‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 31 sur 42 · DE M. BOURGET (1) A MONSIEUR TRONSON · texte numérisé non relu

DE M. BOURGET (1) A MONSIEUR TRONSON

A Limoges, le 8 avril 1695.

Monsieur et Très Honoré Père;

Pour m*acquitter de la commission dont vous m'avez honoré, je vous marque dans celte lettre le détail des choses

(1) Thomas Bourget, né en 1668 dans le diocèse de Coutances, entra eu 1686 au petit séminaire de Saint-Sulpice, et y reçut tous les ordresmineurs et tous les ordres sacrés. Il fut envoyé au séminaire de Limoges en octobre 1694; quatre ans après au séminaire d'Angers; à Lyon eu 1699; puis en 1705 à Viviers où il fut supérieur; enfin, en 1710, à Lyon où il continua la même fonction, et où il mourut le 29 août 1719, âgé de 51 ans.

principales qui se pratiquent dans le séminaire de Limoges. Je dis, de8 choses principales, car de vous tout écrire cela ne

se peut, au moins par une seule lettre.

On reçoit MM. les Ordinands au séminaire deux fois par an : à savoir, à la Saint-Luc et à Noël, et quelquefois on fait une troisième entrée au carême, mais cela n'arrive pas toujours; c'est selon Tabondance et la qualité des sujets qui se présentent. On examine tous ceux qui se présentent pour entrer sur la philosophie et sur la théologie $*ils y ont étudié; et si on les trouve capables, on leur marque le temps où ils doivent entrer; et s'ils ont encore besoin de temps pour étudier, on les diffère jusqu'à une autre entrée; si on ne trouve point en eux de marques de vocation à Tétat ecclésiastique, on les prie de n'y plus penser : c'est ainsi que M. Bourdon appelle ce qu'on nomme partout ailleurs un refus. Deux directeurs sont présents à l'examen; et il faut que ceux qui se présentent aient environ 22 ans, et des attestations d'étude, et de vie et de mœurs. Quelquefois on en reçoit de plus jeunes, mais rarement; parce qu'ordinairement ceux qui y entrent doivent être prêtres dans deux ans après leur entrée; ce qui demande nécessairement qu'ils aient 22 passés en y entrant.

Le jour de l'entrée étant arrivé, on reçoit les Messieurs; et ensuite on commence la retraite générale sur les vérités chrétiennes, où il se fait deux entretiens par jour, à peu près comme se font les retraites du petit séminaire au commencement des exercices. Cela se fait avec beaucoup de ferveur, et tous font une confession générale; et si c'est une seconde année de séminaire, ils font au moins une confession annuelle. On fait une retraite semblable pour ceux qui entrent à Noël ou en carême.

La retraite de rentrée finie, on leur dicte le règlement général, et chacun reçoit de son directeur le règlement particulier. Puis on commence les exercices ordinaires. On étudie la scolastique le matin, et le soir la Morale. Le déjeuner se fait en commun, et on y lit quelques nombres de Vlmitaiion de Notre Seigneur. La messe de communauté ne se dit qu'à

sept heures et demie. Le déjeuner à huit heures un quart, et la conférence de théologie scolastique depuis 8 heures el demie jusques à dix heures. Après quoi, depuis dix heures jusques à onze heures, on fait six bandes de chant, où chacun se rend exactement au temps et au lieu qui lui est marqué. Le reste est comme à Paris.

J*oubliois de vous dire qu'avant la retraite de 1 entrée, on fait quelques entretiens pour leur apprendre à faire l*oraison, la lecture, l'examen, etc., et cela leur est d'une très grande utilité. On leur fait aussi pendant quelques jours Toraison tout haut, et on leur apprend la manière de bien et facilement faire une confession générale. Tous se choisissent leur directeur au commencement de la retraite; sur la fin, on leur donne les avis généraux pour bien faire le règlement, et on leur marque les choses principales qu'ils doivent faire ou éviter pour bien profiler du séminaire. Pour ceux qui en entrant sont en habit laïque, ils y demeurent jusques à l'ordination suivante, où ils prennent seulement la tonsure. Pour ceux qui sont déjà clercs, ils ne prennent les quatre-moindres qu'à la seconde ordination ; et tous, depuis Tacolythat, demeurent six mois, et souvent huit ou neuf mois, sans recevoir le sous-diaconat. Il y a un an entier d'épreuve, et on les envoie en vacances avant le sous-diaconat, afin de s'assurer de leur fermeté dans la vertu. Pour les deux autres ordres, ils les reçoivent dans deux ordinations suivantes, si néanmoins ils se sont trouvés capables; car, avant chaque ordination, qui se fait à Noël, au Carême et à la Pentecôte, il y a un examen général de tous les Messieurs, et premièrement de ceux qui doivent recevoir les saints ordres. Cet examen se fait par deux ou trois directeurs dans deux chambres différentes; Messieurs les grands vicaires y assistent aussi; et on les interroge sur les traités de scolastique et de morale qu'ils ont vus, et sur les ordres auxquels ils aspirent. Pour les traités, ils doivent répondre à deux examens sur les mêmes traités, y ajoutant en même temps ce qu'ils ont étudié depuis le dernier examen; en sorte que ils ont quelquefois six ou sept traités dont ils doivent répondre. Si on n'est pas satisfait

de quelqu'un, M. Bourdon leur dit qu il esl bon d*aUendre, et il leur conseille de ne pas se présenter; or, ce conseil est bien un bon commandement, et le directeur a soin de faire avaler doucement la pilule : ainsi, cela se fait sans bruit et sans éclat; et quand même ils sont reçus, si le directeur ne juge pas à propos qu'il soit ordonné, il lui dit son sentiment en particulier; car tous les ordinands sont ordinairement assez fidèles et obéissants à leur directeur, et. Dieu merci, cela va bien de ce côté-là, aussi bien que des autres. On rend compte ensuite de lexamen à Monseigneur; puis on commence une retraite pour Tordination huit jours auparavant : et on y observe presque le même ordre qu'à la première, si ce n'est que Ton y traite des matières ecclésiastiques, et cela différemment selon les différens temps. Ceux qui ne doivent pas être ordonnés ne laissent pas d'assister à tous les exercices communs; mais pour la chambre, il leur est permis d'étudier. On ne va point pendant ce temps à la porte sans permission. Le jour qui précède la retraite, on donne permission de sortir en ville pour se fournir des choses nécessaires à l'ordination, qui se fait toujours dans la chapelle du séminaire, et d'une manière admirable, aussi bien que les autres offices. Pour les entretiens, ils se font par Messieurs les Grands vicaires et Messieurs les Directeurs. Pour les sujets d'oraison pendant l'année, ils se donnent par les directeurs. Deux font les entretiens durant l'année, savoir, le dimanche et le jeudi. On ne donne que rarement des sujets d'oraison. Les grandes messes se chantent aussi par Messieurs les directeurs tour à tour. Pour l'ordination de la Pentecôte, il y a une double retraite; car on en fait une pour tous les jeunes gens qui doivent être tonsurés à cette ordination-là, et on leur fait aussi deux entretiens par jour, lisse retirent néanmoins chez eux le soir; car on n'a pas assez de logis dans le séminaire, quelque grand qu'il soit, pour les pouvoir garder. Il n'y a qu'à cette ordination qu'on donne la tonsure à ceux qui ne sont point actuellement au séminaire. Or, pour être reçus, on les examine, non seulement pour la tonsure, mais encore trois mois auparavant, pour leur donner

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ensuite la permission de porter le petit habit, qu*ils doivent avoir trois mois avant la tonsure. El après, on les assemble tous les mois, pendant Tannée, au séminaire, où un de Messieurs les directeurs leur fait un entretien sur les vertus ecclésiastiques, et Monsieur Maguelonne est préposé pour veiller sur eux, et presque tous les' viennent voir les fêtes ou dimanches; la plupart même ont leur directeur au séminaire, et on les connoit quelquefois six ou huit ans avant qu'ils entrent au séminaire. On ne peut croire jusques où va le bien que cause la bonne éducation de ces jeunes enfans, qui sont Texemple du collège, et qui, entre eux, ont une sainte société inconnue à tout le monde; et il n*y a même qu*un petit nombre de ces bons enfans qui en soient, et qui pratiquent une infinité de vertus. Dieu bénit infiniment ce petit troupeau. 11 y a dans la ville de ces bons enfants plus de soixante.

