A MONSIEUR DE MAGUELONNE
22 novembre 1683.
C'est une bonne occupation que celle du Propre des Saints du diocèse, que Ton vous a donnée. Je ne doute point
que vous ne vous soyez bien sanctifié au milieu de tant de saints; mais je crains qu'ils ne vous aient un peu trop occupé, et qu*ils n'aient empêché le divertissement des vacances.
Les sujets de tentation que vous avez touchant Toffice de l'Intérieur de la Très Sainte-Vierge ne sont fort considérables, et je ne crois pas aussi qu'ils soient beaucoup à craindre. La peine que vous en ressentez est plutôt un effet de votre imagination qu'un sentiment de votre cœur, et je ne vois pas que vous deviez vous en embarrasser, ni traiter autrement cette peine que de scrupule.
l"* Que la Sainte-Vierge ait vu durant sa vie l'essence divine, c'est un sentiment que plusieurs bons auteurs soutiennent, qui est au moins probable et que Ton peut croire pieusement. Or, combien y a-t-il de choses dans l'office divin, même dans le Romain, qui ne sont pas plus sûres, et que l'on a cru néanmoins devoir y laisser, sans s'arrêter, dans les corrections qu'on en a faites, à la critique des auteurs, parce que c'étoient des choses qui, étant d'une part assez probables, pouvoienl d'une autre entretenir la piété des fidèles? Ainsi, je ne vois pas quel sujet particulier vous pouvez avoir pour vous peiner de celle-ci. Quand le cœur agira plus que l'esprit, vous vous trouverez bientôt délivré de ce scrupule.
2* Non alium fer^ diceres esse sinum Patris et Matris est une expression qui ne dit pas plus que plusieurs autres dont
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les saints se sont servi pour expliquer la parfaite ressemblance et Tunion intime de Tun et de Tautre, que les saints Pères n*ont pas cru pouvoir bien expliquer que par le mot d'unité; suivant cette parole même de Notre Seigneur, qui a été accomplie plus parfaitement en la Très Sainte-Vierge qu*en pas une autre créature : sint unum aient et nos (Joann. XVII, 22).
3"* Pour les leçons, où il y a tant de différentes choses de l'Ancien Testament qui figurent la Sainte-Vierge, il me semble que ce doit être un sujet de joie pour ses bons enfans, qui ne peuvent être que ravis de voir tant de figures des perfections de leur bonne mère.
4*^ Que s'il y a quelques-unes de ces figures qui paroissenl basses, on en trouvera au moins d'aussi basses de Notre Seigneur, dans lesquelles néanmoins S. Augustin et les autres Pères ont reconnu de grands mystères. C'est ce que la sagesse humaine a peine à comprendre, et ce qu'elle a encore plus de peine à goûter : Quoniam abscondisti hœc à sapientibus etprudentibus, et revelasti ea parvulia (Math. XI, 25).
5"" Quant à l'approbation de cet office, elle est aussi authentique qu'elle le doit être en France, parce que Monseigneur l'Archevêque de Paris en a donné un acte authentique, après avoir fait examiner cet office par des Docteurs de Sorbonne (1).
Vous ne sauriez mieux faire que de tenir votre résolution de ne point parler des matières du temps sans nécessité. Tout vôtre. — L. Tronsox.
LETTRE XXX
A IlONSIBUR DE MA6UEL0NNE
Ce 25 novembre 1684.
Je suis bien aise d'apprendre par vos lettres que vous êtes de retour à Limoges, et que vous y ôtes, à cette heure, en
(1) Cet office a été approuvé en 1854 par lo Pape Pie IX pour l'usage de toutes les maisons de Saint-Snipice. V, Vtc de M, Oder, t. ni, p. 104, 105.
bonne santé. Si je vous écrivois en gascon^ je vous écrirois asteure, comme vous faites; mais comme cette nouvelle orthographe n*est pas ici en usage^ je m*arréte à Tancienne et vous conseille aussi d*en faire de même.
Je sais de quelle utilité est une horloge pour le règlement et pour Tordre de la maison. Car je me souviens de Tembarras où nous avons été ici, les premières années qu'il n*y en a voit point. Il faut qu'elle soit à pendule pour être juste, autrement on ne pourroit pas empocher qu'elle ne se déréglât de temps en temps.
