AU R. P. DE LA MOTTE
17 avril 1680.
Je ne sais, mon très Révérend Père, à qui vous donnâtes la lettre que vous m'écrivîtes samedi dernier; mais elle m'a été rendue si tard, que je n'ai pu vous répondre qu'à cette
(1) Né en 1631, à Montargis, comme Madame de La Motte-Guyon, le P. Dominique de La Motte était aussi son parent. Il mourut en 1704. Il prêcha dans Péglise Saint-Sulpice le Carême de 1677 et PAvent de 1682. On a de lui : Conduite spirituelle, contenant plusieurs maximes et pratiques de piété pour toute l'année ; Paris, Jean Couterot, 1685, in-12. — Sermons de l'octave du Saint-Sacrement et des mystères de l'Ascension , de la Pentecôte et de la Trinité ; Paris, Jean Couterot, 1695. in-8».
H8 LrVRE SIXIÉUE
heure, c est-à-dire à huit heures du soir, et sur ie point que Ton va sonner notre conférence. Ainsi, je ne puis vous dire autre chose, sinon que je suis très mortifié de ce qu'elle ne m'a été plus tôt rendue; que vous trouverez en M. Maillard, supérieur du séminaire de Saint-Irénée, une personne qui sera ravi de vous avoir pour hôte; et que je souhaiterois avoir des occasions plus considérables que celle-ci de vous témoigner combien je suis à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXIV
A MONSIEUR DES VERNAYS (1)
Ce 18 avril 1680.
J'ai été bien aise d'apprendre par votre lettre, et que votre santé va assez bien, et que vous avez maintenant plus de liberté dans les conversations. Ce sont deux bonnes nouvelles qui me donnent d'autant plus de joie que je ne doute point que, dans cet état, vous ne travailliez avec plus de succès. N'écoutez donc point les scrupules qui pourroient vous venir d'avoir été trop peu recueilli. Ce que je vous ai dit là dessus autrefois vous doit suffire; et puisque vous vous en souvenez encore, je n'ai rien autre chose à y ajouter, sinon de continuer à vous en bien servir dans les occasions. T^a facilité trop grande à vous communiquer ne vous fera jamais aller au delà de ce que demande la modestie; et elle vous donnera seulement un extérieur plus propre à gagner les cœurs et à les porter à Jésus-Christ. Un extérieur qui paroit si gêné, si serré et si contraint, rebute plus de personnes qu'il n'en attire. La charité demande que l'on s'ouvre davantage, et que par des témoignages de tendresse, de
(1) Entré au séminaire Saint-Irénée le 20 mai 1674, Antoine Des Vernays alla à Paris en mars 1677, fut admis à la Solitude le 6 juin suivant, renvoyé au séminaire Saint-Irénée comme directeur en octobre 1679, et mourut à Lyon en novembre 1680, consummatus in brevi, ainsi que M. Tronson l'écrivait à Pévèque de Limoges le 7 décembre de la même année.
cordialité et de confiance que l*on donne dans les occasions, on attire au service de Dieu ceux qui ne s y abandonneroient pas autrement, et qui ont besoin d*y trouver d'abord ces petites douceurs. J'espère que Dieu bénira votre conduite, et qu'il vous fera connoître que vous n'en serez pas moins à lui pour sortir un peu de vous-même en faveur du prochain. Je suis de cœur tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXV
A MONSIEUR MAILLAHi)
17 octobre 16»0.
Je n'ai pas beaucoup pensé à la proposition que vous me faites de faire enseigner la Philosophie dans le Séminaire, parce que M. de Bretonvilliers, notre Très Cher Père, ne l'a jamais voulu écouter. On lui en a représenté plusieurs fois la nécessité, et je puis dire qu'il y a eu quelques années où plusieurs n'ont point profité ici de leur étude, pour n'avoir pas assez bien étudié ces premiers principes qu'on auroit pu leur montrer aisément. Cependant il n'a jamais cru qu'on dût établir cette leçon : il en a regardé la pensée comme une tentation, et il l'a toujours jugée comme ne pouvant être que très préjudiciable à la maison. Tout ce que pourroit faire celui qui enseigne la théologie lorsque ses écoliers sont foibles, est d'expliquer d'une manière plus étendue les principes qui ont rapport à la Philosophie pour ceux qui ne la savent pas. Mais d'en faire une leçon, cela a trop d'inconvénients et trop de suite (1).
(1) Ces derniers mots montrent bien à quel point M. Tronson avait peur d'innover, et de s'écarter des voies tracées par ses prédécesseurs. Cependant, après y avoir sans doute « beaucoup » plus « pensé >», il jugea utile, et même nécessaire « d'établir une leçon », c'est-à-dire un cours de philosophie ; non pas, à la vérité, « dans le séminaire » où l'on enseignait la théologie, mais à côté, dans une communauté distincte. C'est ainsi que, sept ans seulement plus tard, en 1687, il pria M. Brenier li'établir la communauté, dite des p/iffosop/tcfi, laquelle
MM LIVRE SIXIKMR
Les ajustemens que fait dans sa chambre ce prêtre de Verdun qui esl chez vous vont, à mon avis, un peu trop loin, et ils ne sentent point Tesprit que Ton doit tâcher d*enlretenir dans tous les séminaires de Saint-Sulpice. ^ On ne doit point, absolument, y souffrir de tapisseries dans les chambres. 2^ Il faut faire ôter ce ciel de lit en dôme à la mode. S"* Les gros coussins de satin doivent être bannis, i"* Si Ton pouvoit en faire autant des chaises de tapisserie à point d*Angleterre, et le faire résoudre à en avoir d'autres, ce seroit une bonne chose. Je ne liendrois pas néanmoins la même rigueur sur ce dernier article; et s*il y avoit trop d'opposition, vous pourriez condescendre a sa foiblesse, pourvu qu'il vous satisfit sur les trois autres.
M. de La Goutte n'est point assez remis pour retourner à son poste.
M. Rigoley doit partir au premier jour pour aller prendre possession de la supériorité d'Autun, dont l'union avecSainl- Sulpice est enfin conclue. M. Tanoarn vous dira le reste. — L. Tronson.
LETTRE XXVI
Ce 6 décembre 1680.
M. Guyton partira demain matin (1). Toutes les places, et
était destinée à alimenter le Grand et le Petit Séminaire de Saint- Snlpice. Les successeurs de M. Tronson imitèrent son exemple. D'après M. Duclaux, dixième Supérieur de la Compagnie, « il y avoit de ces communautés de philosophes à Orléans, à Bourges, à Angers, à Toulouse, à Viviers, à Clermont, à Lyon, à Autun, etc. Dans d'autres diocèses, où on n'a voit pas la facilité de se procurer une communauté particulière, on les plaçoit au grand séminaire, comme au Puy et ailleurs ». Lettre à M. Carbon, supérieur du Grand Séminaire de Bordeaux, datée du 5 novembre 1817; citée dans V Histoire des séminaires de Bordeaux et de Dazas; Bordeaux, 1894, in-S», t. II, p. 379. (1) François Guyton, né à Beaune le 2 février 1655, avait déjà été comme élève au séminaire Saint-Irénée, où il était entré le 10 octobre
du Carrosse et de la Diligence, étoient prises jusqu'à ce jourlà : ainsi, il a fallu attendre. Vous trouverez en sa personne un bon sujet, d'un esprit doux et capable de travailler, qui n*aura nulle peine à obéir. Il a répété, Tannée passée, ceux qui étudient ici en théologie; il a bien de la facilité à parler, et je crois que vous en serez content. Nous ne lui avons rien fait faire avant son départ, et nous lui avons seulement témoigné que nous le regarderions à Tavenir comme étant de la maison. El il n'v aura, en effet, aucune difiiculté à conclure toutes choses lorsqu'il reviendra faire ici quelque voyage.
Nous avons prié Dieu pour M. Des Vernays, pour lequel vous n'aviez pas d'obligation particulière de dire trois messes (1). Quoiqu'il arrive de M. Guyton, vous ne serez pas non plus en cette peine par la raison que je vous ai dite. Comme il nous a ici fort contentés, je ne doute point que vous n'en soyez aussi satisfaits; et qu'après qu'il aura été quelque temps avec vous, il n'y ait lieu de vous en écrire en parenthèse,
M. de La Goutte va son petit train, et nous tâchons de le tenir en repos et en paix pour vous le rendre après l'hiver, s'il peut se porter assez bien en ce temps-là pour reprendre son travail. Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.
LETTRE xxvii
A MONSIEUR GUYTON
Ce 13 janvier 1681.
J'ai bien vu par voire première lettre que l'air de Lyon vous a d'abord surpris; et je remarque avec joie dans votre dernière que vous êtes revenu de ces vaines terreurs qui vous avaient d'abord alarmé. Il faut qu'un bon soldat s'accoutume
1672, et y avait passé trois ans avant d'aller au séminaire de Saint- Sulpice. En 1691, on l'envoya au séminaire du Puy aider M. de Lantages, auquel il succéda en 1694. Voir la correspondance avec le Séminaire du Puy, et la Bibliothèque sulpiciennc, 1. 1, p. 219-223. (1) Il n'avait pas encore été associé définitivement lorsqu'il mourut.
aux coups el se fasse aux fatigues de la campagne, afin que rien ne le dégoûte. C'est ainsi que vous serez bontis miles Christi, ad omne opus bonum paratus (Il Tim. II, 3).
Vous pouvez me décharger votre cœur en toute liberté. C*est un soulagement qui vous est nécessaire. £t puis, si vous ne trouvez personne à qui vous le puissiez faire à Lyon, je puis vous dire que vous devez chercher ici ce secours, et que vous trouverez toujours en moi un cœur ouvert avec plaisir pour recevoir les épanchemens du vôtre. Ainsi, n*attendez point les commencemens des mois pour m'écrira; mais faites-le autant de fois que vous croirez y pouvoir rencontrer quelque consolation. Car, pour moi, j'en aurai toujours une très singulière quand je recevrai de vos nouvelles.
Tâchez de ne rien relâcher de Texactitude que l'on demande ici. Vous vous en trouverez bien, assurément, dans la suite. Non seulement les particuliers, mais les communautés ne se maintiennent que par là; et sans cela, il faut quelles s'affoiblissent. J'espère que vous ne changerez pas d'espril pour avoir changé de lieu, et que vous considérerez toujours vos obligations par rapport à ce que nous vous en avons dit, sans y mêler des traditions humaines; et que vous demeurerez toujours ferme à cette ponctualité si importante dans vos exercices, et qui attire tant de grâces et pour soi el pour les autres. Ce que vous en avez ouï dire ici vous doit servir de règle inviolable, el vous devez regarder ce qui y seroil contraire comme n'étant point de Tesprit de Saint-Sulpice, et même comme des dangereux pièges que vous ne sauriez trop éviter. Dussiez-vous môme être seul à faire ce que Dieu exige de votre fidélité, vous aurez toujours la consolation qu'avait S. Grégoire de Nazianze, qui étant fort sollicité par ses amis de faire une chose que tout le monde faisoit, et lui s'en excusant sur ce que c'étoit un abus que la coutume avoil introduit, et dont il étoit important d'arrêter le cours : « Quand l'exemple que je donnerai, dit-il, n'auroit pas grand effet, j'aurai du moins cette consolation devant Dieu d'avoir suivi la règle, et d'avoir fait, de ma part, ce que je pouvois pour arrêter l'abus >». Vous ne sauriez croire, mon cher Monsieur,
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON fô3
ce que c'est que cette consolation à l'heure de la mort, et même durant la vie, lorsque Dieu veut faire goûter à une âme plus particulièrement le fruit de sa fidélité. J*espère que vous en saurez un jour bien des nouvelles.
Vous jugez bien par là que vous ferez très bien de refuser la prédication si Ton vouloit vous y engager, de ne point confesser de séculiers, et de ne point prendre d'emplois extérieurs, pour vous renfermer entièrement à ceux du séminaire. Vous verrez comme tout ira bien. Tout à vous, et du meilleur du cœur. — L. Tronson.
LETTRE xxvm
A MONSIEUR BOURLIËR (1)
Ce 10 février 1681.
Il me semble, Monsieur et 1res cher en Notre Seigneur, qu'il y a long temps que je n*ai reçu de vos nouvelles. Cela me fait croire qu'il n'y a rien de nouveau dans le séminaire, et que tout y va à Tordinaire.
Je serois néanmoins bien aise de savoir comment fait votre nouveau professeur (2) : si l'on en est bien content; s'il s'acquitte aussi bien de sa leçon qu1I faisoit de l'économie. Depuis qu'il a commencé, on ne m'a point mandé ce que l'on en disoit.
Je ne sais point aussi si Ton est content de M» Guyton. Je crois que vous avez soin que rien ne lui manque et qu'on lui fournisse ses besoins. Pourvu qu'il ait grande ouverture de cœur pour les autres, comme il a paru l'avoir ici, et que
(1) Philippe l^ourlier, né à Lyon, avait été admis, le 14 décembre 1665, au séminaire Saint-Irénée, et y avait reçu tous les Ordres. l\ y travaillait depuis douze ans comme auxiliaire quand il alla à Paris le l»»* janvier 1678. Renvoyé au séminaire de Lyon en juillet de la même année, il fut chargé de la gestion du temporel en 1680. Kn avril 1701, Parchevèque de Lyon le demanda pour le placer à la tète du séminaire de Saint-Charles, où il mourut en décembre 171K. \. .\otcs sur le séminaire Saint'lrdnée, p. 120, 121.
(2) M. de Tanoarn.
l*on en ait aussi pour lui J*espère qu*il pourra rendre de bons services. Celte cordialité est le grand fondement de runion et de la paix, et l'on ne sauroit la recommander trop dans les communautés, surtout dans celle de Saint*Sulpice, où nos Très Honorés Pères l'ont crue d'une telle conséquence, qu'ils ont été persuadés qu'elle ne subsisleroit qu'autant que la cordialité y seroit conservée. Mandez-moi s'il a quelque confiance particulière en vous, et s'il y a quelque avis pour sa conduite que je lui puisse donner. Je suis tout vôtre. — L. TnoNsoN.
LETTRE XXIX
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 14 avril 1681.
Je ne vois pas de moyen plus sûr pour bien remplir la xsure d'Ëssartines en Forez, dépendante de mon prieuré, que l'on me mande être vacante, qu en vous envoyant une procuration pour la remplir de l'ecclésiastique que vous jugerez le plus digne. J'ai cru que vous voudriez bien prendre celte peine, et je vous envoie pour cela une procuration qui donnera quelque peu d'exercice à votre charité. Quoique la cure soit d'un revenu très modique et assez difiicile à servir, étant dans la montagne, on n'a pas laissé de me la demander de plusieurs endroits. M. Pouderoux, lieutenant-général à Montbrison, que vous savez que je considère, m'a écrit pour M. May, fils d'un notaire de la ville, et vicaire du faubourg de Moingt. M. de Grésolles, doyen du chapitre de Montbrison et Madame d'Urfé me la demandent pour M. Casson, vicaire de M. le curé de la Magdeleine, et qui a servi les Ur* sulincs de la même ville. M. Carrier, au témoignage duquel je ne défèrerois pas s'il était seul, me fait proposer M. Berger, vicaire de Boen, dont M. de Tanoarn m'écrit. La réponse que j'ai faite à tous est que je vous envoyois une procuration, et qu'il falloit qu'ils se fissent connoitre à vous,
parce que vous ne pouviez nommer que celui qui vous paroitroit le plus digne.
Nous vous manderons celte semaine des nouvelles de Monseigneur TArchevéque. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXX
Ce 6 Juillet 1681.
Je ne puis croire. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que la peine que vous mandez qu*ont eue nos Messieurs au sujet de vos répétitions d*oraison, aille au delà de ce qui m*esl arrivé ici du temps de Notre Très Honoré Père M. Olier. Comme nous avions dans le séminaire une personne très habile, très éclairée et très spirituelle, mais qui avoit une manière d*oraison qui n*étoit pas commune, et qu'il expliquoit quelquefois dans les conversations, j*en eus quelque peine; et quelque estime que j*eusse de sa personne qui, assurément, étoit d'un grand mérite, et de son oraison, dont je savois quil retiroiten son particulier beaucoup de fruit, la pensée me vint plusieurs fois, et avec force, de renverser ce qu*il disoit ; et comme j*en avois foccasion favorable, parce qu*en ce temps-là je faisois les répétitions d'oraison, je me résolus de détruire ses maximes et de montrer la sûreté de la méthode et le péril où s'exposent ceux qui suivent d'autres règles, à moins que Dieu ne les y appelle. Je ne voulus pas néanmoins le faire ouvertement sans en avoir Tordre de M. Olier qui, voyant l'importance de suivre toujours les mêmes principes dans une communauté, et de n'y point donner de différentes maxitnes qui pourroient partager les esprits et diviser les cœurs; et étant convaincu d'ailleurs combien il étoit utile de bien inculquer la méthode, dont on ne se dispense que trop aisément; il me dit» sans hésiler, qu'il falloit parler nettement; non pas contre cette personne, dont la vertu lui étoit en singulière vénération, mais contre les avis qu'il donnoit. Je le fis suivant son ordre : je désignai
'l56 LIVRE SIXIÈME
assez la personne pour le faire connoit^e à ceux à qui il avoit parié; jem^étendis sur le péril qu*il y avoit, et pour ceux qui avançoient ces maximes, et pour ceux qui les écoutoient: j*en dis assez pour lui faire autant de peine qu*on vous en a fait. Je ne sais s*il n*eut point ensuite les mêmes pensées que vous, et s*il ne s*imagina point que j*avois aussi beaucoup de peine contre lui; mais ce que je vous puis dire, c'est que je n'estimais pas moins sa vertu, et que je souhaiterois que nous eussions beaucoup de sujets de sa sorte. Il me semble que c'est là, à peu près, ce qui se passe chez vous. Examinez donc devant Noire Seigneur si la tentation ne grossit point les objets, et si Tennemi ne se mêle point dans cette affaire pour aigrir les choses, et ruiner la charité entre vous autres. Après tout, il faut être fidèle à Jésus, et tout à lui, quoiqu'il en coûte. Tout à vous en son amour. — L. Tronson.
LKTTRK XXXI
A MONSIEUR GUISAIN
Ce 4 août 1681.