Outre tout cela, il y a deux synodes ordinairement chaque année; et pendant ce temps un très grand nombre de curés font retraite au séminaire et à la mission (1). Je ne vous mande rien en détail de cela; car le synode ne se tiendra pas cette année à Pâques, comme il avoit coutume. Durant le cours de l'année, il y a un grand nombre de curés et de vicaires qui viennent faire leur retraite annuelle au séminaire; et un des plus grands et plus solides biens qui se fassent au séminaire, est fondé sur cette correspondance qu'il y a entre le séminaire et presque tout le diocèse.

C*est aussi une chose parfaitement bonne que l'emploi qui se fait de chaque sujet au sortir du séminaire. L'on en envoie, Tun curé, l'autre vicaire, etc. Ordinairement, on est vicaire quelque temps; puis, selon le besoin, on est appelé pour une cure. On examine avec grand soin tous ceux qn*on envoie dans les bénéfices. On veille à ce que chacun sache parfaitement le chant et les cérémonies. Outre l'exercice quoti-

(1) La Mission de Limoges n'était pas une maison de prêtres de la Mission, communément appelés lazaristes; c'était une communauté de prêtres cliarg'ée de faii« des missions dans le diocèse de ljmo«res.

(lien des cérémonies, on fait des exercices extraordinaires, durant les retraites, pour les prêtres. On explique aussi chaque semaine une fois le Rituel, et on instruit très utilement de la manière d*administrer chaque sacrement; ce qui est de la dernière importance. On fait aussi, durant le temps pascal, des répétitions de rubriques, afin que tous les sachent suffisamment. On a, depuis quelques années, établi encore un autre examen à la fin des exercices, pour faire un peu étudier ceux qui, après Tordination de la Pentecôte, s'endormiroient, n'ayant plus rien à craindre; et je vous assure que cela en réveille beaucoup. Tous les samedis matin, durant une heure, on explique Tévangiledu dimanche suivant; et on marque, après le sens littéral, le sens mystique et les sujets qu'on peut traiter sur cet évangile; et cela est fort utile. Les conférences spirituelles, les répétitions d'oraison se font comme à Paris. Quelquefois, les dimanches après vêpres, on fait une conférence pour apprendre la manière de faire le catéchisme; et un des ordinands le fait tous les dimanches et fêtes aux pauvres enfans dans Téglise de la Mission. Le reste des exercices est presque comme à Paris, si ce n'est que l'on ne communie pas le jeudi par règlement, et que les exercices finissent le 6 du mois d'août, auquel temps chacun se retire chez soi jusques h la Saint-Luc suivante, s'il n'est pas encore prêtre.

Voilà, Monsieur, un récit un peu long d'une grande partie de ce qui se passe dans ce séminaire, qui est un lieu de bénédiction. Je bénis Notre Seigneur de m'y avoir conduit par sa bonté; je le prie seulement que je ne gâte rien de tout ce qu'édifient les autres qui travaillent tous à merveille et avec fruit. Pour moi, je ne suis qu'un pauvre spectateur de toules ces belles choses : je tâche de m'instruire le mieux que je puis en toute manière, et M. Bourdon a la bonté de m'enseigner sur tout ce que j'ai à faire : je ne parle point en public, que je ne lui aie communiqué mes petites vues, cl qu'il ne les ait corrigées, il a la bonté de me faire lire de bons livres que je ne connoissois pas encore, et il est tout plein de bonté et de charité pour moi. Je saurai bientôt mon

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clianl, el j*éludic le comput ecclésiaslique afin de ne pas ignorer ce que je devrois savoir il y a long temps. Je vous demande pardon de ma longueur: je suis obligé de finir faute de papier : il n*en resle que pour vous assurer de mes 1res humbles respects et de mon entière soumission. —

BOCRGRT.

FIN DU LIVRE (UNQriEllE

LETTRE I

A L*ARGHEVÉQUB DE LYON (1)

27 juillet 1676.

Monseigneur,

Je ne puis laisser partir M. Maillard et nos autres Messieurs qui raccompagnent, sans vous renouveler les assurances de mes respects, et vous offrir en même temps ceux d'une maison qui vous est absolument acquise. Je vous puis assurer. Monseigneur, que quand nous aurions eu d'autres vues sur eux que celle de leur retour dans votre diocèse, nous les aurions changées de très grand cœur pour nous conformer aux vôtres, sur lesquelles nous serons toujours ravis de pouvoir régler notre conduite. Ce nous est donc assez. Monseigneur, de savoir que vous désirez qu*îls retournent dans votre séminaire pour ne les pas retenir plus long temps; ne pouvant même avoir des marques plus sûres de leur voca-

(1) Camille de Neufville de Villeroy, n^le 22 août 1606, à Home, où son père était ambassadeur de France, eut pour parrain le pape Paul V. Nicolas, duc de Villeroy, son frère aîné, fut maréchal de France, et Ferdinand, son autre frère, fut évêque de Saint-Malo et ensuite de Chartres. Nommé archevêque de L3'on le 28 mai 1653, il se flt sacrer dans son église primatiale le 28 Juin 1654, et mourut à Lyon le 3 juin 1693, âgé de 87 ans. Le P. Massillon, de l'Oratoire, alors à ses débuts dans la chaire, prononça son oraison funèbre. Riche et généreux, Camille de Neufville, contribua beaucoup de ses propres deniers à la construction du séminaire Saint-Irénée. Sur ce séminaire, ses commencements, son union au séminaire de Saint-Sulpice en 1659, et toute son histoire jusqu'à la fin du xviu« siècle, 11 faut lire les Notes historiques sur fe séminaire Saint-ïrènée ; Lyon, 1882, in-8« de 401 pages.

lion, el que Dieu les demande dans ce lieu-là, que de voir que vous agréez le service qu'ils vous y rendent (1). J'espère qu'ils vous témoigneront amplement et plus en détail que je ne pourrois faire dans une lettre le zèle que Ton a ici pour l'œuvre que vous leur confiez; qui ne peut avoir qu'un succès favorable tant que ceux qui y travailleront ne se rendront point indignes de votre protection. Nous nous estimerions heureux si, de notre part, nous pouvions mériter cette grâce par nos services. C'est, Monseigneur, celle que nous attendrons au moins de votre bonté, dont j'ai déjà eu tant de marques en mon particulier, que je ne puis que vous en demander très humblement la continuation, aussi bien que la liberté de me dire, avec toute la reconnoissance que je dois. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE II

A MONSIEUR MAILLARD (2

10 août 1676.

J'ai eu beaucoup de joie d'apprendre par votre seconde

(1) MM. Maillard, Guisain et de Tanoarn, tous trois Assistants de la Compagnie de Saint-Sulpice, s'étaient rendus à Paris, après la mort de M. de BretonviUiers, pour prendre part à rassemblée où se fit l'élection de son successeur, M. Tronson, le l""" juillet 1676. Les deux premiers avaient été associés à M. d'Hurtevent, premier supérieur du séminaire Saint-Irénée après son union â celui de Saint-Sulpice, et y étaient arrivés le 6 décembre 1659. Le troisième, M. de Tanoarn, y avait été envoyé quelques années plus tard, en 1668.

(2) Ralthazar Maillard, né à Paris vers l'an 1618, avait été dix ans au séminaire de Nantes où il avait été envoj^é par M. Olier en 1649, et dont il avait été supérieur au départ de M. d'Hurtevent en 1652. Lorsque les prêtres de Saint-Snlpice furent retirés de Nantes en 1659, M. Maillard fut envoyé au séminaire de Lyon, où il succéda de nouveau à M. d'Hurtevent, mort le 30 décembre 1671, et où lui-même mourut le 22 mai 1696. Cfr. Notes historiques sui' le séminaire Saint-Irént^e, p. 89-112. — BibUothdque sulpicicnne, 1. 1, p. 108, 109.

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iellreque rincoiumodilé de M. Guisain et de M. Tanoarn (1) n'a pas eu de suite; et jen ai encore une plus grande de vous savoir en bonne santé. Tout cela, avec le bon accueil qu*on vous a fait, ne nous laisse plus rien à désirer, que le bâtiment pour comble de notre joie. Mais on ne sauroit avoir M. Gitard (2), à moins que Monseigneur d*Âutun ne Tenlève. (]ar il est incessamment occupé pour M. le Prince (3), et il ne quitteroit pas pour d*autres. L'on attend, de semaine à autre, son départ, et nous ne manquerons pas de vous le faire savoir, afin que vous preniez vos mesures. Car, pour ne le pas manquer, je crois qu*il faudroit que M. Tanoarn Tallàt

(1) Jacques Guisain, né en 1627, au diocèse d'Amiens, entré au séminaire Saint-Sijlpice le 8 octobre 1652 étant encore simple tonsuré, avait déjà pris part, en qualité d'Assistant de la Compagnie, à la première assemblée générale tenue du 3 au 15 Juillet 1659, lorsqu'il fut envoyé au séminaire Saint-Irénée. Il y géra d'abord le temporel ; puis il remplaça M. Maillard comme premier directeur, quand celui-ci remplaça M. d'Hurtevent comme supérieur. Il mourut le 25 septembre 1682, âgé de 55 ans. V. Bibliothèque sulpicie^ne, 1. 1, p. 63-70.

