèrent des novices de l'Ordre des Capucins.
(2) Le P. La Combe, barnabite. Plus tard, M. Tronson fût mieux instruit de la doctrine enseignée par ce « bon religieux ».
(3) Répo7ise de 3/. Deslyons, Docteur de Sorbonne, Doyen et Théologal de Senlis, aux Lettres de M. Arnauld, aussi Docteur fhj Sorbomc, nn]iri)tH*ci-' et produites par Maître Jean Goutin,
peut-être la rendra-t-on plus commune dans la suite. Car, si M. Arnauld y répond, comme on publie qixil le fait actuellement, il Y a apparence que le loul se débitera publiquement (1).
M^** le Nonce (2) officiera solennellement et ponlificalement à la paroisse le 17 de ce mois, fête de Saint Sulpice, et dînera chez M. le Curé. Apres cela, on ne dira plus que Ton est en colère, à Rome, contre Saint-Sulpice. Tout à vous en Noire Seigneur. — L. Tronson.
Dauphinois, Curé de S. Hilaire de Senlis ; pour servir au procès pendant en la Tournelle pour François Deslyons, Écuyer, sieur de Thcuville, et ses enfans, demandeurs et intimés, coyitre ledit Gontin et Robert Tarteron, notaire, prisonniers es prisons de la Conciergerie, et Fabry, solliciteur, accusés et Appelans ; itifolio, sans nom de ville (Paris) et sans date (1684). « Ce factum, dit Niecron, est une des plus mortiHantes pièces qu'on ait faites contre M. Arnauld, qui y est poussé avec la dernière rif^ueur. Comme il est fort rare, j'exposerai ici le fait dont il s'agit ». Voir cet exposé fort long dans le tome XI (p. 334-337) des Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres; Paris, 1730, in-12. L'article, ou notice sur Deslyons est à lire en entier.
(1) Arnauld répliqua en effet : « Lettres (quatre) écrites par M. Arnauld au sieur Des Lyons, pour servir dans la cause qui est pendante & la Tournelle, entre maître Jean Gontin, prêtre, supérieur du séminaire de Senlis, intimé et défendeur, contre M. le Procureur général et les sieurs Des Lyons, appelans et défendans »; dans les Œuvres de Messire Antoine Arnauld; Lausanne, 1780, in-4«, t. XXXVII, n»XVI, p. 471-513.
(2) C'était Ange-Marie Ranuzzi, d'aboixi commissaire des milices papales en 1663, archevêque de Damiette et Nonce à Turin en 1668, gouverneur de la marche d'Ancône en 1675, évêque de Fano en 1678, et en 1683 nonce extraordinaire à Paris pour apporter les langes bénits par le Pape au flls du duc de Bourgogne, cardinal en 1686, archevêque de Bologne en 1688 ; i*entra en Italie au mois de juillet 1C89, et mourut ft Fano, le 27 septembre de la même année. Cfr. L'Ambassade de Lavardin et la séquestration du Sonce Ranuszi, par Charles Cérm: dans la Revue des questions historiques , octobre 1874, p. 411 et suiv.
31i LIVRE QUATRIÈME
LETTRE XXIV
A MONSIEUR UAUDRAND
A Issy, ce 12 mai 3684.
Vous vous proposiez de venir ici ces vacances; mais si vous pouviez avancer voire voyage, et sous le prétexte de vos affaires, partir au plus tôt, vous nous seriez ici d*un grand soulagcrment, car nous y sommes dans de grands besoins. M. Masson est mort ce matin; M. Bardon est incommodé; je suis ici arrêté par une fluxion. Il faut bien que Dieu soutienne son œuvre pour ne point s*affoiblir en de pareilles conjonctures. Quand Clermont souffrira un peu de votre absence le reste de cette année, on pourra aisément réparer ce déchet. Voyez donc ce que vous pouvez faire (1). Je ne puis vous écrire plus au long. Tout à vous en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE XXV
A MONSIEUR POMMBYROL (i)
Ce l" octobre 1684.
Enfin, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, nous retenons ici M. Baudrand. Le peu de santé de M. Bardon et de
(1) M. Baudrand partit en efTet sans retard, et remplit, au séminaire de Saint-Sulpice, les fonctions de directeur dUj Jusqu'en 1689, qu'il devint curé de la paroisse, en remplacement de M. de La Barmondière. M. Pommeyrol, économe du séminaire de Clermont, fut chargé d*y « maintenir Pordre et la paix » Jusqu'à l'arrivée de M. Bardon, qui succéda à M. Baudrand.
(2) Guillaume Pommeyrol, né vers 1620 à Mauriac, alors du diocèse de Clermont, entra le 18 octobre 1650 au séminaire de Saint-Sulpice. Vers la fln de l'année 1652, M. Olier l'associa à trois autres prêtres ((u'il envoya faire une mission dans les Cévennes. M. Pommeyrol demeura ensuite quelque temps au séminaire de Viviers; puis, en 1658, il fut envoyé à Clcrniont, dont le séminaire fut alors uni à celui de
CORRESPUNDANCË AVEC LE SÉMINAIRi; DE CLKKMONT 315
M. Leschassier fait que nous avons besoin de son secours. J'aurois eu peine de l'oter de Clermont, si je n*étois persuadé que Tordre se conservera toujours de la même sorte clans le séminaire, et qu'il ne décherra pas sous votre conduite. Il y a si long temps que vous y travaillez avec bénédiction, que je n'ai pu avoir d'autre pensée que de vous prier de vouloir bien vous considérer comme étant chargé de cet œuvre. Il est vrai que l'emploi de la cure ne s*accorde guères avec la supériorité du séminaire; qu'il est difficile de satisfaire à l'un et à Tautre, et que ce seroit être trop chargé que d'être obligé de satisfaire long temps à tous les deux. Ce- {tendant, j*ai cru qu'en attendant que nous soyons en état d'y pourvoir, vous voudriez bien avoir une inspection générale sur le séminaire, sans vous gêner néanmoins pour les choses qui pourroient vous incommoder. J*espère que Notre Seigneur vous donnera la lumière et la force nécessaires pour vous en bien acquitter, et qu'il nous fournira bientôt les moyens de vous soulager. La place de celui que nous vous destinons pour faire la leçon de M. Gay est déjà retenue dans le carrosse. C'est un bon prêtre (M. Bruyas), dont on espère que vous serez content. Comme il est fort détaché et qu'il ne pense guères à lui, il faudra que quelqu'un prenne soin de lui donner ses besoins. Je salue tous nos Messieurs. Tout a vous et de cœur. — L. Tronson.
LETTKE XXVI
A MONSIEUR BRUYAS (1)
Ce 4 décembre 1684.
Je crois devoir vous avertir de deux choses très impor-
Saint-Sulpice. Il y rendit d'importants services soit comme économe, soit comme curé de la paroisse Saint-Bonnet. Il mourut le 3 Juin 1602, après une assez longue maladie, étant âgé de 72 ans.
(l) Jean-Baptiste Bruyas, prêtre de Saint-Chamond au diocèse de Lyon, était allé au séminaire de Saint-Sulpice le 24 avril 1084. Le 5 noveml»re de cette même année, M. Tronsun l'envoya à Clermont; puis
316 LIVRE QUATUIBME
tantes, parce qu'elles pourroient mettre obstacle au bien que vous êtes en état de faire à Glermont.
La première est de rompre toutes sortes de visites et de commerce avec les personnes qui sont suspectes pour la doctrine. Comme vous en avez connu autrefois qui donnent fort dans les nouveautés, vous ne pourriez les voir sans vous rendre fort suspect. Ainsi, pour ne donner point lieu aux soupçons dont plusieurs tireroiont avantage, vous devez être exact à ne les point voir, quoiqu^on en dise. Il vaut mieux que le monde nous accuse d*étre trop fermes ou incivils, que de manquer à ce que Dieu demande de nous.
La seconde est de suivre pour la morale les sentimcns des cahiers que vous dictez, sans en vouloir prendre de plus sévères; à moins qu*il ne s*y trouvât quelqu'une de ces opinions de morale condamnées de notre temps par le Pape, lesquelles plusieurs bons auteurs soutenoient auparavant.
Vous faites bien de donner quelques avis sur le silence: rien n'est plus important pour l'ordre d'une communauté, et Ton évite bien des dérèglemens dans une maison, quand on empêche de parler ensemble des jeunes gens qui ne manquent presque jamais, en se communiquant leurs peines, de s'entre-communiquer leurs tentations.
Quand vous aurez quelque avis à donner, le temps de la lecture spirituelle me paroît fort propre, puisque toujours on peut y faire venir tout ce qu'on veut.
C'est aussi une très bonne chose, pour tenir toujours les personnes en haleine, de passer de temps en temps par de certains endroits où ils ne vous attendent pas. Car, parmi les jeunes gens, comme il y en a toujours plusieurs qui s'émancipent, on n'y conservera jamais Tordre, à moins qu'on ne les observe et qu'ils ne craignent toujours d'être surpris. L'amour de Dieu n'est pas ordinairement assez pur ni assez fort en eux, pour les conserver sans ce secours.
en 1686, à Limoges pour y enseigner la morale. En 1694, il le désigna pour Lyon, mais M. Brnyas ne put y arriver que vers la mi-janvier de l'année suivante. Il alla en 1690 à Autun, et t'est \X qu'il mourut le 24flécembrel716.
CORRESPONDANGB AVBC LE SBMCNAIRE DE CLERMONT 317
Ne craignez poinl de m'envoyer des lettres mal écrites, et où il y auroil même plusieurs choses effacées et corrigées. Les caractères me paroissent toujours beaux quand ils expriment les sentimens du cœur, et je n*ai jamais de peine à les lire. Ainsi, ne vous mettez nullement en peine de la manière dont vous m*écrivez. Je suis très cordialement à vous.
— L. TRONSOiN.
LETTRE XXVII
A MONSIEUR POMMBYROL
Ce 22 mai 1685.
Je ne vois nulle apparence, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que M. Baudrand puisse retourner à Clermont. Après le mal de tète qu'il y a contracté et dont il ressent des atteintes toutes les semaines, et après la foiblesse d*un bras qui lui dure depuis deux ans, je ne crois pas qu'on lui puisse conseiller de reprendre Tair de la province. Vous savez comment X. Chénart (l) s'en est trouve, et Tétai où il a été réduit pour ne s'en être pas retiré assez tôt. Il est juste de profiler de cet exemple et de ne pas exposer un bon sujet à devenir inutile pour toute sa vie. C'est ce qu'on auroit à craindre pour M. Baudrand, dont le mal dégénéreroil aisément en paralysie. Ce seroit même un sujet de tentation pour plusieurs, qui croiroient qu'on ne ménage pas assez les personnes de bonne volonté, et qu'on ne devroit pas les mettre à de telles épreuves. J'ai pesé long lemps devant Dieu ces raisons avant que d'en parler à Monseigneur de Clermont (2); mais comme
(1) Laurent Chénart, né à Paris en 1625, entré au séminaire de Saint- Sulpice le 29 Juillet 1645, licencié et docteur de Sorbonne en 1654, mort à Paris le 18 février 1704. Il fut, pendant six ans, supérieur du séminaire de Clermont, de 1658 à 1664. C'est lui qui est l'auteur des Méditations sur les principales obligations de la vie chrétienne et de la vie ecclésiastique, qui ont eu plusieurs éditions. V. Bibliothèque sulpicienne, t. III, p. 75-85.
(2) Claude de Saint-Georges, ci-devant Comte de Lyon et député à r.Xssemblée de 1682, lequel, nommé en 1684 évèque de Clermont,
je n*ai point vu d*aulre voie pour le contenter, que de lui donner M. Bardon, nous avons pris enfin la dernière résolution de nous en priver; afin que si le changement en général étoil capable de faire quelque peine au Prélat, il n*en ait nulle, voyant que c*est un changement avantageux à son séminaire. L'expérience nous fera connoitre le mérite et la capacité de la personne, et je m'assure que vous trouverez tous en lui ce que Ton peut souhaiter dans un bon supérieur. Je ne crois pas qu'il puisse se rendre k Glermont que vers le milieu du mois prochain. Je lui en écris aujourd'hui, afin qu'il prenne sur cela ses mesures, el que vons ne demeoriez pas plus long temps sans secours. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout a vous et de tout le cœur. — L. Tkonson.
LETTRE xxviii
A MONSIEUR BARDON (1
24 Juin 1685.
Enfin, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, vous voilà arrivé par la miséricorde de Dieu au terme de votre voyage. J'espère que ce sera pour sa gloire et pour le bien de son
administrait ce diocèse, bien qu'il ne fût ni préconisé par le Pape ni sacré. En 1687, il fut nommé archevêque de Toure ; puis, le 5 septembre 1093, archevêque de Lyon; sacré enfin, le 22 novembre de la même année, au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, et mourut à Lyon, le 9 Juin 1714, âgé de 84 ans.
(1) Gabriel Bardon né à Kspaly-Saint-Marcel qui n'est, en réalité, qu'un faubourg de la ville du Puy, fit ses études ecclésiastiques sous la direction de M. de Lantages au séminaire de cette ville, et y reçut le sacerdoce en 1664. Le 13 Juin de la même année, il fut admis au séminaire de Paris et il y passa deux ans. £n novembre 1666. il alla directeur au séminaire de Limoges qui venait d'être uni à celui de Saint-Sulpice : il y resta huit ans. Élu assistant dans l'Assemblée de 1671 et consulteur dans celle de 1676, il fut choisi par M. Tronson, qui venait d'être élu supérieur, pour le remplacer dans les fonctions de directeur du séminaire de Saint-Sulpice. Il gouverna le séminaire de ciermontde 1685à 1690. Godet des Marais, nommé évêque de Char-
œuvre, et je souhaite qu'il vous y donne autant de paix et de santé, qu'il voit être nécessaire pour Taccomplissement de ses desseins.
Vous ferez bien d'attendre à m'écrire Tétat du séminaire jusqu'à ce que vous en ayez connu le détail. Vous verrez si M. Gay n'auroit point besoin de changer d'air. Il me mande qu*il se rétablit, mais qu'il n'a pas lieu de se promettre une forte santé. Je ne sais sur quoi il se fonde, et si c'est qu'il se sente usé et ayant besoin de repos.
Gomme je crois qu'on n'a guères tenu d'assemblée depuis le départ de M. Baudrand, je vous prie de faire en sorte qu'elles soient rétablies et que l'on y soit exact, aussi bien qu'au reste du règlement. Car, sans cela, il est impossible que Ton ne perde beaucoup de grâces, et que l'esprit de ferveur, de régularité et d'union, qui doit régner particulièrement dans les maisons de Saint-Sulpice, ne s'y aifoiblisse, et qu'avec le temps la désunion ne s'y mette. Vous en représenterez l'importance à nos Messieurs, que vous trouverez assurément très disposés à suivre vos avis.
Je crois que vous ferez bien d'écrire à M»"^ de Clermont. 11 réside présentement à Saint -Germain, pour commencer, cette semaine, à assister à l'Assemblée du clergé.
De quelque manière que vous puissiez vous défaire de votre cheval, la perte ne sera pas bien grande.
Je suis de cœur tout à vous. — L. Tronson.