Je souhaite. Monsieur cl très cher en Notre Seigneur, que celui pour l'amour duquel nous travaillons tous vous éclaire sur l'importance d'écrire plus souvent, et vous donne la véritable intelligence de ces paroles qui vous font peur : Accuaator fratmm suoriirn (Apoc. XII, 10). Si on les entendoit ici comme vous faites, il y a long temps que la maison seroit ruinée; et je ne m'étonnerai jamais qu'une communauté s'aifoiblisse et se dérègle, où l'on fera scrupule d'avertir les supérieurs de ce qui s'y passe. Pour moi, mon grand scrupule seroit de ne les pas avertir, et je croirois pécher contre la charité et me rendre coupable devant Dieu par mon silence (1). Cependant je ne vous en dirai pas davantage sur
(1) Le même jour, M. Tronson t'crivait la même chose à M. de Tanoarn : « Je vois bien que votre retenue ne vient pas de défaut de cordialité et de conflaiK e, mais de scrupule et d'une délicatesse de con?-
ce sujel. Je crois m*en être suffisamment expliqué pour la décharge de ma conscience; et je Tai fait avec un peu de force, parce que je ne vois rien de si capable de renverser un corps que cette réserve envers ceux qui le conduisent. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXII
A MONSIEUR MAILLARD
8 décembre 1681.
Je suis bien aise que vous ayez lu votre règlement. Tous vos Messieurs me paroissent très bien disposés pour lobserver, jusqu'à M. Guisain, qui ne veut plus faire attendre la communauté pour les exercices qu'il doit commencer. J'espère que vous y tiendrez la main, et que votre exemple les encouragera à maintenir une règle que nous ne saurions trop désirer de voir bien établie de notre temps. Nous aurons, ce me semble, un grand sujet de consolation quand il plaira à Notre Seigneur de nous appeler à lui, si par nos soins et notre fidélité nous pouvons voir Tordre et le premier esprit de la maison se conserver par le moyen des règlemens, que ceux qui viendront après nous y trouveront établis. Il me semble que c'est l'unique chose que je désire au monde, ou au moins le plus ardent de mes souhaits, parce qu'il me semble que Dieu ne demande rien tant de nous dans les places où il nous met. Je pense que ses desseins en cela seront pleinement accomplis, et qu'il nous fera du moins la grâce, non seulement de n'y mettre point d'obstacle, mais
cieuce que vous entretenez avec la meilleure intention du monde, mais qui, assurément, est fondée sur de mauvais principes. C^est sur quoi je serai ravi que nous nous expliquions ensemble de vive voix. Car, par cette crainte de manquer à la charité qui fait garder le silence, on fait à la charité même la plus grande plaie qu'elle puisse recevoir dans les communautés : et je puis dire que celle-ci seroit entièrement ruinée, si tous ceux qui y sont en eussent usé de la sorte. Je souhaite, il y a long temps, que vous n'en éprouviez pas les suites dans le lieu où vous êtes ».
encore de ne rien épargner pour y réussir. La peine, de ma pari, ne sera pas grande, puisque je vois que tout le monde le souhaite, et c*esl ce qui me convainc que Dieu y donnera sa bénédiction.
Quoique vous ayez peu d'ecclésiastiques dans le séminaire (1), el que vous ne voyiez pas d'apparence d'en avoir beaucoup, vous ne devez point vous décourager. Moins il y en aura, et plus aisément y établirez-vous la régularité; et il vaut bien mieux n'en avoir qu'une douzaine bien fervens, qu'un grand nombre qui, étant lâches, ne servent qu'à décrier une maison. Il y a des lieux où Ton se relâche quand on a peu de monde afin de les attirer davantage; mais la grâce de Saint-Sulpice est de ne les attirer que par l'exactitude. Ainsi, je ne puis vous donner de meilleur conseil que d'être aussi exact que jamais; de ne point craindre de renvoyer ceux qui vous en donneront sujet, quand il ne devroit vous en rester qu'une demi-douzaine; et d'être très persuadé que Dieu bénira cette conduite, qui n'ira qu'à établir plus parfaitement le règne de son Fils dans une maison qui doit être uniquement à lui. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXIII
Le 23 février 1682.
Je ne sais si ce que vous avez mandé à M»*" l'Archevêque de la mauvaise doctrine que l'on enseigne aura de bonnes suites. Car il sera difficile, quelque secret que l'on observe, que l'on ne voie bien, à la fin, que tout cela vient de vous. M. Morange (2) est d'une manière chez le Prélat, qu'il saura bien
(1) Il y avait alors des séminaristes chez les Oratoriens, chez les Joséphites, et au sémmaire Saint-Charles. V. Notes historiques sur le séminaire Saint- Irénée, p. 96, 97.
(2) Bésian Morange, docteur de Sorbonne, chanoine de Lyon en 1660, Vicaire général du diocèse, était antipathique à Saint-Sulpice. Il est auteur d'une Summa iiniversœ theologisR catechisticm en 4 \'ol. in-12, qui fut imprimée à Lyon en 1670 et 1673.
prendre son temps pour vous faire des affaires el accommoder les siennes. Car, comme il est difficile qu'il n'y ail toujours quelque foible dans quelques séminaristes, il peut, dans des occasions, relever cela d'une façon qui ne sera pas avantageuse au séminaire. Ce que des personnes de quelques diocèses voisins m'ont dit depuis peu, me donne encore quelque crainte. Car ils m'ont assuré que le séminaire de Saint-Irénée n'y est nullement en estime, et qu'on le croit le moins réglé de tous les séminaires de Saint-Sulpice. Je ne sais si c'est parce que l'exactitude aux règlemens n'y seroil point si grande, ou parce que les sorties y seroient plus fréquentes, ou parce qu'on y toléreroit des choses qu'on ne souffre pas dans les autres, ou pour quelques autres raisons que je ne sais pas; mais quoiqu'il en soit, les autres communautés étant offensées de ce qu'on en dit, ne manqueront pas de se servir de tout pour se justifier. C'est à vous à prévenir tous les sujets de plainte, et à voir ensemble ceux qu'elles pourroient prendre, pour y remédier. J'ai pensé qu'il étoit bon que vous fussiez averti de tout cela, afin de bien prendre vos mesures. Celles qui me paroissent nécessaires est d'avoir les cahiers qui contiennent cette mauvaise doctrine, de les faire examiner par des docteurs dont on auroit l'avis, et de ne se plaindre que lorsque l'on auroit en main toutes ces pièces. Je ne sais si vous aurez pris toutes ces précautions. Sans cela, je ne vous conseille point de passer plus avant.
Je suis bien aise qu'on soit plus exact dans le séminaire que l'on n'éloit dans les années précédentes. Il faut demander à Notre Seigneur qu'il donne l'esprit d'exactitude à ceux de qui elle dépend. C'est une grâce incomparable dans une communauté, et un trésor inestimable que des personnes remplies de cet esprit. Je suis très cordialement tout à vous. — L. Tronson.
i60 LIVRE SIXIÈME
LETTRE XXXIV
A MONSIEUR MAILLARD
12 avril 1682.
Je croiS; Monsieur, que la résolution que vous avez prise de déférer aux senlimens de vos Messieurs est une résolution qui doit bien réunir les esprits et vous lier tous les cœurs. On verra quelles en seront les suites; mais il est difficile que Dieu n*y donne beaucoup de bénédiction. Pour moi, je puis dire que je réprouve tous les jours, et que je n*ai jamais plus de consolation et plus de paix, que lorsque les choses sonl résolues dans nos petites assemblées, et qu*on ne les laisse point à ma détermination. Je suis au moins assuré pour lors que je fais la volonté de Dieu, et que je ne serai point responsable du succès. C'est un avantage qui me paroit si considérable, qu'il guérit bientôt la petite peine que pourroit ressentir parfois la nature d'une conduite si soumise; et j'avoue que je préfère mille fois cette gène à une plus grande liberté que je pourrois prendre. Vous reconnoissez déjà que cela vous sera très avantageux ; j'espère qu'il ne le sera pas moins à la maison, parce que cela, ce me semble, est son esprit. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXXV
A MONSIEUR TANOARN
Ce 12 avril 1682.
Les difticultés que l'on a trouvées de faire des exercices communs aux retraitants me paroissent très bien fondées. C'est une chose nouvelle qui ne se fait nulle part, qui altireroit trop de laïques dans la maison, et qui tôt ou tard dérègleroit le séminaire. Quoique vous me disiez de ce grand nombre qui s'y sont retirés pour le Jubilé, je ne puis croire que cela n'ait fait lorl au règlement. Car, le moyen qu'au
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON 4Ui
milieu de cette multitude, les séminaristes fussent aussi réguliers pour les heures, aussi retenus dans leur conduite, aussi exacts pour le silence ! C*est ce qui nous a paru ici tout ù fait impossible, et ce qui a fait résoudre de n'en plus tant recevoir à la fois, mais de se contenter de trois ou quatre. Vous savez combien on en voyoit ici les premières années, surtout au temps de Pâques. Le réfectoire, par le grand nombre de gens d'épée, paroissoit autant le réfectoire d'une académie que d'un séminaire. On a été quelque temps, sans les exclure, à remédier aux désordres et aux inconvénients qu'on y voyoit; mais quelque soin que Ton ait pris et quelque vigilance que Ton ait apportée, il a fallu enfin se résoudre au retranchement. Peut-être en peut-on recevoir davantage dans les provinces que l'on n'en reçoit ici; mais je suis au moins assuré qu'on n'en peut recevoir un si grand nombre ensemble, sans que les séminaristes ne s'en ressentent. L'emploi est plus doux parce que, et la qualité des personnes, et leurs bonnes dispositions, et le fruit qui paroit souvent plus présent, consolent la nature ; mais comme ce n*est pas là notre première vocation, nous devons toujours prendre garde que nos premières obligations n'en souffrent pas.
Je crois que la meilleure résolution que vous puissiez prendre sur ce que vous me proposez touchant l'Assemblée du clergé est de dire, lorsqu'on vous en parlera, que vous êtes un enfant d'obéissance; que vous respecterez toujours, comme vous devez, les ordres de vos supérieurs, et que vous suivrez en cela, aussi bien qu'en tout le reste, tout ce que vous prescrira votre Prélat. Que si l'on veut vous faire entrer dans le détail des propositions et savoir votre sentiment, vous pouvez toujours dire que vous n'en avez point d*autre que celui de votre Prélat. Quand il sera de retour, vous verrez ce qu'il vous dira là dessus (1). Mais en attendant, le silence est le parti que je conseille. Tout à vous. —
(1) L'archevêque de Lyon était alors à Paris, mais il n'avait pas assisté à l'Assemblée du Clerjré où fui'ent proclamés les quatre articles.
LETTRE XXXVI
A MONSIEUR GUYTON
Ce 12 avril 1682.
Dieu bénisse ceux qui sont fermes à renvoyer ceux qui ne font rien qui vaille dans le séminaire, et à ne se point laisser préoccuper Tesprit de celte fausse maxime, que celte fermeté est bonne à Paris, mais non pas dans les provinces. On a une étrange peine à changer le pli que l'on a pris, et on doit compatir beaucoup à ceux qui d*abord n*en ont pas pris un bon, ou du moins qui n*ont pas pris celui qu'ils dévoient. Pour vous, mon cher Monsieur, conservez toujours celui d'exactitude que Ton vous a donné. J'admire la permission donnée, de sortir pour aller voir l'ambassadeur de Maroc, à tous ceux qui en auroient la curiosité. 11 faut que cette permission soit échappée sans réflexion, car elle n'est point de Saint-Sulpice; et M. de Poussé avoit raison de vous dire que l'esprit de M. Olier étoit de faire comprendre le fruit qu'il y a à se mortifier dans ces sortes d'occasions. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE xxxvii
A MONSIEUR MAILLARD
13 Juillet 1682.
La proposition que les RR. Pères Jésuites vous ont faite, de vous dédier une thèse est une marque de leur estime; mais je ne crois point que vous y deviez consentir. C'est une chose qui n'est ni de l'esprit ni du goût de Saint-Sulpice. Tout ce qui n'a que de l'éclat n'est point pour nous, qui devons demeurer cachés, et ne paroitre que par la nécessité de nos emplois. Encore faudroit-il les cacher aux yeux du monde si nous pouvions. Ainsi, je vous conseille de remercier bien honnêtement ces bons Pères de l'honneur qu'ils vous
font. Car, pour Monseigneur l'Archevêque, il ne vous pressera pas de Taccepter, quand ii saura que vous n'y avez pas (l'inclination.
Comme la fin de vos exercices est fixée à Tordination de septembre, et qu*il est bon d'avoir une conduite uniforme, je crois que vous feriez bien de les continuer jusqu'à ce tempslà, pourvu que la santé ie permette, et que vos pensionnaires ne s'en aillent pas. Car peut-être en restcroir-il si peu, que vous pourriez les finir à la fin d'août.
On ne peut approuver ici la pensée de soutenir des thèses publiques dans votre séminaire. Ils le font dans les autres communautés parce que c'est leur usage; mais ce n'est pas le nôtre. On craindroit même que cette innovation ne fit plus de tort que de bien au séminaire, et que si, d'une part, on donnoit par là de l'émulation aux écoliers et on se faisoit connoilre, on s'exposeroit, de Fautre, à des inconvénients qui embarrasseroient dans d'autres séminaires, où Ton voudroit suivre cet exemple; et peut-être même chez vous, quand il y auroit une autre personne à enseigner qui, n'étant pas si habile que M. Tanoarn, ne seroit pas en état de satisfaire, comme il seroit à souhaiter, aux arguments que plusieurs ne manqueroient pas de venir faire, exprès pour décrier et les écoliers et les professeurs. Il faut nous tenir, autant que nous pourrons, retirés et cachés; faire cependant notre petit devoir, et laisser dire le monde. Il me semble que ce doit être là notre esprit. Vous voyez comme je vous mande en confiance toutes mes pensées. C'est que je suis très cordialement et entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE xxxvm
A MONSIEUR TANOAHN
Ce 24 août 16î<2.
Vous pourrez partir quand vous voudrez. Monsieur et très cher en Notre Seigneur. Nous vous avons fait attendre quelques jours, parce que nous avons été bien aise de prendre
toutes nos précautions sur un voyage que plusieurs de nos amis n'approuvent pas trop, et sur lequel ceux qui ne nous veulent pas trop de bien ne manqueront pas de bien raisonner. Gomme il faut sortir du royaume, j'ai cru que, pour prévenir, ou les soupçons que Ton pourroit prendre, ou les impressions que Ton pourroit donner de cette sortie qui ne paroit guëres de saison, il étoit important d'avoir l'agrément du Souverain. Vous savez la pièce que l'on fit au bon P. Eudes, et ce qu'on lui imputa ici, dans le temps qu'un de ses prêtres étoit à Rome. L'affaire alla si loin que, quoiqu'il assurât qu'il n'avoit nulle part à ce qui s'étoit fait, le Roi voulut que sa congrégation fût éteinte après sa mort; ce qui auroit été exécuté, s'il n'eût trouvé de puissants protecteurs auprès de Sa Majesté. Nous sommes dans un temps où bien des gens se laissent emporter sans scrupule à la médisance et à la calomnie contre Saint-Sulpice. Il est de notre obligation et de nos soins de leur en ôter tout sujet, et dérégler tellement toutes nos démarches, que qui ex adverso est vereaiur, nihil habena mahim dicere de nobis (Tit. Il, 8). Je crois que, pour cela, vous feriez bien d'aller droit à Lorette et de borner là votre voyage, afin qu'il soit tout pour la Sainte Vierge, et que la curiosité qui pourroit se trouver en d'autres lieux en étant retranchée, les hommages que vous lui rendrez en sa sainte maison soient plus purs et sans aucun mélange. Et afin que vous n'y alliez point les mains vuides, nous vous laissons nos cœurs, afin que vous les offriez avec toute la maison à celle que Ton y reconnoît pour mère et singulière protectrice.
Je crois vous devoir avertir que, durant tout ce voyage, vous vous observiez extraordinairement dans vos paroles, surtout si l'on vous parle des matières et des affaires du temps. Car ce sont des matières délicates et sur lesquelles vous ne sauriez mieux faire que de garder un très grand silence. Jamais on ne concevroit la manière dont toutes les choses se savent à la Cour, et quelquefois on |les y déguise tellement en les rapportant, que le meilleur est de ne dire mot, pour ne point s'exposer à des justifications fâcheuses el
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON 4(m
souvent difliciles. Je suis très cordialement à vous. — L. Tronçon.
LETTRE xxxix
A i/aRCHEVÉQUE de LYON
Du séminaii'e Saint-Sulpiee, ce 20 octol)re 1682.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait rhoniicur de m'écrire ; et pour satisfaire à vos ordres, j'ai disposé une personne à partir la semaine prochaine pour aller remplir la place de M. Guisain (1). C'est un bon prêtre, nommé M. Gouriou, qui est avec nous depuis bien des années, qui a toujours travaillé avec beaucoup de bénédiction, qui est en état de rendre service à votre séminaire, et dont j'espère que vous serez satisfait. Je le souhaite. Monseigneur, avec d'autant plus de sujet que ce me sera toujours une très grande joie de pouvoir répondre à vos désirs et de seconder votre zèle. Nos Messieurs qui travaillent déjà sous vos ordres se trouvent déjà si honorés de vos bontés et si encouragés de votre protection, que je m'estime heureux de pouvoir partager avec eux cette grâce. Je vous la demande, Monseigneur, avec tout le respect et toute la soumission que je dois, aussi bien que celle de me croire, avec une profonde reconnoissance, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
(1) Enappi*enant la mort de M. ouisahi, M. Tronson écrivait à M. Maillai*d le 2 du même mois d'octobre : « Stcut fuit voluntus in rœlo, sic fiât (1 Mach. III, 60). Il est Juste de se soumettre aux ordres du Souverain Maître; puisqu'il lui a plu de rappeler à lui notre cher confrère, il faut lui en faire de bon cœur le sacrifice. C'étoit un fruit mûr pour le ciel. Nous perdons assurément beaucoup en cette mort; mais J'espère que Notre Seigneur ne permettra pas qu'elle fasse tort à son œuvre. M. Gourion a été extrêmement regretté dans le diocèse de Clermont, et si la Providence permet qu'il aille à Lyon, je ne doute pas qu'il n'y fasse du bien. Nous y penserons encore avant que de vous renvoyer ».
LETTRE XL
A MONSIEUR GUYTON
Ce 11 décembre 1682.
II ne faut point faire d*e\cuse sur la manière dont votre lettre est écrite : jamais ce que vous me manderez ne me paroitra mal digéré, tant que vous me parlerez avec la confiance et Touverlure que vous faites.