Je vois bien que vous avez envie de devenir tout mystique, puisque vous trouvez le secret de mettre tant de spiritualité, et de la plus fine, sur un cadran. Pourvu que le sens littéral s'y trouve aussi juste, c'est-à-dire qu'il marque bien l'heure qu'il est, ce sera un cadran accompli en toutes manières.
L'article de votre lettre qui regarde les cérémonies sera communiqué à M. de Longueil. Car je ne crois pas que vous deviez rien changer de ce que l'usage a introduit, au moins sans prendre avis. Car autrement votre exemple confirmeront ce que l'on dit souvent : qu'il n'y a point de maître de cérémonies qui ne veuille changer quelque chose à ce que les autres ont fait.
Je ne sais pourquoi on veut changer ce qui toujours a été pratiqué touchant ceux qui doivent prendre la soutane. Pour moi, ma grande règle est de ne rien innover à ce que nos Pères ont pratiqué, à moins qu'il ne survienne quelque raison qu'ils n'aient point prévue. Si l'on ne se réduit à celte règle, on ne voit rien de fixe dans les communautés, et l'on s*expose à des changements perpétuels, qui font à la fin plus de tort que l'on ne s'est d'abord imaginé.
Si Ton vous applique à corriger les fautes de quantité que l'on fait au réfectoire, ce sera un emploi qui ne vous sera pas inutile, non plus qu'aux autres. Car en les reprenant vous vous affermirez vous-même, et apprendrez à bien prononcer quantité de mots douteux qui embarrassent ceux qui n'y ont point donné une application particulière.
Toul à vous. — L. Tronson
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LETTRE XXXI
A MONSIEUR BOURDON
Ce 24 février 1685.
Le PetiUSéminaire que nous avons établi est pour les jeunes ecclésiastiques de bonne volonté qui ne pourroienl pas payer autant de pension que l'on en paye ici. On s*esl fixé à 293 livres par an. Si le jeune homme dont vous m*avez écrit les peut donner, il y sera reçu, et il pourra partir quand il voudra. Vous m'avez assez expliqué ses dispositions, sans qu'il soit nécessaire d'avoir d'autre éclaircissement. S'il ne va point en Sorbonne, il pourra prendre ici les leçons de théologie comme les autres.
Je serois bien aise que l'on m'envoyât une liste des propositions que l'on a changées dans les écrits de M. Masson, afin que les copies que quelques personnes en veulent faire se trouvent correctes.
La lettre de cachet pour recevoir et nourrir un curé dans votre séminaire peut avoir bien des suites, et j'en vois bien les conséquences. On a bien fait cependant d'obéir. Car c'est ce qu'on veut à la Cour, et les remontrances sont ensuite mieux écoutées. Celles que Monseigneur de Limoges fait à M. Colbert de Croissy (1) dans la lettre qu'il lui écrit pourront avoir une bonne issue. Il faudra voir par la réponse ce qu'on en doit attendre. Car si cette voie ne réussit pas, il faudra en prendre une autre. — Tout à vous. — L. Tronson.
(1) Charles Colbert, marquis de Croissy et de Torcy, second frère puîné du contrôleur général, était, depuis le mois de novembre 1679, secrétaire d'État des affaires étrangères et ministre d'État. Il mounit à Versailles, le 28 juillet 1G%, âgé de soixante-sept ans.
LETTRE XXXII
A MONSIEUR DE CHAMPFLOUR
13 juillet 1686.
Enfin, Monsieur et 1res cher en Notre Seigneur, vous avez gagné votre procès (1). Je connois assez votre détachement, et je suis très persuadé que vous n'auriez nulle peine à renoncera vos bénéfices, si on vous le disoit. Mais on na garde de vous le dire, puisqu'on croit que Dieu demande que vous donniez cette satisfaction à votre famille, et celte édification au public d'y aller résider, et au plus tôt que vous pourrez. Si vos fonctions peuvent compatir avec la demeure dans le séminaire, je vous conseille de vous y retirer. Vous y aurez des divertissemens et des conversations plus convenables à vos dispositions que dans votre famille, et vous n'y seriez pas inutile aux séminaristes. Vous y aurez M. Bardon, dont vous pourrez recevoir de bons avis. — Tout à vous. — L. Tronson.