Le séminaire se purge par la grâce de Noire Seigneur, et je crois qu'une ou deux purgations qu'on fera bientôt et qui
très, obtint alors que M. Bardon l'aiderait pendant un an dans l'administration de son diocèse, puis qu'il lui succéderait dans la direction de Madame de Maintenon. C'était plus qu'il n'en fallait pour lui faire regretter les occupations qu'il avait à Clermont. Il y fut donc renvoyé au mois d'août 1692, mais il mourut presque aussitôt après son arrivée. On lit, en effet, dans les registres de la paroisse de Saint-Bonnet, unie au séminaire de Clermont : « Le 10 août 1692, M. Gabriel Bardon, prêtre de Saint-Sulpice et supérieur du séminaire de Clermont, est décédé à 5 heures du soir, muni des sacrements. Il a été entend dans la chapelle de l'Intérieur de Notre Seigneur ». V. dans la Vie de M. de Lantages, une Notice sur M. Bardon, p. 429-445.
sont encore nécessaires, lui rendront sa première santé. G est ce qui me donne de la joie, de voir diminuer notre nombre et augmenter la paix.
LETTRE XXIX
25 Juin 1685.
Je ne sais pas, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, si c*est par esprit de prophétie que l'on vous a dit que vous deviez quitter Clermont. C'est ce qui ne m*a pas encore été révélé, et je n*y vois pas, jusqu*à cette heure, assez de fondement. Si, pour votre santé, vous aviez besoin de changer d*air, la prophétie seroit bientôt accomplie; et comme ce ne seroit que pour venir ici et vous y donner de remploi, vous y auriez la consolation de n'y pas être inutile. Mais il faut que Dieu parle pour faire ces changemens. Tenons-nous prêts, de notre part, à tout; indifférents pour toutes sortes d'emplois et de lieux, et uniquement attachés à sa très sainte volonté : il la fera connoitre dans son temps. Cependant ménagez-vous un peu : car, on croit que le trop de travail vous a fait tort, et vous ne sortiriez pas peut-être à si bon marché d'une seconde rechute. Consultez M. Bardon et suivez ses avis, afin que vous n'ayez rien à vous reprocher, et que vous preniez tout le repos dont vous avez besoin. Vous nous êtes trop cher pour ne pas prendre plus d'intérêt que personne à votre santé. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XXX
A MONSIEUR BRUYAS
Ce 19 décembre 1685.
Je ne m'étonne pas. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que l'on ait peine à connoitre votre mal. Cette forte et continuelle application où vous êtes porté, et par nature et par grâce, ne peut qu'y contribuer beaucoup; et c'est ce qui
passe la science des médecins qui ne trouvent point ces sortes de maladies dans Galien ni dans Hippocrate. Le grand remède, c*est l'abandon à Dieu et le repos.
La pensée, que vous serez inutile à la maison dans cet état, est une tentation dont il faut vous défaire. Ceux qui souffrent y servent pour le moins autant par les grâces qu*ils attirent sur ceux qui travaillent, que ceux qui agissent; et comme la joie des saintes communautés doit être d exprimer Jésus- C^hrisl dans s^s différens états, je regarde comme une bénédiction de Dieu sur la nôtre et comme une consolation très grande, qu'elle participe dans ses sujets malades à sa vie souffrante, aussi bien qu'à sa vie agissante dans ceux qu'il apl»elle à Faction. Ainsi, mon cher Monsieur, ne vous inquiétez point de votre inutilité apparente. Ce n'est que le monde qui juge de la sorte. Souffrez en paix et eu union à Notre Seigneur, et vous ferez beaucoup devant Dieu, soit pour vous, soit pour les autres^ puisque vous ferez dans cet état tout ce qu'il demande de vous. Jamais le Fils de Dieu ne parut plus inutile dans le monde, selon le jugement de la prudence humaine, que lorsqu'on le vit attaché à la croix; et cependant jamais il n'a tant fait pour le monde et jamais il ne lui a mérité tant de grâces, il me semble que nous devons juger des membres par rapport au chef; et, pour moi, je regarderai toujours comme une grâce très grande que Dieu fait à la maison, lorsque, en lui donnant des sujets qui travaillent à Taccomplissement de son œuvre, il lui en donnera en même temps qui travaillent à accomplir ce qui manque à la Passion de son Fils. C'est là l'unique vue que j'ai pu avoir sur l'état de votre infirmité; et quelque longue qu'elle puisse être, je bénirai sa Providence qui a bien voulu attirer ici des personnes qui souffrent assez chrétiennement pour nous faire considérer en eux l'image de Jésus-Christ souffrant. Adimpleamus ergô quœ désuni passionum Chriati in carna nostra, mortificaiionem in cor pore nostro circumferentea, ut et vita Jesu manifestetuv in carne nostra mortali (Goloss. 1, 24; II Cor. IV, 10). Au reste, soyez persuadé que je n'ai jamais été plus à vous qu'à présent. — L. Tronson.
Mi LIVRE QUATRrKMR
LETTRE XXXI
A MONSCBUR BARDON
Ce 14 Janvier 1686.
Si toutes les grâces et toutes les bénédictions que je vous souhaite tombent sur vous, vous en aurez bonne provision pour cette année et pour les suivantes. Je vois que le lieu où vous êtes vous fournit de l'exercice, et que vous avez besoin que Dieu vous soutienne : mais j'espère qu'il le fera, et que les difficultés de réduire les choses au point que l'on peut désirer ne vous décourageant pas, vous les mettrez en élat, avec le temps, que Dieu en tirera sa gloire.
L'exactitude du Prélat (i) pour l'ordination vous donnera des séminaristes plus savans. Il n'y a pas sujet d'accuser le séminaire, si l'on trouve beaucoup d'ignorance dans ceux qui y entrent sans aucun principe et sans savoir même le latin. Ce que vous avez répondu est fort juste, et l'on en doit être satisfait.
On ne croit point qu'il soit à propos de parler à Monseigneur de Clermont des offices de Vlntérieur et des Saints- Prêtres (2). Comme vous êtes en possession de les faire, et que vous en avez la permission de son prédécesseur, il ne sauroit trouver mauvais que vous continuiez cet usage jusqu'à ce qu'il s'en explique. Que s'il vous témoigne qu'il en a de la peine et qu'il souhaite qu'on ne les fasse plus, vous lui obéirez sans réplique. Comme il n'aime que ce qui porte l'air d'antiquité (3), je me persuade assez qu'il ne les approuveroil pas
(1) Claude de Saint-George.
(2) Le titre liturgique de ce dernier offlce est celui-ci : lu fvsio divini Sacerdotal). N. J. C. et oumium sanctorum Sacerdotum ac Levitarum.
(3) Chanoine-Comte de Lyon avant son épiscopat, Claude de Saint- George avait sans doute puisé ce goût de l'antiquité en matière liturgique au chapitre de Saint-Jean, si lldéle conservateur de ses vieilles traditions, et dont s. Hernard disait dans sa lettre aux Chanoines de Lyon : Infor cccfosias Gafli'a* roustal profecto Lvgdunensem hac-
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE CLERUONT 3^3
aisément. Mais peut-être ne voudroit-il pas paroilre iniprouver la conduite de son prédécesseur, et qu'il n en dira mot. Vous aurez toujours de quoi justifier votre conduite, ayant trouvé cet usage établi.
Je ne ni*étonne pas que plusieurs se soient retirés du séminaire dans la crainte de Texamen. Il y a apparence que la manière dont on le fait et Texactitude qu*on y observe, diminuera à l'avenir le nombre de vos séminaristes. Si vous en avez moins, vous aurez la consolation d'en avoir de meilleurs.
C*est une chose fâcheuse que tant de monde monte dans les couroirs; mais la difficulté d'y remédier, après un si long usage, est encore plus fâcheuse, car c*esl soulever bien des gens, et dedans et dehors. C'est ce qui doit faire prendre garde de près aux coutumes qui s'établissent dans les provinces; car, à moins qu'on y remédie d'abord, — ce qui se feroit sans peine, — il y en a de très grandes à les arrêter dans la suite.
Je vous prie encore d'avertir nos Messieurs de rimporlance de ne se rendre pas trop faciles pour ceux qui se doivent présenter aux ordres. Ce que le Prélat a témoigné dans l'examen des ordinands et qui est marqué dans le résultat dé votre assemblée, les doit obliger à avoir sur cela beaucoup de réserve, pour ne se pas ruiner de réputation dans l'esprit du Prélat et ne se rendre pas inutiles dans le diocèse. Il faudroit, pour éviter ce malheur, agir tous de grand concert, ne point chercher à favoriser personne, suivre pour tous les règles du
tenus prœeminuisse, sicut dignitate sedis, sic laudabilibus iris* titutis. Vbi etenim seque viguit disciplina! censura, maturitas consiiiorum, auctoritatis pondus, antiquitatis insigne? Pnesertim in ofpciis ecclesiasticis haud facile unquain repcntinis visa est novitatibus acquiescerc, neo se aliquando juvenili passa est decolorari levitate ecclesia plena judicii (Epist. CLIV Ad canonicos Lugdunenscs ; Oper, éd. Tened,, t. I, p. 169). Et en 17€8, Collet, dans son Traité des Saints-MystèreSy résumant ces paroles par ces quatre mots: Ecclesia Lugdunensis nescit novitaies, ajoutait : « On n'y connoît ni orgue, ni musique ». U n'en est plus de même aujourd'hui, et depuis longtemps.
saint concile de Trente, et n^admeltre dans le séminaire, autant qu'il se peut, ou au moins ne présenter personne à Monseigneur pour Texamen, qu*on ne croie probablement pouvoir être admis. Ce sont des avis que vous donnerez k nos Messieurs de ma part.
Je suis cordialement tout à vous. — L, Tronson
LETTRE xxxn
A MONSIEUR BARDON
18 août 1687.
Je ne doute pas, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que votre charité ne vous ait fait prendre beaucoup de part et à ma maladie, et à ma guérison. Je sens ma santé se fortifier de jour en jour, et il n'y a plus qu*un peu de foiblesse qui me reste, qui me fasse apercevoir que j*ai été malade. Car, du reste, je puis dire que je me porte beaucoup mieux que je ne faisois auparavant. Quelque obligation que j*en aie aux remèdes de M. Helvétius (i), je reconnois assez que c*est un effet des prières de ceux qui, s'étant intéressés à ma maladie, ont eu recours à Dieu et ont attiré sa bénédiction sur les remèdes. Comme je sais que vous y avez une bonne part, il est juste que j'emploie les premiers momens de la liberté que j'ai présentement d'écrire, à vous en témoigner ma reconnoissdnce, et à vous prier de demander à Notre Seigneur que la vie qu'il me redonne ne soit employée que pour sa gloire et pour le bien de son œuvre. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, beaucoup plus que je ne vous puis dire, tout à vous. — L. Tronson.
Je salue tous nos Messieurs, et leur suis infiniment obligé des prières qu'ils ont faites pour nous.
(1) Adrien Helvétius, né à La Haye vei*s 1661, vint s'établir à Paris sous Louis XIV, et mourut le 20 février 1727, âgé de 65 ans. V. Mémoires de Saint-Simon, édit. Boislisle, t. VIII, p. 92-94. Claude- Adrien Helvétius, le trop célèbre auteur du livre de L'Esprit, était son petit-flls.
C(»RRESrOiNDANCl!: AVEC LE SÉMINAIRE DE 'CLERMONT 3^5
LETTRE XXXIII
A MONSIEUR BARDON
Ce 6 janvier 1688.
Monseigneur de Clermonl (1) me rendil hier une ample visite, où il me parla fort de vous. Les rapports qu'on lui en a faits sont très avantageux, et ils lui ont fait une si bonne impression, quMl me fit promettre que je ne vous ôterois point de Clermont. Vous y faites trop de bien pour ne pas répondre à ses désirs, et je crois que vous aurez le moyen d*en faire encore davantage, sous un prélat si honnête, si cordial et si bon, et sous lequel je pense que vous pourrez agir avec plus de liberté qu'avec son prédécesseur. La résolution qu'il a prise de se retirer au séminaire, les premiers mois de sa résidence, vous donnera peut-être un peu d'embarras pour le logement; mais c'est une chose qu'on ne peut pas lui refuser; et même je crois qu'elle pourra être utile, en lui donnant plus d'occasions de prendre en vous toute la confiance qui est nécessaire pour le bien du séminaire et de tout le diocèse. Il prend ses mesures pour être à Clermont vers le commencement du carême; vous prendrez les vôtres afin (ju'il trouve son appartement préparé. Il m'a dit qu'il enverra de quoi le meubler. Il a parlé au R. P. de la Chaise pour les exilés (2); et il est résolu d'en parler lui-même au Roi qui,
(1) François Bochart de Saron de Champigny, nommé évêque de Clermont en 1687, sacré le 31 août 1692, mort à Clermont le 11 août 1715. Cfr. Lettre inédite de Bourdàloue à François Bochart de Saron, évêque de Clermont, publiée et annotée par le P. Henri Chérot; Paris, 1899, in-S», p. 7-29.
(2) Ces exilés étaient M. de Cliampflour, alors doyen du Chapitre de la cathédrale de Clermont, et un chanoine du même Chapitre. Voici à quelle occasion ils encoururent cette peine imméritée. Ce fut au mois d'octobre 1687, lorsque le siège de Clermont était vacant par la nomination de Claude de Saint-Georges à l'archevêché de Tours, et que la régale était ouverte, l-n canonicat étant venu à vaquer, un homme de condition, parent de M. de riiampflour, obtint le suffrage du roi pour
3^0 * LtVHB QUATRIÈME
apparemmcnl, ne lui refusera pas la grâce de les faire rappeler de leur exil, el de lui donner cette consolation qu'il souhaite, de les emmener avec lui dans son diocèse. Je suis toujours tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXIV
A MONSIEUR UARDON
Ce 17 juin 1688.
.Pai été bien aise que vous ayez accompagné MM. de Fénclon et Langeron(l). J'en témoignai ma joie à M. Leschassier qui me le dit et qui aura pu vous en écrire. C'est un petit soulagement qui ne peut être que bon pour votre santé, et que je trouve si peu contre l'ordre, que je vous conseilce h{'Miêflce. M. (Jean-Haptistc Desinaretz) de Vauhourg, alors intendant de la province (rAuvergne (1C87-1691), lit convoquer le Chapitre afln de proposer, ou plutôt de nommer celui qui avait eu le suffra^re du Roi. D'un autre côt^», le Chapitre, qui pr(!'tendait avoir le droit et le devoir de voter comme bon lui semblerait et selon sa conscience, jeta les yeux sur un sujet plus digne, « docteur de la Faculté de Paris ». Quand on alla aux voix, M. de Champflour, qui opina le premier, lui donna résolument la sienne. Le chanoine qui opina le second fit de même. Alors, sans attendre le vote d'un troisième, M. fie Vaubourjr dit qu'il voyait bien qu'il y avait une cabale formée dans le Chapitre l>our s'opposer à l'intention de Sa Majesté, mais qu'il en écrirait incessamment au Roi, ce qu'il lit; et, en moins de quinze jours, M. l'abbé Champflour recrut une lettre de cachet qui le reléguait en Normandie, en un lieu appelé Pontorson, aujourd'hui chef-lieu de (Vinton de l'arrondissement d'Avranches, dans le département de la Manche. Le chanoine qui avait opiné comme M. de Champflour eut le même sort. Ils demeurèrent l'un et l'autre six mois dans leur exil; après lequel temps ils furent rappelés et reprirent leurs fonctions à l'ordinaire, M. de Champflour faisant toujours l'admiration de tout le monde par la régularité de sa conduite.
(1) François Andrault de Langeron, un des plus chers et des plus fldèles amis de Fénelon, l'accompagna en 1686 dans les missions du Poitou. Nommé en IGSO lecteur du duc de Hourgogne, il fut, au mois de juin 1698, disgracié comme tous les amis de Fénelon. 11 le suivit à Cambrai, et y mourut le 10 novembre 1710.