Je suis ravi que votre règlement commence bien : Dieu veuille que celte exactitude continue! Tant que votre temps pourra être employé utilement aux séminaristes, vous devez renoncer de bon cœur à vos livres. On ne voit que dans l'expérience combien il est nécessaire, pour gagner le cœur des personnes que l'on conduit, de leur donner à toute heure un libre accès, de quitter tout pour les entendre, de ne point s*ennuyer pour les choses inutiles qu'ils nous disent, et d'être persuadé que tous les moments qu'on leur donne ne sont jamais inutiles. Si enim ad illos non pei^venerit, pax ad vos reverteiur. Ainsi, quelque attrait que vous ayez pour vos livres, ne vous laissez point aller à ce désir immodéré d'études, qui fait que l'on ne prend qu'avec peine d'autres emplois; que Ton retranche autant que l'on peut des autres exercices, afin d'avoir plus de temps pour l'étude; que Ton se chagrine et Ton s'inquiète lorsque l'on est détourné; que l'on témoigne même pour lors de la peine, soit en prenant une mine plus sérieuse, soit en parlant d'une mine plus sèche, soit en renvoyant le plus tôt que Ton peut, et après avoir dit deux ou trois mots, ceux qui viennent vous demander avis. Si vous avez dans la suite autant d'occupation comme vous me marquez qu'on vous en donne dans ces commencemens, vous aurez de quoi vous exercer; vous vous trouverez en peu de temps plein d'entretiens, et ad omne opus bonum paratua (Il Tim. II; 21).
Tâchez surtout d'inspirer à vos pénitents l'ouverture de cœur et la fidélité à rendre compte à leur directeur de leur
intérieur. L'esprit de direction n'a point encore été a Lyon, et si vous pouviez l'y établir, vous feriez un bien incomparable. Car sans cela on ne fera jamais de grands fruits dans un séminaire. Mais c'est une chose k introduire peu à peu^ et si vous gagnez cela sur ceux qui s'adresseront à vous, leur exemple pourra peut-être peu à peu servir à d'autres. La tendresse que vous sentez pour eux pourra servir à leur gagner le cœur; et c'est à quoi vous devez vous appliquer par dessus tout. Car, quand une fois le cœur est gagné, on fait faire ensuite aisément aux personnes tout ce que l'on veut. Sans cela, l'on perd son temps et l'on prend inutilement beaucoup de peine. La liberté qu'ils ont avec vous est fort du goût et de l'esprit de Saint-Sulpice, où vous savez que cette manière d'agir franche, cordiale et sincère, est plus estimée que ce trop grand sérieux qui glace les cœurs et qui fait peur aux gens. Continuez, mon cher Monsieur, à en gagner à Dieu le plus que vous pourrez. Considérez que l'àme est chara ei arnica Dei posaessio (1); que vous ne sauriez rien faire qui lui soit plus agréable que de les ravir au monde pour les donner k Jésus-Christ; et que, suivant le sentiment des saints, c'est la la plus grande marque, et que vous puissiez avoir, et que vous puissiez lui donner, de votre amour : Hoc maximum atnicitiœ erga Chrisium argumentum. Ainsi, je ne puis vous dire autre chose que de persévérer dans ce zèle. In illo ameniur animœ. Râpe ad eum quas poi€8,et dic.eis : hune am€mu8,hu7ic awiemwéf (2).C'est en lui que je suis k vous beaucoup plus que je ne vous puis dire. — L. Tronson.
i\) Ajtpendix tomi (jutnti Opcrum Suncti Augustiiii coiitme7ii: sermones supposititios, Serni. Ll, n. 3; olini Sena. 225, De Tempo re.
(2) Aug. Confe^fs. lib. IV, cap. XII, n. 1».
LETTRE XLl
Ce 4 février 1683.
Je prie iNolre Seigneur (l*accoaipIir en vous et par vous ses desseins pour voire propre sanctificalion et pour le bien (le son œuvre, secundum propoaitum voluntatis suœ (Ephes. 1,5). C'est k quoi je ne doute point que vous ne travailliez de votre part et de tout votre cœur, nonobstant toutes les peines que vous pourriez avoir au dedans de vous-même, ou qui vous pourroient venir du dehors. Vous savez que Notre Seigneur se sert ordinairement de la croix pour former ses bons ouvriers, aussi bien que pour achever ses plus parfaits ouvrages. C'est ce qui vous doit consoler et soutenir dans vos peines. Car ces privations, ces dégoûts intérieurs, ces délaissemens sensibles ne sont que des voies pour conduire les âmes au pur amour. Continuez de vous abandonner sans réserve aux soins, à la vigilance et à la charité d'un si bon père. Confiez-vous en ses bontés^ et vous oubliant vousmême et vos propres besoins, pour ne vous occuper que de lui, dites de cœur comme S. Bonaventure : Domine, non possum intendere mihi et tibi : intende ergo mihi et meœ miseriœ, et ego intendant tibi et tuse bonitati. C'est là, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, la disposition que je vous souhaite pour cette année; que je crois vous avoir déjà mandée il y a environ deux ans; mais que je vous redis encore ici une fois, parce que je ne vois rien qui vous soit si nécessaire, que ce total abandon à Dieu et cette parfaite résignation, atin qu'il fasse de nous, et pour le temps et pour l'éternité, tout ce qui sera à sa plus grande gloire. Je suis en lui, mille fois plus que je ne puis dire, tout à vous. — L. Tronson.
CORHESPUNDANCK AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON iH9
LETTRE XLII
A MONSIEUR GUYTON
Ce 31 mai 1683.
Je ne puis élre que très satisfait des dispositions où vous êtes, et que vous me marquez dans votre lettre. Vous me les expliquez si nettement et avec une telle franchise, que je vous dirois sans peine ce que je trouverois, ou à y ajouter ou à y changer, si je croyois que Dieu demandât autre chose de vous. Demeurez donc en paix dans Tétat où vous êtes, et soyez persuadé que, dans les occasions, je disposerai de vous pour le service de Notre Seigneur, avec toute la liberté que vous me donnez, et de la même manière que je ferois de tous ceux qui sont le plus étroitement liés à la maison. Je ne puis désirer rien autre chose de vous, que cette disposition d^obéissance et d*abandon où vous vous trouvez établi, et la préparation de cœur de faire davantage quand le Souverain Maître parlera. Il ne seroit pas juste de le prévenir et il faut attendre ses ordres; quand il me les fera connoitre, vous en serez sûrement averti. Je vous dis peu de choses, mais ce peu 6ufllira pour vous faire connoitre le fond de mon cœur.
C'est une très bonne pratique que celle de M. Hui lèvent que vous avez prise, et je crois que vous ne sauriez rien faire de plus utile, que de continuer à recevoir avec cordialité tous ceux de la maison, à ne les renvoyer jamais, à écouter tout ce qu'ils veulent dire, quoiqu'il paroisse quelquefois qu'il y ait bien des choses inutiles. Car c'est par là qu'on leur ouvre le cœur et qu'on les gagne. Je ne doute pas que vous ne le connoissiez déjà par expérience. Ainsi, je n'ai rien autre chose à vous dire sur cela, sinon que vous persévériez. Tout à vous. — L. Tronson.
i70 LIVRE SIXIÈME
LETTRE XLIII
A MONSIEUR DE TANOARN
( e 31 mai 1683.
Voici, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, ia réponse aux trois articles de votre dernière lettre.
Nous avons été ici très satisfaits de M. Langrognet, et son esprit me paroit bien propre pour Saint-Sulpice. G est à lui à lever la première difficulté, qui regarde le consentement de son prélat (1). Pour l'autre, nous y pourvoirons de grand cœur, et nous lui fournirons avec joie tout ce qui lui sera nécessaire; car c'est un digne sujet.
Je ne sais point à quoi l'on pense de vouloir faire mettre dés confessionnaux dans votre chapelle. Ce seroit le moyen d'y attirer éternellement des personnes de dehors, lesquels il faudra tâcher, avec le temps, d'écarter autant que l'on pourra, au lieu de leur en faciliter l'accès; vous ne sauriez vous opposer trop à cette singularité. Je crains que, comme on a peu de séminaristes, on ne se laisse aller avec plus de facilité sur les laïques; ce qui n'est nullement notre vocation.
Non seulement il n'est pas à propos que l'on quitte le chant ordinaire pour en prendre un particulier, mais je trouve que cela est très mal, et je m'étonne que M. Maillard l'ait souffert. On n'a jamais voulu ici le permettre, et dans les fêtes du Séminaire où nous chantons l'oflice dans notre chapelle, nous ne changeons rien de tout ce qui est noté dans le romain. Nous avons même mis les hvmnes de nos offices particuliers sur le chant des hymnes ordinaires, quoique M. Nivers nous en eût donné un autre fort beau (2); et si
(1) Il ne réussit pas à obtenir le consentement de son prélat, qui le fit directeur du séminaire de Besançon, fonction que M. Langrognet exerça avec zèle jusiiu'en 1693. V. Vie de M. Olier, t. III, p. 355. Histoire (fu sfhninairc de Besançon, parTabbô Jacqup-net, p. 179.
(2) Sur Nivers et les Oftîces propres du séminaire Saint-Sulpice, V. Bibliothf'qnc sufpicienne, t. I, p. 52, 53.
nous eussions trouvé le reste noté, nous ne Taurions pas assurément changé. C'est une grande maxime, dans les communautés, de se tenir fermes aux usages de nos Pères, el de ne rien innover sans une grande nécessité. Comme chacun a ses vues et ses raisons, on verroit bientôt tout renversé, si l'on se donnoit la liberté de s'écarter de cette règle. Vous jugerez bien par là de la manière dont vous devez parler sur ces matières, et ce que vous devez en dire dans l'occasion. Je suis tout vôtre en Notre Seigneur. — L. Tronson.
LETTRE XLIV
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 3 novembre 1683.
Je croyois vous répondre, la semaine passée, sur la direction des filles de l'Hôtel-Dieu de Villefranche dont vous m'avez écrit; mais comme nous ne pûmes nous assembler et que j'étois bien aise de ne rien déterminer de moi seul, il m'a fallu remettre à celle-ci pour avoir l'avis de nos Messieurs. Après avoir examiné les raisons que vous mandez et être convenus avec M. de la Barmondière que ce seroit un grand bien pour Villefranche de vous charger de cette direction, nous avons tous cru que vous ne deviez point l'accepter. C'est un emploi qui n'est point de notre vocation, qui peut détourner beaucoup du séminaire, qui demande du temps pour les lettres que l'on reçoit, pour les réponses que l'on est souvent obligé de faire, pour les maladies qui peuvent survenir aux filles où elles peuvent avoir de grands besoins, pour les retraites où elles veulent qu'on les dirige; et après tout, quand ces inconvénients même n'y seroient point, on croit qu'il faut écarter autant que l'on peut toutes ces sortes d'emplois extérieurs, pour se renfermer dans ceux du séminaire. Pour moi, comme j'ai vu que ça été là toujours l'esprit de la maison; que l'on a refusé ici, sur ce principe, de pareilles directions, quelque instance que des personnes considérables en pussent faire, et q»ie l'on a connu
par expérience de quelle conséquence il étoil d'en user de la sorte; j'ai toujours été persuadé que Ton ne pouvoil faire plus de bien à la Compagnie, que de remplir de ce même esprit tous ses sujets. Je ne pourrois avoir d*autres senlimens, quand même il y auroit des biens beaucoup plus considérables à faire à Villefranche. Ainsi, je vous conseille de vous défaire honnêtement de ces bonnes filles; et si M»' TArchevéque vous pressoit d'en accepter le soin, vous avez la raison de votre santé, qui pourra le contenter. Car il vous aime trop pour vous donner un emploi qui pourroit vous incommoder.
Si votre nombre diminue cette année, il faut tâcher de faire en sorte que la ferveur augmente, afin de suppléer par là à ce qu'un plus grand nombre rendroit de gloire et d'honneur à Notre Seigneur. Il est le maitre de ses ouvrages, et il en dispose comme il lui plait. S'il vous donne peu de gens, il vous demandera compte de peu. Le tout est de bien faire sa sainte volonté, et d'être fidèles à ce qu'il nous confie. Vos peines intérieures, auxquelles je compatis, sont des épreuves qui viennent d'un bon père. S'il ne vous y soutient pas toujours d'une manière sensible, et s'il vous laisse quelquefois éprouver toute la pesanteur de sa croix, il vous en fera un jour goûter le fruit. Il faut achever notre course avec courage, et si nous ne sentons en notre fond que misère, et que nous ne recevions en nous-même que des réponses de mort, nous devons nous confier davantage en celui qui ne secourt jamais plus puissamment sa créature, que lorsqu'il la voit plus convaincue de ses besoins. Je suis en lui tout vôtre. — L. Tkoxson.
LETTRE XLV
A MONSIEUR MAILLARD
Le 27 décembre 1683.
Je ne puis vous rien dire sur l'engagement où vous a mis Monseigneur l'Archevêque. Tout ce que je crois devoir faire
CURRESPONDANCB AVBG LE SÉMINAIRE DE LYON 473
est de prier Notre Seigneur que cette supériorité ne fasse point de tort à la maison. Ce que nous avons le plus à craindre sont les emplois extérieurs, auxquels il est difiicilc de s'appliquer beaucoup sans que Tintérieur des séminaires ne s*aifoiblisse; et entre les emplois extérieurs, rien n'est plus éloigné de notre vocation qu'une supériorité de filles; auxquelles, quoiqu'on fasse, il faut toujours donner beaucoup de temps qui seroit mieux employé pour les ecclésiastiques. Cependant, puisque vous vous trouvez lié d'une manière qu'on ne peut rompre présentement, vous devez y agir avec une telle réserve, que ceux qui ne nous veulent pas trop de bien, ne croient pas que vous préfériez la direction des filles au service des séminaristes. Les ordres pressés du Prélat nous mettront à couvert de ce côté-là, au moins à l'égard des personnes qui sauront les instances qu'il nous a faites; mais, avec cela, je vous conseille de vuider le plus tôt que vous pourrez toutes leurs affaires, afm qu*ayant satisfait à ce qu'on a exigé de nous, on nous laisse après en liberté. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XLVI
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 22 mai 1684.
Vous avez raison de dire que nous avons fait une grande perte en la personne de M. Masson (1). C'éloit un sujet accompli et capable- de tout. Je ne me souviens pas de ce qu'il faisqit quand il vous dit qu'il éloit bien chargé de travail; mais il n'avoit à faire, l'année passée, qu'un entretien par semaine, et une ou deux répétitions d'oraison d'un demi-quart d'heure; et depuis les vacances, au lieu de l'entretien, il a donné chaque semaine deux sujets d'oraison. J'aurois de la peine à
(1) Ancien élève du séminaire Saint-Irénée à Lyon, puis directeur au séminaire de Limop:es en 1670, M. Pierre Masson avait été rappelé au séminaire Saint-sulpice à Paris en 1681. Il y mourut au mois de mai iBai.
Mi LIVRE SIXIÈME
croire que ce fût là une trop grande charge pour une personne qui a quelque facilité à parler. Et en effet, elle étoit si peu considérable pour le défunt, que, comme je lui proposai, il y a quelques mois, de partager les sujets d'oraison, dans le désir que j'avois de donner quelque occupation à une autre . personne, il m'y apporta tant d'inconvénients, que je crus qu'il étoit ])ien aise de les donner tout seul. Il est vrai quil s'y échauffoit beaucoup et qu'il étoit un peu long; mais c'est de quoi on ne l'a pas pu corriger. Quant à ce que vous a dit un honnête ecclésiastique qui a été à Saint-Sulpice et qui sait ce qui s'y passe, je ne sais s'il en a bien pris l'esprit. Car, pourvu qu'une personne y aime le règlement, je ne vois pas pourquoi on ne pourroit pas y subsister long temps en santé. Mais ce qui me fait croire qu'il parle sans connoissance de cause, est ce qu'il dit des indispositions de M. fiardon. Car j'en ai parlé souvent avec M. Masson qui le connoissoil k fond et depuis long temps, comme vous savez : et il me disoit, qu'il ne s'en étonnoit pas, et que je ne devois pas m'en mettre en peine, parce qu'il l'avoit vu toujours de même. 11 est vrai qu'il seroit surchargé s'il demeuroit comme il esta présent; mais dès demain il aura du secours, et bien abondamment. J'ai toujours vu des gens, depuis que je suis à Saint-Sulpice, qui ont dit qu'on y avoit trop de travail, ou qu'on n'y pouvoit pas subsister long* temps; mais je n'ai point vu, quand on est venu dans le détail, que cela se soit vérifié; et je ne vois pas non plus qu'on y meure plus tôt qu'ailleurs. Ceux qui y viennent incommodés y demeurent incommodés : ceux qui y viennent en santé la conservent dans le travail. J'ai été bien des années à y travailler autant qu'un autre. J'y ai donné long temps les sujets d'oraison, fait les Entretiens et la conférence des Cas; et je n'ai point vu que cela m'ait incommodé. M. Le Tellier, qui n'avoit pas une santé bien forte, y a autant travaillé que personne; et cependant il n'en a pas été incommodé. Ainsi, je m'imagine que ces bruits que l'on fait courir, qu'on ne peut pas subsister long temps ici, ne peuvent venir que de ce que l'on ne connoît pas assez ce qui s'y passe, ou que l'on n'aime pas assez le travail, ou que
COHRESPONUANGE AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON 47b
l'on aime beaucoup ceux qui y travaillent que Ton voudroit soulager. De quelque part que cela vienne, j'espère que nous remédierons à tout. Car j'espère que, dans peu de jours, nous aurons de quoi partager les travaux d'une manière qu'il y en a qui se plaindront qu'ils n'ont pas assez d'emploi, et qu'il n'y a presque rien à faire, comme on me l'a témoigné, il n'y a pas encore une année. Ce sont divers sentimens que l'on prend, selon les différentes dispositions où l'on se trouve; et il est toujours bon qu'un supérieur les connoisse, afin qu'il se fasse autant qu'il pourra tout à tous, et qu'il tâche de contenter tout le monde. Vous jugerez par là, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que, bien loin de trouver mauvais ce que vous m'avez écrit sur cet article, je vous en suis obligé, comme je le vous serai toujours très particulièrement de ce que vous me manderez qui pourra regarder le bien de la maison. C'est ce que nous devons avoir tous particulièrement en vue, et à quoi chacun doit contribuer de sa part, selon les lumières que Dieu lui donne, puisque c'est là notre principale vocation. Je ne vous conseille pas de vous peiner beaucoup pour les autres choses qu'on vous a dites de Saint-Sulpice, et que vous me mandez ne se pouvoir écrire : car on en dit tant tous les jours et de toutes façons, non seulement dans les provinces, mais même en cette ville, qu'il sembleroit quelquefois, à entendre parler, que tout seroit perdu. Ainsi, jusqu'à ce que vous sachiez le fond des choses, et d'original, vous ne sauriez mieux faire que de demeurer en paix. On ne vous en dira pas davantage que nous en avons entendu dire du temps de nos Très Honorés Pères M. Olior et M. de Bretonvilliers. Soyons, de notre part, fidèles à ce que Dieu demande de nous; ne perdons point la confiance, et il n'y aura rien à craindre pour son œuvre.
Nous avons su le vol de votre lampe et la libéralité du Prélat, qui fait bien voir la bonté qu'il a pour le séminaire. Nous l'avons assez remarquée ici dans la visite que nous lui avons rendue, et j'avoue que j'en ai été charmé. Nous demanderons à Dieu de grand cœur qu'il le conserve encore longues années pour le bien de son œuvre. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XLVlI
A MONSIEUR TANOARN
Ce 30 Juin 1684.
