I. La fille de notre chère sœur Annette, morte en i8f)o
a. Cette lettre, avec les deux mots ajoutés par M. Eugène Veuillot, a été publiée après la mort de Louis Veuillot par le journal d'Angers, l' Étoile \ elle était accompagnée de cette note :
« Cette page, M. Louis Veuillot l'écrivait à son jeiuie neveu, en mai 1871. Celui-ci, grâce aux jours néfastes de 1870-1871, n'avait pu
jioiii' l)ien des raisons : je t'aime parce que lu es le fils de mon frère, qui est l'homnie que j'aimerais le plus au monde, quand même il ne serait pas mon frère; je t'aime parce que tu es mon filleul; je t'aime parce que tu es un bon petit enfant, à qui Noire- Seigneur va se donner, afin que tu deviennes un bon ijrand chrétien.
Je pense souvent à toi. Je demande à Dieu que tu fasses ta première communion de telle sorte que tu en ressentes la grâce toute ta vie. C'est un chagrin pour moi de ne pouvoir être là avec ton père et ta mère, et ta tante et ta cousine. Nous y voudrions être tous. J^es affaires nous retiennent ici, et ce sont des affaires qu'il ne faut pas négliger, parce qu'elles sont un peu les affaires de ton Dieu, et aussi les tiennes, comme tu le sauras plus tard. Mais les affaires ne retiennent pas mon cœur, et il sera là, priant pour toi. Souviens-t'en, lorsque tu feras ton action de grâces, après avoir reçu le corps de Notre-Seigneur, et, de ton côté, prie pour moi.
Cher enfant, demande au bon Dieu, premièrement, de l'aimer toute ta vie; secondement, de lui obéir toute ta vie, dans l'état où il lui plaira de l'appeler; troisièmement, de lui donner toute ta vie. Tu obtiendras cela, si tu fais le vœu d'écouter toujours la
rester ni à Paris ni à Versailles ; son père l'avait envoyé au petit séminaire de Mongazon (Angers), et il était sur le point d'y faire sa première communion.
« Je souhaite aux pères et aux mères de tous nos jeunes communiants, je souhaite à ces chers enfants de la première communion le sens catiiolique et l'amour passionné pour l'Eglise dont la lettre ci-dessus est tout imprégnée. C'est bien là, il me semble, la grande gloire et le caractère distinctif de l'illustre et indomptable écrivain. »
sainte Eglise, et cela est tout. Une bonne prière à faire tous les jours plusieurs fois serait celle-ci : « Mon Dieu, faites que j'écoute toujours et que je suive en tout votre Église, que vous avez faite et que vous m'avez donnée pour me conduire à vous ! » Ainsi tu imiteras ton père, tu consoleras ta mère, tu seras l'exemple de tes frères et de ta sœur; et nous, nous serons tous fiers de toi.
Adieu, mon cher Pierre. Souviens-toi de ce que je te dis là. Le bonheur, le repos, la gloire de la vie, c'est de servir l'Église.
Je veux te donner une montre pour ta première communion. J'attends d'être à Paris pour la choisir. Ici, je ne trouve pas ce que je veux. C'est comme si tu l'avais déjà dans ta poche.
Ton parrain très aftèctionné,
l.ouis Veuillot.
Tu reliras cette lettre, mon Pierre, afin de te pénétrer des conseils de ton cher oncle et parrain. Si tu les suis, comme je le demande à Dieu et comme je l'espère, tu seras notre joie ; et ta vie, qui pourra être plus ou moins heureuse, sera certainement bonne.
A bientôt, cher enfant.
Eugène Veuillot*.
* Je reproduis les lignes qui dans V Etoile suivaient cette lettre :
Cette page, monsieur le directeur, vaut assurément un bon sermon. En qualité de prédicateur, je l'offre, par votre intermé-
(liaire, aux enfants qui vont avoir, en ce beau mois de Marie, l'inefiable bonheur de faire leur première communion. Puissent les pères et les mères donner à leurs fils et h leurs filles ces mâles et chrétiennes leçons! puissent-ils surtout, par leurs exemples, rendre ces leçons doublement efficaces!... Ce vœu me rappelle une belle parole que M. Louis Veuillot prononça un jour devant moi. Il y a de cela vingt ans au moins. Je revenais de Colmar, où j'avais prêché la station du carême, et je devais, en passant à Paris, remettre une lettre au rédacteur en chef de l'Univers. Je n'avais jamais vu M. Veuillot, et, comme de juste, je lui étais moi-même parfaitement inconnu.
Toutefois mon titre de religieux d'un ordre qu'il a tant aimé et plus d'une fois si généreusement défendu, et le sujet de mon message, le mirent prom[)tement à l'aise avec votre serviteur. Ce fut bien autre chose lorsqu'il sut de quel ])ays j'étais... « Ah! ditil, dans ce beau pays d'Anjou, et surtout dans vos paroisses des Mauges, vous avez encore de grandes et généreuses familles, des familles vraiment chrétiennes! — Oui, certes, repris-je, oui, nous en avons, et j'en connais bon nombre: familles de six, de huit et de dix enfants; et tout cela parce qu'on vit chrétiennement. Je connais même tout particulièrement une famille où père, mère, grand'mère et onze enfants vivent tranquillement sous le regard de Dieu. — Onze enfants, s'écrie M. Veuillot avec attendrissement et admiration... onze enfants, mon révérend père? — Eh! oui, monsieur. Je pourrais môme dire douze enfants ! Mais le douzième petit ange, n'a fait que se montrer à la terre. Au bout de quelques semaines, il s'est envolé vers les cieux, destiné sans aucun doute à être le précurseur (il se nommait Jean-Baptiste) de son j)ère, de sa mère, de sa grand'mère et de ses onze frères et sœurs. — Admirable, mon révérend père, admirable! Mais ces onze frères et sœurs, que sont-ils devenus? — Six, monsieur, six sont consacrés à Dieu par le sacerdoce ou la vie religieuse; les cinq autres vivent en bons chrétiens dans le monde. — O enfants des saints! ô heureuse famille! s'écria alors M. Veuillot avec un accent inimitable, ô enfants des saints! » Dans cette exclamationil y avait un sentiment profond de foi, de respect, d'amour, plus encore qu'il n'y avait d'étonnement. Le ca;ur de ce grand chrétien, si étrangement jugé par certains publicistes, semblait vouloir épancher toute sa tendresse sur cette famille inconnue : je lui avais signalé une famille vraiment chrétienne!...
Cette famille, monsieur le directeur, mettait en pratique, depuis iSaij les conseils que jM. Veuillot donnait à son neveu en mai 1871. Que ces familles fidèles à Dieu et à l'Eglise se multiplient; la France, en dépit de toutes les habiletés et de toutes les perversités, redeviendra la fille aînée de l'Eglise, et Dieu fera encore de grandes choses par notre chère patrie : Gesta Dei pcr Franros.