COHUESPONDANCË AVEC LE SÉHINAIHE DE CLEUMONT 327
icrois d*en faire de même de lemps en temps si roccasiori s'en présentoit. On sait assez le besoin que vous avez de repos pour n*étre pas mal édifié de ce peu que vous en prenez. Si c*éloit dans des rencontres prévues ou pour un tcrnps considérable, je sais bien que vous ne manqueriez pas d'en écrire auparavant.
Le succès de votre dernier examen pour Tordination vous doit consoler. J'en ai remercié Notre Seigneur avec d'autant plus de ressentiment, que cela vous doit donner plus de courage pour continuer à soutenir les fatigues et les peines de la supériorité. Je doule fort si vous vous porteriez mieux quand vous l'auriez quittée, surtout ne me paroissant nulle marque de la volonté de Dieu pour faire ce changement. Il donne bénédiction à votre travail, tout le monde y est content de vous, vous ne pourriez quitter sans faire peine k bien des gens et surtout au Prélat; vous vous trouvez dans des conjonctures fâcheuses et ditliciles, d'où un autre que vous auroit peine à se démêler; et après tout, nous n'avons personne maintenant qui put bien remplir cette place. Uuand vous viendrez à faire devant Dieu une sérieuse atten^ lion à toutes ces choses, vous ne douterez pas assurément qu'il ne vous veuille dans le lieu où vous êtes, et vous auriez scrupule de le quitter, quelque désir que vous en ayez, à moins qu'il ne donne d'autre marque de sa volonté. Je suis très persuadé que c'est un emploi fort difficile et qui vous est une pesante croix; mais je ne le suis pas moins que c'est .Notre Seigneur qui vous l'impose; et qu'ainsi, et vous et moi devons attendre en paix qu'il nous donne quelqu'un qui soit capable de soutenir le poids que vous portez.
L'examen des ordinands que l'on a refusés auroit pu faire parler, si vous l'aviez fait en particulier; et c'est une bonne et sage précaution que vous avez prise, de prier M. le Grand Vicaire d'y être présent.
Vous devez avoir présentement avec vous M. de Champflour. Nous lui avons fait ici louto l'amitié et tout le bon accueil que nous avons pu. Je crois aussi qu'il en sera content. Il n'y a nulle diflicuKo qu'il demeure au séminaire sur le même
3^ LIVH£ QUATRIÈME
pied qu'il y étoil avant son exil, comme on n'en a fail aucune pour le recevoir ici à son retour avec la môme cordialité. Je suis très satisfait de ses dispositions, et il me semble que l'ouverture de cœur a été entière de part et d'autre. Je lui ai dit, sur le sujet qui a donné lieu à son éloignement, qu'il de voit se tenir eniièremenl en paix pour le passé : que, pour l'avenir, s'il se présenloit une pareille affaire, je lui conseillois de s*absenter si la personne que le Roi nommoil étoit indigne; mais que, si elle et oit digne, de ne faire nulle difiiculté de la nommer, puisqu'elle seroit toujours plus utile à rÊglise, qu'une autre plus digne dont le Roi ne voudroit pas.
.le lui ai conseillé aussi d'examiner avec vous s'il v auroit quelque moyen de se défaire peu à peu de Texamen des Religieux; car il est impossible qu on ne les mécontente, et que tôt ou tard le séminaire ne s'en ressente. Si cependant il ne peut raisonnablement le refuser, il doit insister à ce qu'on lui donne pour associés un ou deux vicaires généraux.
Je ne m'étonne pas que Ton soupçonne que les gens vous consultent sur les affaires difficiles; car on sait que vous êtes capable de répondre. Mais comme je suis sur que vous observerez sur cela les règles de la prudence, je ne puis me persuader que ces soupçons aient de mauvaises suites.
Ma santé est assez bonne par la miséricorde de Notre Seigneur; ndn pourtant sans quelque attaque de temps en temps. En quelque étal qu'elle soit, vous me trouverez toujours tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXV
A MONSIEUR PÉROT (i)
Ce 27 août 16H8.
J'ai été ravi, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de
(i) Robert Pérot, du diocèse de Cliartres, admis le 12 janvier 1681 au séminaire de Saint-Sulpice, où il connut M. Bardon qui l'attira en 1686 au séminaire de riermont, alors que M. Pérot n*6talt encore que sous-
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DK CLERMONT 3211
voir dans votre lettre les bonnes dispositions que Dieu vous donne. S*il vous continue cette bonne volonté pour le séminaire et Taltrait pour les fonctions que Ton y fait, vous n'y manquerez pas d'occupation; car je suis persuadé que vous vous acquitterez bien des emplois qui vous y seront confiés. L'économie n*est pas un des plus faciles. Car, outre la grande application et la vigilance continuelle que demande la multitude des détails dans lesquels il faut entrer, il y a beaucoup à craindre, ou que Ton ne se dissipe trop par la diversité des choses que Ton doit faire, ou que Ton ne se décourage par Timpossibilité de plaire à tout le monde. Les avis de M. fiardon vous préserveront de ces écueils, aussi bien que de la trop grande précipitation à faire les choses. La règle que vous prenez, de ne les faire que peu à peu, remédiera k beaucoup de plaintes. Mais après tout, quand vous aurez agi par obéissance, qu'il vous suffise que Dieu soit content, si tout le monde ne Test pas. C'est là l'unique fondement de notre paix, sans lequel on ne pourroit servir Notre Seigneur qu*Hvec des inquiétudes continuelles. Il est de la charité de ne rien négliger pour ne faire peine à personne, surtout à ceux avec lesquels nous vivons; mais, de croire que Ton puisse y réussir, c'est à quoi il ne faut pas s'attendre, et on ne doit pas aussi pour cela se dégoûter. Continuez seulement; mon cher Monsieur, à chercher k faire bien purement la volonté de celui qui, vous ayant préservé par sa miséricorde infinie de la contagion du monde, et appelé k son service d'une manière si suave, rendra vos travaux utiles à son Église et avantageux k sa gloire, si vous lui êtes fidèle. Je l'en prie de tout mon cœur, et le souhaite avec la même
diacre. On le chai'îrea du soin de la sacristie ; puis, quand il eut reçu Tordre de prêtrise, en 1688, on lui confia l'économie, et il s'en acquitta de telle sorte qu'il mérita de recevoir des compliments de M. Tronson. En même temps, il prêchait dans la chaire de la i)aroisse des prônes tî'ès goûtés et qui lui firent une jrrande réputation. Aussi fut-il très l'egretté à Clemiont lorsque, en 1G90, il se retira dans son diocèse 'lont il devint chanoine. Voir, dans la correspondance de M. Tronson avec divers, la lettre à rahl)é Des Marais datée du lo mars 1691.
330 LtVRË UUATRtÈHE
affection qui me fait élre depuis long temps entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXVI
29 septembre 1690.
Monseigneur,
La bonté que vous m'avez témoignée jusqu'il présent me donne la confiance de vous exposer simplement Tétai où je me trouve au sujet de M. Bardon. M»'* de Chartres, fondé sur la parole qu'il dit avoir de vous, m'a fait des instances très grandes pour l'avoir dans son diocèse, au moins pour six mois; et, de la manière dont il a pris la chose, il m'a été impossible de le lui refuser, après l'assurance qu'il m'a donnée de votre consentement. Monseigneur d'Âutun, d'un autre côté, depuis le premier entretien qu'il a eu avec vous sur le changement qu'il vous a proposé, a tellement avancé les choses à l'égard de M. Rigoley, qu'il est très difficile de reculer. Ces conjonctures. Monseigneur, m'obligent maintenant de vous demander en grâce ce que Mk»" d'Autun a été seul à vous demander d'abord. Ce n'est pas que mon zèle pour votre service et pour le bien de votre séminaire soit diminué, ou que je préfère la satisfaction d'aucune autre personne a celle de Votre Grandeur; c'est uniquement l'état présent des affaires qui m'y nécessite, et qui me persuade en même temps que vous ne me refuserez pas d'agréer l'échange de M. Rigoley avec M. Bardon. Je vous le demande, Monseigneur, très humblement et avec toute l'instance possible, et je le fais avec d'autant plus d'assurance, que j'envisage en cela le plus grand bien de votre séminaire; car, sans parler de M. Rigoley qui, outre la naissance et le titre de Docteur de Sorbonne, a beaucoup d'application et d'intelligence pour la conduite des ecclésiastiques, je prévois qu'un séminaire peut beaucoup plus souffrir par l'absence d'un supérieur pendant six mois, que par le changement que je vous propose de faire avant l'ouverture des exercices. Au reste, Monseigneur, lorsque
j'aurai l'honneur de vous parier et que mes incommodités me permettront de vous aller rendre mes devoirs, je pourrai vous dire les motifs qui ont porté M»' d'Autun à vous demander M. Bardon; lesquels M. Leschassier ne vous a pas expliqués; et vous reconnoitrez alors. Monseigneur, que le désir qu'il a d'avoir M. Bardon ne doit point faire croire rien de désavantageux de M. Rigoley (1). Si vous m'accordez cette grâce, ce sera un nouvel engagement de vous témoigner en toute rencontre qu'il n'y a personne qui soit avec plus de zèle et de respect. Monseigneur, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur. — L, Tronson.
LETTRE XXXVII
A MONSIEUR DE'^CHAMPFLOUR
Ce 18 novembre 1690.
Monsieur et très cher en Notre Seigneur,
(ic mot vous sera rendu par M. Rigoley qui va prendre la place de M. Bardon. J'aurois fort souhaité que vous eussiez pu vous dégager des bénéfices et des occupations que vous avez, pour vous renfermer uniquement dans les emplois de votre première vocation; car je suis persuadé que vous auriez fait merveille, soit ici, soit en province, à la tête d'un séminaire. Mais puisque Ton dit que., dans l'état où sont les choses, on ne voit poini d'ouverture pour rompre vos liens, il faut suivre les ordres de la Providence, et tacher de se tenir en paix dans la privation où elle nous met de ce qui nous pareil le plus nécessaire pour le soutien de son œuvre. Je suis au moins sur que vous emploierez tout votre zèle pour empêcher que le séminaire de Clermont ne reçoive du
(1) M. Rigoley ne goûtait pas la morale sévère vers laquelle penohait im peu trop le neveu de Tévêque d'Autun : de là des froissements ou des froideurs, qui déterminèrent le prélat à se séparer de M. Rigoley plutôt que de son neveu. Voir, dans la correspondance avec le séminaire d'Autun, la lettre adressée à M, Rigoley en date du 3 septembre 1600, page 152.
332 LIVRE UtATRIÉME
déchet par le changement du supérieur. Ce qu*il y a de plus important est de maintenir la paix dans la maison et d*y conserver une grande union. M. Rigoley y travaillera de son mieux, et je suis persuadé que vous Vy aiderez beaucoup, surtout dans les commencements, où, n'étant pas encore connu, il pourra avoir plus de besoin de vos avis et de votre secours.
M. Bardon est arrêté pour six mois k Chartres, et Madame de Maintenon nous le demande pour toujours. Chacun tâche ainsi à nous dépouiller. Ce n'est pas le moyen d*étre riches et bien accommodés. Je ne désespère pas encore que vous ne reveniez quelque jour nous aider dans notre pauvreté. Je suis, mille fois plus que je ne vous puis dire, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE xxxviii
A MONSIEUR OAY
Ce 20 janvier 1691.
J*ai peine à croire que M^' d'Autun ait dit chez M. le Chancelier ce que Ton a mandé à Clermont de M. Rigoley. Car, quoiqu'il n'approuve pas peut-être en tout sa morale, qui ne convenoit pas toujours avec celle de M. de Roquette, il m'a témoigné trop d'estime de M. Rigoley pour me pouvoir imaginer qu'il en ait parlé de la sorte. Le scribe y aura pu mettre de son style. Cependant cela ne laisse pas d'être fâcheux, et de donner une idée désavantageuse d'une personne qui, pour faire du fruit dans son emploi, ne doit point passer, au moins devant les gens modérés, pour être relâché dans la morale. Je dis, devant les gens modérés; car plusieurs ont présentement des principes tellement outrés et veulent tellement attirer tout le monde à leur parti en faisant embrasser leur morale, qu'ils se font une dévotion de décrier tous ceux qui n'entrent pas dans leurs sentimens, et de les faire passer pour des gens relâchés et qui ont une méchante conduite. Quoi que Ton dise, pourvu qu'on tienne le milieu et que Ton ne se
porte poinl aux extrémités, il faut laisser dire et travailler en paix (1).
Pour la manière dont M. de La Goutte enseigne de certaines matières en donnant le pour et le contre sans rien décider, je ne crois pas que ce soit là ce que vous trouvez à redire; non plus que la conséquence que Ton en a tirée, qu'on pouvoit donc suivre Tun ou l'autre. Car c'est ce que M. de Sainte-Beuve même (2), professeur de Sorbonne, a enseigné touchant certains cas obscurs. J'en pourrois nommer plusieurs autres; mais je ne rapporte que celui-là, parce qu'il n'a pas eu la réputation d'avoir une morale relâchée.
Pour l'autre conséquence qu'en a tirée M. Rigoley, et que lui-même vous a dite, comme je ne crois pas qu'il en ait voulu faire une règle générale, je ne voudrois pas aussi condamner un confesseur d'avoir trahi son ministère, qui,
(1) La lettre de M. Tronson à M. Higoley, du 23 Janvier 1691, révèle « Poecabion > qui paraît avoir fait « soupçonner sa morale » : « La sentence d'un juge qui condamne une personne à payer les intérêts, peut être un titre sufllsant pour les retirer quand on a prêté son arjjent de bonne foi, et que celui à qui on Ta prêté refuse de le rendre, quoiqu'il le puisse. Car alors il est in morà cuipabili, et c'est in pœnam que le juge le condamne aux intérêts. Que si celui à qui on a prêté n'est point iii mord cuipabili, n'ayant pas, par exemple, le moyen de payer, et que celui qui a prêté ne souffrît point de dommage, Je ne croirois pas qu'il pfit en conscience exiger les intérêts, même après la sentence du Juge ». (Aujourd'hui, plus d'un théologien, peut-être tous trouveraient cette dernière décision beaucoup trop sévère). < J'espère, ajoute M. Tronson, que leurs soupçons se dissiperont aisément quand ils vous auront connu ».
(2) Jacques de Sainte-Beuve né à Paris le 20 avril 1613, docteur de la maison et société de Sorbonne en 1638, enseigna la théologie l'espace de onze ans. Ayant refusé de souâcrire à la condamnation d'Arnauld, il fut privé de sa chaire en 1658. Plus tard cependant il souscrivit le Formulaire d'Alexandre VII. Il mourut à Paris le 15 décembre 1677. Après sa mort, son frère Jérôme publia ses Résolutions de plu- Heurs cas de conscience» touchant la morale et la discipline de ('Église; Paris, 1689-1704, 3 vol. in-4». V. Jacques de Sainte-Beuve, docteur de Sorbonne et professeur royal; Étude d'histoire privée^ contenant des détails incon)ius sur le premier jansé^ ni.<mc ; Paris, 1865, in-12.
334 LIVUB QUATRIÈME
dans un cas particulier et extraordinaire, où il verroit qu'il exposeroit le salut de son pénitent en voulant Tobliger à suivre une opinion à laquelle il se serait déterminé cum formidine opjioaiti (ce qui est inséparable de Topinion), lui diroit qu*il peut suivre Tautrc dans les circonslanccs où il se trouve. Je ne vous dis ceci qu*en général, parce qu*un plus grand détail demanderoit trop de discours.