Julien de Tanoarn, né à Morlaix en 1635, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 20 juillet 1655, agré$?é â la Compagnie en 1663, licencié de Sorbonnc en 1666, docteur en 1667, envoyé â Lyon en 1668, chargé •l'y enseigner le dogme en 1680, rappelé à Paris en 1696, chargé en 1699 (le visiter les séminaires de la compagnie, consulteur en 1700, succéda (^n août 1702, à M. Bourdon, supérieur du Séminaire de Limoges, alla à Paris en 1713, et mourut au séminaire de Saint-Sulpice le 1«' décembre de la même année, âgé fie 78 ans. V. Bibliothèque sulpirienne, 1. 1, p. 168, 169.

(2) Daniel Gitard, né à Biandy-en-Brie (Seine-et-Marne) le 14 mars 1625, mort à Paris le 15 décembre 1686, fut l'un des huit qui comr»osèrent l'Académie d'Architecture 101*5 de sa fondation par Colbert en 1671. C'est lui qui fit bâtir le chœur de Téglise Saint-Sulpice de Paris et les bas côtés qui régnent autour. Cette construction ne dura pas moins de dix-huit ans. Il y a sur lui une notice dans les Archives (le l'Art français, t. VI, p. 97 etsuiv.

(3) Louis II de Bourbon, prince de Condé, né à Paris le 8 septembre 1621, mort à Fontainebleau le It décembre 1686, connu de son temps sous le nom de Monsieur lo Prince, et dans l'histoire sous celui du Grand Condé.

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quérir à Aulun (1). Ce sera apparemment vers le commencement du mois prochain.

Si vous aviez un ami bien secret et bien fidèle à Grenoble, vous pourriez peut-être vous informer de l'état où est l'affaire dont vous a parlé Monseigneur rArcbevèque, afin de voir ensuite si vous pourrez profiter de son avis. Pour moi, je craindrois ce que vous lui avez témoigné appréhender; et Ton ne manquera pas d'être confirmé dans les soupçons qu'on a formé autrefois de vous. Cependant, si vous y voyez ouverture et que vous croyiez y pouvoir agir, nous approuverons de grand cœur ce que vous y ferez. J*ai reçu la lettre fort obligeante et honnête de M^' TArchevêque.

Pour les propositions de M. Démia (2), je vous conseille de ne vous en point embarrasser. Car c'est un effet de son zèle, qui va plus loin et plus vite que vous. Il est d'une humeur qui m'a paru ne pas se guérir aisément de ses préventions. Ainsi, le meilleur est de le laisser dire, et faire toujours ce que l'on doit. L'on vous connoit assez pour ne pas craindre que ses discours fassent tort, ni k votre réputation,

(1) Gitard contruisait aloi^ le Grand Séminaire d'Autun, dont Pévêque, Gabriel de Roquette, l'avait chargé de dresser le plan, et que Bussy-Rabutin, dans sa correspondance, appelle « le plus beau séminaire de France ».

(2) Charles Démia, né à Bourg-en-Bresse le 3 octobre 1636, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 8 octobre 1600, établit à Lyon la communauté des Maîtres des écoles de Saint-Charles chargés de l'instruction des garçons, et la communauté des Sœurs de Saint-Charles pour l'instruction des petites filles. Il transforma ensuite son école normale d'instituteurs primaires en un séminaire où les ordinands pauvres étaient reçus gratuitement, pour peu qu'ils promissent de travailler à l'instruction des enfants. Il désira beaucoup voii* son œuvre unie à celle du séminaire de Saint-Irénée ; mais, pour plusieurs raisons faciles à deviner, ni M. Tronson ni ses successeurs n'y voulurent consentir. Le séminaire Saint-Charles n'en subsista pas moinsjusqu'à la Révolution. Cliarles Démia était mort le 23 octobre 1689, dans la 53* année de son âge. V. Grandet, Les saints Prêtres français du diX'Septième siècle; première série; Angers, 1897, p. 205-211. Vie de A/. Démia. Instituteur des Sœurs de S. Charles (par M. Faillon); Lyon, 1829, in-12 de xxvni-510 pages.

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ni à l'œuvre de Dieu. Vous avez trop d'envie dëtre à lui et de procurer sa gloire, pour redouter ni l'un ni Taulre. Le Grand Maître saura bien conserver ceux qui se confient en sa bonté, et qui se détachent de tout pour son amour. — L- Tronson.

LETTRE III

A MONSIEUR MAILLARD

18" novembre 1676.

J'espère que vous verrez bientôt vos désirs satisfaits, et que l'arrivée de M. Bandeau (1) et de M. Gitard terminera tous les délais que Ton a apportés jusqu'à cette heure à votre bâtiment (2). J'ai prié l'un et l'autre, avant leur départ, de le commencer au plus tôt et de n'attendre pour cela aucune de nos réponses; et je leur fais encore aujourd'hui la même prière par mes lettres, afin qu'ils n'aient nul scrupule de mettre la main à l'œuvre, voyant que je leur confirme par écrit ce que je leur avois dit ici de vive voix. Il nous suflit que M^** l'Archevêque approuve leurs desseins; et avec cela ils ne peuvent que se très bien terminer. J'espère que les premières nouvelles nous apprendront que Ton commence à remuer le terrain; ce que je sais que vous souhaitez fort; mais ce que je vous puis dire que je ne désire pas moins que vous. Nous tâchons d'échauffer ceux qui y veulent avoir quelque part, afin de faire un effort considérable au printemps.

Vous me mandez que vous avez reçu dix mille livres, auxquelles vous en avez joint deux autres mille. Vous m'o-

(1) Mathurin Baudeau, du diocèse de Paris, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 19 mai 1643, et y remplit les fonctions d'économe avec beaucoup de zèle et d'intelligence jusqu'à sa mort arrivée le 3 mars

(2) Le même jour, 18 novembre, M. Tronson écrivait à M. de Tanoarn : « Traitez bien vos nouveaux haies, afin de les arrêter le plus loïii; temi)S que vous i)uurrez ».

bligerez de me mander d*où viennent ces deux autres mille, afin que sur cela je puisse écrire et prendre mes mesures. Vous pourrez prendre de cet argent et en donner à M. Baudeau quand it faudra commencer le bâtiment. Je lui ai témoigné ici que, dans l'emploi qu'on en fera, il sera tout à fait nécessaire de faire paroitre que ce que Ton donne vient de Saint-Sulpice; non pas que Ton doive le publier présentement, mais de faire quelque acte, ou de faire les quittances d'une manière qu'on le puisse un jour prouver. Vous en connoilrez assez l'importance. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE IV

A MONSIEUR MAILLARD

30 novembre 1676.

Votre lettre nous a donné bien de la joie. Dieu veuille que Ton ait planté le piquet le jour que vous me marquez f C'est un bon augure pour les ouvrages de Saint-Sulpice d'être commencés sous les auspices de la Sainte Vierge et au jour de quelqu'un de ses mystères.

Le moyen de ne pas travailler avec un grand courage, après ce que Monseigneur l'Archevêque vous a dit ! Je m'imagine que vous allez prendre une si forte confiance qu'il n'aura plus sujet de vous reprocher que vous êtes un homme de peu de foi. M. Bandeau me paroît par sa lettre s'affectionner ass^zà cet œuvre, et vous en aurez assurément grand besoin si l'on fait travailler à la journée. M. Rigoley vous a mandé ce que j'avois entre les mains pour votre bâtiment, mais non pas tout ce que nous avons dessein d'y contribuer. Je ne doute point que Dieu ne bénisse cette entreprise, et jamais je n'ai pris de résolution uvec plus de satisfaction ni plus de joie. Si la gelée est aussi forte à Lyon qu'elle est depuis quelques jours en cette ville, le transport des terres vous épargnera bien du bois, et il y aura presse à y travailler. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

t% LIVRE SIXIÈME

LETTRE V

A MONSIEUR BAUDBAU

20 décembre 1676.