J'ai été bien aise de recevoir avec votre lettre du 15 de ce mois le récit de votre conférence avec le R. P. Visiteur U). Ce qu*il trouve de fâcheux, de cruel, de malhonnête dans la manière d'agir de Saint-Sulpice ne me surprend pas. II y a long temps que lui et plusieurs de ses Pères sont prévenus contre nous. Quand il leur plaira de s'éclaircir, ils verront qu*ils croient trop légèrement aux rapports qu'on leur fait, et que nous avons toute Testime et tout Tamour que nous devons avoir pour leur congrégation. Il a dû être satisfait de ce que vous avez dit de M. Maillard et du séminaire de Lyon. Voici de quoi le contenter sur ses autres plaintes.
1* Contre la maison de Saint-Sulpice, vous me marquez deux choses qu'il vous a dites. La 1*^, qu'on a une si grande antipathie et aversion contre eux, qu'elle va jusqu'à les traiter d'hérétiques. La 2% que leur Père général m'ayant rendu visite, je ne l'ai pas été visiter une seule fois, ce qui est la marque d'un dernier mépris.
Pour la première, je ne sais point où il se fondent, n'ayant jamais ouï dire rien de pareil dans la maison. Peut-être leur a-t-on fait quelques rapports semblables à ceux du con-
(1) A cette date, le visiteur des maisons de POratoire était Claude- Yves d'Urfé, frère cadet de Pévêque de Limoges, né à Fiageat, dans le diocèse du Puy, ou selon le P. Cloj'seault, à Saint-Flour. Il fut baptisé au château de la Bastie, au diocèse de Lyon. Il eniVR kVInstHution de Paris le 4 juillet 1664, âgé de 19 ans. Il enseigna d'abord la philosophie et la théologie en diverses maisons de l'Oratoire; ensuite il devint supérieur de la maison de Notre-Dame des Vertus en 1678, puis de celle de Saint-Magloire en 1681, et donna en différents lieux quelques missions avec quelques-uns de ses confrères. Il mourut dans la maison de Paris, le 3 août 1687. V. Batterel, Mémoires doynesWques pour servir à /'histoire de l'Oratoire; Paris, 1904, in-8°, t. III, p. 413^16.
tVère de Langeac, et que des jeunes gens, mécontens du séminaire, leur auront fait des contes qu'ils auront inventés pour leur plaire. Mais de quoi je puis assurer, c'est que nous sommes très éloignés d'avoir ces pensées, et qu'ils nous trouveront toujours très disposés de témoigner dans toutes les occasions l'estime que nous faisons, et de leur congrégation, et de leurs Pères.
Pour la seconde, je ne savois point que le P. Général m'eût rendu plusieurs visites, et je ne le sais pas même encore présentement. Car, après m'en être informé et après avoir rappelé autant que j'ai pu, la mémoire des choses passées, je ne crois point qu'il me soit venu voir plus d'une fois; à moins qu'il n'y soit venu incognito, et je suis sûr de lui avoirrendu sa visite. Ce qu'il ne peut pas ignorer, puisque j'y fus avec M^^de Limoges, et que nous nous entretînmes assez longtemps avec lui. Il me semble que c'est !à faire une querelle d'allemand, et se persuader à plaisir ce qui n'est pas, pour avoir sujet de se plaindre.
Quant au séminaire de Bourges, quand il leur plaira de s'informer de la manière dont nous nous sommes comportés, je ne crois pas qu'ils blâment noire conduite, i" Je témoignai à celui qui se méloit de celle affaire, que nous ne voulions point penser à cet établissement. 2® Comme il me vint voir plusieurs fois pour me solliciter d'y enlendre, je le renvoyai d'une manière fort sèche, lui témoignant qu'il perdoit son temps et qu'il me feroit plaisir de ne plus revenir. 3*Comme on me dit que M^'i'Archevêque viendroit m'en prier, je n'allai point chez lui, quoique la civilité eût demandé que je l'eusse prévenu. 4*" Je le laissai venir ici plusieurs fois m'en solliciter, sans que je lui rendisse aucune visite, comme je l'aurois dû faire par toutes sortes de raisons. Enfin, je n'acceptai son séminaire qu'après qu'il m'en eût extrêmement sollicité, et que j'eusse connu qu'il ne vouloit point le donner aux Pères de l'Oratoire. Je vois bien qu'en cela j'ai manqué à l'égard de M^' de Bourges, el qu'il auroit sujet de se plaindre de mon peu de civilité : Mais pour ce qui regarde ces Pères, j'avoue que je ne découvre pas ma faute, et que je
178 LIVnE SIXIEME
ne puis concevoir avec quelle justice ils se peuvent plaindre en cela de ma conduite.
Je ne puis vous rien marquer de Limoges, parce que je n*avois pas encore oui dire que M^^' de Limoges présentât les Pères de l'Oratoire. Cette plainte, non plus que les autres, ne peut être fondée que sur de faux rapports. Mais quand elle auroit quelque fondement, ce que je ne puis croire, pourquoi en accuser M. Bourdon et ensuite tout Saint-Sulpice? Le P. Visiteur doit assez connoitre M. son frère, pour savoir qu1l y a bien des choses qu'il fait de lui même sans consulter Messieurs Bourdon (1).
Ce qu'il prétend que lui a dit M. de la Chetardye est un sujet raisonnable pour lui faire quelque peine, mais non pas pour en tirer une conséquence que Saint-Sulpice est opposé k l'Oratoire. Quand il plaira à Notre Seigneur, il leur fera connoitre combien nos sentimens sont éloignés de ceux qu'ils nous imputent. Cependant, il faut toujours aller notre chemin, sans vouloir trop rechercher des éclaircissemens forcés qui n'ont nul bon effet sur des esprits qui croient avoir des preuves convaincantes de la vérité des choses qu'ils s'imaginent. On peut dire simplement au P. Le Blanc les choses comme elles sont, de même que vous les avez dites au P. Visiteur; mais de croire que la disposition des esprits change, c'est à quoi je ne vois nulle apparence.
J'ai bien de la joie de la santé de M. Maillard. M. Carrier nous a dit merveille de la retraite de M»*' vos curés. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XLVIII
A MONSIEUR GLYTON
Ce 27 novembre 1684.
C'est une chose mortifiante que le peu de monde qui se
(1) Ils étaient frères : Tun était supérieur du séminaire, et Tautre vicaire général du diocèse. Voir la coriHiSpondance avec le séminaire de Liniojfcs, p. 3G4.
présente pour entrer au séminaire. Je ne doute pas que cela ne contriste beaucoup nos Messieurs. Ce que vous me mandez des emplois extérieurs que l*on prend peut faire bien du tort; et comme ce n*est pas là notre vocation, je crains que ce ne soit une source de déchet pour le séminaire et ne fasse que la bénédiction n*y soit plus si grande. Si le nombre des séminaristes n*augmente pas, vous aurez tout loisir de vous reposer et d*étudier. Ce que l'on doit cependant éviter est que le petit nombre ne fasse point relâcher de l'exactitude qui est toujours d'une égaie obligation. Naturellement, on se dégoûte, on se néglige quand on a peu de monde : mais quand on n*a en vue que la volonté de Dieu, pourvu qu'on l'accomplisse, on est toujours content, et on ne se met guères en peine si c'est in muliis an in paucis; sachant surtout qu'une communauté de trois personnes ferventes et exactes aux règles sera plus agréable à Dieu qu'une (le cent, où les règles ne seroienl point gardées.
Je ne doute pas que le neveu du P. de La Chaise ne vous embarrasse s'il demeure dans le séminaire. Cependant, si M»' l'Archevêque veut que vous le receviez, vous ne pourrez pas le refuser. Tout ce que vous pourrez faire est de représenter tous les inconvéniens que vous me marquez. Mais si, après les avoir exposés, et après avoir averti le neveu que l'on ne souffre au séminaire des cheveux frisés et poudrés; qu'il faudroit qu'il se rendît exact aux exercices; que Ton ne pourroit pas l'absoudre s'il ne faisoit un bon usage de ses revenus, et s'il ne changeoit do conduite, on insiste à le faire recevoir, et que, lui, témoigne vouloir changer de vie et donner bon exemple, je ne vois pas que vous ayez autre chose à faire que de le recevoir, et d'avertir ensuite M»' l'Archevêque de la manière dont il se comporteroit, afin qu'il ne vous obligeât pas de le garder long temps, s'il ne vivoit pas comme il doit.
Je prie Notre Seigneur qu'il bénisse les vues qu'il vous donne de travailler fortement celte année au détachement et à l'humilité. Ce sont deux grands appuis qui empêchent qu'une âme ne tombe, et qui font que Dieu règne en elle
dans une grande paix. Soyons tout à lui, et pour le temps el pour réternité. Je suis en lui tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE XLïX
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 25 juin 1085.
On iTi*a fait voir, ces jours passés, un petit livre intitulé : Les sages entretiens d'une âme dévcte et désireuse de son salut, par feu M. Guisain, Prêtre de Saint-Sulpice et Sous- Directeur du Séminaire de Lyon; Chez Jean-Baptiste Barbier, rue Mercière, à renseigne de TAnge gardien; 1681. Troisième édition.
Comme ce titre m'a surpris par sa nouveauté, et que personne n*en avoit ouï parler ici,j*ai cru que vous pourriez nous en dire des nouvelles, et nous apprendre si ce sont véritablement des entretiens de M. Guisain; si la première édition a été faite de son vivant, et par quel ordre elle a été faite (l). Ces sortes de démarches faites sans ordre de Paris, font paroitre si peu d'union entre les maisons de Saint-Sulpice, que je ne puis croire que cela ait été fait de votre consentement, ni du consentement du défunt. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE L
A MONSIEUR GOURIOU
Ce 19 août 1685.
Le libraire qui vous a parlé d'imprimer les Examens n'y trouveroit pas son compte et il tromperoit le public : car toutes les copies que l'on en a sont très imparfaites, et
(1) Le 30 juillet suivant, M. Tronson écrivant de nouveau à M. Maillard, lui dit : « Nous n'avons pas besoin d'autre éclaircissement touchant le livre des Sages Entretiens, que celui que vous lu'avez donné, et je ne puis qu'en être fort satisfait ».
nullemenl en élat d*étre mises en lumière. Ainsi, il esl important de le détourner de ce dessein. Vous pouvez même rassurer qu*on leâ a rois en état d'être imprimés, etqu*on les donnera, au premier jour, a Timprimeur pour les rendre publics (1). Si vous voyez qu*il persiste, vous en avertirez M. Maillard, afm de voir les moyens que Ton prendra pour Tarrêter. Car cela est de conséquence.
On peut plaider pour le ventre quand on plaide pour les autres et pour maintenir l'ordre ; et je m*assure que S. Yves même, votre patron, auroit trouvé cette cause assez juste pour ne pas faire scrupule de la soutenir, Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Li
A MONSIEUR TANOARN
Ce 7 novembre 1685.
J'ai été bien aise que vous m'ayez envoyé la formule sous laquelle on a reçu les principaux huguenots dé Gjrenoble. Elle est fort remarquable, et l'on y fera plus de réflexions que sur celle de Lyon. Quelques particuliers se sont mêlés d'en faire en cette ville. Il y en a une qui a déjà été condamnée à rofficialité, et l'on y fait de vives poursuites pour en découvrir les auteurs.
Vous verrez bientôt huit de nos Messieurs qui s*en vont en Languedoc travailler aux missions que le Roi y fait faire. 11
(1) La pi'eniière édition des Exametis particuliers ne parut cependant qu'en 1G90. A Lyon, chez Antoine Thomas, 2 vol. in-12. V. Bibliothèque sulpicieniie, 1. 1, p. 133. Depuis la publication de cette Bibliothèque, j'ai acquis la connaissance d'une traduction allemande de l'ouvrage de M. Tronson : » Particular-Examina iiber die Tugenden und Uebungen des geistlichen Lebens fiir Geistliclie, Ordensleute, Seminaristen und aile, welche nach cliristlicher Vollkommenheit strebeu, von Tronson weil Superior des Seminars von S«. Sulpice. Neue verbesserte, mit Examina iiber die Hauptfeste vermehrte Ausgabe. Aus dein FranzOsischen : Mainz, Verlap: vou Fi'anz Kircliheiiii, 1869, in-8\
pp. XXXÎ-T40. »
iSa LIVRE SIXIÈME
n'y a pas eu moyen de les refuser à Monseigneur notre Ârchevôque, qui a un zèle admirable pour cet œuvre. Je ne sais si M. Gouderc pourra se dispenser de se mettre à leur tôle. Si cela est, il seroit bien imjporlant que vous puissiez lui prêter M. Guy ton à Viviers, au moins pour le commencement des exercices. Car M. Gouderc et M. Du Four n'y étant pas, les autres Messieurs demeureront trop chargés. Je n'en écris pas H M. Maillard parce que je m'imagine qu'il ne sera pas encore de retour à Lyon. Aussitôt qu'il y sera, vous lui communiquerez, s'il vous plait, cetle lettre. Toula vous. — L. Tronson.
LETTRE LH
19 novembre 1685.
Je ne m'altendois pas au refus que vous a fait M. rArchevéque. Tous nos Messieurs en ont été surpris. Il ne vous a pas donné en cette occasion une grande marque de son amitié. Si tous les prélats en usoient de même, ils auroient bientôt ruiné Saint-Sulpice. Get exemple nous servira pour l'avenir, |^ et nous sera un avertissement de mieux prendre nos mesures quand il faudra envoyer quelques sujets. Gar si l'on n'a plus la liberté d*en disposer, même pour quelques mois et pour des besoins comme celui qui se présente, on ne donnera pas aisément des meilleurs ouvriers. II seroit aisé de répondre à l'exemple de M. Rigoley; mais puisque cette demande lui fait peine, il n'en faut plus parler. Si feu M. l'évéque deClermont et son successeur en eussent agi de même, où en serionsnous? Je ne crois pas qu'il agrée beaucoup la proposition que vous lui voulez faire, d'obliger les Ordinans à demeurer plus long temps au séminaire; et je crains qu'il ne pense que vous parlez pour vos intérêts, et qu'il ne se choque si vous le pressez sur cet article dont vous lui avez déjà parlé plusieurs fois, et sur lequel il vous a assez témoigné ses sentiinens. Vous en jugerez. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LUI
A HONSIEUU MAILLARD
Ce 26 novembre 1685.
La lellre que je reçois aujourd'hui de M. Couderc m'oblige il vous écrire encore ce mot ici touchant M. Guvton. Je ne puis me persuader que M»' TArchevêque persévère dans le refus qu'il vous a fait, quand vous lui donnerez une parole positive qu'il reprendra son poste aussitôt après les missions, et que vous représenterez en môme temps les besoins du séminaire de Viviers. Vous savez que M. Du Four en est absent ; que M. Couderc ne peut s'exempter de se joindre à nos missionnaires, et qu'ainsi il ne reste, avec M. d'Azégat, dans le séminaire, que M. d'AuItanne que sa Théologale occupe assez, et M. Colon qui n'est pas en état de faire grande chose : c'estù-dire, qu'il faudra que M. d'Azégat soit presque chargé de lout (1). 11 me semble qu'il est bien juste de s'assister un peu les uns les autres dans ces extrémités. Vous verrez ce que vous pourrez faire. Si l'on consent au départ de M. Guvton, nos missionnaires qui partirent samedi dernier par le carrosse de Lyon pourroient l'emmener avec eux à Viviers. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE Liv
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 3 décembre 1685.
U ne faut pas parler davantage à M^^' T Archevêque de M. Guyton. Ce seroit lui faire trop de peine d'insister encore sur son départ, après ce que vous lui avez dit. On n'auroit ))as cru que, pour une occasion extraordinaire et singulière
(1) Sur tous ces membi'es de la Compagnie, voir la correspondance avec le séminaire de Viviers.
comme celle-ci, et dans un temps où vous avez si peu de monde, il eût fait tant de difficulté. Vous ne pouviez pas, de votre part, lui parler mieux que vous avez fait. Je tâcherai, de la mienne, s'il me fait l'honneur de m'en écrire, de lui répondre sans lui donner de chagrin. Outre les obligations que nous lui avons, il y a bien des raisons qui nous obligent de le ménager. C'est ce qui me fait croire que vous feriez bien de ne lui plus parler de faire demeurer plus long lemps les Ordinans dans le séminaire. Après ce que vous lui en avez dit, vous devez être en repos, et votre conscience en est abondamment déchargée. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LV
A l'archevêque de LYON
Du Séminaire Saint-Sulpice, ce G déceml)re 1685.
Nous n'avons garde de nous prévaloir du consentement que vous avez eu la bonté de donner au départ de M. Guylon. Il me suffît de savoir que son absence vous feroit peine, pour condamner moi-même la proposition que j'avois prié M. Maillard de vous faire. Les obligations très grandes que nous vous avons me sont si présentes, que je vous supplie très humblement. Monseigneur, d'être persuadé f|ue je ne ferai jamais rien de propos délibéré qui puisse vous déplaire, et que, ne pouvant assez reconnoîlre toutes les grâces que vous nous avez faites, je tâcherai au moins d'y suppléer en me soumettant de grand cœur à toutes vos volontés, aussitôt qu'elles me seront connues. C'est dans cette disposition que j'ai mandé à M. Maillard de retenir M. Guyton, et de vous demander très humblement pardon pour moi, comme je le fais ici, de vous avoir donné sujet de chagrin par des mesures que nous n'avions prises, que dans la pensée qu'elles ne vous déplairoient pas. J'espère, Monseigneur, que vous connoitrez dans la suite, que je vous parle avec une entière
COKRESPOiNDANGE AVEC LE SÉMINAIRE DE L YON 48o
sincérilé, el que je n'aurai jamais plus de joie .que lorsque j*aurai des occasions de vous témoigner que c'est avec un profond respect et une parfaite soumission, que je suis, Monseigneur, de votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRli: LVi
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 28 décembre 1685.
Je trouve beaucoup de difficultés aux conférences que vous me proposez.
1* Elles sont nouvelles, et par conséquent elles demandent d'être bien examinées avant qu'on s'y engage. Car elles peuvent avoir des suites.
2* Si, après les avoir commencées, on voit qu'il y vienne fort peu de monde et qu'on soit obligé de les interrompre, que n'en dira-t-on point en ville, et quel tort cela ne fera-t-il pas au séminaire?
3" Comment pouvoir traiter les cas de conscience sans s'exposer à la censure de bien des gens, qui seront ravis d'avoir sujet de crier contre le séminaire, en l'accusant d'être trop sévère dans de certaines décisions et trop relâché en d'autres?
