‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 27 sur 42 · A MONSIEUR DE MAGUELONNE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE MAGUELONNE

Ce 9 décembre 1679.

Uuoique vous n'ayez reçu aucune nouvelle de Paris depuis que vous êtes à Limoges, vous ne devez pas croire pour cela que Ton vous oublie. Vous avez ici de trop bons amis, et qui vous sont attachés par des liens que la distance des lieux ni réioignement des personnes n*affoiblit pas. Ainsi, vous les trouverez toujours également k vous. J'espère bien que vous me mettrez de ce nombre, et que vous serez très persuadé que rien n*arrachera de mon cœur la disposition sincère de vous servir. Vous savez qu*il y a long temps que Notre Seigneur me Ta donnée; et je la sens toujours si vive, que je m'attends non seulement de la conserver jusqu'à la mort, mais de l'emporter avec moi dans l'éternité. C'est sur quoi vous pouvez faire fonds, et sur quoi je désire que vous vous régliez pour agir avec moi. Car vous ne me sauriez donner plus de joie que de le faire avec une grande liberté et avec une ouverture de cœur toute entière, comme vous l'avez fait jusqu'à présent.

Vos trois lettres qui m'ont été rendues me font bien

(1)Né en 1(349 à Limoux, alors du diocèse de Narbonne, solitaire à Avron en 1667, séminariste à Saint-Sulpice en 1668, docteur de Sorl)onne en 1678, directeur au séminaire de Limoges en 1679, Supérieur de celui de Tulle en 1701, puis simple directeur au séminaire de Limoges en 1703, Barlhélemi de Maguelonne y mourut le 30 mars 170('), âgé de 56 ans. Pour plus de détails et plus de précision, voir lUbfiothd*i\ic sufpirirmic, 1. 1, p. 479, 4«0.

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paroitre que vous n'avez pas envie de prendre un autre esprit, et vous pouvez m'écrîre toujours de la même manière. .l*ai attendu à la troisième à vous répondre, parce que les deux autres ne contenoient rien de particulier, et ne demandoient, ce me semble, aucun éclaircissement. Voici donc la réponse à toutes les demandes que vous me proposez dans votre dernière.

l'* Couvrez-vous sans scrupule quand vous croyez bonnement en avoir besoin, et n*attenilez pas. une autre fois, que vous soyez enrhumé.

2"* Vous pourrez vous adresser k M. Masson (1) pour votre direction ordinaire; mais quand vous ne le trouverez pas, vous ne devez faire ditticulté de vous adresser à quelqu'un des autres pour leur proposer vos scrupules. Le meilleur néanmoins pour vous est de passer pjir dessus vos peines autant que vous pourrez, et de n'avoir recours à ces suppléments que lorsque vous ne pourrez pas vous vaincre.

3"" 11 vaut mieux être couché à neuf heures et ne point faire de lecture spirituelle, que de la faire et se coucher plus tard. Quoique Ton ne fasse point de visite dans votre chambre, il ne faut pas pour cela que vous soyez moins exact. L*exaclitude au règlement vous a attiré ici bien de la grâce; tâchez de ne vous y point relâcher à Limoges, afin de pouvoir répondre à tous les desseins de Notre Seigneur sur vous; qui sont interrompus dans la plupart du monde, parce que la plupart se relâchent aussitôt qu*il se présente quelque prétexte de le faire sans leproche. Comme votre grâce est attachée à la fidélité, observez-la en toutes choses, et ayant toujours en vue la volonté de Dieu qui vous y assujettit, n'y soyez pas moins ponctuel en particulier que si vous étiez en pleine communauté.

t" Vous pourrez continuer, si vous voulez, l'explication du Cantique des Cantiques de S. Bernard pour votre lecture spirituelle; ou bien, vous pourrez prendre les Conférences de

(1) M. Masson était directeur au séminaire de Limoges depuis le 4 décembre 1670. Voir, plus loin, la note de la lettre adressée à IVvèque de Linio^^es, le 10 octobre 1680, pagfe 3>^7.

CORRKSPONDANCB AVEC LB SEMiNAIHB DE LIMOGES 3//

Cassien, si vous ne les avez point encore lues; ou S.Éphrem, donl la plupart des traites sont admirables pour la vie spirituelle.

5"* Il seroit à souhaiter qu'il y eut toujours quelqu'un des directeurs avec les séminaristes, à la récréation. Mais, d'une autre part, on ne peut pas quitter Monseigneur de Limoges et le laisser seul. Vous suivrez en cela les avis qui vous seront donnés sur les lieux ; où Ton peut mieux remarquer, selon les temps et les occasions différentes, de quel côté se trouvent les plus grands besoins.

6*" Puisque Ton va vous approuver pour la confession, je m*attends quon nous mandera bientôt pour nouvelle, que vous avez de bons enfants et que vous êtes un célèbre père.

T"" Les petits avis que vous avez donnes à M. Bourdon sur ce qui se |>asse dans la maison sont bien bons. Mais je ne vous conseillerois pas d*en donner souvent dans ces commencements. 11 vaut mieux attendre quelques mois. Quand vous serez bien connu et que Ton verra avec quel esprit vous agissez, vous pourrez le faire avec plus de fruit et de liberté. Car Ton sera très persuadé que ce n*est pas par un esprit critique, mais par amour de la règle que vous le faites.

Voilà, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, ce qui m'est venu en l'esprit pour répondre à vos lettres. Je suis do grand cœur tout à vous. — L. Tronson.

LKTTHK XI

V MONSIEUR DE MAGUELONNK

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