La résolution de M. Gitard nous a aussi surpris que vous. Jamais on ne se seroit imaginé qu*il vous eùl donné si peu de temps, ni qu*il dût s*en revenir de la sorte, sans avoir rien arrêté avec vous. Il me semble que c'est en agir un peu cavalièrement. Ce qui me console est que sa retraite ne vous décourage pas; et puisque vous avez la bonté de vouloir continuer avec le même zèle de vous appliquer à l'ouvrage que vous avez commencé, le Séminaire ne souffrira point assurément de son absence. C'est sur vos soins principalement que je fonde cet œuvre; et si une fois vous pouvez mettre les choses en bon train, je ne doute point que le zèle de quelqu'un de nos Messieurs ne s'échauffe assez pour les pouvoir continuer ensuite. Le bon marché que vous avez eu pour vuider les terres nous fait voir combien on épargneroit si l'on pouvoit faire travailler toujours à la journée. Je ne doute point que l'on n'y gagnât au inoins le quart, et que cela ne fit bien avancer votre bâtiment. Vous verrez sur les lieux ce que Ton peut faire; car peut-être seroit-ce une chose trop difficile dans l'exécution. Votre détermination nous feraconnoitre ce qui sera le meilleur. Ainsi, ne craignez point de vous déterminer sans avoir égard à ce que nous approuverions davantage; car je vous assure que nous n'approuverons rien tant que ce que vous aurez résolu. Ce que je vous en dis n'est pas par compliment, mais par une confiance qui s'explique sans étude et sans artifice.

Je vous envoie une inscription pour votre première pierre. Celle qui est contenue dans le billet de M. Maillard est bonne; mais il y a un ou deux mots qui pourroient faire peine, que l'on auroit cru plus à propos de n'y mettre pas, et que l'on Irouveroit aussi trop périlleux de retrancher. Vous les pourrez bien deviner, sans en dire mot à personne, pour

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ne pas donner lieu à de dangereuses réflexions. Le tour que Ton donne à celle que je vous envoie ne peut tirer à conséquence, et Ton en peut retrancher en sûreté tout ce qui n*agréeroit pas. Elle est un peu longue pour être gravée sur la pierre même; mais elle ne Test pas trop pour la mettre sur une plaque de cuivre, comme on a accoutumé de le faire présentement. Si elle n*agrée pas de là, vous n'aurez qu*à me le dire simplement, afin que Ton puisse tout ajuster (1). Monseigneur de Limoges (2) se dispose à son sacre qui se fera dans Téglise de Saint-Sulpice. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRK VI

A MONSIEUR RIGOLBY (3)

21 décembre 1676.

Je suis bien aise que vous soyez arrivé à Lyon pour le soulagement de nos Messieurs et pour la consolation de M. Baudeau. Je m'imagine qu'il commençoit à s'ennuyer, et que personne ne s'appliquoil, comme vous ferez, à lui rendre doux et agréable le séjour de Lyon. C'est néanmoins une chose qui ne sera pas inutile pour votre bâtiment, et le temps que vous donnerez à le récréer un peu ne sera pas assurément perdu. M. de Tanoarn ne lui aide-t-il point? Ne prendil point de ses leçons, et a-t-il grand commerce avec lui? Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud, et ne rien négliger pour profiter de l'occasion. Vous pouvez dire à M. Bandeau ce que vous avez déjà pour bàlir; et comme je lui ai dit ici que vous aviez déjà fait loucher une somme considérable, el

(1) Cette inscription latine est reproduite dans les \otes historiques sur le Séminaire Sain t-Iré née, p. 91.

(2) Louis de Lascaris d'Urfê.

(3) François Rigoley, né à Auxonne le 4 octobre 1640, dont il a été î^ouvent parlé dans la correspondance avec les séminaires d'Autun et de Clermont, avait été envoyé à Lyon en 1674. Il devint supérieur du séminaire Saint-irénée au mois de mai 1696, et y mourut le 11 février 1721. V. Notes historiques sur te séminaire Saint-lrénée^ p. 115-125.

que je ne sais même si je ne lui ai point spécifié la somme, il auroit quelque sujet raisonnable de peine s'il voyoit que vous eussiez pour lui sur cela quelque réserve. Ainsi, vous lui pouvez déclarer que je vous ai fait toucher dix mille livres, sans spécifier par quelle voie; car la voie dont je me suis servi doit être absolument secrète (1). Je souhaite si forl que Ton commence à bâtir, que je prie M. Baudeau de ne point s'arrêter k toutes les réflexions que je lui envoie, ne prétendant point que cela fasse changer ou suspendre la détermination du dessin qu'il jugera avec M. Gitard vous être le meilleur. Je m'attends bien que vous ne manquerez pas à nous mander toutes les nouvelles. Tout à vous. — L. Tron-

SON

LETTRE vn

A IIONSIBUR BÀUDBAU

Ce 7 mai 1677.

M. Maillard partit mercredi dernier, et il s'en retourne très satisfait en toutes manières de son voyage. Vous jugerez par le récit qu'il vous en fera qu'il en a assez de sujet, et

(1) Le 23 octobre 1676, M. Tronson écrivait à M. de Tanoam : « On doit faire l'adresse de quelque somme assez considérable à un marchand de Lyon de votre connoisgance, pour vous être remise entre les mains. C'est une affaire du dernier secret et dont il ne faut, s'il vous plaît, parler qu*à M. Maillard et à M. Baudrand s'il est avec vous. Il sera important que vous me mandiez la somme que vous avez reçue, et que je le sache aussitôt qu'on vous l'aura donnée. Vous n'avez que faire de vous informer d'où elle vient, ni ce que l'on en veut faire, à moins qu'on ne vous le dise ou qu'on ne vous l'écrive. Enfin, tout se dispose pour votre bâtiment; Jusqu'aux matériaux que Ton tâche d'amasser... (!). Tout à vous. — L. Tronson ». — Et le 6 novem])re suivant : « Je suis bien aise que vous ayez reçu les dix mille livres que vous me marquez. En avez-vous donné quelque reçu, et le marchand vous a-t-il dit d'où cette somme venoit et pour quoi c'étoitî Ce sont des circonstances qui me serviront pour prendre mes mesures. Et si vous en avez donné un reçu, marcfuez-moi, s'il vous plaît, la forme en laquelle vous l'avez donné ».

CORRBSPONDANCB AVEC LE SEMINAIRE DE LYON 429

qu*il n*& pas perdu son temps à Paris. Il faut que je vous dise qu*il m*a témoigné bien de la joie de ce qu*il croit que vous arrêterez encore à Lyon quelque temps; et, pour moi, j*ai été fort aise de le voir convaincu de la nécessité qu'ils avoient de votre présence pour leur bâtiment, et combien vos soins leur sont encore utiles tous les jours, soit pour régler les choses, soit pour épargner la dépense. Je ne vous ai point prié de vous conserver et de ne vous laisser manquer de rien, tant que M. Rigoley a été avec vous(l), parce que j*ai cru qu*il en auroit assez de soin. Mais à présent, quoique je ne doute pas que les autres Messieurs n*y suppléent, je vous prie de me mander ce que vous croirez que nous y pourrons faire de notre part. Je ne vous offre rien en particulier, parce que vous pouvez être persuadé que vous ne sauriez me faire plus de plaisir que d'user en liberté de tout ce qui peut dépendre de moi. Surtout, ne faites nulle difficulté de disposer pour vos besoins, aussi bien que pour le bâtiment, de l'argent que vous aurez. Car nous avons encore une somme assez considérable à donner; et je suis convaincu qu'on ne fera jamais de dépense si utile pour cet œuvre, que celle qui y seroit faite pour vous. Je vous dis ceci avec une effusion de cœur, pour vous en faire connoître le fond; et je vous le dis avec la même sincérité, avec laquelle vous pouvez faire état que je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE VIII

A Issy, ce 2 août 1677.

J'ai bien de la joie de votre retour à Lyon. C'est une marque que vos affaires de famille sont terminées, et que vous êtes maintenant en liberté. Je regarde cela comme un grand avantage à une personne qui emploie aussi bien son

(1) M. Rigoley était alors à Dijon où il avait été appelé par la mort de son père, Denis Ripfoley, secrétaire des États de Bourfçogne.

temps pour Dieu que vous le faites dans le séminaire. M. Bandeau en aura assurément une consolation particulière; car je sais, et la part qu*il prend à ce qui vous touche, et le soulagement que vous lui pouvez donner dans ses petites peines. Ce que vous voulez donner pour le bâtiment est un surcroit de votre charité pour cet œuvre, dont nous vous sommes très obligés ; et puisque vous voulez bien entrer dans nos vues, et faire que votre don fasse une partie de la somme qui nous reste à donner, vous pourriez mettre entre les mains de M. Maillard ce que vous mandez avoir dessein de contribuer présentement, sans qu'il soit nécessaire qu'il vous en donne son billet. Car, pourvu qu'il m'écrive qu'il a reçu de vous une telle somme dont il promet nous tenir compte sur les douze mille que nous avons dessein de lui faire encore toucher, cela vaudra un reçu, et il y aura une sûreté toute entière. Cependant vous pouvez en user comme vous jugerez à propos, ne faisant que vous exposer ma pensée, comme à une personne avec qui je puis parler à cœur ouvert, sans craindre de le gêner. Tout a vous. — L. Tronson.