4* Le moins que l'on parlera de vous dans l'état où vous êtes, sera, à mon avis, le meilleur : c'est un état d'humiliation où; Dieu vous ayant mis, il faut attendre que lui-même vous en tire. Ce ne sera pas apparemment du vivant du Prélat et du règne de M. Morange; mais il est le maître, et après tout, le temps n'est pas long. Je serois bien aise que vous lisiez ceci à nos Messieurs, afm que sur cela chacun me mande ce qu'il pense.
11 est sans doute fâcheux de ne rien faire, mais il va de quoi se consoler quand c'est par un ordre de Providence qu'on ne fait rien. Le travail ou le repos glorifient également Dieu, quand, dans l'un et dans l'autre, l'àme y demeure tran-
I8fl LIVRE SIXIEME
quille par soumission k ses adorables volontés. Ainsi, ce qun vous pouvez faire de meilleur dans Tétat où vous éles, est d'apprendre le secret de demeurer pour son amour sans rien faire, et de lui faire un grand sacrifice de tous les désirs que vous ressentiez d*agir incessamment pour sa gloire. Si cette manière de le servir est plus obscure, et n'a pas tant d'éclat devant le monde, elle n'aura pas moins de mérite devant Dieu, et elle est d*autanl plus sûre pour Tàme. qu'elle n'y trouve que des sujets de s'humilier.
La procession des HR. Pères Jésuites en surplis et en chape , le P. Recteur portant la croix entre deux autres Pères faisant les acolythes, est quelque chose de bien remarquable et qui surprendra bien du monde. Peut-être que, comme ils se chargent présentement des séminaires, ils veulent se signaler dans les cérémonies et se conformer davantage au clergé.
Je vous souhaite mille bénédictions pour l'année qui va commencer et pour plusieurs autres, et surtout la grâce de bien porter la grande croix dont vous me dites que Notre Seigneur vous charge. Tout vAtre. — L Tbonson.
LKTTRE LVïi
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 28 janvier 1686.
Je me suis enfin défait de mon bénéfice (1). Il y a long temps que je ne le gardois que dans le dessein de l'unir au séminaire de S^-Sulpice. Gomme Tabbé de Manlieu (2) qui en
(1) Le prieuré de Chaiidieu-en-Forez, près de Montbrison, que M. Tronson avait eu en 1638, par résignation de M. Antoine de Sève, son oncle maternel. M. Tronson le résigna à M. Leschassier qui, en 1690, le résigna à M. Bourbon, lequel, en 1694, s'en démit en faveur du séminaire de Saint-Sulpice.
(2) Manglieu, Magnus locus, abbaye bénédictine, au diocèse de Clermont, canton de Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme). L'abbé était alors Jean-François Gaspar de Montmorin, flls de François Gaspar, marquis de Saint-Héreni, rionunC* en 168*.?, mort en 1702.
CORRKSPOxNDANCK AVBG LE SÉMINAIRE DE LYON 487
est le coliateur n*est pas en état de consentir à cette union, j*ai cru le devoir remettre entre les mains d*une personne qui, n*étant pas moins affectionnée que moi au séminaire, ne prendra point assurément d*autres viies. Gomme nous avançons en âge et que Notre Seigneur me fait la grâce de me rappeler souvent la pensée de la mort, je tache, avant qu*elle arrive, de faire tout le bien que je puis à une maison à laquelle je serai redevable de mon salut, si Dieu me fait miséricorde. Je ne vous avois point écrit touchant M. de Cheminades, doyen de Langeac, parce que je ne croyois pas qu*il dût aller à Lyon. G*est un honnête homme, un bon ecclésiastique, et un très bon ami; et je suis très aise du bon accueil que vous lui avez fait.
Je ne sais point encore si nous pourrons recevoir le fils du Gentilhomme que vous m'avez si particulièrement recommandé par votre lettre du 10" de ce mois. Gomme il a fait son noviciat à Malte et que nous ne recevons point ici de religieux, quand même il n*auroit été que novice, je crains que ce ne soit un obstacle à sa réception. G*est ce qu'on doit examiner et déterminer aujourd'hui.
Nous apprîmes hier la mort de M. l'évéque d'Héliopolis (l> qui, après être entré dans la Ghine par une providence de Dieu extraordinaire, y a consommé son sacrifice après quatre mois de maladie. G'est une perte inestimable pour toutes ces missions du Levant. M. Pallu, son neveu (2), étoit parti de cette ville, il y a quelques jours, pour l'aller joindre. Je no sais si cette nouvelle ne le fera point changer de résolution. Je suis tout vôtre. — L. Tronson.
(1) François Pallu, ué à Tours en IQib, sacré à Home en 1660, sous le titre d'évêque d'Héliopolis, vicaire ai)Ostolique du Tonkin, mort le 29 octobre 1684, à Mogany, dans la province du Fokien. V. Launay, Histoire générale de fa Société des Missio^ts-Étraitgdres ;PaT\!^, 1894, 1. 1, passim.
(2) Etienne PaUu, directeur du séminaire des Missions-Étrangères, fut envoyé un 1686 à Siam pour le règlement de la société des Missions-Étrangères; mais il mourut presciue aussitôt après son arrivée. V. Launay, op. cft, 1. 1, p. 112.
'(88 LIVUli: SIXIÈME
LETTRK ïAill
A M(L\S1ËUU lIÂtLLARb
Ce 30 janvier 1686.
Puisque vous n avez pas dans le séminaire des ecclésiasliques pour officier les dimanches et les fêles aux grandes messes et aux vêpres; que vous êtes obligés d'en emprunter en ville quelques-uns, qui ne sont pas souvent bien instruits des cérémonies ni du plain-chant; que cela cause des contretemps à Tautel et des cacophonies au chœur, qui n'édifient pas les assistans; je ne vois nulle difficulté de retrancher ces offices publics et de ne les faire que lorsque vous serez en état de vous en bien acquitter sans emprunt. (lOmme il faut en parler à M*-" TArchevêque, je crois que pour ne le point chagriner vous devez prendre garde de le faire d*une manière qu'il ne croie pas que ce soit un détour que vous preniez pour le solliciter encore d'obliger les ecclésiastiques de demeurer plus long temps au séminaire.
Il faut avoir bon courage et porter notre croix jusques au bout. Si les consolations nous manquent en cette vie, il faut espérer que nous en recevrons davantage en l'autre, et qu'après avoir servi Dieu purement pour l'amour de luimême en ce monde, et sans autre satisfaction que celle de lui vouloir plaire, il nous dira un jour : Euge, serve bone, intra in gaudium Domini tut (Luc. XIX, 17). Tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE LIX
A MONSIEUR GUYTON
Ce 11 mars 1686.
La lecture (|ue l'on a faite du règlement, les avis que Ton donne maintenant à jiropos, les deux séminaristes renvoyés et les autres marques d'une régularité plus grande que vous
nie spécifiez dans votre dernière lettre^ me consolent du peu (le monde que vous avez. C*esl à Dieu d*en augmenter le nombre quand il lui plaira; mais c'est à nous de ne rien négliger, de faire tout ce qui peut dépendre de nous pour leur donner bon exemple et les sanctifier. Et soit qu'il y en ait peu ou qu'il y en ait beaucoup, de nous rendre toujours également fidèles à nos emplois. Vous auriez eu plus d'occupation k Viviers, et le soulagement que vous auriez donné à M. Couderc auroit pu nous le conserver. Mais il faut adorer l'ordre de la Providence, et trouver dans la soumission aveugle que nous y devons rendre de quoi demeurer en paix dans notre perte. Cependant continuez à lui être fidèle, et soyez persuadé que je serai toujours très cordialement, en Noire Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LX
A MONSIEUR GOURIOU
12 novembre 16«6.
Si l'on fait imprimer à Lyon les Examens, on est convaincu qu'il ne faut point avoir à faire à des libraires; qu'il ne faut point se servir de leurs correcteurs ordinaires, et qu'ils seront bien corrects quand vous en prendrez le soin.
On convient aussi qu'il faudroit faire en sorte que la marge du fond fût plus grande qu'on ne la fait ordinairement; mais pour les passages des Pères, on ne sauroit se persuader qu'ils soienl inutiles. S'il y a de l'inconvénient de les mettre aux marges, on pourroit les mettre à la fin de chaque méditation avec des lettres ou des chiffres pour renvois. Il y a des personnes qui les goûtent trop et qui en font un trop bon usage pour les retrancher tout à fait. Nous vous en dirons davantage une autre fois. Tout à vous. — L. Tronson.
490 LIVRB SIXIÈME
LETTRE LXi
A HONSIETR GOURIOU
Ce 6 janvier 1687.
J*ai mandé à M. Maillard que je ne voyois point d*inconvénient que vous fissiez le catéchisme dans votre chapelle devant ou après vêpres jusqu'à Pâques. C'est un exercice qui ne détourne pas de ceux du séminaire, et qui pourra être utile à vos séminaristes.
Il ne faut pas que le dégoût des livres vous fasse interrompre votre lecture spirituelle. Prenez ceux pour lesquels Dieu vous donnera plus d'attrait et qui vous recueilleront davantage. Je souhaite qu'il vous inspire cette année une nouvelle Terveur, afin que son amour supplée à ce qui pourroit manquer à votre pénitence. Je vois qu'elle n'est pas fort grande, dans le peu de travail que vous donnent vos emplois, et dans la vie douce que vous menez. Cependant elle ne laissera pas d'être bien agréable à Notre Seigneur si vous êtes bien fidèle à vos petits exercices, et si votre intention est aussi pure que l'éloit celle de celui qui n'a pas laissé de devenir un grand saint en faisant de la vie commune le sujet de sa plus grande pénitence : mea maxima pœniieniia vita communia.
Je ne vous ai rien dit pour la Retraite des dix jours, parce que je ne crois pas qu'il soit encore temps de l'imprimer (1). Il faut y penser encore un peu. Et puis, l'impression des Examens vous donnera assez d'occupation. Cç sera un emploi pour ce printemps.
Je serai bien aise de recevoir de temps en temps de vos lettres, qui m'apprennent quelque nouvelle de ce qui se passe. Je suis, Monsieur et très cher en iNotre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.
(1) Elle ne fut pas imprimée du vivant de M. Tronson, mais seulement en 1823. V. Bibliothèque sulpicienne, 1. 1, p. 144, 145.
LETTRE LXll
A MONSIEUR TANOARN
Ce 22 janvier 1687.
Je suis bien aise que le nombre de vos séminaristes augmente. Il ne me reste, pour comble de joie, que de savoir que la fidélité au règlement et Texactitude augmente à proportion. Trois choses pour cela me paroissent bien nécessaires : la première, se défaire autant que Ton peut des emplois du dehors; la seconde, ne faire jamais attendre la communauté pour aucun exercice; la troisième, inspirer autant qu*on peut Tesprit de la direction et l'ouverture de cœur pour les Directeurs, afin qulls soient plus en état de remédier aux peines et aux tentations de ceux qu*ils conduisent, et de les rendre fervens. Je me repose sur ce que vous m*avez mandé, que tout va bien. Pourvu que chacun fasse, de sa part, du mieux qu*il doit et que Dieu soit content, nous le devons être. C'est à quoi nous devons tous travailler pour répondre à notre vocation : et ui exhibeamus nos fi^^eprehensibilea coram illo (Coloss. l, 22). C'est la grâce que je vous prie de lui demander pour moi comme je la demande pour vous. Je suis en Notre Seigneur tout vôtre. — L. Tronson.
LETTKE LXïil
A MONSIEUR MAILLARD
15 mars 1687.
Les mémoires que l'on a donnés pour la Vie de M. Olier{{) sont bien abrégés, et vous aurez aisément remarqué que les plus belles choses n*y sont pas. On verra par Teffet que fera
(1) La Vie (fe M. Jean-Jacfjne^ Olier, publiée par M. Leschassier m 1687, in-12. V. nibh'ot/i^'jucsufpiciennc, t. I, p. 243, 2M.
'iOâ LIVRE SIXIÈME
ce qu on en a donné au public, s*il sera à propos de les augmenter.
Si vous voulez envoyer ici ce que vous avez fait de la Vie de M. d'Hurtevent, on verra ce qui sera à propos d'imprimer (1). Il me semble que vous m'en aviez laissé autrefois une partie, mais je ne sais si je vous Tai rendue, ou si quelqu'un a eu la dévotion de me la garder. Quoiqu'il en soit, on aura soin que rien de ce que vous enverrez ne s'égare.
Je ne crois pas que M. Guyton refuse de faire des entretiens, et il est bien juste qu'il vous soulage.
Nous expérimentons assez combien le zèle des jeunes gens est à craindre. C'est charité que de donner sur cela à M. Coltin (2) de bonnes règles qui le modèrent. La difficulté qu a fait M. Moranges de lui accorder la permission de lire les livres défendus me surprend ; surtout dans ce temps où les curés ont plus de besoin que jamais de cette lecture pour convertir les huguenots, ou pour affermir les nouveaux convertis.
Il n'y a guères d'apparence que les Jésuites pensent k établir un séminaire dans la ville de Lyon où il y en a déjà trois (3). Cependant, dans le crédit qu'ils ont maintenant, s'ils l'entreprennent ils y réussiront et auront plus de monde que tous les autres. Je souhaite que Notre Seigneur bénisse leurs desseins et leurs travaux. Je suis en Notre Seigneur tout vôtre. — L. Tronson.
(1) V Esprit de M. Hur lèvent, premier supérieur du séminaire de Lyon, n*a jamais été imprimé, mais il a servi beaucoup à Tau leur des Xotes historiques sur fe séininaire Saint-Irénéc (p. 1-77). Ce n'est que la première partie de Pouvrage entrepris par M. Maillard, et elle traite seulement de la religion de M. Hurtevent. V. Bibliothèque sulpicienne, t. L, p. 108, 109.
(2) Curé de Saint-Rambert en Bresse, « bon ecclésiastique, bien intentionné », dont on avait été « bien satisfait au séminaire de Saint- Sulpice », qu'il avait quitté le mois précédent pour aller prendre possession de sa cure,
(3) Le séminaire des Oratoriens, celui des Joséphites et celui de Saint-Irénée,
LETTRE LXIV
A MONSIEUR GUYTON
9 avril 1688.
Je ne me souviens pas de ce que je vous ai mandé touchant les petits jeux dont on se sert ici pour divertir notre jeunesse. Si Ton n'estime pas qu'ils soient utiles chez vous, il faut s*en abstenir. Cependant on en voit ici de grands fruits, et quoiqu*en aient dit quelquefois des personnes plus sérieuses, nous n'avons point cru qu'on les dût interrompre. Peut-être ne conviennent-ils pas avec Tair des provinces, qui est d'une gravité plus sérieuse que celui de Saint-Sulpice à Paris.
J*ai répondu à M. Maillard que je ne vois nul inconvénient à faire, cette année, la répétition de la lecture spirituelle.
Pour les Examens, ils sont achevés. Il y en a deux cents, qu'on pourra partager en deux parties, dont la première sera de l'État ecclésiastique et des actions de la journée; et la seconde, des vertus et des vices. On a tâché de remplir les matières dont la plupart n'étoient qu'effleurées dans les anciens examens.
C'est un grand secret de savoir se taire quand on n'est point obligé de parler. C'est le parti le plus sage et le plus sûr. Aussi je conseille en général de ne point juger de la conduite des personnes qui sont au dessus de nous, et de garder un grand silence sur toutes les affaires du dehors qui passent notre portée et qui sont au delà de la sphère de notre activité. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXV
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 27 octobre 1688.
La maison du Petit Séminaire est toute pleine, et, quelque désir que nous avons d'v faire entrer le neveu de M. votre
i94 LIVRE SIXIKIIR
promoteur, je ne vois pas que M. Brenier le puisse recevoir si lot. 11 n*y a que le manque de place qui puisse empêcher que votre recommandation n*ait son effet.
Ce que Ton me mande de la régularité, solidité, beauté et commodité de votre bâtiment réjouira M. Baudeau et le consolera de ce qu*on lui avoit dit de votre voûte (i). Ces beaux termes réveilleront avec plaisir ses anciennes idées.
Les affaires de Rome (2) ne font pas ici tant de bruit, et ne causent pas tant d*embarras qu*clles auroient fait, si les assemblées qui ont été tenues chez Monseigneur TArchevéque et dans TUniversité n*avoient frayé le chemin que Ton peut suivre. Les actes que Ton en a imprimés (3) et quasans doute vous aurez vus suffiront pour calmer les consciences timorées, et vous pourrez vous en servir pour ceux qui auroient
(1) Les plans de ce bâtiment envoyés en 1676 au Séminaire Saint- Sulpice et conservés dans ses archives jusqu'à la Révolution sont maintenant aux Archives Nationales (N', Rhône, n«2). Ils sont au nombre de quinze. L'un porte ces mots : « Premier dessein du bastiment du séminaire de Lion envoyé par M. Gitard; novembre 1676 » ; un autre : « Second dessein du bâtiment du Séminaire envoyé par M. Baudeau, ce décembre 1676 ». Les légendes explicatives écrites sur ces plans, Pont été vraisemblablement par l'architecte, ou par M. Baudeau.
(2) L'affaire des Franchises. Sur cette grave querelle qui s'était élevée en 1687 entre Louis XIV et Innocent XI, voir Gérin, Recherches historiques sur l'Assemblée du clergé de France en 1682; 2« édition, Paris, 1870, in-8», chap. XIV, surtout p. 447. Id. V Ambassade de Lavardin et la séquestration du nonce Lanuzzi, dans la Revue des questions historiques, octobre 1874, surtout p. 409. Documents relatifs aux rapports du Clergé avec la Royauté, de 1682 à i70Sj publiés par Léon Mention; ^Affaire des Franchises; Paris, 1893, in-8s p. 68-112.
(3) « Actes des Assemblées du Clergé de la ville et faubourgs de Paris, tenues dans l'Archevêché par ordre de Monseigneur l'Archevêque, les cinq et sept octobre 1688, à l'occasion de la lettre du roi, écrite à M. le cardinal d'Estrées le 6 septembre dernier, et de l'appel au futur concile interjeté par M. le Procureur général du Parlement le 27 du même mois; Paris, François Muguet, in-4" ». — « Extrait des Registres de l'Université de Paris, contenant ce qui s'y est passé lorsque M. le Procureur général du roi y a été reçu par ordre de Sa Majesté, le huitième du mois d'octobre rail six cent quatre-vingt-huit; Paris, F. Muguet, in-4» ».
sur cela quelque scrupule, et dont le zèle ne seroit pas assez réglé ni assez modéré. Si quelqu'un avoit besoin sur cela de quelque avis particulier, ne déférant pas à ce que je vous dis en général, il seroit important de me le mander. Car, ou il faut se taire, ou parler comme les habiles gens qui savent nos usages et nos coutumes parlent, et ont toujours parlé en de semblables occasions. Ce sont des conjonctures où un seul mot imprudent peut avoir bien des suites.
