‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 74 sur 132 · A M. L'ABBÉ A. DAVID · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ A. DAVID

Juillet i85a.

Mon cher abbé, au milieu de tous mes soucis, je n'ai guère le temps de lire les journaux ; d'autres rédacteurs ont cette Ijesogne à PUiiii>('rs. Ce sera un vrai plaisir pour eux de donner un conp d'épaule au Courrier de la Meuse; mon frère m'a dit qu'il s'en

I. Cette lettre a été communiquée à \\\ licviie du moiiilc cal/io/i(fiic j)ar M. l'abbé David. Quaud elle lui lut adressée, ]\I. David, aujourd'hui membre du clergé de Paris, était sous-diacre et faisait une éducation eu Belgique.

chargerait. Lors donc que vous voudrez faire citer quelque chose, ayez soin que l'article soit envoyé à mon frère : la reproduction, avec une bonne petite tête, sera faite aussitôt. Nos ennemis nous détestent et nous poursuivent assez pour que nous aimions et encouragions nos amis.

Je suis bien touché de la port que vous prenez à mes épreuves, et je vous supplie de remercier Mme la bai'onne F. de M... de R... de l'intérêt qu'elle y veut bien mettre avec vous. Je crois en vérité que Dieu rend ce secours d'intention très effectif, car je me sens bien moins chargé qu'on ne le croit généralement et que je ne devrais l'être. J'ai le bonheur de me trouver très calme intérieurement dans les plus dures extrémités. Cette fois-ci pourtant, j'ai bien cru que VUnivers n'échapperait point au péril. Je n'espérais pas qu'aucun évêque osât le soutenir après l'initiative si violente de Mgr d'Orléans pour le renverser, et le concours qu'il avait su enlever à un grand nombre de prélats. J'y étais tout résigné, non que je craignisse le combat, mais parce que la retraite avec tous ses incon\énients me semblait préférable à un triomphe obtenu en apparence contre ré[)iscopat' .

La lettre de l'évêque d'Arras est venue sur ces en ■ trefaites terminer tout à notre avantage. Cette admi-

I. 11 s'agit de la campagne que fît Mgr Dupanloup contre f Univers et contre IjOuïs Veuillot personnellement, à propos de la part qu'il convenait de donner dans l'enseignement chrétien aux auteurs païens. Ce fut la question des classiques.

Pour ce fait comme pour beaucoup d'autres, nous devons nous borner ici aune simple note. C'est dans la Vie de Louis T'cuillot que ces questions seront traitées.

a^tG C()RRKSPOM)ANCK l)K I.OUIS VEUir.LOT.

ral)lo loUre ne m'a pas moins étonné que vous, et, chose singulière, ce n'est que par le journal que j'en ai eu connaissance, avec le commun des abonnés. J'étais parti le soir de Paris, croyant tout perdu, pour aller voir mes enfants à la camjiagnc; la lettre arrive, on l'imprime, et le lendemain matin, au sortir de ia messe où nous avions communié, ma femme et moi, en esprit de résignation, je vois que, par la grâce de Dieu, tout était sauvé.

Ainsi nous voilà encore sortis de cette épreuve. Nous en remercions Dieu, et nous en attendons de nouvelles, car ce pauvre journal n'a jamais eu de tranquillité. Tant de traverses, loin de nous décourager, ne font qu'accroître notre confiance. Quand l'orage souffle, nous nous croisons les hias, et cela passe.

Je ne demande qu'une chose, et je vous prie, mon cher abbé, de la demander avec moi : c'est de n'être jamais tenté de me défendre autrement.

Tout à vous en Notre-Seigneur

Louis Veuillot.

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