Pour ce qui est de M. de la Barmondière, je n'avois point OUI dire que Ton se fût plaint, ou que Ton eût trouvé à redire de cequ*il parloit contre la morale sévère. On ne Taccuse pas ici d*avoir une conduite relâchée, et s*il a parlé comme vous dites, il faut qu*il y ait eu quelque raison particulière qui Ty ait obligé. Comme je ne sais pas ni où cela peut être arrivé, ni à quelle occasion, je ne puis aussi vous en rien dire de particulier. Quelquefois il est nécessaire de parler contre la morale relâchée; mais d'autres fois il n'est pas moins nécessaire de parler contre la morale trop sévère. Ceux qui parlent ont leurs raisons, que souvent ceux qui écoutent ne savent pas; et je ne vois pas pourquoi on se formaliseroit ni de l'un ni de l'autre, quand on fait son devoir. Je crains qu'il n'y ait eu en cela de la tentation, et que ceux qui en ont eu de la peine ne soient un peu attachés à leur sens. Quoiqu'il en soit, je dois vous dire que l'on ne peut trop veiller pour prévenir ces sortes de peines, qui divisent souvent les communautés et y sont des semences de division.
On ne peut que trop approuver le désir que vous avez, que l'on fit les choses avec exactitude et que l'on agit sur de bonnes règles; mais de vouloir que ceux qui ont droit de donner des avis ne parlent ni contre la morale relâchée, ni contre celle qui est trop sévère, c'est, à mon avis, en vouloir trop. Il est vrai qu'il ne le faut point faire sans nécessité; mais ce n'est pas aux particuliers, qui ne savent pas les besoins, à en juger. Je vous parle ici librement parce que je ne parle qu'en général, et je n'ai en vue aucune personne sur qui cela tombe, M. de la Barmondière ni vous ne m'en nommant aucune.
Il ne me reste qu'à vous assurer que je n'aurai point de
plus grande joie que de savoir que la charité, Tunion et la paix régnent dans la maison, et que vous me trouverez toujours très disposé de vous donner des marques de la sincérité avec laquelle je suis de cœur, beaucoup plus que je ne puis vous dire, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXIX
A MONSIEUR DE CHAMPFLOUR
26 janvier 1691.
On auroit fort souhaité ici que la Providence de Dieu vous eut donné quelque moyen pour rompre vos engagemens et pour revenir au séminaire; mais puisqu^on n'y voit nulle ouverture, il n'y a pas d'apparence que vous puissiez refuser le grand vicariat si M^i'de Clermont le désire et que l'on vous y engage. Nous vous Tavions déjà mandé au commencement de Tannée dernière, et comme les circonstances où vous vous trouvez sont à peu près les mêmes, nous ne voyons point aussi d'autre résolution à vous donner.
Je suis bien aise que Ton soit content de M. Rigoley pour la conduite du séminaire. Il est extraordinairement regretté à Autun où il étoit fort aimé et dedans et dehors la maison. Nous n*y avons point encore donné de supérieur, parce qu'il en faut trouver un qui agrée au Prélat et qui convienne avec le neveu (1).
Je suis toujours avec une affection sincère et une cordialité aussi grande que jamais. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, toul à vous. — L. Tronson.
(1) M. Tronson parvint enlln à résoudre ce double problème, en envoyant à Autun comme supérieur M. Le Vayer de Bressac. Voir la correspondance avec le séminaire d* Autun, page 156.
LETTRE XL
Ce 28 février 169] .
J'ai reçu votre lettre du iO* de ce mois. Elle contient les raisons qui peuvent excuser M. de Fontenoy (1), et quelques maximes qui sont très belles, mais qui, étant quelquefois mal entendues, ne laisseroient pas d'avoir de dangereuses suites.
Quant aux raisons dont vous vous servez pour Texcuser, la meilleure est sa bonne intention et sa bonne volonté dont je suis très convaincu ; mais les autres ne me contenteroient pas. Car pour avoir montré son prône k M. Champflour, cela ne le justifie pas, si son zèle lui a fait ajouter des choses que M. Champflour n'auroit pas approuvées. Ce que vous dites, qu'il peut se corriger s'il a avancé quelque chose de Irop fort est très vrai, et on ne doute pas môme qu'il ne fût très disposé à le faire. Mais cela n'empêche pas que l'on ne craigne avec sujet, que son zèle ne le porte à faire de pareilles échappées et k se servir d'expressions outrées, dont on n'a point accoutumé d'user dans Saint-Sulpice. Ce n'est pas que j'estimasse moins sa personne s'il était hors du séminaire; mais, étant dans le séminaire, je voudrois qu'il fut plus modéré, suivant l'exemple que nous en ont donné nos Pères, et qu'il ne se donne pas la liberté d'avancer les choses qu'il lui plairoit, sur ce seul fondement, que l'Ëglise ne les condamne pas et qu'il y a des auteurs qui les enseignent. Car, sur ce principe, on introduiroit des sentimens bien dange-
(1) Toussaint Fontenoy lut envoyé à Clermont en 1688 pour y enseigner le dogme. Il réussit d'abord assez bien, et gagna par ses prônes la confiance des paroissiens; mais son enseignement ne tarda pas à déplaire, et après plusieurs avis donnés avec beaucoup de charité et reçus en esprit de docilité mais sans amendement, il fut jugé impropre à l'enseignement, et rappelé à Paris au carême de 1691. M. Fontenoy entra ensuite dans la communauté de la paroisse Saint-Sulpice, où il se rendit utile surtout par ses instructions.
reux et des maximes qui ôteroient bientôt la subordination et la dépendance qui entretient Tunion et la paix dans la maison.
11 est bien vrai, comme vous dites, que Ton ne doit pas condamner ceux que TÉglise ne condamne pas. C'est une maxime que je trouve admirable; mais ce nVst pas k dire que, quoique Ton ne condamne pas une personne, on doive le souffrir dans un séminaire, lorsqu'il y enseigne des choses qu'on n*a pas accoutumé d*y enseigner, et qu'on ne croit ni utiles ni édifiantes. Je mets au nombre de ces choses la réprobation négative en vue du seul péché originel. M. de Fontenoy peut en croire en son particulier ce qu*il lui plaira. Il ne croira rien en cela que ce que plusieurs personnes savantes et pieuses ne croient; mais on ne doit point, à mon avis, le lui laisser enseigner dans le séminaire; car je n'en vois pas le fruit.
T/autre maxime générale que vous avancez n'est pas moins belle. Je croirois, dites-vous, que, dans la diversité des sentimens que l'Église souffre, ou sur lesquels les auteurs sont partagés, on doit conserver Tunité de la charité et se supporter les uns les autres. Cela est vrai. 'Mais je ne sais^ si vous étiez chargé d*un séminaire, si vous vaudriez souffrir que l'on y enseignât toutes sortes d*opinions, soit de spéculation, soit de morale, que l'Église n*auroit pas condamnées. Ce seroit le moven de le ruiner bientôt.
Je me suis un peu étendu sur ceci parce que je vois que, sous ce prétexte, on pouPPoit introduire mille nouveautés dans la maison, et y souffrir des choses qui n*y ont jamais été tolérées. Pour moi, je me trouve très bien de suivre les voies que nos Pères nous ont tracées. J^espère aussi que vous ne vous en écarterez pas, et que ce n'est que la compassion que vous avez de M. de Fontenoy et votre charité, qui vous a fait écrire tout ce que vous mandez à son sujet.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
338 LIVRE QUATRièlfB
LETTRE XLI
6 septembre 1691.
Je ne sais quels principes M. X. a pour le confessionnal, mais il est trop facile pour les ordinations. Je conviens avec vous que c est un des plus grands défauts qui puissent être dans un directeur de séminaire; car rien n*y est plus important que Texactitude sur cette matière, pourvu que ce ne soit pas une exactitude outrée. II y a plus de 40 ans que j en suis très convaincu. La difficulté est d*en faire Tapplication dans les diocèses où la disette des ouvriers oblige quelquefois d'user de quelques adoucissemens, pour pourvoir aux besoins des peuples et ne les pas laisser sans pasteurs. Il est vrai que souvent on se relâche trop, et que Tamour qu'on a naturellement pour ses pénitens l'emporte quelquefois par dessus le zèle de la Religion. Si, durant qu'il sera avec vous, vous remarquez en lui quelques maximes d'une morale trop relâchée, il sera utile que vous me le marquiez, afin que, dans le temps, je puisse lui donner les avis qui lui seront nécessaires.
Quelques voyages, soit en Limousin, soit ailleurs, ne sauroient qu'être utiles pour votre santé. Je n'en excepte pas même Saint-Chely. Comme votre vue, dans l'état où vous êtes, doit être de vous guérir, si ce dernier lieu y peut contribuer, vous ferez bien de profiter de la bonne volonté de Madame d'Uzez (1). Je la connois, je connois sa vertu, et je sais comme Ton vit chez elle, et qu'on ne peut qu'en être édifié. Cependant, je ne vous conseillerois pas d'y aller, à moins que vous ne prévoyiez y pouvoir être en liberté et y
(1) Julie-Françoise de Sainte-Maure, tille unique du duc de Montausier et de Julie d'Angennes, née en 1647, fut mariée, le 16 mars 1664, à Emmanuel de Crussol, duc d*Uzès en 1680. Elle devint veuve en 1692, et mourut le 14 avril 1695, âp:ée de 48 ans.
avoir du repos : car ce sont deux choses bien nécessaires aux convalescens.
Je suis. Monsieur et très cher en Noire Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XLll
Ce 26 octobre 1691.
Vous avez très bien fait, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, d*aller voir en Limousin si Tair et les châtaignes, jointes au repos des vacances, rétabliront votre santé et fortifieront voire tète. Vous en aurez grand besoin cette année, parce que M. Rigoley ne retournera pas à Clermont. Et comme nous n'avons présentement personne qui soit en état d'aller prendre sa place, il faudra que vous la remplissiez, et que votre charité prenne le soin de la maison, ut omnia decenil ordine perficiantur in Christo, sans néanmoins prendre trop sur vous, et autant que votre santé vous le pourra permettre.
Cependant, tomme vous avez besoin de quelqu*un pour vous soulager, nous avons la vue sur M. Fénard qui a beaucoup de santé et d'exactitude; qui est capable de travailler, et qui s*est beaucoup humanisé depuis quelque temps. Il partira aussitôt après les fêtes.
Je suis autant que jamais. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XLHI
A MONSIEUR FÉNARD (1)
Ce 26 novembre 1691.
J'ai été bien aise. Monsieur et très cher en Notre Seigneur,
(1) Claude Fénard, clerc du diocèse deTroyes, entra au séminaire de
d'apprendre par votre lettre du 15 de ce mois votre heureuse arrivée à Clermont. Nous avons trop de sujet d'être content de vous pour vous oublier jamais en quelque lieu que vous soyez. J'espère que vous serez partout également fidèle à remplir vos devoirs et à suivre ce que l'obéissance vous marquera, et qu'ainsi nous serons toujours intimement unis en l'amour de Notre Seigneur. Vous avez bien fait de vous adresser à M. Champflour pour vous conduire : vous êtes en bonne main, et je crois que vous serez bien content de sa direction, sous laquelle vous pouvez marcher en sûreté.
11 est de Tordre et de Tesprit de la maison que MM. les Directeurs assistent aux règlemens quand ils le peuvent, et qu'il n'y a point de raison particulière qui les en dispense. II n'y a l"" que la lecture spirituelle dans les séminaires où elle se fait en commun, et où celui qui y préside fait quelques réflexions sur ce qu'on b,1\x;^ le Bréviaire, lorsque Ton jugea propos que les Directeurs se tiennent dans leur chambre pour retenir dans leur devoir les séminaristes qui ne disent point le saint office; ^° les Entretiens, quand on les a une fois entendus — desquels ils peuvent se dispenser. Cependant, pour ne point faire de peine aux autres et pour ne point vous mettre hors d'état de leur profiter un jour, ne faites et ne dites rien qui paraisse trop singulier, et qui pût vous faire passer pour un réformateur. Peu à peu et avec le temps les choses se feront comme il faut. Je serai bien aise que vous m'écriviez de temps en temps ce qui se passe dans le séminaire, comme vous l'avez fait dans votre lettre.
Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement tout à vous. — L. Tronson.
Saint-Sulpice le 18 octobre 1680, et fut envoyé en 1691 au séminaire de Clermont pour remplacer, dans la chaire de Morale, ou des Cas de conscience, M. Gay promu à la charge de supérieur. Étant allé à Paris aux vacances de 1692, il y tomba malade et ne put retourner à Clermont à l'époque de la rentrée. Au mois d'août 1693, et vraisemblablement un peu plus tôt, il enseignait les mêmes matières au séminaire d'Autun, dont il devint directeur du en 1695, et supérieur en 1707, lorsque M. de Sabatier fut nommé évêque d'Amiens. M. Fônard mourut à Autun le 30 juin 1712.
LETTRE xuv
8 janvier 1692.
J'ai revu votre lellre du dernier jour de décembre. II n'y a nul inconvénient qu*on vous regarde comme supérieur: cela ne fera mal à personne et vous donne plus d*autorité. Vous avez bien fait aussi de prendre la chambre, la place et les emplois de supérieur. M. Rigoley est toujours bien incommodé, et il n*y a pas d'apparence qu*il retourne à Clermont, où Tair lui est trop contraire. Ainsi vous devez vous regarder présentement comme étant chargé de tout le séminaire, comme devant veiller sur les besoins de la maison et de tous les particuliers, et comme étant le serviteur de tous : Rectorem ieposuerunt f noli extolli; eaio in illis quasi unus ex tpsts. Curant illorum habe, et omni cura tua explicita recumhe, ut lœteria propter illoa, ut ornamentum gratias accipiaa coronam (Eccli. XXXII, i-3).
Si les changemens que faisoit M. Rigoley, et que vous dites qu il faisoit de lui-même causoient de la peine aux Messieurs, vous ne tomberez pas dans le même inconvénient en réglant les choses dans les assemblées, et ne les déterminant que par leurs avis.
Je suis bien aise que vous soyez content de M. Eyraud. C*est un grand soulagement à un supérieur d'avoir une personne docile qui est prêt à tout, et qui ne refuse aucun des emplois qu*on lui présente. Si M. Ëyraud, avec cela, a de la tête, vous ne vous en devez pas élonner. Il y a assez long temps que vous êtes avec les Auvergnats pour les connoitre.
Il ne me paroit pas que Ton ait raison de dire que Ton gène les pénitens lorsque de cinq directeurs on leur donne le choix de quatre; surtout lorsque le bon ordre le demande, et que le cinquième a d'ailleurs assez de pratiques. Vous ménagerez cependant les choses doucement.
Uuant à vos deux séminaristes qui ont été correcteurs dans
Wk LIVRE QUATRIEME
garde de trop près, pour ne les point laisser entrer dans le séminaire.
Comme M. Bardon avoit plusieurs livres de jansénistes ou des traductions de Port-Hoyal, je crois que M. Gay feroit bien de les retenir dans sa chambre, afin que tous n'eussent pas la liberté de les lire quand ils iroient le voir. Car ce sont des livres où il y a beaucoup k craindre, et où Ton prend aisément des sentimens particuliers et un esprit de nouveauté. G*est à quoi nous devons bien prendre garde suivant Texemple de nos très honorés Pères.
Je serai toujours ravi que Ton soit content de vous, et que vous remplissiez votre ministère par la Hdélité aux emplois que l'on vous donne. Soyez persuadé que vous me trouverez toujours disposé à vous donner des marques de la sincérité avec laquelle je suis entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XLVii
A MONSIEUR DE CHAMPFLOUR
Ce 5 octobre 1692.