On a pour règle, à la Petite Communauté, de n'y recevoir que ceux qui, ayant demeuré dans le séminaire et étant accoutumés à nos règles, ne peuvent plus les observer si exactement par quelque empêchement qui leur survient. Cette règle a été estimée d'une telle nécessité pour y maintenir Tordre, qu)e, quelque désir que j'eusse qu'on s'en pût dispenser en faveur de M. l'abbé de Saint-Maurice, je puis vous assurer qu'il n'est pas expédient, non seulement pour la communauté, mais pour lui-même, qu'on l'y reçoive présentement. Vous pouvez croire qu'on ne s'opposeroit pas à cette affaire si elle éloil faisable. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE Lxvi
A MONSIEUR MAILLARD
?6 Janvier 1689.
J'avoue que c'est une chose assez fâcheuse, de voir un grand séminaire réduit à dix pensionnaires, et tant de bons directeurs si peu occupés dans un diocèse où il y a de si grands besoins. Mais votre consolation doit être que vous y faites ce que Dieu veut, et qu'il ne vous demandera pas compte, au jour du jugement, du nombre des personnes que vous aurez converties, mais de la fidélité que vous aurez eue aux emplois qu'il vous aura confiés. Vous avez fait tout ce que vous avez pu auprès du Prélat de qui tout dépend; puisqu'il n'entre point sur cela dans les vues qu'on lui propose, c'est une marque que Dieu ne demande autre chose de vous; et c'est une pensée que vous devez rejeter comme une tentation, que de
498 LIVRE SIXIÊHE
croire qu'un autre supérieur feroît peut-être mieux que vous. C'est un changement qui, d*un côté, nous seroit avantageux, parce qu'il nous donneroil lieu de vous pouvoir posséder ici; mais je ne vois pas qu'il se pût faire sans porter un tort très notable au séminaire de Saint-lrénée. Ainsi, il faut s'abandonner à la Providence et attendre le changement du Prélat. Je ne vois pas que vous ayez autre chose à faire que de demeurer sous ses ordres.
La lecture expliquée que vous faites tous les jeudis sur les matières ecclésiastiques, au lieu de la lecture spirituelle que chacun doit faire en son particulier, ne peut être que très utile (1).
C'est une grstndeet rude épreuve que celle des tentations dont vous me parlez. 11 faut être exercé en quelque manière que ce soit : Virtus enim inexercitata languescit ; et la meilleure de toutes les manières pour nous est celle qui nous arrive, soit au dedans, soit au dehors, par Tordre de la Providence. Car c'est là la croix à laquelle Dieu lui-même nous attache, et à laquelle est attaché aussi notre salut. Tout ce qu'on y peut faire, à mon avis, de meilleur, est de ne point raisonner; de la porter en paix, avec abandon et soumission à ses ordres, et de profiter du conseil du prophète : Viriliter âge, confortetur cor tuum et sustine Dominum (Psalm. XXVI, 14) : Sustinentes enim Dominum ipsi hsereditabunt terrant
(1) Ne serait-ce pas là rorigine première des lectures spirituelles f/ lésées, c'est-à-dire « expliquées » par le Supérieur, qui furent plus tard et sont encore aujourd'hui en usage dans le séminaire Saint-Sulpice de Paris et dans tous ceux qui sont dirigés par la Compagnie? M. Tronson écrivait encore à M. Maillard le 28 avril 1693 : « Vous faites très bien, quand il n'y a point d'entretiens publics les jeudis, d'y suppléer par une lecture spirituelle ecclésiastique paraphrasée. Vous n'y aurez pas tant de peine, et je crois qu'on en retirera bien autant de fruit ». Et le 22 septembre 1695 : « Il seroit à souhaiter que chaque ordinand eût un livre spirituel; mais si cela ne se peut, il faudrait faire en commun la lecture spirituelle, où on pourrait donner de bons avis, et qui leur seroient plus utiles que ceux qu'ils liroient dans leur livre. Car, d'en avoir assez dans la maison pour en prêter à tous, c'est ce qui ne se peut ».
(Psalm. XXXVI, 9). Contenlez-vous, sans vouloir pénétrer dans un fond qui csl impénétrable, que vos œuvres rendent témoignage de votre foi. II ne faut point d*autre sûreté, puisque !Solre Seigneur n'a pas voulu nous en donner de plus grandes.
Je m'étois bien imaginé que ceux qui parloient tant contre votre sermon pouvoient élre des gens du parti et suspects de nouveautés. On dit bien d'autres choses de ce qui se passe ici, et qu'il faut essuyer. Comme on y est accoutumé, on ne s'en trouble pas : c'est Dieu seul que l'on cherche. Quand on a fait ce que l'on a pu, il ne faut guères se mettre en peine de ce que le monde dit. Que l'on fasse bien ou mal, il criera toujours; et nous dirons toujours, moyennant la grâce de Notre Seigneur : Mihi autem pro minimo est ut à vobis jvdicer aut ah humano die (I Cor. iV, 3). Continuons avec courage à le servir, et offrons-nous à lui comme des victimes prêtes, et toutes disposées à être immolées à sa justice, pour être ensuite entièrement consommées dans son amour. Je ne m'étonne pas qu*un prêtre janséniste ait parlé contre votre sermon qui a été si approuvé d'ailleurs. Quelques-uns du parti en ont fait 'autant autrefois à M. Olier. C'est un honneur aux enfants d'être traités comme leur Père. La conduite que vous avez tenue à l'égard de ce prêtre, et ce que vous avez fait et dit ne peut être que très édifiant. Dieu nous fasse la grâce que nous fassions toujours un aussi bon usage de nos croix. Tout k vous, et de tout le cœur. — L. Tronson.
LETTRE LXVii
A MONSIEUR GOURIOIT
Ce 23 mars 1689.
J'ai reçu votre lettre avec vos notes sur les Examens. On sera ravi que vous et M. Guvton v exerciez toute votre critique. En attendant que vous nous envoyiez la suite, vous trouverez ici notfv in notas, qui vous feront connoîlre ce que
Ton en pense, et qui vous pourront régler pour les corrections que vous aurez à faire.
On consent, suivant les remarques de votre lettre, que dans le premier cahier, de la vocation, au lieu de sainis Pères, on mette, les Pères; que dans le 5' alinéa du î* point de ce même examen, on éclaircisse la phrase selon votre note; que dans le 7* alinéa du 2"* point de Texamen de*^ Marques de la vocation, on mette, que l'on, au lieu de qu'on. Pour Texpression, » ne sommes-nous point sans scrupule distraits », on la trouve plus juste en ajoutant point, que celle que vous mettez, à cause de ce qui suit. L*on trouve aussi le 3* point du 1*' examen de la vocation assez animé sans y rien changer, et Ton ne voit point dMnconvénient d\ répéter, Mon Dieu, Si cette répétition choque les critiques du monde, elle ne déplaira pas aux dévots affectifs. Dans Texamen De V Esprit ecclésiastique, on peut finir le 1"^ point de la manière que vous le marquez dans votre lettre, et mettre la conclusion qui est dans votre manuscrit pour 3* point de Texamen Sur l'esprit avec lequel on doit de* meurer dans le séminaire : « Mon Dieu, il n'y a que votre Esprit, etc. ».
Continuez, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, à faire vos remarques sur les Examens suivans, avec M. Guyton que je salue. Vous aurez bonne part l'un et Tautre au fruit que cet ouvrage pourra faire. Je suis, à Tun et à Tautre, le tout acquis. — L. Tronson.
Quoique je vous aie marqué que Ton pouvoit mettre, les Pères, au lieu de, les saints Pères, suivant votre note, je ne crois pas cette correction nécessaire. Car dans le livre de Barlhélemi des Martyrs (i) il y a la même expression : « Plusieurs ont représenté avec grande suffisance les passages des Conciles et des Saisies Pères »; et le P. Bouhours,
(1) La Vie de Dom Barthélémy des Martyrs, archevêque de Hrague en Portugal; Paris, 1663, in-^». La rédaction en est attribuée à Thomas du Fossé et à Le Maistre de Sacy, deux des Messieurs de Port-Royal.
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE LYON VJtf
qui reprend, en cet endroit, le mot de suffisance, ne dit rien, ce me semble, sur celui de saints. Ce livre, qui est bien écrit, ayant échappé la critique de ce Père qui ne trouve rien à redire sur le mot de saints, est assez auiorisé pour appuyer ce mot.
LETTRE Lxvm
A MONSIEUR COUR 10 r
Ce 23 avril 1689.
M. Bourbon vous a renvoyé nos réflexions sur vos dernières notes. Il achève de copier la seconde partie des Examens. Ainsi, vous la recevrez bientôt. Vous pouvez témoigner à M. Cohade (i) que nous lui sommes bien obligés de son approbation et de Testime qu'il fait de Saint-Sulpice. Ce que je crois vous devoir dire est que Ton ne veut point absolument que le nom, ni de Sainl-Sulpice en général, ni d*aucune personne du Séminaire paroisse dans i*imprimé. Si Ton n*eùt point mis de nom dans le Forma Cleri, peut-être en auroit-on plus tôt achevé les dernières parties. La grâce de Saint-Sulpice est la vie cachée. C'est à vous à veiller que Ton ne s*en écarte pas dans cet ouvrage. Il y a même beaucoup d'autres raisons qui nous obligent à donner cet avis. Tout à vous et à M. Guvton. — L. Tronson.
LETTRE LXiX
A MESSIEURS tiOURIOU ET GUYTON
Avril 168^.
Vous verrez, par les papiers que je vous renvoie, combien un a eu égard à vos avis et quelle estime on fait ici de vos notes : car on les a presque toutes approuvées. Que si nous
il) Docteur de Sorbouiie, el custode de la paroisse bamte-Croix à Lyon.
n'avons pas traité les et avec tant de sévérité que vous, c'est que nous avons cru qu'il étoît bon d'avoir quelque ménagement pour un pauvre petit mot qui ne fait mal à personne, et qu'il y avoit de la charité à ne le pas proscrire avec tant (le rigueur.
Il y a de certaines pratiques dans quelques examens, qui sont si particulières et si peu en usage, que quantité de gens auront peine à les approuver, à moins qu'elles ne soient appuyées de Tautorilé de quelques Pères. On avoit dessein de les citer en marge, mais je ne sais si Ton n en a point oublié plusieurs.
M. Bourbon ne sauroit vous envoyer que la semaine prochaine la seconde partie qu'il achève de copier. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXX
A MONSIEUR GOURIOU
12 Juin 1689.
On diroit, en lisant la première page de voire dernière lettre, que vous avez commis un grand crime et que tout est perdu. Quand vous auriez tué quelqu'un, mis le feu à la ville, brûlé le Séminaire, vous n'emploieriez pas des termes plus forts et des expressions plus pathétiques. Cependant quand on en voit la suite on se console aisément, voyant qu'il ne s'agit que d'une lettre; et d'une lettre qui n'est pas de la conséquence de celle dont il s'agissoit du temps des ariens; car il n'y a rien ici à craindre, ni pour la foi ni pour les mœurs. Ainsi, je crois que vous vous consolerez aussi aisément que nous de celle faute. Pourvu qu'il n'y en ait point (l'autre dans les feuilles suivantes, vous ne laisserez pas de passer pour un habile correcteur.
Vous ne manquerez pas, en suivant les règles de M. Vaugelas ou du P. Bouhours; car ce sont celles qui sont les plus correctes; quoique Messieurs de Porl-Royal affectent de se dispenser de quelques-unes. Pour M. .Ménage, je ne vous
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON TiOl
conseille pas de vous arrêter k ses Remarques, car elles ne sont pas fort approuvées.
Je ne sais pas pourquoi vous voulez que l'on dise : « Les lettres que j*ai reçu ce matin », et non pas, les lettres que j'ai reçues ce matin; car le P. Bouhours dit : « Les remarques qu'il a travaillées avec autant de soin », et non pas, travaillé : « il faut prendre les places que le supérieur a marquées pour ceux qui tombent », et non pas, a marqué. Peutêtre y a-t-il quelque différence entre ces deux derniers exemples et le premier; mais je ne vois pas assez clair pour découvrir des règles générales, ni dans Vaugelas, ni dans le P. Bouhours, qui puissent lever tous nos doutes. Peut-être, à force de rêver, en aurez-vous trouvé quelqu'une. Après toul, nous sommes très persuadés que vous y ferez de votre mieux, et Ton n'auroit raison de vous en demander davantage. On attend toujours cette première feuille que vous deviez nous envover. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXl
A MONSIEUR TANOARN
Ce 15 juillet 1690.
M. Du Plessis d'Argentré, votre neveu, est entré au séminaire (1). Je ne doute pas qu'il n'ait eu de la peine à faire cette démarche, et qu'on ne lui ait donné beaucoup de fausses idées de la maison. 11 faut espérer qu'elles se dissiperont, et qu'il se détrompera de ses préventions. par sa propre expé-
(1) Charles Du Plessis d*Argentré, né le 16 mai 1673, à Argentrfrdu- Plessis (lUe-et-Vilaine), au château du Plessis, était 111s d'Alexis et de Marguerite de Tanoarn. Tonsuré le 4 mars 16^9, prêtre et abbé de Guingamp en 1699, docteur de Sorbonne en 1700, vicaire général de Tréguier en 1707, il fut nommé évêque de Tulle le 26 octobre 1723, et sacré le 10 juin 1725 au séminaire de Saint-Sulpice. Un des meilleurs et des plus célèbres évoques de son temps, résidant, confessant, prêchant souvent, assistant les moribonds, visitant chaque année quel- (lues parties de son diocèse, recevant avec alfabilité tous ceux qui avaient à lui parler, et cependant travaillant sei>t hcurc^j par Jour à
rience. Il ne manque pas d'esprit, et je crois que son fond est bon; et pourvu qu'il ail l'ouverture nécessaire, il y a beaucoup à espérer de son bon naturel. Vous pouvez être persuadé qu'on aura pour lui lous les ménagemens que demanderont ses besoins, et qu'on ne négligera rien pour le rendre un digne ministre de Jésus-Christ. Car, outre l'inclination que jaurois k le servir vous touchant de si près, je serai encore ravi, en contribuant à former un bon sujet pour l'Église, de contribuer en même temps à votre satisfaction. Je souhaite qu'il réponde autant, de sa part, à vos désirs, comme nous tâcherons de faire, de la nôtre.
Nous avons ici M. l'abbé de La Chaise, dont nous avons sujet jusqu'à présent d'être satisfaits (1). Il est touché de Dieu, et pourvu qu'on lui laisse le temps de s'affermir, il y a lieu d'espérer que enint novissima ejus meliora prioHbtts. Je suis, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXII
A MONSIEUR MAILLARn
Ce 25 septembre 1690.
Le jeune homme dont vous m'écrivez, et que M. son père a dessein de mettre chez M. Brenier, viendra ici avec un bon passe-porl, s'il vient avec votre approbation. Quoique nous n'ayons pas accoutumé de recevoir des personnes sans les avoir vues auparavant, votre seul témoignage nous suffira
ses nombreux ouvrages. 11 mourut à Tulle, profondément regretté de tout son diocèse, surtout des pauvres, le 27 octobre 1740, âgé de 67 ans. Voir l'excellente notice qu'en a publiée l'abbé du Mabaret dans les Mémoires de Trévoux, février 1743, p. 223-235. Hurter, Nomenclator (iterarniSj t. 11, part. 2, pag. 934-936: il le dit « episcopus TuUensis », de Toul, pour Tutelensis, de Tulle.
(1) A la marge du premier catalogue des entrées au Séminaii-r Saint-Sulpice, on lit cette note : « M. l'abbé de La Chaize a demeurr au séminaire comme retraitant, avec un domestique, depuis le 12« juin 1600 jusqu'au 12'' décembre suivant ».
CORRfiSPONDAMCK AVEC LE SÉMINAIRE DE LYON 503
pour élre persuadés quil a tout ce qu*il faut pour profiter dans le Petit Séminaire. Gomme les leçons de philosophie commencent la semaine prochaine, il seroit bon qu*il vint au plus tôt : car on perd bien du lemps quand il faut reprendre celles que Ton a perdues.
M. du Plessis fait merveille. Il n y a qu*k prier Dieu qu'il continue. Il a beaucoup d*esprit et de bonne volonté, el il y a lieu d*en espérer beaucoup.
Cent-neuf ordinans sont capables de bien donner de Texercice. Vous y aurez eu assez de travail pour avoir ensuite besoin de repos, et il est juste que vous en preniez dans le lieu où vous vous trouverez le plus en paix.
Je souhaiterois que M. Guyton en voulût faire autant. Ne pourroit-il pas aller à Âutun avec M. Gourion? Ce petit voyage ne pourroit qu être utile pour sa santé.
Les 1500 que Monseigneur TArchevéque vous a fait payer est une nouvelle marque de sa bonté, el une preuve que son amitié pour vous est effective. Nous prierons bien Dieu qu'il le conserve. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE i.xxm
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 8 Janvier 1691.
Je réponds un peu lard à votre dernière lettre. Il y a de quoi admirer la Providence de Dieu sur Tétat de votre séminaire, et de quoi gémir, non pas sur ceux qui ne manquent pas de ferveur pour y travailler, mais sur le peu de lumière de ceux qui pourroient fournir une plus ample matière k leur zèle, et qui ne croient pas le devoir.
J'entre fort dans la vue que vous avez de faire des entretiens publics pour les ecclésiastiques de la ville. Il me semble qu*outre le bien que cela leur feroil, ce seroit un travail qui occuperoit nos Messieurs et qui ne leur seroit pas inutile. J'en écris k MM. Tanoarn et Guyton sans que cela paroisse venir de vous.
lyQÏ LIVUE SIXIÈME
Vous avez bien fait de ne pas refuser au capucin, voire ancien ami, le sermon qu'il vous a demandé pour la profession de ses nièces religieuses.
Il a fallu enfin céder à Madame de Maintenon, qui a fait des instances extraordinaires afin que M. Bardon demeurât avec M»' l'évêque de Chartres. Ainsi, voilà Saint-Sulpicc privé, au moins pour un temps, d*un bon sujet. Monseigneur d'Autun, à qui nous Tavions promis, a été aussi obligé de se relâcher, après de fortes et généreuses résistances. Ainsi, son séminaire est encore sans supérieur; ce qui nous embarrasse un peu.
Je souhaite que Dieu bénisse votre retraite des ecclésiastiques de Villefranche, où vous marquez qu'il y a de si grands besoins; mais je crains fort qu'elle ne soit bien morfondue, si le froid y est aussi grand qu'ici.
l.a pensée qui m'est venue en lisant la lin de votre lettre est : Beatus vir qui suffert teiitationem, quoniam cum probatus faerit accipiet coronam vitœ, quam repromish Deus diligentibus se (Jac. I, 12). Je prie Notre Seigneur que ce soit là le fruit, aussi bien que la fin de nos travaux. Je suis en lui, (le tout le cœur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXtv
A MONSIKUH GUY TON
Ceil juinmn.