LETTRE IX

A MONSIEUR MAILLARU

!•' septembi'e 1677.

Il ne tiendra pas, s'il plail à Dieu, à ce que nous avons promis, que Ton ne travaille à votre bâtiment sans discontinuation. Quoique nous ayons déjà assez d'obligation à Monseigneur l'Ârchevôque, et qu'il ait donné des marques bien effectives de sa bonne volonté (1), j'ai peine à croire qu'il en demeure là, et qu'il laisse imparfait un ouvrage si avancé, qu'il estime tant, et qu'il juge si utile à son diocèse. Pour moi, je ne puis me le persuader, et à moins qu'il ne s'en

(1) A cette date, CamiUe de Neuville avait contribué à la con»truction du séminaire pour une somme de 36,00(» livres

GOBRBSPONDANGB AVEC LE SEMINAIRE DE LYON 431

explique bien clairement, je vivrai toujours dans cette espérance.

La résolution de Messieurs du Chapitre, de payer la pension des Ecclésiastiques de leur église qui seront dans le séminaire, est tout à fait belle, et je crois qu'elle est sans exemple. Dieu veuille qu'elle profite à d'autres qui n*en ont pas moins de besoin I Si, avec cela, ils contribuent à votre bâtiment, on pourra bien dire : Quis audivit unquam talef Quis vidit kuic aimile (Isai. LXVl, 8)?

Nous prierons Dieu que M. Tabbé de Savigny (1) effectue sa bonne volonté et exécute sa promesse. Il faut espérer que la providence de Dieu ne laissera pas manquer un œuvre que Ton n'entreprend que pour sa gloire.

Prenez garde à ne prendre pas trop sur vous durant vos retraites. Vous voyez le besoin que Ton a de votre santé. Je suis tout à vous. — L Tronson.

LETTRE X

A MONSIEUR BAUDBAU

3 décembre 1677.

La méprise de votre calcul n'est pas considérable, et je ne m'en suis aperçu que par l'aveu que vous en faites. Le principal est qu'il n'y en a point dans le bâtiment, et que tout le monde en paroit content. C'est ce que je me suis toujours promis de vos soins, et j'ai bien cru que toutes les petites peines que l'on pouvoil avoir se dissiperoient, quand on verroit la perfection et la beauté de l'œuvre. Je souhaiterois que Ion pût remédier aussi aisément à votre vue. Mais pourvu qu'elle soit suffisamment secourue par des lunettes, il y aura de quoi se consoler; le reste de l'individu étant en son entier et demeurant en bon état. Car, pour la tête

(1) Claude d'Albon, le sixième des abbês de Savigny qui aient porté ce nom, était archidiacre et Chanoine-Comte de Péglise de Lyon, 111s de Pierre d'Albon, seigrneur de Saint-Ferréol, et de Marthe de Sassena^e.

i32 LIVRE SIXIÈME

chauve, une bonne calolte est un souverain remède; et si vous aviez vu dans Synésius un panégyrique qu*ii fait en la louange des Chauves (1), et que M. Leschassier lisoit avec plaisir ces jours passés, vous seriez ravi d'avoir perdu tous vos cheveux. Conservez-vous bien, surtout cet hiver, afin que nous puissions vous revoir en aussi bonne santé qu'avant votre voyage. Je suis très cordialement tout vôtre. — L. Tronson, pr.

LETTRE XI

A MONSIEUR MAILLARD

3 septembre 1678.

Vous pouvez faire la fondation selon le projet que vous m*envoyez, avec la récitation quotidienne du De profundis. Cependant elle seroit plus selon Tinclination que j*ai remarquée autrefois en notre Très Honoré Père M. de Bretonvilliers, si le De profundis et Toraison en étoient retranchés; ou si du moins on ne les disoit pas si souvent. Il craignoit que les séminaires qui peu à peu se chargent de nouvelles fondations, se trouvassent, à la fin, embarrassés par la multitude des offices. Cependant, si vous voulez Ty mettre, pourvu que vous en retranchiez les grandes fêtes, auxquelles il me semble qu*il ne conviendroit pas, vous le pourrez. Que si vous aimez mieux y mettre une messe tous les mois, je vous conseil lerois de vous contenter d'une messe basse, pour ne détourner que le moins que vous pourrez les séminaristes de' leurs autres exercices.

II n'y a nulle difficulté de mettre le buste de M^*" l'Archevéque au lieu que vous me marquez, et il me paroit même

(1) Calvitii Encomium; Migne, Patrologie Grecque, t. LXVI, col. 1167-1206. L'auteur, qui lui-même était chauve, traite son sujet, stérile en apparence, avec beaucoup d'érudition et d^élégance. Cest la réfutation d'un écrit dans lequel Dion de Constantinople avait fait l'éloge des cheveux, et avait tâché de montrer qu'il était plus conve nable à rhoinine (|u'à la femme de prendre soin de sa chevelure.

important de le faire au plus tôt pour les raisons que vous me dites.

Le grand nombre de Messieurs vos curés en retraite est une marque de la bénédiction de Dieu sur votre travail. Tout ce que je crains est qu*il n'y en ait trop pour y pouvoir suffire, et que les forces affoiblies déjà par la suite des exercices d'une année ne s'épuisent entièrement par ce dernier emploi. Ayez soin de vous y ménager.

Je ne sais sur quoi on se fonde pour dire que M. de la Pérouse (1) doive faire les entretiens de la retraite des Ordinands. Si cela éloit, je m'imaginerois que, ne pouvant pas les faire, et craignant de surcharger M. Rigoley, vous auriez recours à ce remède extraordinaire et peu usité dans Saint- Sulpice. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE xii

A UOMSIEUR MAILLARD

i7 septembre 1678.

Je souhaite que vos petits voyages, ou plutôt vos promenades que vous méditez de faire ces vacances puissent bien rétablir votre santé. Si celui de Paris y avoit pu contribuer, j'y aurois consenti du meilleur de mon cœur; et même, si vous croyez qu'il pût vous donner la oaix et le repos qui est à souhaiter, et que le séminaire ne souffrit point de votre absence, je déférerais volontiers à vos vues et aux résolutions que vous voudrez prendre; pourvu que néanmoins vous ne pensiez point à vous décharger d'un emploi où Dieu vous donne bénédiction, et à quitter un lieu où vous êtes trop nécessaire pour souhaiter que quelque autre y soit en votre

(1; François-Bertrand de La Pérouse, docteur de Sorbonne en 1665, doyen de la collégiale de Chambêry en Savoie, élève et ami de M. Tronson, s'était adonné au ministère de la prédication dans lequel il eut beaucoup de succès, et prêcha en divei^s endroits de la France quantité de stations, de missions et de retraites, surtout de retraites ecclésiastiques.

I3t LIVRE SIXIÈME

place. Les pensées qui vous en viennent ne sont que dépures tentations, et je ne puis regarder d'un autre œil tout ce que vous m*en écrivez. Je ne doute pas que vous n'y trouviez bien des croix; mais le moyen de travailler pour Dieu, et de n*en point avoir! Elles sont rudes lorsqu'elles nous viennent des personnes de qui nous devions espérer plus de secours; mais de qui que ce soit que Dieu se serve pour nous crucifier, que nous importe, pourvu que nous soyons dans l'état où il nous demande, et que sa volonté soit faite et son œuvre accompli. Je ne sais pas bien précisément d'où vous viennent les vôtres; mais je puis au moins vous assurer que l'on est fort réservé à m'écrire de votre conduite, et que je ne sache point que l'on m'en ait mandé aucune plainte. Si vous remarquiez quelques esprits altérés, je crois que le meilleur moyen de les guérir est de les assembler souvent, de leur proposer les affaires, de prendre leurs avis, et de leur témoigner par cette ouverture et cordialité la confiance que l'on veut prendre en eux. Je crois qu'il y a peu de personnes qu'on ne ramène par celte voie. Ici nous nous assemblons tous les quinze jours, ou au plus tard tous les mois; et par ce moyen nous conservons l'union très grande que M. Olier maintenoit par son autorité et par sa grâce. Je vois que ces moyens extérieurs sont de la dernière importance, et que par là, non seulement on tient les cœurs unis, mais que tout le monde est satisfait des choses qui s'exécutent. Je vous mande simplement les pensées qui me viennent. Cependant il faut avoir bon courage, et ne point écouter les tentations qui nous disent sans cesse comme les Juifs faisoient au Fils de Dieu : Descende de cruce (Math. XXVII, 40). Messieurs de Saint-Joseph (1) prennent le train de se faire

(1) Société de missionnaires diocésains, établie à Lyon par M. Crétenet, et qui eut plus tard la direction d'un séminaire dans la même ville. Entièrement livrée au jansénisme, et dans la suite, fortement appuyée par ParcheVèque de Montazet, elle causa bien des désagréments aux directeurs du séminaire Saint-Irénée. Voir les Xotes historiques sur le séminaire Saint-Irénée ; 2« fascicule, p. 138-144; 4« tascicule, p. 268-270.