Ce que vous me mandez par votre lettre du 29 septembre ne m'a pas beaucoup surpris. J'ai été pourtant bien aise d'apprendre le détail de ce que vous me marquez touchant les opinions nouvelles. 11 y a long temps que je crains qu'elles ne s'introduisent dans les séminaires de Saint-Sulpice, et k moins que, dans les provinces, on ne soit sur cela aussi ferme et aussi exact que nous le sommes ici, le penchant que quelques-uns témoignent y avoir pourroit avoir un jour des suites très fâcheuses. Comme vous vous êtes aperçu du péril, je ne doute pas que vous n'ayez béni Dieu de sa conduite sur celui que vous avez remarqué n'en avoir pas un fort grand éloignement.
Cette affaire m'a donné lieu de faire bien des réflexions sur la conduite que M. Olier, Notre très honoré Père et fondateur, avoit tenue pour conserver la saine doctrine dans la maison, et sur la manière dont il en avoit usé à l'égard
CUKUKSl'ONDANGE AVEC LE SÉMlNAtUE UE CLERIlOMT 345
(les personnes suspectes qui en auroient pu troubler la paix ; et je suis plus convaincu que jamais, que nous n'y saurions prendre garde de trop près; et que si, un jour, Tesprit de division se met dans le séminaire et que la maison se ruine, ce sera par la diversité des seniimens singuliers, et pour n'avoir pas apporté sur cela assez de précaution. J*espère que Dieu aura pitié de nous et qu'il nous préservera de cette zizanie.
Je vois bien que M. Fénard vous seroil utile, et je serois ravi que, dans les conjonctures où nous nous trouvons, il pût retourner avec vous : mais, outre que sa santé ne s'y accommode pas, nous pouvons remplir sa place d'un docteur qui n'aura pas moins d'éloignement que lui des nouveautés, qui n'aura pas moins de zèle et de lidéiilé, et à qui la qualité de docteur donnera plus de crédit. Nous l'avons ici depuis longues années; c'est M. Balsa, qui est habile, bien docile et un très bon sujet, et je crois que vous en serez content. Quelques personnes, à la vérité, soupçonnent qu'il ne sera pas fort agréé à cause de son extérieur et de son accent ; mais il a un fond de grâce qui le fera assurément bien estimer quand il sera connu (1). Nous pourrons même, pour ne vous pas laisser surchargés, y joindre un bachelier qui n'est pas moins exact, et dont on a été ici très satisfait. Si Ton pouvoit ôter toute celte semence et ce germe de nou-
(l) Jean-Pierre de Balsa, d'une famille très honorable du Houergue, naquit en 1660 et entra au Petit séminaire de Saint-Sulpice à Paris en 1680. Docteur de Sorbonne le 18 octobre 1692, il fut envoyé par M. Tronson au séminaire de Clermonl, où, à la conférence des Cas de conscience, il joignit en 1696 le soin des Cérémonies. Il mourut âgé de 40 ans seulement, le 18 juin 1700. M. Gouriou, son confrère, qui, à cette époque, remplissait les fonctions curiales dans la paroisse annexée au séminaire, a inséré un bel éloge de M. Balsa dans le registre des sépultures de S*-Bonnet. De son côté, M. Leschassier écrivait au supérieur de Tulle le 26 du même mois de juin : <i M. Balsa a vécu en saint; il est mort en saint, et après sa mort a été honoré conmae un saint; car presque toute la ville de Clermont est allé lui donner de l'eau bénite, lui baiser les mains, ou lui faire toucher des chapelets ». Cfr. Bibfiothdfiue sulpicicnnc, 1. 1, p. 155.
346 LEVRB QUATRIÈME
veaulé qui a poussé chez vous, on feroit un grand bien au diocèse el à TÉglise. Je bénis Dieu des bons sentimens qu il vous donne, et j*ai toujours beaucoup compté sur vous pour arrêter les malignes impressions de ce poison.
Au reslCj vous m*avez fait plaisir de m*écrire simplement comme vous avez fait, el vous me ferez le plus grand plaisir du monde de nous mander ainsi vos pensées, auxquelles nous ferons toujours une attention particulière, et y déférerons autant qu*il nous sera possible; les seuls obstacles insurmontables qui se trouvent au sujet de M. Fénard nous empêchent en celte occasion de nous rendre à votre désir el de consentir à son retour.
Je suis toujours, Monsieur el très cher en Notre Seigneur, autant à vous et aussi cordialement que jamais. — L. Tronson.
LETTRE XLViii
Ce 8 octobre 1692.
Je vois bien que ma dernière lettre vous a un peu ému. 11 ' ne s*agit poinl de Jansénius ni d*£scobar dont vous me parlez. Je ne sais si Ton vous a accusé à Autun d*étre Escobar; mais j*ai peine à croire que Ton vous soupçonne à Clermont d*élre janséniste, el encore moins d'être trop sévère. On ne m'a rien dit de vos sentiments qui en approche; mais je ne puis m'empêcher d'être surpris de voir, que des avis que je vous ai donnés, el que Ton donneroit à toutes sortes de personnes qui iroient dans un pays tel que l'Auvergne, et qu'ils recevroient avec plaisir, vous aient fait croire qu'on m'avoit fait des rapports propres à vous rendre suspecl. Cela me persuade que vous devez vous défier beaucoup de vos imaginations et ne vous pas trop attacher à vos pensées. Vous m'en expliquez une qui me paroil dangereuse : car vous semblez, hors les choses qui sont de foi, ne vous mettre guères en peine des opinions, soit que l'on tienne l'aftirmative ou la
CORRBSPONDANCB AVKG LE SÉMIMAIRB DE CLERUOKT 347
négative. Cependant il y en a qui, n'étant bonnes qu'à troubler la paix d*une communauté, n'y sont jamais avancées, encore moins soutenues, par les personnes sages et prudentes qui en aiment Tordre et Tunion. Pour ce qui est du tbomisme» dont vous me parlez, je ne puis me persuader qu une personne le voulût enseigner dans une maison où cette opinion ne feroit que du bruit. Ainsi, avec les bonnes qualités que vous prenez, de bon françois et de hon papiste — pour me servir de vos termes, quoique ce dernier mot soit odieux et ne soit en vigueur que parmi les Huguenots — je souhaite que vous fassiez encore paroitre celle de chrétien prudent et docile. Conférez-en avec M. de Champflour et avec M. Gay; et si vous me croyez, vous suivrez leurs avis, si vous ne voulez point vous égarer. Soyez bien persuadé, je vous supplie, que tout ce que je vous écris est pour votre plus grand bien, et dans le désir de vous mettre en état de bien remplir les devoirs de votre vocation, et d'y faire tout le bien que Dieu demande de vous. C'est le désir sincère de celui qui est entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XLIX
Ce 23 octobre 1692.
Je dois vous témoigner. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que je suis fort satisfait de votre dernière lettre. Elle porte le caractère d'un esprit soumis qui ne veut point s'écarter des règles communes, et qui aime l'union et la paix. Tant que vous agirez par ces principes, vous me trouverez toujours disposé à vous donner des marques d'amitié, de cordialité et de tendresse, (elles que je les dois aux personnes que Dieu nous associe pour son œuvre. Mais il ne faut pas aussi que vous entriez dans une certaine délicatesse, qui fasse que vous vous gendarmiez d'abord qu'on vous donneroit quelque avis, vous imaginant que c'est un reproche que l'on vous fait et que l'on condamne votre conduite,
G*esl ainsi que vous avez inlerprété ma letlre du 23 septembre, où je prétendais seulement vous avertir de vous tenir sur vos gardes, pour n*ôtre pas surpris par des maximes que Tonn^insinue que trop dans le temps où nous sommes. Je bénis Dieu des dispositions qu*il vous donne présentement à cet égard, et j'espère qu'il bénira aussi les suites. Tout à vous. — L. Tron-
SON
LETTRE L
A MONSIEUR OAY
Ce 24 novembre 1692.
On est en réputation d'enseigner dans le séminaire de Clcrmont des maximes trop sévères. Peut-être a-t-on cru qu'il étoit utile d'en donner de telles parce qu'on se relâche toujours assez dans la pratique. Mais peut-être n'a-t-on pas assez considéré que c'étoit exposer les séminaristes à se relâcher encore davantage, lorsqu'on auroit sujet de leur faire perdre toute la confiance qu'ils pourroient avoir en leur directeur, en leur montrant que ce qui leur a été enseigné n'est point le sentiment commun des Docteurs, ou au moins que les plus habiles croient qu'on peut suivre le contraire en sûreté. Outre qu'on ne croit pas qu'il soit utile, ni pour la gloire de Dieu, ni pour le bien des âmes, d'exposer des personnes à pécher, en les mettant en mauvaise foi dans des choses qui peuvent être fort innocentes.
Aussi, quoiqu'il soit difficile que les particuliers aient tous les mêmes sentimens sur toutes les questions de morale, on a cru néanmoins que, pour approcher le plus que l'on pourroit de l'uniformité si nécessaire pour conserver le même esprit et l'union des cœurs, surtout entre les membres d'une même communauté, il falloit tâcher d'avoir un traité sur que Ton put enseigner dans tous les séminaires. C'est dans cette vue que l'on a travaillé sur vos écrits, et que l'on a marqué les sentimens que nous avons vu toujours être tenus par nos Pères. Comme nous tâchons de suivre les règles de
CORRBSPONDANCR AVEC LE SEMINAIRE DE CLERMONT 349
conduite qu'ils nous ont laissées, nous tâchons aussi de ne nous point écarter de leurs maximes. Il ne faut pas nous attendre qu*eiies plaisent à tout le monde; mais je crois que c'est à cela qu*est attachée la grâce de Saint-Sulpice; et que nous ne saurions mieux faire que de marcher sur leurs pas.
M. Ëyraud ne seroit-il pas propre pour faire les fonctions de la cure? Je ne sais pas quelles seroient vos vues?
Je suis toujours avec une entière cordialité, Monsieur et très cher en Noire Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Li
Ce 28 mars 1693.
J*ai vu les deux résultats de vos assemblées. Les raisons que vous avez eues pour faire quelque changement aux cérémonies sont très bonnes; mais celle que vous ajoutez dans la lettre que vous m*écrivez auroit dû être mise dans votre résultat, qui est que cette manière de les répéter est plus conforme à ce qu'on pratique à Saint-Sulpice. Car on ne sauroit trop insinuer cette conformité pour conserver, autant que Télat des lieux le pourra permettre, Tuniformité de conduite dans les séminaires, l'uniformité extérieure servant beaucoup pour conserver Tuniformilé d'esprit si nécessaire dans tous les corps.
Je crois que vous faites bien de continuer la possession où est le supérieur du séminaire de faire les fonctions de la cure, et même de les faire faire quelquefois par les directeurs de la maison, lorsqu'il le juge à propos.
On dit que M. Eyraud demande à être déchargé du soin de la bibliothèque. Je ne sais pas s'il vous l'a proposé. Pour soulager celui qui aura ce soin et pouvoir bien répondre des livres qui y sont, il est nécessaire : i"* que personne de la maison n'en emporte jamais dans sa chambre sans votre permission. Si néanmoins vos Messieurs se font une peine d'être obligés de vous la demander, il vaut mieux ne leur point
imposer celle obligalion que de Iroubler la paix; mais il faut au moins 2° les assujettir à n*en point emporter qu'ils ne raient marqué sur un registre, dans lequel on pourra voir ceux qui ont les livres que Ton a tirés de la bibliothèque. 3"" Il faut que vous y fassiez mettre au plus tôt une armoire pour enfermer les livres défendus et ceux qu'il n'est pas à propos qu'ils tombent entre les mains de tout le monde. C'est à quoi vous avez obligation de veiller; et j'ai cru vous en devoir avertir particulièrement, parce que ce sont des choses auxquelles souvent on ne fait pas attention, ou que quelquefois on néglige. On trouve ici bien des inconvéniens à donner les clefs de cette armoire à tous les directeurs : nous vous éclaircirons sur cela une autre fois.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, Eoal à vous. — L. Tronson.
LETTRE LU
A MONSIEUR BYRAUD
22 avril 1693.
J'ai bien de la joie. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, d'apprendre par votre dernière lettre que vous vous êtes enfin résolu d'accepter les fonctions pastorales. Gomme vous renoncez en cela à vos inclinations pour obéir à Dieu et suivre les ordres de sa Providence, je ne doute pas que ce sacrifice que vous lui faites en cette occasion, ne vous attire beaucoup de grâces. Je ne puis vous en souhaiter ni lui en demander pour vous de plus convenable à vos emplois, que les deux que vous me marquez vous même dans votre lettre, qui sont la charité pastorale et la récollection nécessaire à un directeur, afin que l'intérieur ne souffre point de diminution par l'obligation de vaquer aux emplois extérieurs. Comme vous ne sauriez douter que vous n'êtes dans cette obligation que par pure vocation, vous avez tout sujet d'y travailler en paix, dans une entière confiance que celui qui
CORRBSPONDANGR AVEC LE SÉMINAIRE DE GLERMOMT 351
VOUS y a appelé ne vous refusera pas les secours nécessaires pour vous en bien acquitter.
Je suis en lui. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE un
Ce 15 mai 1693.
M. Eyraud ni*a écrit sur ce qui étoit arrivé au sujet de M. Périer(l). Il me marque qu'il avoit parlé, avant que d'aller voir ce malade, à M. Ghampflour qui, sans lui rien déterminer, avoit laissé le tout à sa conduite. Comme c'est une chose faite et approuvée, à ce qu'il dit, du Prélat, il n'y a rien à lui dire pour le passé; mais je lui mande que, pour l'avenir, si pareille chose lui arrivoit, et qu'un malade qui auroit donné des fondemens suffisans pour être soupçonné d'être janséniste, et qui passeroit publiquement pour tel,
(1) Louis Périer, né à Clermont-Ferrand le 27 septembre 1651 et mort chanoine de la cathédrale le 13 octobre 1713, était neveu de Pascal et frère de Marguerite Périer, cette « miraculée » (î) de Port- Royal, sur laquelle M. Élie Jaloustre, membre de PAcadémie de Clermont, a publié une longue et excellente notice (Une nièce de Pascal : Marguerite Périer, d*après des documents inédits; Clermont- Ferrand, Louis Bellet, 1901, in-S» de 76 pages). Conduit à Paris auprès de son oncle dès 1658, Louis Ht sa théologie, de 1675 à 1678, au séminaire de Saint-Magloire, près duquel il était logé ; non loin par conséquent du monastère de Port-Royal, où il allait souvent. Il y suça la doctrine et Pesprit Janséniste, dont il ne se déprit jamais. Partisan du silence respectueux sur le fait de Jansénius, c'est lui — ainsi que je rai raconté aiUeurs d'après un document inédit et entièrement inconnu {Bibliothèque sulpicienne, art. Champflour, t. III, p. 122- 128) — qui donna lieu au Cas de conscience qui fit tant de bruit en 1702, et que le pape Clément XI condamna le 12 février 1703. Lorsque Louis Périer tomba malade en 1693, il habitait avec sa sœur le château de Bier.-Assis, qui était leur propriété, et situé sur la paroisse Saint- Bonnet, aliàs Saint-Ferréol, laquelle était annexée au séminaire (Jaloustre, op, cit., p. 29). C'est ce qui explique comment M. Eyraud,
352 LIVRE QUATRIKMR
demandât les sacremens, il faudroit, avant que de les lui administrer, lui faire rendre raison de sa foi. Et parce qu on pourroit se tromper dans le jugement que Ton feroit de cette personne, il seroit nécessaire de consulter auparavant le Prélat, afin de s*autoriser par son avis, dans les démarches que Ton feroit, qui en ce temps-ci sont fort délicates, et qui demandent beaucoup de prudence pour ne faire, par trop de zèle ou par trop de condescendance, un nouveau scandale.