On me mande. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous devez faire, les après-dînécs, une leçon de Morale. (iOmme quelques personnes vous croient un peu sévère, je pense que vous ferez bien de ne vous arrêter pas trop à vos propres scntimens, et de déférer un peu à ceux des autres dans les matières que de bonnes raisons et le sentiment des auteurs noTi suspects rendent probables. Comme nous sommes dans un lemps où il faut éviter, autant que l'on I)eut, de faire crier, la prudence veut cju'on se ménage, de peur qu'on voulant porter les choses à une trop grande per-
fection, on ne les gâte el on ne se rende inutile. Vous savez ce que Ion pense communément des intérêts dans la ville de Lyon (1), et combien il seroit inutile d*en parler. Ainsi, vous devez éviter de donner le traité de Vifsure, qui ne feroit que du bruit sans espérance d*aucun fruit. Je suis bien aise de ce que l'on m'a dit que vous commenciez par le traité De Peccatia, où Ton peut suivre sans crainte les senlimens communs.
J'aimerois bien aussi savoir sur quelles raisons vous appuyez Tobligation que Ton a de ne pas suivre lopinion la moins .probable, quand elle n*est pas, à même temps, la plus sûre. Gomme cette règle de morale est de grande importance, je serois bien aise, avant que vous la donniez, de voir la manière dont vous la soutenez, et les meilleurs fondemens sur lesquels vous estimez que Ton peut appuyer cette obligation. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Lxxv
Ce 12 octobre 1692.
J'ai été bien aise d'apprendre par votre lettre que l'on vous a chargé des entretiens de la journée pour l'année prochaine.
(1) Les négociants lyonnais pratiquaient couramment le prêt à in" térèt sous la forme appelée des Trois contrats. V. Traité des usures^ contre certains zélés qui font courre des écrits sur cette matière, qui ne servent qu'à mettre les consciences en scrupule, par Messire Besian Arroy, Théologal de Lyon; Lyon, Guillimin, 1674, in-12de 124 pages. Negotiatio et mutuatio liciîa pecuniœ, seu Tractatus de xquitate trium contractuum qui cxercentur in ncgotiatione et camàio Lugduncnsi ; Colonia^, J. Picquet, 16TS, in-12. Voir ma Notice sur Besian Arroy; Lyon, 1902, in-8", p. 10-12.
(2) Jean-Baptiste Pays était du diocèse de Vaison, et prêtre quand, en 1686, il entra au séminaire de Viviers, on il fut auxiliaire jusqu'en 1691. Le 6 novembre de cette même année, il fut admis au séminaire de Saint-Sulpice, et au mois d'avril 1692 envoyé à Lyon remplacer M. Guyton. En 1693, M. Pays aida les directeurs du séminaire d'Auluu cl y tomba malade; alla, en septembre 1694, enseigner au Puy lamo-
506 LIVRE SIXIËI1£
Ce sonl des entretiens qui demandent, pour être utiles, que Ton descende dans un grand détail, en marquant les fautes que I*on a plus ordinairement accoutumé de Taire dans chaque action, et la manière et les dispositions nécessaires pour les bien faire. Je crois que Ton sera sur cela aussi content de vous que Ton est satisfait sur le reste de votre conduite. De petites courses aux environs de Lyon pourront contribuer à vous délasser durant ces vacances. Je souhaite que vous y preniez de nouvelles forces et de la santé au moins pour une année.
Je crois que vous ferez bien, dans les temps qui vous resteront, après les emplois du séminaire, de voir l'Histoire ecclésiastique, dont je ne doute pas que vous ne fassiez un bon et saint usage.
La demi-heure d'action de grâces après la sainte messe, le quàrt-d*heure de préparation avec la visite du Saint-Sacrement peuvent bien suppléer à la demi-heure d*oraison qui vous manquera le matin, pour remplir votre heure. Je suis très cordialement tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXVI
A MONSIEUR OOURIOU
Ce 8 janvier 1693.
Nous ne manquerons pas d'envoyer au coche le jour que vous marquez, c'est-à-dire le 25 du mois, pour retirer les livres reliés et le manuscrit de M. de Lantages que vous y avez mis (1). Si le libraire en envoie à ses correspondants à Paris, je crois que l'on en fera un grand débit.
raie et ensuite la scolastique ; revint à Lyon en 1704 ; devint supérieur de Clermont en 1707, puis de Viviers en 1710; vice-supérieur d'Orléans en 1713, et d'Avignon en 1723. Rappelé en 1725 au séminaire Saint- Sulpice de Paris, il y mourut 1? 15 février 1730, âgé de 71 ans.
(1) Les « livres reliés » étaient le premier volume des Instructiomi ecclésiastiques de M. de Lantages, imprimé au Puy et se vendant « A Lyon, chez Jean-Baptiste Guillimin, libraire, rue Mercière ». Le t( manuscrit » contenait le texte du second volume qui parut en 1694.
CnKRËSIMlNDANCK AVKC LE SKMINAIHE DB LYON IV^l
M. Pays a raison de dire qu*on ne devroil point confesser dans le séminaire les prêtres qui troussent tellement leur soutane qu*elle ne paroit point; pourvu que cela ne s*élende qu*à ceux qui en font coutume, et qui ne vont ordinaiîrement qu'en cet état. Car, à quoi bon la porter si elle ne paroit point, et es^ce le dessein de FËglise qu'ils la cachent, quand elle leur commande de la porter toujours? J*aimerois autant (|u*un religieux mit son scapulaire sous sa soutane, et qu'il s'excusât sur ce qu'il ne le quitte jamais, comme un d'eux me donna une fois cette excuse, en me tirant son scapulaire de sa poche.
Il n'y a pas d'apparence que vous ayez plus de monde cette année que les précédentes : il ne faut point espérer que M»' l'Archevêque remédie au petit nombre des séminaristes, ni que M. Morange contribue à l'augmenter. Il faut que le remède vienne de plus haut, et attendre que Notre Seigneur s'en mêle. Donnez-vous cependant tout entier au service de ceux que la Providence vous envoie. Votre consolation doit être que vous aurez moins d'embarras et moins de compte à rendre que si le séminaire étoit plein.
Ce seroit une bonne chose que vous eussiez à Lyon la Morale de Limoges, pourvu qu'elle soit exacte et — suivant votre expression — sans trop de rigueur. Vous dites que les cahiers ont été revus et corrigés. Il seroit bon de savoir qui en a été le correcteur. Car on les a revus dans quelques séminaires, mais en y mettant des propositions outrées, et quelques-unes que je crois tout à fait insoutenables. L'on n'aime point, dans Saint-Sulpice, les sentimens outrés et une morale trop sévère. On s'imagine quelquefois que le zèle que l'on a pour porter les âmes à la perfection doit obliger, surtout dans les séminaires, h suivre les opinions plus sévères; mais on ne songe pas que c'est ce qui fait que les séminaristes, étant sortis du séminaire et voyant que ces opinions ne sont point communément suivies, perdent la créance pour leurs directeurs et ne les consultent plus, et n'entretiennent plus nul commerce avec eux; ce qui néanmoins leur seroit 1res utile. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXVii
A MONSIEUR TANOARN
Ce 21 avril 1693.
M. Bourbon a eu raison de vous mander que M. Du Plessis, voire neveu, feroit beaucoup de bien dans les séminaires si Dieu lui donnoit quelque attrait pour y demeurer; mais je crois qu'il a d'autres vues. Cependant il n*est pas aisé de les découvrir ; car, comme il est fori sage, qu'il ne parle pas beaucoup, et que je pense que personne de la maison ne connoit tout son fond, il seroit diflicile, à moins que d'être prophète, de savoir ce qu'il pense. On ne savoil même ici qu'en «devinant, qu'il avoit dessein d'être de la maison de Sorbonne. De vous dire si ce dessein lui est utile, il y a du pour et du contre. Comme il est d'une humeur fort douce, qu'il ne paroît en lui aucune passion ni aucun vice, qu'il a une forte inclination et une extraordinaire ouverture pour l'étude, il y a sujet d'espérer qu'il se conservera en quelque lieu qu'il soit. Comme il ne m'en a point parlé, je n'ai pas été en peine de lui donner avis, et s*il m'en parle, je ne lui en donnerai pas d'autre que de suivre son attrait. Je ne sais s'il pense que ce dessein l'engagera à un peu plus de dépense.
Tout à vous. — L. Tronson.
M. Du Plessis d'Argentré m'a proposé son dessein. U dit que M. son père consent et agrée qu'il soit de la maison de Sorbonne. Comme je pense qu'il en a envie, je crois que Ion peut lui laisser suivre son attrait (1).
(1) Deux mois plus tard, le 26 juin, M. Tronson écrivit à M. Tanoam : « Je vois par la maniCTe dont M. Du Plessis m'a parlé, qu'il quitte de bon cœur le dessein de la maison de Sorbonne. U me paroît d'ailleurs très bien disposé, tr(*s propre pour un séminaire, et en état, si Dieu ry appelle, d\v faire un jour de très grands biens. Prions bien Notre Seigneur qu'il nous le donne, si c'est sa très sainte volonté «. Sur les conditions reciuises pour être docteur de la maiiion de Sorbonne, et docteur de la maison et société de Sorbonne, voyez Moréi i, édit. de 1759, art. Soi^bonne,
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉlflNATRE DE LYON 509
LETTRE LXXVIII
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 10 Juin 1693.
Nous avons appris par votre lettre la mort de M. votre Archevêque (1). C'est une grande perle pour la province, pour toute la ville et pour vous en particulier. Tout le monde a sujet de le regretter, et je ne m*étonne pas que vous soyez touché plus particulièrement de cette perte, sachant l'amitié qu'il avoit pour vous. Je souhaite que vons occupiez une aussi bonne place dans le cœur de celui qui lui succédera. Je ne sais point encore sur qui le Roi jette la vue pour remplir cet archevêché. Si Monseigneur d'Autun (2) faisoit une ordonnance pour les Ordinans, telle que vous me marquez, ce seroit une belle ouverture pour le successeur. Vous verrez par les demandes qu'il fera, quelles'mesures on pourra prendre pour le spirituel et le temporel du séminaire. 11 a grand besoin que det un Deus de rore cœli et de pinguedine terrœ abundantiam (Gènes. XXVK, 28).
Je souhaite que la goutte dont on vous menace ne vous fasse point de plus grand mal que d'empêcher vos génuilexionr^. C'est où j'en suis réduit depuis treize mois. Je suis de tout le cœur tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXIX
A MONSIEUR TANOARN
Ce 17 novembre 1693.
Monseigneur de Saint-George (3) sera sacré dimanche pro-
(1) Camille de Neufville de Villeroy était mort le 3 de ce même mois (le juin 1693.
(2) Gabriel de Roquette. Durant la vacance du siège archiépiscopal de Lyon, Tévêque d'Autun, premier sulTragant de la province, avait l'administration du diocèse.
(3) Né en 1630 à Montceaux-rÉtoile, canton de Marcigny, arrondis-
chain dans noire chapelle. On lui préparoil hier une chambre où il fera quelques jours de retraite pour se disposer à son sacre. On croit qu*il partira bientôt après pour Lyon ; et comme il seroit fâcheux qu*il ne trouvât pas, à son arrivée, votre séminaire en état de recevoir les Ordinans (1), on a jugé qu*il éloit nécessaire d*y pourvoir au plus tôt, en vous envoyant deux personnes pour vous aider. Il y en a un qui est docteur de Sorbonne et que vous pouvez connoitre parce qu*il y a bien des années qu*il demeure ici : il s'appelle M. Oursel(2). Il a été chargé du Petit Séminaire durant Tabsence de M. Brenier, et nous Tavons même appliqué quelque temps à conduire dans le Séminaire. Ainsi, vous le recevrez comme un de nos frères et qui peut vous être utile. M. Cartier (3) qui raccompagne n'est pas docteur, mais c^estun bonsujet,et
sèment de Charolles, Claude de Saint-Georges avait été Comte de Lyon, agent général du Clergé, député du second ordre à TÂssemblée de 1682, nommé successivement évêque de Màconen 1682, de Clermont en 1684, de Tours en 1687, et avait administré sans bulles, mais de bonne foi, ces divers diocèses. Il fut nommé archevêque de Lyon le 5 septembre 1693, sacré le 22 novembre, et mourut à Lyon le 9 juin 1714, âgé de 84 ans.
(1) M. Maillard, M. Bourlier et M. Pays étaient alors malades.
(2) Jean-Bernard Oursel né à Paris vers Pan 1660, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 17 octobre 1682, alla au séminaire d'Autun en quittant celui de Lyon, puis à la communauté de la paroisse Saint-Sulpice de Paris. Prié, en 1714, de se retirer de la Compagnie parce que, dans une assemblée de la Faculté, il n^avait pas parlé assez afilrmati vement pour la réception pure et simple de la bulle Vnigenitus, il fut accueilli par le cardinal de Noailles qui le fit grand pénitencier de réglise de Paris. Mais il revint à des sentiments plus ortbodoies après la mort de ce cardinal. Il mourut le 10 janvier 1730.
(3; Pierre-Joseph Cartier, né à Magny près de Vernon en Normandie, enseigna la scolastique à Lyon jusqu'en 1700. Il alla ensuite à Autun (1700-1701), puis à Clermont (1701-1702). La mort de sa mère le frappa tellement qu'il partit avant la fin des exercices, et sans en avertir M. Leschassier, Supérieur de la Compagnie. Celui-ci lut bien plus contrarié encore d'apprendre, en septembre 1702, que M. Cartier était auprès de l'archevêque de Cambrai, alors très compromis à la Cour. M. Leschassier craignit qu'on ne rendît Saint-Sulpice responsable de la démarche de M. Cartier, et celui-ci cessa d'être considéré comme membre de la Compagnie.
qui sait bien sa théologie. Il a été chargé de faire des répétitions à nos théologiens et en a fait souvent deux par jour : il pourra dans la suite rendre de bons services. Ils ne seront ni l'un ni Tautre à la charge de votre séminaire, parce qu*on en fera ici toute la dépense, soit pour leur voyage, soit pour leur pension ; ni ils partiront lepremier jour qu'ils trouveront place dans la diligence. Tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE LXXX
Ce 10 janvier 1694.
Quoique vous n*ayez que peu de séminaristes, il faut tâcher de les mettre en état que M^' TArchevéque soit content des instructions qu*on leur donne. Une chose, qu*on dit qui lui plaira beaucoup, c*est qu'on leur fasse une conférence de rÉcrilure-Sainte, à laquelle les ecclésiastiques même de la ville pourroient assister. M. Oursel pourroit la faire, et M. Cartier pourroit leur faire une répétition de leur leçon de théologie : ce qui vous est d'autant plus important que le Prélat veut des ecclésiastiques savants, et qui ne le seront jamais si on ne leur fait des répétitions fréquentes, qui les obligent à étudier et à bien employer tout leur temps.
Vous devez aussi travailler afin qu'à son arrivée à Lyon il trouve le séminaire en bon état; et pour cela y faire observer une grande régularité, et en écarter tout ce qui pourroit lui faire peine. Ainsi, ne point laisser sortir en ville les séminaristes trop aisément et sans de bonnes raisons; ne point s'amuser aux dévotes, et ne les plus laisser monter dans la tribune. Comme la maison est trop ouverte; que ni les portes des courroirs et des degrés, ni celle de la sacristie de la tribune par où l'on peut entrer dans la maison, ni celle du jardin où les séculiers, à ce qu'on dit, vont se promener comme dans les Tuileries, ne se ferment presque jamais, ce qui ne peut s'accommoder avec le bon ordre de la maison, je vous supplie d'y vouloir remédier, et de faire en sorte que
les séculiers n'aillent plus, comme il leur plaîl cl sans en dire mot à personne, dans les courroirs, sur les degrés, dans le jardin, etc.
Il est bon que vous sachiez que M^*" votre Archevêque n*approuve nullement les pelisses pour les ecclésiastiques. M^^de Genève les a défendues, à ce qu'on m*a dit, dans son diocèse; et bien des gens sages croient que cela ne convient guères à la modestie de notre état, et que ces sortes de peau ne doivent servir au plus que de bonnets de nuit.
Les règles que Ton observe pour ceux qui sont k l'infirmerie ne regardent point ceux qui sont de la maison. Quand ils donnent, c'est par charité, et non par obligation. Ainsi, M. Tanoarn a eu grande raison de vous dire que ces règles ne vous regardent pas. Car si elles n'obligent pas un particulier, à plus forte raison n'obligeront-elles pas un supérieur, et un supérieur qui travaille comme vous depuis trente-trois ans. Ainsi, pour répondre en un mot à l'argument que vous me faites en disant : « Je le puis, donc je le dois », je nie la conséquence. C'est sur quoi vous pouvez vous tenir entièrement en paix. Je suis, Monsieur el très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXXI
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 18 juillet 1694.
Je vois par votre dernière lettre le bon accueil que vous a fait votre archevêque, dont j'ai bien de la joie. Vous avez très bien fait d'aller au devant de lui jusqu'à Mâcon, el de mener avec vous M. Tanoarn. C'est une marque d'estime et de respect qui ne peut que lui avoir été agréable. On verra dans la suite jusqu'où ira son affection pour le séminaire. Je ne crois pas qu'il vous fasse de grandes instances pour vous mettre de son Conseil, quand vous lui aurez dit vos raisons. Vous êtes dans un état que vous avez plus besoin de repos que de nouvel emploi. Votre mal de tête qui continue,
quoique moindre, demande que vous vous ménagiez encore.
C'est une marque d*eslime et d'affeclion que M^ TArchevéque vous donne, de vous envoyer son neveu pour demeurer au séminaire. Il ne faut rien négliger dans cette occasion pour contenter le Prélat; et comme il faudra peut-être avoir beaucoup de ménagement et de condescendance pour ce neveu, vous ne sauriez mieux faire que de savoir de fonde de quelle manière il désire que vous en usiez. Dieu veuille qu*ii profite de vos soins, et qu*il devienne un bon ecclésiastique : cela feroit honneur au séminaire.
Nous et vous avons sujet de bénir Dieu de ce que Ton a été exempt dans votre séminaire de ces fièvres malignes dont on a été attaqué dans les autres communautés, et qui sont si fréquentes dans la Ville.
Je suis bien aise que vous ayez quitté les pelisses pour ne les plus reprendre. Je suis entièrement à vous. — L. Tronson.
LETTRE Lxxxii
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 18 août 1694.