COBUESPONDANCE avec le SÉIIINAIBE de LYON i^l}

de mauvaises affaires. Il faut nous y mêler le moins que nous pourrons; car on ne manqueroit pas de nous reprocher que c*est par intérêt. Je ne doule point que bien des gens ne crient contre M. Tanoarn qui s*esl trouvé au sermon; mais c*est une rencontre de providence, dont les suites ne se peuvent éviter. Qu'il prenne seulement garde de n'en parler que sobrement et dans la nécessité, ut obsiruaiur os loqueniium iniqua (Psalm. LVII, 12).

Après ce que M^ l'Archevêque vous a dit touchant votre bâtiment, il n*y a rien à faire qu*à attendre de la Providence qu'elle donne quelque ouverture pour achever ce qu'elle a fait commencer. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XIII

A MONSIEUR MAILLARD

Ce 24 novembre 1678.

Je souhaite que votre santé se rétablisse autant que tous vos amis le désirent. Le petit ressentiment de fièvre que Ton nous mande que vous avez eu encore depuis peu de jours, est une marque du besoin que vous avez de vous conserver, et que vous devez vous résoudre à prendre bien du repos cet hiver.

Je vous envoie une présentation en blanc pour une cure vacante, qui dépend de mon prieuré de Ghandieu, et qui est en ma nomination (1). M. Tanoarn m*a écrit pour le vicaire de M. Carrier, et pour un autre qu'on lui a nommé. Peut-être M. de Lantages vous aura-t-il écrit pour un troisième. Vous m'obligerez de faire remplir Pacte que vous trouverez ici du nom de celui que vous croirez bonnement le plus digne. Je

(1) C'était la cure de Pralong, paroisse du canton de Boën, arrondissement de Montbrison (Loire). Le prieuré de Champdieu, situé à 5 kilomètres de Montbrison, avait été cédé à M. Tronson par son oncle maternel Antoine de Sève. Sur ce prieuré, voir Notes historiques sur le sf^minaire Saint-Irônée ; S** fascicule, chapitre II, p. 33-4G.

13() LIVRE srxiÈyE

serois bien aise que ce pût être le premier de ces (rois, parce (|ue Madame la marquise d*Urfé (1) me Ta parliculiërement recommandé. Mais je n*ai voulu m*engager à aulre chose qu'à le nommer, supposé que je le pusse en conscience. Or, je ne croirois pas le pouvoir faire en conscience s'il n'éloit pas le plus digne. Vous m'obligerez donc de vouloir bien déterminer celui que vous estimerez devoir mieux remplir cette place, et de lui donner ma présentation, afin qu'il puisse prendre son visa, et que je ne sois pas prévenu à Rome, où l'on pourroit bien avoir envoyé depuis que la cure est vacante.

M. Tanoarn me demande la résolution de quelques difficultés sur lesquelles je ferai réponse au premier jour. Il y en a qui ne souffrent nul doute, à moins qu'il n*y ait quelques raisons particulières que je ne sais pas. Car pourquoi, par exemple, augmenter l'ordinaire de la communauté, si on ne le peut pas faire sans augmenter les pensions, et si on s'en est contenté jusqu'à présent? Pourquoi faire faire des entrées hors de la maison? Ce sont des choses qui parlent d*ellesmémes, aussi bien que de donner de la volaille tous les jours. Ainsi, je ne crois point qu'il y ait à hésiter sur ces articles. Tout à vous. ~ L. Tronson.

LETTRE XIV

A MONSIEUR MAILLARD

6 janvier 1679.

Je ne vois nulle ditticulté de faire votre rénovation de la profession ecclésiastique dans votre chapelle, après la grande messe, les portes ouvertes, et devant tous les laïques qui pourront s'y trouver (2). Je ne sais s'il y auroit quelque raison

(1) Marguerite d'Alôgre, fille de Christophe, marquis d'Alègre, et de Louise de Fbgeac, mariée le 24 avril 1633 à Charles-Emmanuel, marquis d'Urfé, morte le 5 novembre 1683. Elle était la mère de Louis d'Urfé, évêque de Limoges.

(2) Lo portail de IVntréo dp la chapelle ouvrant sur la placo Ci'Oix-

particulière qui pût obliger de ne la faire pas publiquement. Mais il me semble que cette cérémonie ne peut être qu^édifiante, et que le monde ne s*en scandalisera pas plus à Lyon qu*à Paris. La manière dont vous proposez de la faire, aux pieds du Saint-Sacrement exposé sur Tautel, est celle qui me revient le plus, et que nous suivons maintenant ici.

Je me réjouis de la meilleure santé de M«f' votre Archevêque. Je prie Notre Seigneur qu'il lui ouvre les yeux et le cœur sur les besoins de son séminaire, et qu'il lui donne une grâce efficace par elle-même pour achever un si bon œuvre commencé.

Ce que M. Bardon vous a mandé, pour avoir la copie de quelques entretiens et de sujets d*oraison, étoit à Toccasion de la vue que nous avions prise d'en ramasser ici le plus que nous pourrions, et d'en faire un cours de plusieurs années, afin de faciliter le travail à ceux qui viendront après nous, et de donner des matières digérées à ceux à qui le travail de les digérer feroit trop de peine. Comme nous avons même à craindre qu'on ne se relâche dans la suite, et qu'on ne se dispense aisément de donner des sujets d'oraison de vive voix, on remédieroit à cette tentation en leur en donnant de tout faits, lorsqu'on les enverroit dans les provinces. Représentez-en l'utilité à M. Guisain afin qu'il y contribue de sa part, et qu'il ne borne pas le fruit de son travail à ceux à qui il pourra parler de son vivant. Nous payerons tous les copistes, et regarderons cet argent comme un des plus utilement employés par la maison.

Votre tète encore foiblc demande du repos. Ainsi, ne vous pressez point, et donnez k la nature le temps de se remettre. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

Comme l'ancienne coutume de Saint-Sulpice est de ne s'habiller point de drap, je ne puis vous donner d'autre avis

Paquet, c'est-à-dire sur la voie extérieure, le public était dès lors admis, comme il le fut au dix-neuvième siècle, à assister aux offices chantés du séminaire. Celui-ci pénétrait dans la chapelle par une porte latérale située à Tiiitérieur.

que ceux que j'ai oui toujours donner ici. L*étoffe est incommode pour l'hiver, mais on peut y suppléer par les habits de dessous, ut nihil innovetur prœter id quod traditum est.