Votre conduite à l'égard du prêtre dont vous m'avez écrit a été fort sage. Le refus que vous lui auriez fait de lui laisser dire la Sainte Messe auroit eu trop d'éclat pour une faute qui n'étoit pas assez publique. Nous avons plusieurs fois consulté en Sorbonne de pareils cas; et Ton nous a toujours dit que ceux qui refusoient de se soumettre intérieurement pour le fait n'étoient point en état de recevoir l'absolution, quoiqu'il n'y eût pas lieu de leur refuser publiquement les sacremens; et c'est ainsi que, suivant l'exemple de nos très honorés Pères et les sentimens qu'ils nous ont
alors curé de cette paroisse, fut appelé à administrer les sacrements à Louis Périer. On lit dans un fragment « attribué à quelque Jésuite >, intitulé. De Vétat du jansénisme dans la ville de Clermont en 1661, et contenu au recueil de Marguerite Périer, que les Jansénistes « font beaucoup d'assemblées secrètes dans leurs maisons et dans celles de quelques conuuunautés suspectes ; mais le lieu des con venticules ordinaires est la maison du sieur Périer. C'est là qu'ils s'assemblent les dimanches et les Jours de fêtes ; on n'a pas pu Jusqu'ici découvrir quels sont leurs exercices. L'assiduité néanmoins des personnes, le temps qu'ils y emploient, et les précautions qu'ils prennent font conjecturer quelque mystère d'iniquité : il est à croire qu'on y débite les plus belles maximes de la cabale, et que, pour délasser les esprits, on fait lecture de certaines gazettes écrites à la main qui leur viennent règlement deux fois la semaine de la part de leurs confrères de Paris, et qui contiennent les récits avantageux au parti » (Cité par le P. Lelasseur. Mémoires du P. René Rapin, 1. 1, p. 348, note). — Le château de Bien-Assis subsiste encore aujourd'hui; mais la petite église de Saint-Bonnet fut détruite à l'époque de la Révolution. Sur cette église, dans laquelle ftirent enterrés trente-deux prêtres, directeurs ou amis du séminaire de Clermont, voir Vie de M. Olier, par M. Faillon; t. III, p. 373, 374.
laissés, nous en avons toujours usé. Je crois que nous ne saurions suivre de meilleure règle. Vous avez raison de dire que ces sortes d'affaires sont fort embarrassantes; mais il faut aller notre chemin, et laisser crier ceux qui sont prévenus.
Tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE Liv
9 août 1093.
Je vois dans le résultat de rassemblée que vous m'envoyez, que vous avez réduit les répétitions d'oraison à une par semaine après Pâques. J'aurois souhaité que Ton en eùl écrit ici auparavant, comme on le doit faire lorsqu'il s'agit de changer quelque chose au règlement. La raison, que c'est plus conforme à ce qui se pralique ici a quelque apparence; mais ces répétitions sont plus nécessaires dans les provinces qu'à Paris, où les ecclésiastiques demeurant plus long temps dans le séminaire, on a tout loisir de les instruire.
Les RR. Pères jésuites ont eu raison d'être surpris de la conduite de M. Ëyraud à l'égard de M. Périer. Mais ce que je trouve de plus fâcheux est ce qu'il vous a dit, que le fait n'étant point un arlicle de foi, on ne pouvoit pas obliger une personne de s'y soumettre. C'est là le grand principe des Jansénistes et le moyen dont ils se sont avisés pour en soutenir la doctrine. Mais c'est une erreur dont il est important de le détromper. Autrement, il sera toujours en élat de les favoriser, et de faire, dans les occasions, de fausses démarches qui feroient tort à Saint-Sulpice aussi bien qu'à votre séminaire.
Il est important, pour «rintérél de la charité et pour le bien de la paix, de ne donner aucun sujet aux RR. Pères de soupçonner votre doctrine sur le jansénisme et sur les nouveautés. Vous avez bien fait de les désabuser des impressions qu'on pouvoit leur avoir données, ou qu'ils auroient pu
prendre contre vous au sujet de la lecture du Nouveau Testament de Mons (1).
Les livres de M. Dupin ne sont bons qu*à gâter l'esprit; et quand déjà on donne dans des sentiments singuliers, tous ces livres nouveaux de critique ne peuvent que faire beaucoup de tort (2).
Vous pourrez avoir vos vacances en même temps que nous, si vous n'avez point d'ordination au mois de septembre, et que Monseigneur de Clermont l'approuve.
Toul vAtre. — L. Tronson.
LEÏÏKE \s
A MONSIEUR RALï>A
17 novembre 1693.
Je ne vois rien que de bon dans la proposition que vous laites d'apprendre le chant, et j'approuve fort que vous y donniez le temps que vous pourrez prendre pour y réussir, (l'est à celui qui vous le montrera de vous dire si vous y aurez l'aptitude nécessaire, pour n'y point perdre l'un et l'autre votre temps et votre peine.
Il seroit à souhaiter que nos Messieurs eussent recours à celui qui est chargé de pourvoir à leurs besoins. Mais s'ils ont pris l'habitude de faire faire et acheter les choses par les garçons, il sera difficile de les réduire à la règle. Vous ne sauriez pas, de votre part, faire autre chose que ce que vous faites, il faut attendre la visite que l'on fera cette année chez
(1) Le Nouveau Testament de Sotre Seigneur Jésus-Christ, traduit en français selon Véditioa vufgate (par Antoine et Isaae Le Maistre de Sacy, et Antoine Arnaiild), avec les dilférences du grec; à Mons, in-12. Cette traduction fut condamnée par Clément L\ le ::() avril 1668, et mise dans le catalogue de V Index, le 13 janvier 1679.
(2) Louis EUies Dupin, né à Paris le 1 7 juin 1657, a composé quantité d'ouvrages dont plusieurs ont été mis à l'Index. Sa Nouvelle Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques, ainsi que quelques autres ne lîgiirent pas dans la dernière édition donnée à Rome par ordre de Léon XIIî en 1900.
VOUS, pour corriger doucement et eflicacement cet abus^ aussi bien que pour remédier aux autres que vous me mandez. Continuez de me les écrire. Car ce sera le moyen de régler tout sans que vous fassiez aucune peine, et sans que vous vous brouilliez avec personne.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, très cordialement tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LVi
A MONSIEUR GOURtOr
Ce 25 novembre 1G91.
Je n*ai point douté que vous ne fussiez content au lieu où vous êtes, et où Ton aura confiance en vous. Soyez seulement fidèle à ce que Dieu demande de vous dans votre emploi, et surtout à ne vous point arrêter aux réflexions sur les sujets de complaisance et friandises de Tamour-propre, particulièrement quand il s'agira de dévotes. Elles ne manqueront pas de s'adresser à vous; mais si vous me croyez, vous n'en prendrez que le moins que vous pourrez et ne vous attacherez à aucune.
Au reste, je suis bien aise de voir vos dispositions, surtout celle de ne visiter aucune religieuse. Les autres dévotes que vous ne sauriez éviter vous feront perdre assez de temps sans en donner aux grilles (1). Vous l'emploierez trop utilement au séminaire, pour vous en écarter par d'autres emplois éloignés de votre vocation.
Les tendresses que vous me marquez qui sont à éviter quand on parle à de certaines dévotes, vous doivent obliger à beaucoup de précautions et à user de beaucoup de réserve.
(I) Le 20 mai 1699, M. Tronson écrira encore à M. Gouriou : « Je vois que vos dévotes sont faites comme celles de ce pays, et que partout elles incommodent bien leurs confesseurs. Cependant, c'est charité de leur rendre service et de les soulager dans leurs besoins, surtout quand on est dans un emploi qui ne permet pas de s'en dispenser. C'est «n service de patience auquel vous devez être accoutumé ^.
•fô() LIVRE QUATRIÈME
Fortifiez-vous contre cet ennemi par une bonne retraite. Je suis bien aise que vous ayez dessein de la faire dans cet Avent prochain, pour y prendre de bonnes résolutions et vous remplir de grâces. J*espère que votre conduite vérifiera les deux dernières lignes qui sont au bas de votre lettre, et qui me donnent plus de joie que tout le reste. « Je puis vous assurer, dites-vous, que je n'aime gvères ces dévotes : Vive les ecclésiastiques » ! Ainsi soit-il. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE LVII
A monsieur 6AY
Ce 9« mai 1695.
Vous aurez appris par M.Leschassier le sentiment des docteurs sur les propositions de Riom (1), et que M. de Champflour a eu grande raison de les improuver. Il ne pouvoit pas se dispenser, étant vicaire général, d'en donner avis au Prélat. Vous avez bien fait cependant de ne pas suivre le sentiment de ceux qui vouloient qu*on fit quelques démarches contre ces Pères. On ne peut être trop exact et trop fermesur ces matières, mais il faut, autant qu*on le peut, éviter Féclat.
Le bruit commence à se répandre ici que Ton n*a pas assez de soin chez vous des malades, et que le trop grand ménage de l'économie fait qu'on ne leur donne point de petits soulagemens dont ils pourroient avoir besoin. Je crois
(1) Ces « propositions » avaient été extraites d'un Traité de la Grâce dicté en l'année scolaire 1693-1694 par le P. Jean Galipaad, de roratoire, aux élèves du collège de Riom tenu par les pères de cette congrégation. J'ai raconté ailleurs, d'après un mémoire de M. Cluzeau, confrère de M. de Champflour au séminaire de Clermont, toute la suite de cette affaire, dont la conclusion fut l'éloignement du P. Galipaud qui, en 1695, après deux années passées à Riom, fut envoyé à Nevers continuer l'enseignement de la théologie et — vraisemblablement — de son jansénisme. Voir la Notice sur M. de Champflour, dans la Biblinthf^fjnc sulpicicnno, t. III, p. 119-122.
GORRESPONDANGB AVEC LE SÉMINAIRE DE GLERMONT 357
que vous devez y veiller de près, car rien ne seroit plus capable de décourager les sujets. C'est apparemment la maladie de M. Gluzeau(i), et le peu de soin qu'on a de le soulager qui adonné lieu à ce bruit. Le biscuit qu'on envoya acheter en présence de Téconome, et la rôtie au sucre que Ton ne fit pas m*ont étrangement choqué. II est d'une telle conséquence d'effacer des esprits cette mauvaise impression, que bien loin de songer à épargner, il vaudroit mieux, quand vous n'auriez pas de quoi subsister, avoir recours aux emprunts pour soulager les infirmes, et ceux qui travaillent et se consomment dans la maison. Il seroit fâcheux, pour amasser un peu de temporel, de mettre en tentation de bons ouvriers et de les exposer à perdre leur vocation.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, cordialement tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LViii
Ce 16 février 1696.
La conduite de la dévote dont vous m'écrivez me paroit très suspecte, et si elle étoit entre mes mains, je la traiterois comme étant dans l'illusion. Il y a des saintes que les Anges ont communiées; mais pour croire que ce n'est point une imagination ou une illusion, il faut en juger par le reste de la vie; et quand on voit d'autres choses extraordinaires qui leur arrivent et qui tiennent du ridicule, on ne doit agir avec ces personnes que comme avec des personnes abusées. La seule apparition de la dévote de M. Gouriou me pareil si
(1) Jean-Baptiste Cluzeau né en 1668, au diocèse de Limoges, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 21 novembre 1688, avait été envoyé au séminaire de Clermont le 2 novembre 1692. En 1701, la faiblesse de sa santé Poblig^ea à prendre du repos. Il alla au séminaire d'Angers en 1707; puis, en 1719 ou 1720, au séminaire de Bourges, où il mourut le 9 juin 1735, âgé de 67 ans. V. Bibliothèque stifpic/einic.i. I, p. 256, 257.
3o8 LIVRE QUATRIÈME
extravagante, qu'elle seule me suffiroil pour me convaincre que cette àme est trompée. Car je ne crois point que les personnes de Tautre monde s'amusent à envover en celui-ci des gâteaux le jour des Rois, et les deux parts qu'elle en fuit me paroissent encore plus extravagantes. Je n'ajouterois pas plus de foi à ses autres visions, qui me paroissent avoir si peu de vraisemblance, que je ne sais comme des gens sages s*y amusent. M. Ribère a agi en homme prudent quand il a refusé de lui donner une chambre dans son chcîleau; car cela ne pourroit point tourner à son avantage, non plus qu*à celui de M. Champflour que j'estimerois heureux d'en être débarrassé. Vous faites très bien de n'y prendre aucune part; mais je m'étonne que M. Gourion, qui devroit s'être rendu sage par l'exemple de celle qu'il a déjà eue à Glermont, s'amuse encore à celle-ci. Vous ferez très bien si vous pouvez l'en détourner. J'aurois souhaité vous pouvoir écrire moi-même; mais je suis hors d'état de le faire, gardant le lit depuis quinze jours ou trois semaines. S'il arrive quelque chose de nouveau, vous me ferez plaisir de me le mander.
Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE ux
Ce 28 février 1696.
J'ai reçu votre dernière lettre du 23 de ce mois. Elle me confirme dans la pensée que j'avois déjà eue par la lecture de votre précédente, que votre dévote est trompée. Après ce que vous m'avez mandé, il me semble qu'il ne faudroit point d'autre enquête pour être convaincu qu'il y a de l'illusion dans sa conduite, et je plains M. Champflour de ce qu'il s'y amuse, et de ce qu'il y perd du temps qu'il emploieroit plus utilement ailleurs. Je crains même que, dans la suite, sa réputation n'en souffre. Le meilleur, à mon avis, seroit de la renvoyer chez sa mère. Car, si on n'y trouve point d'autre
CUURKSPONDANCE AVEC LE SÉMINAIUE DE CLEliMO^T ^t)9
difficulté que Téclal, cel éclat ne me paroit pas si à craindre que le bruit que pourra faire dans le monde cet amusement d'un grand vicaire. L'avis que vous avez donné, d*assembier quelques personnes expérimentées pour juger de la conduite de la fille étoit, k mon avis, très bon, et on auroit bien fait de le suivre, nonobstant le sentiment contraire. L'autre avis, de ne point prendre Targent qu'on lui apporte de l'autre monde, étoit encore très bon. x\près tout, le gâteau des Rois divisé en deux parts, la Iourte de pigeonneaux, le potage dérobé au séminaire, la communion du diable, sont choses extraordinaires si singulières et dont on trouve si peu d'exemples, que je ne voudrois point d'autre examen pour conclure qu'il y a de l'illusion. S'il se trouvoit quelque mensonge avéré, la tromperie seroit manifeste. Car, pour porter les autres à la dévotion et avoir beaucoup souffert du diable, ce ne seroit pas la première qui auroit trompé le monde par une si belle apparence. L'histoire de celle que rapporte M. Du Val, dans la Vie de sœur Marie de l'Incarnation, en est un bel exemple (1). C'étoit une fille qui avoit beaucoup de visions et de révélations, qui convertissoit les pécheurs, qui les averlissoit, à l'heure de la mort, des péchés qu'ils avoient publiés dans leurs confessions, et qui étoit en telle réputation de sainteté, qu'elle fil faire une procession solennelle H Paris pour apaiser la colère de Dieu. Et après c|ue la tromperie fut connue et qu'elle eut perdu sa réputation, elle se maria contre la volonté de ses parens et fut sur le point de se faire huguenote. 11 y a une infinité d'exemples de filles ainsi abusées, qui ne laissoient pas de porter les autres à la dévotion, et dont le diable se servoit pour en gagner d'autres
(1) La Vie admirable de i^œur Marie de l'Incarnation^ religieuse converse en l'Ordre de Xotre-Dame du Mont Canne l et fondatrice d'iceluy en France y appelée au monde la Damoisellc Acarie, par M. André du Val, Docteur en Théologie, Vnn des supérieurs dudit ordre en France; Paris, 1622, in-8», p, 151-161. On y voit la ruse innocente, mais habile, au moyen de laquelle Marie de incarnation découvrit la curiosité indiscrète et le peu de vertu de la prétendue sainte à révélations.
par ces belles apparences. Je ne veux pas faire jugement de son curé; mais je ne sais s*il n*est point trop simple, trop crédule et trop peu éclairé. Si vous croyez qull soil utile que j'en écrive à M. Chanipflour, je le ferai volontiers.
Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement et très cordialement k vous. — L. Tronson.
LETTRE LX
A MONSIEUa GAY
11 juin 1696.
Il ne suilit pas que le pénitent dont vous m'écrivez dise qu'il condamne les propositions dans le sens que l'Église les a condamnées. Car il n'y a point de janséniste bien instruit qui n'en dise autant, et on ne sait que trop l'équivoque qu'ils renferment sous ceâ paroles. Mais il faut qu'il condamne avec l'Église le sens qu'elle a condamné, qu'elle déclare être celui du livre de Jansénius. Ainsi, quand sa doctrine seroit saine et sa foi pure, il seroit coupable d'une témérité mortelle en refusant de soumettre son jugement au jugement de l'Église. Ainsi, on ne peut croire que cette personne soit en état d être absous, non plus que le confesseur, s'il est dans les mêmes sentimens. J'ai été autrefois dans le même embarras à peu près où vous vous trouvez, et il y a plus de dix ans qu'on me donna en Sorbonne la même résolution que je vous donne.
Quant à celui qui, croyant que les cinq propositions condamnées sont dans Jansénius, ne croit pas que les confesseurs doivent exiger une soumission intérieure là dessus, ni qu'ils soient obligés de refuser l'absolution à ceux qui, étant instruits sur ces matières, ne voudroicnt pas rendre celle soumission k l'Église — il n'est pas lui-même en état de recevoir l'absolution. Je crois que c'est ce que M. Leschassier vous a mandé, après avoir fait consulter en Sorbonne les plus habiles, et c'est aussi la résolution qu'on m'a donnée à moi-même.
Il est vrai qu'on est exposé, quand on tient ferme sur les matières du temps, à être souvent accusé d'aller trop loin; mais cependant il ne faut point s'écarter des règles, et tout ce qu*on doit faire, en tenant ferme, est d'agir d'une manière douce, qui paroisse cordiale, sans s'emporter ni crier contre personne.
Je suis, Monsieur et très cher ^n Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXI
28 décembre 1696.
L'union que vous me mandez être dans la maison, la fidélité qu'on apporte au règlement, et l'exactitude que chacun a pour bien s'acquitter de ses emplois me donnent beaucoup de joie. Quoique vous n'ayez pas un si grand nombre de séminaristes, vous aurez de quoi vous consoler pourvu qu'ils soient fervens. Car je ne doute pas que vous n'aimiez mieux la grande ferveur que le grand nombre.
La rétractation que U«' d'Arras fit faire à M. Gilbert est à Paris dans la bibliothèque, et j'écris à M. Leschassier pour la faire copier et vous l'envoyer (1).
Je ne sais comme on pense à changer l'office romain et d'avoir un nouveau Bréviaire, sans avoir de Missel, de livres
(1) L'abbé Gilbert, professeur de théologie dans l'université de Douai, était un zélé partisan de Jansénius. Le Traité de fa Grâce dicté par lui à ses élèves fut examiné et condamné en 1687 par Gui de Sève de Rochechouart, évèque d'Arras, et par plusieurs docteurs de Sorbonne que Louis XIV avait chargés de cet examen. Déposé de son emploi et chass<> de Douai, il Ht sa rétractation à Lille le 27 juillet 1687; mais il n'en persévéra pas moins dans ses opinions erronées, dont il continua d'infecter l'université de Douai, au moyen de l'ascendant que sa capacité lui donnait sur l'esprit des professeurs. Il mourut, quelques années après, à Lyon, où il avait été relégué en punition de son opiniâtreté. Voir Dictionnaire des livres jansénistes, t. IV, p. 116 et suiv. ; D'Avrigny, Mémoires ^chronoloffiqucs cl dogmatiques; 1739, t. III, p. 287-291.
30^ LIVUE QUATRIÈME
de chant ni de Cérémonial. Je trouve sur tout cela vos tentations bien fondées. Vous me dites que cette suppression de roffice romain dans tout le diocèse est une dévotion difticile à établir. Je crois qu'il seroit encore plus difficile de prouver que c*est une dévotion. Je ne sais de qui M. Tabbé (de Champflour) prend avis; mais je crains toujours que, dans ces changemens, on ne prévoie j^as assez les suites, et qu*il ne s\ mêle quelque esprit de nouveauté.
Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement k vous. — L. Tronson.
LETTRE LXII
Ce 2 décembre 1699.
Monseigneur,
La lettre que vous m*avez fait l'honneur de m'écrire a eu pour le présent tout l'effet que vous pouviez désirer, et j'espère qu'il en sera de même pour ce qui regarde l'avenir. Le jeune ecclésiastique qui me l'a rendue a été reçu ici avec joie, et on lui a fait tout le bon accueil que mérite une personne qui vient de votre part et dont vous rendez de si bons témoignages. Le désir qu'il a de s'appliquer sérieusement à l'étude, de s'affermir dans sa vocation et de se rendre digne de recevoir les saints ordres, marque une bonne volonté qui, jointe à un bon esprit, donne de belles espérances, et me fait croire comme à vous. Monseigneur, qu'il pourra être un bon ecclésiastique, et capable un jour de rendre service k l'Église. Nous tâcherons assurément d'y coniribuer par nos soins, autant qu'il nous sera possible. Votre recommandation nous est trop chère pour y manquer, et je n'ai garde de perdre cette petite occasion de vous témoigner le sincère attachement et le profond respect avec lequel je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
(1) François Bochart de Saron de Champigny.
CORRESPUNDANCB AVKU LE SEMINAIUË DE LIMOGES 363
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE Ll.MOOES
LETTRE I
25 septembre 1676.
Je ne sais. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, si vos affaires vous occuperont long temps à Clermont; mais si elles étoient achevées, vous pourriez partir pour Limoges. Vous ne devez pas vous mettre en peine s*il n'y a que Targent pour le voyage qui vous manque : car vous pourriez en emprunter à Clermont, et je le rcndrois ici à la personne et au jour que Ton me marqueroit. Pour la pension de ce pays-là, vous savez qu'elle n'est pas grosse; et puis, si vous n'aviez pas de quoi la payer, ces Messieurs y suppléeront d'ailleurs, comme ils suppléent pour plusieurs autres. C'est ce qui ne vous doit faire aucune peine, puisque c'est là Tordre de la maison. Ceux qui sont comme vous et qui, ayant quelque bien, veulent payer pension, ils le font par charité et sans obligation. Mais s'ils ne le font pas, la maison ne leur manquera jamais, et elle aura toujours assez, moyennant la grâce de Dieu, pour fournir à lous leurs besoins. Ainsi, vous pourrez être en paix sur cet article. Ce n'est pas néanmoins
(1) Jean Vachier, né à Clermont en 1641, entra au séminaire de Saint- Sulpice le 10 octobre 1662. Il ne fut définitivement associé à la Compagnie qu'en 1676, bien que, vraisemblablement, il y travaillât depuis quelques années. Il fut alors envoyé par M. Tronson au séminaire de Limoges, et pendant trente ans, il s'y dévoua au soin du temporel et à la direction des Ordinands. Il mourut dans ce même séminaire, le 17 janvier 1716, àpré do 75 ans. L'Assemblée de 1606 l'avait mis au nombre des .assistants.
36i LIVRE CINQUIEME
que je croie que vous deviez pour cela négliger de meltre ordre à vos petits revenus. Bien loin d*avoir cette pensée, je vous conseille de les régler avant votre départ de Clermont, et d'y demeurer même autant que vos affaires le demanderont. Mais je crois que, quand vous aurez tout fait, vous ne sauriez mieux faire que de prendre la route qu'on vous a marquée : car il ne peut être que très utile de prendre un peu Pair d*un séminaire avant que les exercices y commencent. Ne vous gônez pas cependant pour tout ce que je vous mande, puisque je ne le fais que pour vous faire connoitre les choses et vous laisser ensuite dans une entière liberté. Je suis tout à vous. — L. Tbonson.
LETTRE II
A MONSIEUR BOURDON (1
24 octobre 1676.
Je trouve votre mémoire fort juste et toutes vos vues très
(1) Jean Bourdon, nô au Havre en Normandie en 1620, étudia la philosophie et la théologie à Paris. Après avoir reçu la prêtrise et le grade de bachelier en théologie, il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 20 novembre 1653, suivit les exercices de la licence, et prit le bonnet de docteur le 17 août 1654; puis il retourna au Havre exercer le saint ministère. En 1660, François de La Fayette, évèque de Limoges, avait établi dans sa ville épiscopale un séminaire dont il avait confié la direction à M. Ruben, né en Périgord, qui, ayant un zèle fort étendu, faisait souvent des missions à la campagne. Le séminaire souffrait notablement de ces absences. C'est ce qui porta Pévèque, en 1662, à prier M. de Bretonvilliers d'en prendre la direction. Le défaut de sujets à donner ne permettant i)as de satisfaire les désirs du Prélat, M. de Hretonvilliers lui désigna, comme très propre à faire réussir l'entreprise, M. Jean Bourdon, qui accepta avez zèle, porta avec lui et tlt observer les règlements en usage au séminaire de Saint-Sulpice, et en procura l'union qui fut conclue le 4 novembre 1666. En même temps M. Bourdon fut agrégé à la Compagnie et continué dans les fonctions de supérieur. Il les exerça avec bénédiction Jusqu'à sa mort arrivée le 29 août 1702. M. Grandet a écrit sur lui et sur son frère Michel, comme lui élève de Saint-Sulpice et docteur de Sorbonne, puis curé du Havre et enîln vicaire général de Limoges, une notice qu'on
judicieuses. Monseigneur de Limoges (1) est convaincu de llmporlance d'avancer ses affaires. Je lui ai lu votre billet et il goûte fort toutes vos raisons; ainsi, il ne différera pas de prendre possession quand ses bulles seront venues : il les attend de jour à autre, et je ne vois rien qui puisse les retarder. Pour aller à Limoges, ce n est pas une chose si prête; au moins, je ne puis croire qu*il y soit avant le carême. Cependant, comme il n'attendra pas à ce temps-là à prendre des oi&ciers, et qu'il est bon que dès à présent il s'en assure, il a pensé à M. votre frère pour le grand vicariat; et, après y avoir bien fait réflexion, nous n'avons pas cru ici qu'il en put choisir de plus propre. Cependant, comme il ne veut pas lui en écrire avant que de savoir s'il ne fera point de difficulté de l'accepter, il seroit bon que vous me fissiez savoir sur cela sa disposition. Vous voyez l'importance de n'en parler à qui que ce soit qu'à lui seul. J'ai déjà témoigné par avance que je ne croyois pas qu'il refusât cet emploi qui donneroit lieu de faire de grands biens dans le diocèse; et il y a, entre nous, tant de raisons pour l'accepter, que je ne puis écrire, que je suis persuadé qu'il n'y a rien de plus avantageux, ni pour le Prélat, ni pour le séminaire, ni pour ses ouaillles.
Nous attendons votre réponse touchant M. Maussac, et nous serions bien aises de savoir au plus tôt si vous pourriez vous en accommoder. Tout vôtre. — L. Tronson,
peut lire dans l'ouvrage de cet auteur, imprimé sous ce titre : Les saints Prêtres français du XV Ih siècle; deuxième série; Paris, 1897, p. 40W20.
(1) Louis de Lascaris d'Urfé> né en 1624, admis au séminaire de Saint- Sulpice le !•' juin 1660, coadjuteur de François de La Fayette, évéque de Limoges, en mars 1676, son successeur en mai de la même année, sacré lo 11 janvier 1677, mort le 30 juin 1695, âgé de 61 ans. Voir, au tome suivant, la correspondance de M. Tronson avec Pévêque de Limoges.
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LETTRE m
A MONSIEUn MAUSSAC (1)
31 octobre 1676.
Monsieur et très cher en Notre Seigneur; je souhaite que vous donniez autant de satisfaction à tous ceux qui vous attendent à Limoges, qu*ils s*en promettent du séjour que vous y devez faire. Tout le monde vous y demande, et Ton s'atlend que vous y remplirez avantageusement la place de M. de la Barmondière. M^^ de Limoges regarde cela comme une grâce. Les Messieurs du séminaire croient que c*est un bien pour leur maison; et vous pourrez bien juger que je n*ai pas d'autres sentimens qu'eux, puisque je me rends de tout mon cœur à leur avis, et que je consens que vous travailliez en votre pays. 11 ne faut que cela pour vous faire connoitre si j*ai bonne opinion de vous. J*espère que ni eux ni moi ne serons poinl trompés dans nos attentes, et qu* un cœur aussi généreux que le vôtre ne se relâchera pas plus au milieu de ses proches que parmi les solitaires d*Avron. Ainsi, vous pourrez demeurer à Limoges suivant la prière que m'en a faite M^' votre prélat, et le souhait de vos bons Limousins. Je suis tout k vous. — L. Tronson.
(1) Bérard ou Bernard de Maussac était originaire du diocèse de Limoges, où il reçut Pordination de la prêtrise. Le 14 juillet 1674, il entra au séminaire de Saint-Sulpice pour s'attacher à la Compagnie Après une année passée à la solitude d'Avron, il fut envoyé à Clermont ; mais bientôt il fut demandé à M. Tronson pour remplacer, à Limoges, M. de la Barmondière dans l'enseignement de la scolastique< Il réalisa pleinement les espérances qu'on avait conçues de lui. Malheureusement, sa santé, qui n'avait Jamais été robuste, s'affaiblit bientôt à ce point que, dés 1681, il dut renoncer à l'enseignement. Il rendit son âme â Dieu le 11 août 1C83. « Je ne doute pas, écrivait M. Tronson en apprenant sa mort, qu'il ne soit en état de l'ecevoir la récompense que sa longue patience et son abandon à Dieu lui ont méritée; nous ne manquerons pas de bien prier pour lui et de demander à Notre-Seigneur sa parfaite consommation dans le ciel » (20 août 1683).
LETTRE IV
A MONSIEUR BOURDON
27 février 1677.
Monseigneur de Limoges s*en va clans de grandes dispositions de bien travailler. îl partira demain matin et il s*est résolu, par compassion pour ses ordinands, de laisser ici plusieurs affaires à demi faites, afin de leur pouvoir donner les saints ordres aux quatre-temps prochains. Gomme il aura une particulière confiance en vous, et qu'il aura très grand besoin de vos avis, je crois vous devoir marquer ce qui me paroît important pour ne lui point donner de sujet raisonnable de peine. Car peut-être que, par une trop grande liberté qui ne lui plairoil pas, vous pourriez, pour ne pas connoilre assez d*abord son génie, le gêner dans ses commencements.
1** Je crois que vous devez extraordinairement éviter de faire paroitre que les choses qu'il fera, il les fait par votre avis; car rien au monde ne seroil capable de lui donner de plus grandes tentations que la réputation d'être gouverné.
2* Vous devez extrêmement prendre garde de ne manquer à rien de ce que le respect et la déférence demanderont dans les occasions.