(l) M. de Champflour s'étant, diaprés l'avis de ses directeurs, résolu d'accepter les bônéflces à lui résignés, en lit prendre possession réelle par procureur, sans quitter Limoges. Mais le siège de Clermont étant devenu vacant par la mort de Tévêque, arrivée le 19 avril 1682, un ecclésiastique de qualité se tlt pourvoir en régale de l'abbaye et du canonicat, et en prit possession réelle et personnelle. Le régaliste était un indigne : M. de Champflour résolut donc de soutenir ses droits : de là un procès qui traîna jusqu'au mois de juillet 1686, et se termina par un arrêt déboutant le régaliste de ses prétentions. M. de Champflour prit alors possession réelle et personnellej et quitta définitivement Limoges pour se flxer à Clermont. V. Bibliothèque sulpicietiîie, t. III, p. 103-105.
Tout en regrettant sincèrement ce départ, l'évêque de Limoges mit de Tamabilité dans sa résignation. Le 10 juillet 1686, il écrivit au doyen du chapitre de l'église cathédrale de Clermont : — « Monsieur ; Après avoir reçu votre lettre du 4« de ce mois, je profite de la plus prompte occasion qui se rencontre pour y répondre, et vous dire que, suivant vos intentions, j'ai expliqué les miennes à M. votre frère, en l'assurant que, quoiqu'il soit fort utile ici, j'élois d'opinion, vu ce que
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LETTRE xxxill
A MONSIEUR BRUYAS (1)
5 avril 1687.
Vous avez bien fait de prendre les premiers pénitens que Ton vous a donnés : vous pourrez dans la suite exposer plus sûrement vos peines k M. Bourdon. Il y a tant de choses à faire dans le séminaire, que si vous n^étes pas propre pour une chose, vous le serez pour plusieurs autres. Ainsi, vous y serez toujours bien utile, pourvu que Dieu vous y conserve la santé. Prenez garde seulement de ne point faire paroitre dans vos sentimens une morale outrée, et de ne point porter les choses à Texcës. Je vous en ai déjà averti et je vous en avertis encore, parce que par trop de zèle vous pourriez vous rendre suspect et inutile. Quand vous aurez connu la conduite de M. Bourdon, vous verrez que je ne pouvais pas vous donner de meilleure règle pour former la vôtre, que de suivre ses conseils, qui n*iront jamais au relâchement. Je souhaite que vous puissiez y être content. Je suis très cordialement, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
vous me marquez, qu'il ne devoit pas perdre un moment à se rendre à Clermont, et que l'on tâcheroit de suppléer par quelque autre à ce qui reste d'exercices de mon séminaire. Je lui ai même offert mon équipage pour être plus prêt à partir; ce que Je suis bien aise de vous faire savoir, pour vous témoigner qu'il ne tient pas & moi, S'il ne se rend auprès de vous aussi tôt que cette lettre. Je ne doute pas qu'un cœur aussi bien intentionné que le sien, ne croie d'avoir des bonnes raisons à son retardement, s'il en apporte à une affaire de cetXe conséquence, et qu'il ne vous les fasse savoir. Ainsi, Je n'ai qu'à vous assurer de la part que Je prends à ce qui touche votre famille, et que Je suis sincèrement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — Louis, E. de Limoges ». {Lettre communiquée par M. le Comte de Champflour qui possède l'autographe.)
(\) M. Bruyas venait du séminaire de Clermont, où il avait été envoyé en 1684. Voir dans la correspondance avec le séminaire de Clermont la lettre à lui adressée le 4 décembre 1684, page 315 de ce volume.
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE LlMOtiES 411
LETTRE XXXIV
( A MONSIEUR BRUYAS
7 septembre 1688.
J*ai élé bien aise, Monsieur el très cher en Notre Seigneur, d*apprendre le détail des choses que vous me marquez dans voire lettre du 27 du mois passé.
La vue que Ton a eue d*abréger les traités de théologie que Ton dicte est une vue dont il y a long temps que l'on souhaite raccompIissement.Si on en avoit de bien achevés et dont on eût retranché toutes les questions inutiles, pour ne s*arréter qu'aux plus nécessaires, on pourroit s*en servir dans les autres séminaires; et ce seroit un grand soulagement pour ceux qui y enseignent et qui ont souvent de la peine à composer des écrits, et un avantage considérable pour les séminaristes qui, au sortir du séminaire, se Irouveroient capables de travailler. Comme vos vacances sont longues, il est bon de n*y être pas sans quelque sorte de travail : et vous n*en sauriez avoir de plus utile que de faire cet abrégé que vous me mandez. Prenez garde seulement de ne vous y pas appliquer d'une manière qui vous emporte tout votre temps, et qui vous Ole celui qui vous est nécessaire pour vous délasser après les exercices d'une année. Je ne vous dis rien touchant le choix des opinions; car je suis assez persuadé que vous garderez toujours une juste médiocrité, et que vous n'aurez point de ces zèles immodérés qui portent toutes les choses à l'excès.