LETTRE XV

20 Janvier 1679.

La vue que Ton a eue ici est de ramasser le plus qu'on pourra d'Entretiens, de Conférences et de Sujets d'oraisons; d'en choisir assez pour en faire un cours de deux ou trois années sur des matières les plus importantes, de les donner aux seuls supérieurs qui iroient dans les provinces, avec engagement de ne les laisser jamais copier et de ne les prêter qu*à ceux de nos Messieurs qui seroient choisis pour parler dans les séminaires. De cette manière, ils ne deviendroient point communs, et cependant ceux qui viendront après nous et qui n'auroient pas facilité de parler trouveroient par ce moyen un grand soulagement; et Ton conserveroit dans la maison le même esprit, les mêmes maximes, les mêmes pratiques et la même conduite. Si néanmoins quelques-uns ont peine à y contribuer du leur, je ne crois point qu'on les doive presser; et vous m'avez fait plaisir de me faire faire celte réflexion, parce que je vous avouerai ingénuement que je ne Taurois pas faite; surtout à 1 égard de ceux qui, étant de la maison, me paroissoient pouvoir sacrifier quelque peu d'écrits au bien commun, après s'y être sacrifiés eux-mêmes de si bon cœur. Mais, après tout, je vois qu'il est bien juste de ne gêner personne sur ces sortes de matières, et de laisser jouir chacun, de son vivant, du fruit de ses travaux, lorsque Dieu ne donne aux personnes ni la vue, ni l'attrait pour un plus grand détachement. C'est pourquoi je ne vous conseille pas d'en parler davantage à M. Guisain. Il faut laisser agir la Providence, et si Notre Seigneur demande de lui qu'il y travaille, j'espère qu'il lui en donnera le mouvement. Cette dépendance du Souverain

GOURESPONDANGE AVEG LE SÉMINAIRE DE LYON 430

Maître pour suivre ses ordres, quand il les manifesle par les dispositions qu'il donne aux personnes, est un moyen sur afin que tout le monde demeure en paix. 11 faudra bien que vous en reveniez-là pour votre bâtiment, si M**^ TArchevéque ne dit mot. Car, de le presser, je crains qu on ne lui fasse peine, et qu*il ne s*en dégoûte. G*est Tœuvre de Dieu, qu*ii faut continuer à lui bien recommander; comme elle n'a été commencée que pour sa gloire, j*ai peine à croire qu'il Tabandonne.

Vous ne sauriez trop presser M. Guisain de prendre quelque repos. 11 y a bien des années que je suis persuadé qu'il le devroit et que Dieu le demande de lui; mais je n'ose lui en écrire aussi fortement que je conçois qu il en a besoin, parce que je craindrois qu'il n'en fit rien. Vous jugerez bien si je nie trompe, en lui témoignant ce que je yous en mande, et observant l'usage qu'il en fera. Je serais ravi qu'il puisse venir ici celte année.

Le froid n'est pas moindre ici que chez vous.'li nous a fait bien des malades.

J'écris un mot à M. de La Goutte (1) pour répondre à quelque difficulté qu'il m'avoit proposée. Son état est à plaindre, et je crois que si ses peines continuent avec la même force, il faudroit qu'il vint passer ici quelque temps; car il esta craindre que ses scrupules qui le minent peu à peu ne l'ar battent entièrement, et ne le mettent hors d'état de travailler le reste de ses jours. C'est à quoi il sera important de veiller dans la suite. Je suis de tout mon cœur tout à vous. — L. Tronson.

(1) François de La Goutte, né à Autun en 1630, était au séminaire do Lyon depuis le 20 octobre 16C0. Il fut obligé de le quitter à la lin de février 1680, et après plusieurs mois de rei)0s passés à Paris, il fut, vers la Un de Pannée 1082, envoyé à Autun, où il mourut le 10 décembre

MO LIYBE SIXIEME

LETTRE XVI

A MONSIEUR MAILLARD

Ce 13 février 1679.

Je ne crois point que vous deviez vous rendre aux sollicitalions que vous fait votre nouveau docteur de Toulouse; et vous ferez mieux, à mon avis, et plus selon Tesprit de Saint- Sulpice, de garder la première ébauche que Ton a faite de votre tableau, que de la donner pour mettre votre portrait à la thèse. Il me semble que la vie cachée, hors les occasions où la nécessité de nos emplois nous oblige de paroitre, attirera plus de bénédiction sur la maison, et lui donnera plus d*estime que tout ce qu'on pourroit faire d'ailleurs pour la rendre célèbre. M. Olicr et M. de Bretonvilliers, nos Très Honorés Pères, nous ont donné sur cela des exemples si considérables, que je n'estime pas que nous devions nous en écarter : et si ce dernier, autrefois, en vous conseillant de laisser faire votre tableau par une fille, ou au moins en y consentant, a cru devoir donner cette satisfaction à votre famille, il n auroit pas eu, apparemment, les mêmes égards pour des personnes étrangères. Voilà simplement mes pensées, que je vous explique à cœur ouvert, parce que je sais bien que c'est vous faire plaisir que d'en user de la sorte.

La nouvelle de la mort de M. le maréchal de Villerov n'est pas vraie (1); il a été mal, mais je ne sais pas maintenant en quel état il est.

Vous verrez, selon l'état des choses, à prendre vos mesures pour votre voyage. En quelque temps que vous le fassiez, je ne doute point qu'il soit utile, et vous me trouverez toujours prêt à vous embrasser de tout le cœur. — L. Tronson.

(1) Nicolas IV de Neufville, duc de Villeroy, gouverneur du roi Louis XIV, maréchal de France en 1646, frère de Camille de Neufville de ViUeroy, archevêque do Lyon, mourut le 28 novembre 1687.

<JOHKKSI*OiNDÂ>'GE AVEC LE SÉMINAIKK DE LYON ÏM

LETTRE XVII

Ce 21 avril 1671).

l/afThirc du Séminaire de Bourges ne s*avance pas beaucoup, parce qu'on allend les bulles de M»'* TArclievêque. Cependant, comme tout est conclu, et qu'il faudra peut-être partir plus tôt que Ton ne pense pour le commencer, je crois qu'il est important, pour ne pas demeurer court, de prendre de bonne heure toutes mes mesures (1). Je vous ai déjà mandé que le départ de ceux qui y vont nous laisseroit ici une quatrième place vuide et qu'il seroit bon qu'elle fut d'abord remplie. Voyez à peu près quand vous pourriez partir. Il faut que vous le fassiez d'une manière qui contente M^' l'Archevêque, qui satisfasse les amis du séminaire et qui ne fasse point de tort à la maison. Ne pourriez- vous pas pour cela vous servir de la raison de votre santé, et du besoin que vous avez de changer d'air pour la rétablir? Si cette raison vous paroit suflisante, vous pourriez par avance en dire de temps en temps quelque mot en général; et quand M. Maillard seroit de retour, on verroit plus précisément le temps précis auquel il faudroit déloger. Pourvu que ce soit un mois avant les vacances, on pourra, selon toutes les apparences, suffire à tout. J'en conférerai avec M. Maillard avant son départ, afin que, s'il n'y a point d'inconvénient à venir plus tôt, nous ne soyons pas privés si long temps de la consolation que nous aurons de vous embrasser. Cependant, mandez-nous vos vues, afin que nous ne laissions point échapper les ouvertures qui pourroient se présenter pour consommer sans bruit cette affaire. Je suis tout à vous. — L. Tronson.

En pensant encore aux raisons que vous pouvez donner de votre départ, je n'en vois point de plus naturelle et qui

(1) Voir la correspondance avec le séminaire de lîour«es.

4i2 LIVRE SIXIÈME

puisse salisfaire davantage, que celle de vos affaires. Les autres ne seront jamais si bien reçues. Voyez donc à ménager toutes choses.

LETTRE XVIII

A L*ARCUEVÊQUE DE LYON

Du Séminaire Saint-Sulpice, ce 31 mai 1679.

L*incommodité survenue à quelques-uns de nos Messieurs qui travaillent ici, et le besoin que j*y aurois de quelque secours m*avoit fait penser à vous demander la grâce de nous donner M. Rigoley pour quelque temps. J'avois jeté les yeux sur lui plutôt que sur ceux qui sont dans d'autres séminaires, parce que, dans les autres, ils ne sont ordinairement que quatre directeurs; et comme il y en a sept dans le vôtre, je me suis aisément persuadé qu'il ne souffriroit pas de celte absence, et que les six qui y restent ne seroient nullement surchargés. C'est une vue, Monseigneur, que j'ai cru pouvoir vous proposer, puisque je ne le fais que dans le dessein de me soumettre à ce que vous en ordonnerez : et j'espère que vous ne trouverez pas mauvais cette liberté que j'ai prise de vous représenter nos besoins, et de vous exposer mes vues, puisqu'elles seront toujours entièrement soumises aux vôtres, que nous prendrons avec joie pour règle de notre conduite. C'est là, Monseigneur, la disposition sincère avec laquelle je vous écris, et c'est celle par laquelle je vous témoignerai, en toutes les occasions qui se présenteront, que je suis, avec tout le respect et toute la soumission que je dois. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson (1).

(1) Quatre jours après, le 4 juin, M. Tronson écrivait à M. Maillard: « M. Rigoley me mande qu'il a pris congé de M»»" TArchevéque; qu'il s'est servi de la raison que nous souhaitions, c'est-à-dire de l'obligation de travailler à ses affaires, et que le Prélat est content, .\insi, la lettre que je lui écrivois sera inutile ». M. Rigoley ne devaitrevenir

LETTRE XIX

A MONSIEUR MAILLARD

7 août 1679.

