‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 28 sur 42 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

Je suis bien aise, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous m'écriviez amplement et sans grande réflexion ce qui vous vient en pensée. Comme je connais votre fond et que je sais que ce que vous me direz vient du cœur, je lirai toujours vos lettres avec plaisir, et elles ne me paroîtront j'.imais ni trop longues ni trop courtes. Je regarderai celles

378 LIVfiE tilNQUIÈUE

qui seront plus étendues comme un effet de votre ouverture de cœur et comme une marque de confiance; et je serai assez persuadé que la brièveté des autres ne viendra que de ce qu*ii n*y aura pour lors rien de nouveau à me mander. Vous voyez bien, sur ces fondemens, que vous pouvez mëcrire sans façon, sans gène, et avec une pleine liberté. C est sur quoi vous devez vous régler pour cet article.

J'apprends avec un extrême plaisir que Ton est édifié de votre conduite, et qu'outre votre fidélité aux exercices, on remarque en vous et de la docilité et de Tabandon. C'est ce qui a été la grande source de vos grâces; cëst ce qui in*a lié à vous d'une manière que je ne puis dire; et cëst ce qui vous gagnera le cœur de Bieu et de tous ceux à qui vous vous trouverez uni pour travailler à son œuvre. Faites donc comme Notre Seigneur enfant au milieu des docteurs. On le trouva, non pas faisant le docteur, mais audientem eoa et interrogantem (Luc. U, 46). Ce doit être là votre partage durant quelque temps (1) : si vous y êtes fidèle, vous verrez combien vous vous trouverez formé en peu de mois, et la bénédiction que Dieu donnera à votre travail.

Je ne vous conseille point de vous forcer pour vous occuper des sujets d'oraison que Ton donne. Vous pouvez toujours les écouter, avec dessein même de vous en servir; vous pouvez même vous le rappeler le matin dans lësprit, afin de l'avoir présent à l'oraison; car cëst une fidélité qu'il faut avoir pour ne point sëcarter des voies communes; mais, après vous être offert à Notre Seigneur pour vous en entretenir, s'il ne vous y donne nul attrait et que vous voyez que votre esprit ne puisse s'y arrêter, vous pouvez vous laisser

(1) M. Tronson avait écrit à M. Bourdon en lui annonçant M. de Maguelonne : « Il y a long temps qu'il est des nôtres; mais comme il n'a point encore travaillé, il aura besoin de voir quelque temps comme on fait à Limoges avant que de rien faire. J'espère que, quand il sera formé à votre manière, vous en tirerez bien des services ». n y enseigna, en effet, la théologie jusqu'au jour (21 février 1682) où M. Tronson le déchargea de l'enseignement pour qu'il eût plus de temps à donner à* la direction de ses nombreux pénitents.

COnnSSPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE LIMOGES 379

aller doucement à celui auquel vous sentez qu il vous attire, et qu*il vous fait connoitrc plus utile. Je dis, voua laisser alier à celui auquel il vous attire; car si vous n'en aviez point alors qui vous fût présent, je ne vous conseillerois pas d'en aller chercher d*aulrc, quand même vous croiriez en trouver de plus utile. Car ce n*est pas un tçmps de chercher, que le temps qu*on donne pour faire oraison; et si Ion prcnoit cette méthode, fesprit s'accoutumeroit à demeurer indéterminé, sans avoir souvent de matière arrêtée qui le fixât, et Ton perdroit ainsi tout le fruit de ce saint exercice. Vous verrez dans la suite comme vous vous trouverez de cet avis, que j*ai ouï autrefois donner par noire très honoré Père M. Olier, dans une pareille occasion, et que je crois vous devoir être utile.

Puisque votre pente vous porle à celui des Messieurs que je vous ai marqué, vous pouvez vous y fixer, et vous bien persuader que Notre Seigneur sera en lui pour vous.

Quand vous n'aurez pas le temps de faire votre lecture spirituelle, et que vous en serez détourné par d'autres emplois qui vous seront donnés, vous ne devez faire nul scrupule de l'omettre. Le fruit que vous en pourriez retirer sera abondamment suppléé par la fidélité que vous aurez à vous bien acquitter des choses qui vous seront confiées.

Quand vous aurez des pénitents, vous vous souviendrez sans doule des avis de M. Gay (1). Les miens sont, de ne rien épargner pour les porter à Dieu, de s'estimer heureux de les pouvoir servir dans leurs besoins, de compatit* beaucoup à leurs foiblesses, de ne se point impatienter dans les sujets de dégoût qui surviennent, de ne se décourager point pour les tentations différentes qu'on y ressent : enfin, d'avoir unp charité qui fasse porter courageusement et avec joie mille petites croix qui en sont inséparables.

Les pénitences que vous me marquez vous doivent suffire

(1) M. Gay était limousin et alors directeur au séminaire de Cleruiont. Les Avis auxquels M. Tronson fait ici allusion sont imprimés ([dJi^V Histoire (fu séminaire d'Anr/erSj par Grandet, t. 11, p. 77 cl î>uiv.

380 LIVRB CINQUIÈME

pour le présenl, et ne reprenez point k présent les autres dont vous vous serviez avant votre maladie : !e temps viendra (|u elles pourront être de saison.

Est-il possible que la maladie de M. Vacliier vienne de ce que lui disent les médecins? C'est ce qu'on ne peut se persuader. Car il faudroil qu'il eût oublié le remède souverain qu'il avoit ici contre ce mal, et dont il se servoit si souvent el avec tant de facilité, que la jeunesse ne peut croire qu'il en ait si fort perdu l'usage. C'est là ce que disent les anciennes connoissances, dont vous pouvez lui faire part, si cela peut servir à le consoler.

Vous verrez bien, par celle lettre, que je réponds à tous les articles de votre dernière, comme je prétends faire à toutes les autres, lorsque Notre Seigneur m'en donnera Je temps. Car d'ailleurs soyez persuadé que la disposition du cœur ne manquera jamais de faire tout ce que vous pouvez attendre d'une personne qui esl a vous autant que Je le suis. — li. Tronson.

LETTRE XII

Page 1