Si M. Bourdon vient ici ces vacances, nous aurons lieu, sans vous exposer, de profiter de ce que vous me mandez touchant les choses qui pourroient contribuer à une plus grande régularité. Il est bon que vous vous ménagiez pour n'être point à charge par de trop fréquens avis, et que vous en usiez prudemment dans les occasions, comme vous avez fait jusques à présent. Un petit mol dit de temps en temps de la manière dont on se comporte dans les autres séminaires, ne
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sauroit faire que du bien, pourvu que vous le disiez d'une manière qu*il ne paroisse pas que vous voulez critiquer la conduite de Limoges. Il faut que vous en laissiez faire aux autres Tapplication. Vous pouvez cependant m*écrire toutes choses en liberté. Si le fruit n*en est pas présent, il viendra dans son temps. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous et de tout le cœur. — L. Tronson.
LETTRE XXXV
A MONSIEUR DE MAGUELONNË
27 avril 1689.
M. Le Boiteux (1) ne manquera pas de vous remercier de votre présent. Il pourra le proposer en exemple pour insinuer cette même dévotion; car elle lui revient fort, et elle contribueroit à achever l'ouvrage qu*il a commencé. 11 ne faut pas que vous songiez à donner davantage : ce qui vous reste n*est pas trop pour vos besoins. Vous pouvez le garder, sans craindre de choquer la Providence. Elle veut que Ton se tienne toujours prêt à se dépouiller de tout, et que Ton s*en dépouille en effet aussitôt que Dieu le demande : et c'est ce que vous êtes disposé de faire, d*abord que l'obéissance vous aura fait connoilre sa très sainte volonté. Cela vous doit suffire pour le présent; et pourvu que vous conserviez bien cette disposition, vous vous trouverez pour l'avenir en état de remplir toutes vos obligations, et de répondre à tous les desseins de Notre Seigneur, sans que la possession de vos petits meubles et de vos livres mette aucun obstacle à votre perfection. Que si la nature se fait quelquefois sentir par des répugnances qu'elle vous donne à vous en défaire, ne vous inquiétez point de ces sentimens. Ce sera pour vous des occasions de faire autant de sacrifices, que vous renouvellerez
(1) François Le Boiteux, docteur de Sorbonne du 10 octobre 1678, était né à Paris. Il entra, en 1668, au séminaire de Saint-Suli)ice, et y mourut le 21 février 1725, âgé de 78 ans.
dans la disposition de vous sacrifier vous-même, avec tout ce que vous avez, à l'obéissance. Tout à vous. — L. Tron-
SON
Nous n'avons pas les dix dernières années (1690-1699) de la correspondance de M. Tronson avec le séminaire de Limoges, non plus que celle de M. Leschassier avec le même séminaire. Vraisemblablement eUe aura été égarée par celui qui a relié le registre où se trouve ce que nous en possédons. Il est à remarquer, en effet, que la correspondance de M. Tronson et celle de M. Leschassier avec le séminaire de Tulle (1698-1704), qui lorme la seconde moitié de ce registre, est en entier iiTite sur un papier d'un format un peu plus long et un peu plus large que celui de la première moitié, consacré, en entier lui aussi, à la correspondance avec Limoges : preuve, ce me semble, que la reliure du volume a suivi et non précédé les copies, et que l'accident de la perte ou de l'oubli est arrivé chez le relieur. — La lettre suivante, sans combler, même partieUement, cette regrettable lacune puisqu'eUe n'est pas de M. Tronson, nous paraît cependant devoir intéresser les lecteurs ; et parce qu'elle est adressée à M. Tronson qui l'avait provoquée, et à cause des détails qu'eUe renferme sur les usa- <?es du séminaire de Limoges, à l'époque où elle fut écrite.
LETTRE XXXVI