Je suis ravi de la résolution que vous prenez, de mettre le séminaire sur un bon pied. Quoique votre santé ne soit pas encore tout à fait rétablie, j'espère que vous en aurez assez pour veiller sur le bon ordre de la maison, et pour y faire observer un bon règlement. Car si, à ce renouvellement et changement d'exercices dans le séminaire, on ne se rend fort exact, il ne faut pas en attendre beaucoup de fruit dans la suite. Or, pour mettre les choses en état que la régularité puisse être bien observée, je crois qu'il est nécessaire d'empêcher que les séminaristes entrent dans les chambres les uns des autres sans une permission expresse. Il ne faut point aussi que les externes y montent; ce qui demande que l'on tienne toujours les portes des courroirs bien fermées. Il faudroit encore fermer celle du jardin. Comme l'Ordon-
0l4 LIVRE SIXIÈME
nancc (1) de Monseigneur I^Archevêque attirera apparemment assez d'ecclésiastiques dans le séminaire pour y occuper suffisamment tous les directeurs, je crois qu*ils feront 1res bien (le renoncer à tous les emplois du dehors, prédications, directions, pour s'appliquer uniquement aux séminaristes et aux exercices et bon ordre de la maison. J*espère qu'ayant assez d'occupation à Tavenir au dedans, ils abandonneront aisément tous les autres, où je m'imagine qu'ils ne se sont laissés aller que pour ne pas demeurer tout à fait oisifs.
Ne vaudroit-il pas mieux ne commencer le séminaire qu'à la Présentation de la Sainte Vierge, pour avoir des vacances un peu plus grandes que vous ne marquez?
Il est important, pour entretenir les Ordinans jusqu'à la fin des exercices, de ne pas retrancher l'ordination de septembre.
Il est bon d'interroger pour recevoir au séminaire et pour aller aux Ordres. Il seroit plus à propos que vous fussiez chargés du premier examen, c'est-à-dire de celui qui se fera pour entrer dans le séminaire. Car cet examen ne lend point les Directeurs odieux : au contraire, il donne le moven de connoitre les esprits et les gagner; et si des étrangers en étoient chargés, ils pourroient vous envoyer quelquefois des ignorants, qui ne seroient pas en état de protiter dans la maison. Quant à l'examen pour les Ordres, il est très important que vous n'en soyez pas chargés, pour les raisons que vous marquez.
La pensée de donner chaque année la meilleure partie de la théologie scolastique et morale est excellente; si Ton pouvoit la donner entière en deux ans, ce seroit un grand avanlage pour le séminaire.
Les répétitions des cahiers se doivent faire exactement; et Ton ne doit point laisser les ordinans dans leurs chambres plus d'une heure, ou une heure et demie de suite.
(1) Le 11 de ce même mois d^août 1694, le nouvel archevêque de Lyon avai^ dunné un mandement qui prescrivait à tous les aspirants au sacerdoce de demeurer plusieurs mois dans le séminaire avant de recevoir chacun des ordres sacrés.
Je ne sais si, pour leur donner plus de temps pour leur étude de théologie, il ne seroit point plus à propos de différer la conférence de TÉcriture-Sainte jusqu'à ce qu'on en remarque le besoin.
La retraite de six jours avant TOrdinalion est bien nécessaire.
Comme la retraite de Messieurs les Curés est d'un grand fruit, il faudroit voir comment elle pourroit s'accommoder avec les exercices du séminaire, afin qu'ils n'en souffrent pas. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXXHi
\ MONSIEUR MAILLARD
Ce 9 novembre 1694.
J'ai bien de la joie de ce que vous me mandez que votre séminaire se remplit, et qu'il y a soixante ecclésiastiques, trois comtes de Saint-Jean et deux neveux de Monseigneur l'Archevêque. Quelque désir que vous eussiez de travailler, vous faites bien de suivre l'avis du médecin; et vous ferez toujours assez, pourvu que vous veilliez à maintenir le bon ordre dans la maison; car l'important est de la meltre en bonne réputation par le profit qu'y feront les séminaristes ; et vous devez mettre pour fondement que rien n y attirera tant de monde, que d\ voir la régularité bien observée, et le profit qui y auront fait ceux qui en sortiront. C'est à quoi vous devez prendre garde dès le commencement ; car, à moins que vous n'y établissiez d'abord une bonne règle, vous n'y réassirez jamais dans la suite. Je ne sais si vous aurez songé à faire fermer les portes et à empêcher surtout que les femmes ne montent à la tribune. Puisque Ton ne peut pas changer l'entrée de la maison, je donnerai volontiers trois cents livres pour accommoder les chambres du vieux bâtiment, à condition qu'on fera des passe-partout à toutes les portes, afin que l'on soit aussi exact à y faire la visite que dans celles du nouveau bâtiment. Sans cela, quelque vigilance que l'on ait.
'Sl() I.IVllE SIXIÈME
on ne pourra jamais empêcher plusieurs inconvénients qui Iroubleronl l^ordreet la régularité exacte de la maison, et on travailleroil inutilement à rétablir. Ainsi, je vous prie d'en parler k M. Bourlier, et de lui représenter ce que je vous en mande.
Ne seroit-il pas bon de loger quelque directeur dans votre vieux bâtiment pour observer ce qui s'y passe et vous en faire le rapport ?
Je ne vous conseille pas d'entreprendre de prêcher la Saint-lrénée sans Tavis du médecin. 11 vaudrait mieux qu'il n'y eût point de sermon que de vous faire malade.
Je pense que le mauvais temps est une raison suffisante (rexécuter la pensée que vous avez eue de retrancher cette année le festin que vous faisiez à la Saint-Irénée. On ne s'en étonnera pas tant, après l'exemple que vous en ont donné les Messieurs de Saint-Joseph. Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.
LETTRE LXXXiv
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 18 novembre 1694.
Je suis bien aise que vous soyez content de vos derniers Messieurs; que vous vous soyez tous assemblés; que vous leur ayez recommandé l'attachement à leurs emplois; que vous ayez examiné ensemble les moyens qui pourront servir à l'exactitude du règlement. L'important est de veiller sur le détail et d'avertir quand on y manque. Les assemblées vous serviront beaucoup pour cela. Car on vous avertira, comme il est de l'ordre de le faire, de plusieurs choses que chacun aura remarquées, qui se seroient passées dans la maison, et dont il est important qu'un supérieur soit averti, afm de donner les avis nécessaires pour le bon ordre. Ces assemblées serviront encore pour entretenir une union plus étroite, et avoir les uns pour les autres une plus grande cordialité,et tous une plus grande ouverture et attachement pour
le Supérieur. C'est pourquoi je vous supplie de les continuer, et (le ne laisser aucun mois sans en tenir quelqu'une, comme nous faisons ici suivant notre règlement.
Quelque bonne que soit la santé que Dieu par sa miséricorde vous a donnée, je crois que vous auriez de quoi Tcxercer suffisamment à Tégard des ordinands, sans vous charger des grands entretiens tous les quinze jours. L'on auroit cru ici qu'avant de s'y engager, il auroit été bon de voir quel train prendroit le séminaire; comment on s'y comporteroit pour les exercices et comment chacun s'appliqueroit à y faire son devoir. Je crois que ces entretiens publics peuvent donner quelque estime au dehors; mais ils n'en donneront jamais tant, que l'exactitude, la vigilance et la régularité dans la maison.
Puisque Monseigneur l'Archevêque a témoigné qu'il donnerait les Ordres à ceux qui sauroient ce qu'on leur a enseigné dans le séminaire, cela vous doit obliger k les faire bien étudier.
Je vous ai déjà mandé qu'il falldit que vous eussiez recours aux emprunts, puisque vous n'avez pas d'autre ressource et que vos besoins sont pressants : car il faut que vous mettiez toutes choses en bon état, afin que vos séminaristes n'aient point sujet de se plaindre.
Je serois bien aise de voir votre règlement comme on l'observe à présent; car il est bon qu'il y en ait ici de tous les séminaires. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTKK Lxxxv
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 28 décembre 1694.
Les termes dont Monseigneur l'Archevêque s'est servi en approuvant votre règlement vous autorisent beaucoup, et doivent vous rendre ferme pour le faire observer; car quand on saura qu'il l'ordonne sous peine de désobéissance, on ne pourra pas vous impulor d'êlre trop exact. On ne sauroit
518 LIVHK SIXIÈMK
i'étre Irop (|uand il s agit d*obéir à une ordonnance si précise de son archevêque.
Je ne m*étonno pas que vous ayez bien de la peine à faire observer le silence et la défense d'entrer dans les chambres. Cependant vous ne devez point vous rebuter pour la peine, ni rien négliger pour faire garder Tun et Taulre. Car sans ceJî:, quelque effort que vous fassiez et quelque vigilance que vous ayez pour bien régler votre séminaire, vous n'en viendrez jamais à bout. Il faut vous attendre que si vous n'empêchez l'enlrce des chambres, vous n'empêcherez jamais que les personnes relâchées ne s'y assemblent, ne disent les uns aux autres lout ce qu'ils trouvent à redire au séminaire, ne parlent contre le supérieur et tous les directeurs; qu'ils ne fassent de p'jtites ligues et de petites cabales; qu'ils n'y jouent, boivent et mangent quelquefois ensemble; et qu'enlin ils ne forment des partis qui dérégleront tout à fait la maison. C'est vous seul (|ui, par votre fermeté et vos soins, pouvez empêcher tous ces dérèglemens, dont je sais bien que vous ne voudriez pas vous rendre responsable devant Dieu. On m'a nommé un séminaire qui a été plus réglé que celui de Saint Sulpice, el que l'on a vu très notablement déchoir par la facilité que Ton a eue à entrer dans les chambres les uns des autres, et à sortir en ville. Si vous ne vous faites un peu de violence pour remédier à ces deux choses, auxquelles je joins le silence, vous ne donnerez jamais une grande réputation à votre séminaire. C'est une des plus rudes croix des supérieurs naturellement doux, de tenir ferme pour des choses qui ne paroiss^nt pas d'elles-mêmes criminelles. Cependant, il faut que l'amour de l'ordre et la vue du compte que nous devons rendre à Dieu remporte sur le naturel. Je vois que ce sera la croix de vos vieux jours; avec laquelle vous pourrez dire à Dieu : ojnis consummavi quod dedisti milii (Joann. XVll, 4).
Si l'on fait garder les interstices à vos Ordinans, vous ne manquerez pas de monde. Je vois que vous avez bien besoin de chambres; mais je ne vois pas d'autre voie que de partager par quelques cloisons celles qui sont assez grande?. Ce
CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE DE LYON oll)
seroit un très grand inconvénient, et qu*on doit éviter par dessus tout, que de renvoyer quelques-uns de ceux qui se présenteront.
Ce seroit un très grand bien pour le séminaire si vous pouviez avoir une maison de campagne, pour éviter le désordre et les dérèglemens qui arrivent les jours de promenades par les sorties en ville, lesquelles vous devez empêcher le plus que vous pourrez les autres jours.
Je bénis Dieu de Texemple de religion et d*assidui(é à ses devoirs que donne Monseigneur votre archevéquo, et de Tamour quMI a pour le séminaire. Si vous pouvez faire auprès de lui que les Ordinands n'entrent point les uns après les autres, et qu*ils apportent leur pension ou une partie d*icelle avec eux, en lui représentant les inconvénients qui, sans cela, sont inévitables, vous ferez une chose bien utile au séminaire. Je sais qu'on ne peut pas régler les choses tout d*un coup, et qu'il faut du temps pour les mettre au point que l'on désire; mais pourvu que l'on fasse tout ce que l'on peut, en attendant qu'on puisse faire davantage, c'est tout ce que Notre Seigneur demande de nous. Je suis en lui tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE lAXXVi
A MONSIEUR MAILLARD
Ce 29 janvier 1695.
C'est une chose fâcheuse que la conduite des officiers de Monseigneur l'Archevêque, qui vous envoient de temps en temps des Ordinands sans les examiner, quoique son ordonnance porte le contraire. Cependant vous devez prendre sur cela bien des mesures pour ne les point choquer; car peutêtre augmenteroit-on le mal en allant trop vite, au lieu de le diminuer. Vous verrez peut-être mieux dans la suite, selon les trains que les choses prendront, celui que vous devez suivre. L'instruclion de ceux qui doivent recevoir les Quatre Mineurs que l'on doit faire, au séminaire, huit jours avant
Tordination, vous donnera encore de l'exercice; mais elle ne peut élre que d'un grand Truit, el vous avez bien fait de la proposer à Monseigneur TArchevêque. Nous serons bien aises de voir le Catéchisme que vous avez fait imprimer pour eux.
Il est également fâcheux que les officiers de Monseigneur envoient des personnes dans le séminaire hors des temps prescrits : cela ne peut que vous embarrasser, nuire beaucoup aux ordinands et déranger leurs exercices. Quelque petit mot que vous en diriez, dans l'occasion, à Monseigneur qui aime l'ordre, ne pourroit-ii pas remédier à ce dérèglement? Les suites que vous m*en marquez sont très considérables, et il scroit difficile qu*il n'y fît de sérieuses réflexions si vous les lui représentiez.
Comme vous m'avez marqué que vous aviez de la peine à faire observer le règlement de ne point entrer dans la chambre des uns des autres, ne seroit-il pas bon de faire agréer au Prélat, qu'on renvoyât ceux qui, après plusieurs avertissemens, ne profiteroient point de ce qu'on leur dit? Une seule personne renvoyée serviroit plus à tous les autres, que tous les avis que vous pourriez leur donner. On s'est étonné des perruques, des pelisses, des manteaux de couleur que vous souffrez dans le séminaire, qui assurément ne sont point du goût du Prélat.
Vous verrez si vous pouvez obtenir que l'entrée au séminaire se fasse le premier d'octobre, qu'on y demeure jusqu'à a (in de juin, qui sont neuT mois; que le mois de juillet soit employé aux retraites des Curés, et août el septembre pour les vacances.
Je crois qu'il seroil utile que l'examen pour l'entrée du séminaire se fit dans le séminaire même, supposé que toutes choses y concourront.
L'obligation de réciter l'office du diocèse suivant le nouveau bréviaire (1) sera d'un grand embarras pour vos séminaristes; mais que faire, si le Prélat le veut?
(1) En 1693, Mr Camille de Neufville avait donné une nouvelle édi tien du Br(''viaire de Lyon.
COnUKSPONDANCË AVBG LK SÉMINAIRE DE LYON 521
Vous aurez peine à corriger M. Bourlier de sa coutume de crier trop haut quand il parle : c est une trop vieille habitude pour pouvoir la quitter à son âge. Pour M. de Fonlenay (1) qui, outre ce défaut, a encore celui de parler trop vite, il est encore en âge de changer; ainsi, vous lui ferez une grande charité de Ten avertir, et plus d'une fois.
Vous avez très bien fait de ne pas confesser les Comtes de Lyon qui n'ont pas voulu vous promettre de porter la soutane. Ce sera au Révérend Père k qui ils ont été, à en répondre devant Dieu. Tout k vous. — L. Tronson.
LETTRE Lxxxvii
' A MONSIEUR MAILLARD
Ce 2 mai 1695.
Je suis ravi de ce que vous me mandez que vous avez parlé (le l'entrée 4ans les chambres d'une manière que cela ne se pratique plus, non plus que le parler contre la règle du silence. Si vous tenez la main k faire observer exactement ces deux articles, vous en verrez bientôt le fruit.
Je regarde encore comme une bonne nouvelle, celle que vous me mandez, de la sortie des trois religieux de Saint- Claude. Elle m*a donné plus de joie que ne feroit la réception de six nouveaux séminaristes. A moins qu'on ne se résolve d'en renvoyer quelqu'un de temps en temps pour servir d'exemple aux discoles, on ne réglera jamais bien la maison. L'approbation que Monseigneur l'Archevêque a donné k votre conduite pourra servir k faire craindre ceux qui ne sont pas fidèles k leur devoir.
'(1) Claude Fontenay de Montcliauve, du diocèse de Rouen, entra au Petit-Séminaire de Saint-Sulpice en 1685, au Grand Séminaire en 1693, alla au séminaire de Lyon en 1694, à œlui de Bourges en 16%, à celui de Viviers en 1705, à celui de Clermont en 1706, revint au séminaire Saint-Irénée en 1710, et entin fut nommé en 1723 supérieur du séminaire de Viviers où il mourut le 15 juillet de la même année, après un mois seulement de séjour.
ri22 LIVRE SIXIÈME
La grande consolation que Ton doit attendre du service des ordinans est réservée pour Tautre monde : car il y en a peu en celui-ci, surtout dans les provinces. Comme la plupart sont au séminaire par contrainte, et qu'ils y vont seulement pour recevoir les ordres plutôt que pour se perfectionner, on ne recueille pas tout le fruit que Ton auroit droit d espérer de la peine que Ton y prend. Cependant, ce qui nous doit encourager est quMl y en a toujours quelques-uns qui en profitent, et qu'après tout, on doit être content quand on y a fait tout ce qu'on a pu, et qu'on n'a point manqué à la vigilance et au soin que Notre Seigneur exigeoit de nous. Il nous dit comme le bon samaritain : cui^am illorum habe (Luc. X, 33). Il nous oblige d'avoir soin de ceux qu'il nous confie et de travailler à leur guérison, mais il ne nous oblige pas de les guérir : curam dixit, non curationem : de sorte que, si le fruit de notre travail ne nous console pas, nous avons un sujet d'une consolation plus pure dans l'accomplissement de sa très sainte volonté.
On nous a dit que Monseigneur l'Archevêque vous avoit fait avertir qu'il étoit surpris des sorties fréquentes de vos ordinands que l'on voyoit par la ville. Je doute que cela soit, car ni vous ni aucun de nos [Messieurs ne m*en mandez rien. Mais si cela est, c'est une belle occasion pour vous et un bon motif pour vous tenir ferme aux rëglemens.
J'ai vu les circonstances de la mort de M. Tabbé de La Pérouse dans une lettre de Monseigneur de Genève qui en mande toutes les particularités.
Il est important que vous voyez dans la lettre que j'écris à M. Tanoarn ce que je lui mande sur son neveu, M. du Piessis d'Ârgentré. A moins que vous ou M. Tanoarn ne veillez sur ce qu'il fait, et qu'il nous rende compte de ses éludes, il s'égarera tout à fait l'esprit. Il est fort caché et dissimulé. Concertez ensemble les moyens qu'on pourroit prendre pour empêcher la perte d'un sujet qui, étant réglé, pourroit un jour se rendre très utile à l'Église.
Continuez vos assemblées de tous les mois, et surtout fai|es-voMS v rendre compte des dispositions des ordinands,
GORRESPONDA>^CE AV£G LE SÉMINAIRE DE LYON 0%i
afin qu'ayant conféré ensemble, vous soyez plus en état de juger qui sont ceux qui ne devroient point se présenter a l'Ordination. Je suis tout vôtre. — L. Troxson.
LETTRE Lxxxvni