3* Lorsqu'en quelques-unes il n'aura pas suivi vos avis, vous n'en devez témoigner nul chagrin ni nulle peine; car c'est là le meilleur moyen que vous puissiez prendre pour le disposer une autre fois à les suivre. Et cela est si important, (|ull se persuaderoit aisément que l'on veut être maître et gouverner, si l'on en usoil d'une autre manière.
Vous devez aussi prendre garde, si vous parlez des Pères de rOratoire, de ne le faire qu'avec beaucoup de modération. J'ai été ce matin avec lui chez le P. Général (1), et voici de quoi nous sommes convenus.
(1) Abel-Louis de Sainte-Marthe, né à Paris le 12 août 1621, mort à
l'' Que nous n'attribuerions point à la congrégation les fautes qui pourroient être faites par les particuliers; — 3" que si quelque particulier s'écartoit, on le manderoit ici sans en faire éclat; — 3* que nous verrions ici avec le P. Général ce que Ton pourroit faire pour y remédier sans bruit. Il me semble que c'est à ces trois points qu*a abouti toute notre conférence.
Or, ce que M»*" agréeroit fort, ce seroit, lorsque quelque Père auroit avancé quelque proposition suspecte, de renvoyer quérir en particulier; de lui témoigner qu'on ne veut point l'avoir pour suspect, mais que, comme la proposition le peut être. Ton est bien aise de savoir dans quel sens il Tentend; et s'il y donne un mauvais sens, lui montrer comme, ce sens étant de Jansénius, on ne croit pas qu'il le veuille soutenir. Que si, après cela, il le soutient, on auroit ici tout sujet de s'en plaindre, et Ton verroit que ce n'est point par animositc contre eux, comme plusieurs se le persuadent qui font par là beaucoup de tort, mais par un zèle pour la vérité, que l'on se plaint.
Ce qui se passe ici, et que nous voyons tous les jours, me^ fait extrêmement approuver cette conduite : et comme on aime extrêmement, à la Cour, que l'on soit ferme sur ces matières, mais que ce soit sans bruit et sans éclat, on espère que cette modération qui, d'une part, ne feroit point tort à la vérité ni à la cause de l'Église, seroit, de l'autre, extrêmement appuyée, et serviroit à plusieurs personnes qui n'ont nulle créance à ce qu'on leur dit, parce qu'ils nous croient tous étrangement préoccupés. C'est ce que je crois important que vous observassiez sur cet article. Je dis voua; car, pour M^^ de Limoges, il en est le maître : mais je serois bien aise que, s'il s'écartoit de ces règles — ce que je ne crois pas, ayant approuvé que je vous les écrive — on ne pût pas au moins nous reprocher que c'est Saint-Sulpice qui en est
Saint-Paul-aux-Bois, près de Soissons, le 7 avril 1697, Il s'était démis de la charge de supérieur général le 14 septembre de Pannée précédente.
la cause, et qui continue à faire paroilre son opposition pour l'Oratoire.
Voilà tout ce que le temps qui me reste aujourd'hui me permet de vous écrire. Je suis de cœur tout à vous. — L. Thonson.
LETTRE V
\ MONSIEUR BOURDON
Ce 2i* avril 1677.
Je vous écrivis samedi dernier sur la difficulté qu'il y auroit à vous charger du grand vicariat pendant la visite. Plus on y pense ici, et plus on est convaincu qu*il faut faire tout ce qu*on pourra pour Téviter, sans toutefois choquer M^^' de Limoges. Or, pour cela, 1° ne pourroit-on pas faire comme du temps de son prédécesseur? — 2"" Si cela ne se peut, ne |iourroit-on pas en charger quelqu'un de la Mission, ou quelque autre qui ne seroit pas du séminaire? Car, quand ce seroit une personne qui ne seroit pas si capable, ne pourroit-on pas y suppléer en l'obligeant à ne rien faire que par vos avis? — 3'' Si, absolument, on ne trouvoit personne à qui Ton pût se confier — ce qui n'est pas croyable ~ et que l'on n'en voulût point d'autre que vous, vous pourriez l'accepter, pourvu que, dans les lettres que l'on vous donneroit, on ne qualifiât que grand vicaire substitué, et que ce ne fût que pour le temps de cette visite.
Car c'est tout ce que nous pouvons faire. Et même, comme vous ne devez accepter cette charge — quoique avec ces conditions — que dans l'extrémité, vous pourriez représenter, si on vous la propose, que rien ne peut faire plus de tort à un séminaire que de lui donner un supérieur grand vicaire, parce que les séminaristes ne le regardent plus ensuite que comme leur juge, n'agissant plus avec lui que par respect humain et par un motif de crainte qui leur serre le cœur, et empêche cette ouverture si utile dans le service de Dieu. C'est ce que M. Olier n'a jamais pu souffrir de son
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vivant; et quelque instance que lui fit Monseigneur d*Kvreux (1), il ne crut pas devoir condescendre à une chose qu'il croyoit si préjudiciable et si opposée au bien que Ton prétendoit établir. Comme c*est dans cet esprit que nous avons été élevés, j'ai peine à croire que nous eussions grande bénédiction si nous en sortions; et il ne faut rien omettre pour nous tenir fermes dans notre vocation.
Ce qui me touche le plus est votre incommodité. Si elle n'avoit point d^autre suite, que de vous obliger à manger de la viande le carême, je ne m'en mettrois pas tant en peine; mais ces vapeurs qui montent au cerveau vont plus loin. Faites en sorte que nous puissions avoir par écrit l'état de votre mal, le commencement et le progrès, votre tempérament, les remèdes dont vous vous êtes servi et l'efTet que vous en avez remarqué, afin que nous puissions ici consulter si les remèdes que l'on propose sont suffisants, et s'il n'y en auroit point d'autres aussi bons et moins incommodes. Au nom de Dieu, mon cher Monsieur, soulagez-vous autant que vous pourrez; voyez le repos que vous pourriez prendre; examinez si quelque voyage ne vous pourroit point soulager. Enfin ne négligez rien pour prévenir un état qui vous empécheroit de rendre à Notre Seigneur le service dont le diocèse de Limoges a encore de très grands besoins. Tout à vous. — L. Thonson.
LETTRE VI
A MONSIEUR BOURDON
Ce 29« octobre 1677.
Je vois la peine que vous avez : je prévois même celles que vous craignez. Mais que faire, si la Providence le permet? Si
(1) Henri de Maupas, alors évêque d»Évrcux, était êvêque du Puy lorsque M. Olter ne crut pas possible de condescendre au désir que le Prélat lui manifesta d'avoir M. de Lantages pour grand vicaire. 11 mourut le 12 août 1680. Voir plus loin la lettre à Pévêque de Limoges du Î4 février 1082, pajre 293.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE MMO(iES ^^71
lout le bien ne se fait pas, et si celui même qui se fail ne se fait que 1res imparfaitement, pour n y donner pas le temps ei Tappiication nécessaire, vous y pouvez avoir trois sujets de coosolation : l** que Monseigneur de Limoges vous témoigne être coulent de votre conduite, et que l'on en est ici très satisfait; 2^ que vous faites du mieux que vous pouvez; 3* que je ne sais personne qui y fit mieux que vous, et qui pût si bien y ménager toutes choses; 4'' que les fruits, quoique arrosés quelquefois d*une eau assez amère, ne laissent pas d'être considérables; car, bien que la terre soil quelquefois un peu sèche et le fonds difficile à cultiver, vous ne laisserez pas d*y voir de grandes bénédictions. Ainsi, il faut se résoudre, et vous et nous, à porter sa croix. Chacun en pourra bien avoir sa bonne part; et quoique vous en portiez de delà la portion principale, nous nous attendons, il y a long temps, qu*il y en aura encore assez pour nous. Que nous serons heureux si, par notre abandon à la Providence, par la fidélité à suivre ses ordres, et par une persévérance amoureuse et constante dans nos emplois, nous pouvons faire en sorte que tous les desseins de Dieu s'accomplissent sur ses ou mers et sur son œuvre! Pour moi, je Tespère de voire zèle» et je m'attends qu'enfin, après beaucoup d'épreuves, Dominua dabit bentgnitatem, et terr^a nostra dabit fructnm suum (Psalm. LXXXIV, 13). Vous ne sauriez trop prendre garde à ne rien dire contre la cathédrale; car vous ne sauriez croire comme tout est relevé. Tout vôtre. — L. Tbonson.
LETTRE vir
A MONSIEUR B0( RDON
6 avril 1678.
Je croyois vous écrire samedi dernier; mais le voyage que j'ai été obligé de faire sur la frontière et le séjour de Sceaux (1), dont M»*" de Limoges vous aura sans doute entre-
(1) A la suite de la mort imprévue de la marquise de Seipnelay,
:i7t2 LIVRE CINQUIÈME
lenu, m'avoil alliré Uni d'affaires que je ne pus écrire qu'à lui seul par le dernier ordinaire.
L'œuvre du séminaire de Limoges m'est Iropcher, pourne pas faire pour sa perrection toul ce qui pourra dépendre de mon application et de mes soins. Et c^est par celte raison, que je ne puis approuver la pensée que vous avez, que Ion mil une autre personne k votre place. Dieu a donné trop de bénédiction à votre conduite pour goûter cette pensée, et elle ne peut paroilre qu*une tentation. Le Prélat, le diocèse, le séminaire ont encore besoin de vous; et pour savoir combien j'en suis persuadé, il faudroit voir combien Télal de votre santé me touche. On dit qu*elle s'affoiblit, et que vous auriez peut-être besoin de quelques mois de repos pour la rétablir. Voyez, au nom de Dieu, mon cher Monsieur, ce qui pourroit vous soulager. Voyez s'il y a quelque chose que l'on pùl faire, de notre part, pour y contribuer; si quelque voyage, ou ici ou ailleurs, n'y pourroit point servir; et si vous n'avez point sur cela quelque vue particulière; car assurément vous n'y devez rien négliger.
J'ai écrit à Monseigneur touchant M. de Champflour, qui se trouve ici trop engagé dans quelques emplois pour les pouvoir quitter. Quand je considère le fruit qu'il fait au nouvel Avron, c'est-à-dire à Issy ; combien il est goûté dans les sujets d'oraison, dans les Entretiens et dans les Conférences; la confiance que M. Dubois et tous les autres ont en lui, je ne puis croire qu'on puisse Tôter maintenant sans faire tort à cet œuvre qui se rétablit de bonne sorte; car ils sont présentement quinze solitaires, sans que pas un y donne la moindre peine. Je ne sais donc pas qui nous pourrons donner k Monseigneur de Limoges pour remplacer M. Bouexic. Car il ne faut songer qu'à ceux qui pourront être à son goût (I); et
arrivée le 16 mars précédent, M. Tronson se rendit à Arras au devant du marquis qui était alors à la frontière, et que son père, le ministre Colbert, rappelait à Paris. M. Tronson passa ensuite une semaine à Sceaux pour consoler la famille. *
(1) Le prélat faisant sa résidence habituelle au séminaire, les directeurs avaient naturellement avec lui des relations assez fï'équentes : ce qui en rendait le choix encore plus difficile.
«•'est ce qu'il faudra lâcher de découvrir. Je prévois bien qu'il y aura de la peine d'en trouver quelqu'un qui soit parfait en tout : mais nous y ferons tout ce qui pourra dépendre de nous. Comme il y aura du temps pour y penser, nous aurons peul-èlre dans la suite d'autres lumières. Je suis loul k vous. — L. Tronsox.
LETTRK viii
A L*BVÉQUE DE LIMOGES
30 avril 1678.
J'ai cru que je ne pouvois mieux m'acquiller de la commission que vous me donnez, qu'en envoyant à MM. Bourdon une partie de votre lettre. Ce que vous me mandez pour eux est si cordial et si obligeant, que tout ce que je pourrois leur écrire dans une page entière ne veudroit pas une demi-douzaine de vos lignes. Elles leur seront assurément d'une très grande consolation, et elles ne peuvent que leur donner bien de la joie, ne désirant l'un et l'autre autre chose que de vous voir satisfait. Vous croirez bien aussi que c'est là le plus ardent de mes désirs, et qu'ainsi je n'ai pu être que très consolé de cette nouvelle qui, pour surcroit de joie, s'est trouvée jointe k celle du succès de votre Synode. Je vous rends grâce déjà par avance du Rituel que vous me destinez (1), qui n'aura pas une des dernières places parmi les autres que nous avons. Le présent sera encore de meilleur goût pour nous quand il sera assaisonné de patience, et nous ne saurions qu'approuver cette bonne sauce que vous y voulez mettre.
Je vous remercie de votre ordonnance (2), que nous lirons avec votre concile de Bourges. Tout vôtre. — L. Tronson.
(1) Ce Bituel avait été préparé et rédigé par M. Michel 1 ourdon. alors vicaire général, et envoyé au séminaire de Saint-Sulpice pour y être examiné. On y fit quelques corrections indiquées par M. Tronson dans une lettre à M. Bourdon, datée du 5 décembre 1676.
(2^ Ordonitance de Monscignintr Louis (fTrft*, ei*f*sf/uc de Lf-
37^1: M VUE Cinquième
LETTRE IX
A MONS[RUR OAYE (1)
. 28 mai 1678.
J'espère que vous aurez Tapprobation de Dieu dans voire travail aussi bien que Tapplaudissenient du monde. Comme vous n'y cherchez que la gloire du Souverain Maître et le bien de son Église, il est impossible qu'il ne bénisse ce que vous faites et pour l'un et pour l'autre. C'est ce qui me donne bien de la joie quand j'en apprends des nouvelles; et je puis dire qu*elle seroit entière si je savois que votre santé fut parfaitement rétablie. Le voyage que vous pourrez faire chez vous ces vacances contribuera peut-être à la rendre meilleure, et vous ne devez faire nulle difficulté à vous v engager.
J'ai admiré dans la lettre que vous écrivez à M. Bardon le bon appétit et le goût sain que vous avez, pour un infirme. M. Champflour, M. Gay, ou M. Tanoarn vous accommoderoienl assurément. Mais comment ôler ces deux derniers des lieux où ils sont (2), et où on les voit nécessaires. Les évêques n'y consentiroient pas aisément, et le bien de nos séminaires el des personnes qui y travaillent ne s'y Irouveroit pas. Pour
rnogesj touchant la vie et ^honnêteté des personnes ecclésiaiS' tiques, conformément aux Décrets du 5. Concile de Trente, et du Concile provincial de Bourges, et aux Statuts Synodaux du diocèse de Limoges, publiée au synode d'après Pâques, le 21 avril 4678; Limoges, Barbou, 1678, in-8® de 4 pages.
(1) Raymond Gaye de Boisredon, limousin d'origine, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 1" décembre 1656, avait été, aussitôt après son doctorat en 1662, associé à M. Bourdon pour diriger le séminaire de Limoges, où il passa vingt ans comme professeur et comme directeur. En 1684 on renvoya à Tulle pour y établir le séminaire. Il y mourut le 15 novembre 1697. V. Bibliothèque sulpicienne, t. I, p. 476, 477.
(2) M. Gay était au séminaire de riermont, et M. de Tanoarn au séminaire de S. Irénéo, ta Lyon.
M. (le Chainpflour, il est l'inséparable de M. Dubois. Ainsi, je crains que vous ne soyez pas sitôt soulagé, à moins quo d*étre un peu plus accommodant et de vous résoudre de former des personnes peu à peu à votre méthode, s'ils n y sont pas encore utiles quand on vous les envoie. Je suis de cœur tout à vous. — L. TROiXsoN.
LETTRE X