Quoique vous fassiez la retraite de MM. les Curés à la fin de ce mois, je ne crois point que M. Guisain doive diflFérer son voyage. Vous ferez bien de le faire partir au plus tôt, et de ne pas adhérer à son zèle.

Les personnes qui sortent des autres communautés me sont toujours fort suspectes; et je vois que, pour l'ordinaire, il y a d*autres raisons de leur sortie que celles que Ton allègue. C'est pourquoi si vous voulez doucement écarter celui que Ton vous propose, vous ferez bien de vous en défaire. Je dis doucement : car on pourroit vous presser d'une manière que le refus faisant trop d'éclat, et pouvant avoir trop de suite à cause des personnes k qui il appartient, il ne seroit pas à propos de le refuser, pourvu qu'il ait d'ailleurs les dispositions requises, et qu'on le vît en état de profiter du séminaire.

Les portes de fer ont un peu d'éclat; mais si la dévotion de M. Tanoarn continue, vous pouvez condescendre à son désir; car je crois que ce seroit trop le contrister que de ne lui donner pas cette satisfaction.

Je ne sais point d'autre secret pour entendre le lecteur dans le réfectoire, que de mettre au dessus de la chaire un couvert de bois qui soit plat et qui avance beaucoup. Si, avec cela, la voix ne s'entend pas, il ne faudra prendre que les voix les plus fortes (1) et faire servir plus souvent ceux qui ne liront pas.

Les livres pour les affaires de la maison, que vous projetez

à Lyon que dix-sept ans plus tard, en 1G9G, après la mort de M. Maillard, pour lui succéder.

(1) Et encore à condition qu'elles articuleront bien distinctement; apparemment, le défaut contraire était inconnu dans les séminaires de Saint-tsulpice, au temps de M. Tronson.

m LIVRE SIXIKME

et dont vous me dites un mot dans votre lettre, esl une des meilleures choses que vous puissiez faire, et je ne puis que vous exhorter d v travailler. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XX

Ce 11 octobre 1679.

Je vois par la lettre que vous m'avez écrite le grand désir que vous auriez de répondre au zèle de M. Démia. Vous pouvez l'assurer que je le souhaiterois avec la même ardeur que vous. Mais comme il s'agit d'une nomination qui dépend du Roi, je ne me vois pas en état de pouvoir faire pour cela la démarche qu'il désire. La personne qu'il propose pour ce bénéfice me seroit une très puissante considération pour y agir de grand cœur, si j'y trouvois quelque ouverture. Car vous savez l'estime que nous en faisons ici, et que je me ferois un grand plaisir d'obliger en même temps deux personnes que j'honore et qui me seront toujours très chères. Mais, en vérité, je n'y vois nulle apparence, et je me suis mis sur un pied avec les personnes qu'il faudroit employer, que Ton ne me conseille nullement de faire cette demande.

La maladie de M. l'Archevêque nous louche, et ce seroit une grande perle pour vous si Dieu le retiroit. Nous prions et faisons prier Notre Seigneur pour lui.

11 seroit bon que M. de La Goutte me marquât, sur le sujet de sa peine, les règles que je lui ai données et qui rembarrassent, afin que je le puisse éclaircir. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXI

A MONSIEUR MAILLARD

29 décembre 1679.

Votre emprunt pour le paiement de votre architecte paroil

ici très fâcheux. On croira toujours que vous ne manquez pas d'argent si vous le payez; et c'est ce qui fait, à ce que Ton dil, que personne ne vous donne. Quand vous emprunteriez, Ton ne changeroit pas de sentiment. Cependant I*on pense qu'il faudroit détromper le monde; et Ton ne voit point pour cela d'autre moyen que de dire à votre architecte, ce qui est vrai, que vous n'avez point d'argent. S'il vous poursuit et vous fait condamner en justice, et même s'il va jusqu'à faire saisir la maison, on sera alors bien persuadé que vous êtes dans le besoin, et l'on ne peut pas s'imaginer que Mc^" l'Ârchevéque, ou le Clergé, ne fit en ce cas quelque effort pour vous retirer de celte extrémité. Sans cela, il ne le faut nullement attendre. Ce moyen est, à la vérité, un peu mortifiant; mais, après tout, je crois que c'est le meilleur parti que vous puissiez prendre, et celui auquel il est bon de vous réduire. Pour attendre d'ici de nouveaux secours, il n'y a plus d'apparence. La perte du vaisseau de Canada où étoient toutes nos provisions est d'autant plus fâcheuse que, outre que la dépense de cette année étoit considérable, et qu'il faudra la doubler l'année prochaine, nos Messieurs en souffriront beaucoup cet hiver. Cette perle nous épuise et nous oblige d'envoyer, au mois de mars prochain, douze à quinze mille livres pour réparer la perte de cette année, et pour subsister la suivante. Ce sont des coups de Providence que Ton diroit, à raisonner selon les principes de la prudence, venir fort à contre-temps; mais qui sont très aimables dans les vues de la foi, puisqu'ils ne tendent qu'à Taccomplissement des desseins du Souverain Maitre, et à la sanctification de la Communauté et de tous ceux qui la composent. On ne sait presque ce que c'est que de voir pratiquer les vertus par une communauté. On trouve bien des particuliers qui souffrent avec joie la pauvreté, qui endurent avec patience les mépris, qui portent avec amour les confusions; mais de trouver une communauté humble, patiente, el bien résignée à Dieu dans les confusions et les abaissemens, c'est ce qui est très rare; et c'est néanmoins à quoi il faut lâcher de se rendre fidèle; car Dieu ne demande pas moins les vertus d'une communauté, qu'il les

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demande des particuliers. Et quoiqu*on ne doive rien négliger pour établir une maison lorsqu'on en est 'chargé, el qu*il veut qu'on la soutienne avec tout le soin et toute Tapplication possible, il permet néanmoins qu'il arrive de certaines conjonctures crucifiantes, où il faut s'abandonner avec amour pour en porter toute la peine et toute la confusion. Et il n'y a nul prétexte pour s'en dispenser, lorsqu'on voit nettement que ces coups ne viennent que de sa main. C'est ce qui me console dans la perte que nous avons faite, et dans l'impuissance où nous sommes de vous soulager.

Vous faites bien d'ôter à M. de La Goutte sa leçon, et je ne vois nulle apparence de lui donner celle des Cas de conscience. 11 s'y embarrasseroit assurément, et je craindrois que ce changement, bien loin de lui donner du repos, ne fût une occasion d'augmenter ses peines, ou même de lui en donner de nouvelles. 11 a besoin, dans l'état où il est, d'un relâchement entier. J'ai même beaucoup de peine à croire qu'il puisse jamais guérir, à moins que de changer de lieu et de n'avoir aucun emploi. Et cela m'a fait penser que, s'il étoit ici dans l'infirmerie, sans avoir rien à faire qu'à se divertir et se promener avec les malades, et sans être assujetti à nul autre règlement, il pourroit se remettre avec le temps. La crainte que vous pourriez avoir que cela ne fit tort à votre séminaire, si l'on venoit à s'imaginer qu'il le quitte tout à fait, ne doit pas prévaloir à l'obligation que nous avons de conserver les sujets que Dieu nous donne, et des sujets du mérite de celui-ci. Pour le bréviaire, ne pourroit-on pas, avant que de le lui ôter tout à fait, se servir du remède qui guérit S. Ignace; qui est de lui donner un sable d'une heure, et de lui défendre de rien dire après que le sable seroit passé, quand même il n'en seroit encore qu'à Matines? Je suis tout à vous. — L. Tronson.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉlirNAIRB DE LYON 447

LETTRE XXII

A MONSIEUR MAILLARD

17 avril 1680.

Le P. de la Motte, qui a été provincial des Pères Barnabiles Cl qui en est visiteur, in*avoil écrit à Issy pour me prier de lui donner une lettre de recommandation auprès de vous, et vous prier qu*il pût loger au séminaire chez vous en passant par Lyon (1). Il y arrêtera peut-être quelques jours, avant que de continuer son voyage de Rome, où il va pour son chapitre général. Comme c'est un très hon religieux, fort réglé, spirituel, qui aime Toraison, dont on ne peut être que très édifié et qui est fort de nos amis, je serai bien aise que vous lui fassiez cette grâce, pourvu que vous n'y voyiez point d'inconvénient; et, en ce cas, vous lui pourriez donner la lettre que je lui écris; si non, vous la brûlerez. Je suis trop pressé pour vous en dire aujourd'hui davantage. — L. Teonson.

LETTRE xxill

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