‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 77 sur 132 · A M. LAVEDAJN, RÉDACTEUR DU MONITEUR DU LOIRET · texte numérisé non relu

A M. LAVEDAJN, RÉDACTEUR DU MONITEUR DU LOIRET

Paris, 3 février i856.

Monsieur,

Il vous a paru piquant de reproduire, à l'usage de mes compatriotes du Loiret, un écrit où je suis insulté

I. Cet e'crlvain est aiijoiud'liul l'iiii des rédacteurs du F'tgaro, Entre temps il a été rédacteur de VAmi de la religloi)^ préfet, bibliothécaire, etc. Cette lettre lui fut adressée à propos d'uue prétendue biographie de Louis Veuillot par un soi-disant de Mirecourt. Malgré son caractère de bassesse, et ses calomnies, ou à cause de cela, le pamphlet du sieur Jacquot plut beaucoup aux catholiques libéraux. L'un de leurs journaux, le Moniteur du Loiret^ très dévoué à Tévêque d'Orléans, Mgr. Dupanloup, dont il était très aimé, imagina que le

comme homme de la manière la plus brutale, comme fils de la façon la plus cruelle. Sans me connaître, sans chercher aucune information, sans vous demander si l'auteur de cet écrit méritait la moindre confiance, et lorsque tout, au contraire, vous dénonçait la diffamation et l'injure, vous vous êtes jeté sur le libelle et vous en avez rempli votre journal.

Vous vous êtes permis, en votre propre nom, de me traiter de condottiere, c'est-à-dire, si vous connaissez la valeur du terme, d'homme sans conscience et mercenaire, mettant sa plume au service de qui la paye : car c'est ainsi que le condottiere trafiquait de son épée.

J'aurais souffert cela en silence, si vous aviez continué, de même que je souffre tous les jours beaucoup de choses semblables. Je vous aurais laissé contribuer ainsi, selon vos moyens, monsieur, à l'œuvre générale qui rend la presse si utile aux mœurs publiques et si recommandable aux honnêtes gens.

Mais, prêt à supporter toute l'injure, il ne me plaît pas d'y laisser ajouter une réparation insuffisante, accordée comme marque de respect à la charité d'un tiers, qui demande que l'injure cesse par considération pour lui.

libelle ferait bien clans ses colonnes et commença de le reproduire, en disant qu'il en voulait donner les principaux traits. Il en avait déjà reproduit les morceaux les plus venimeux et les plus lâches, lorsque Mgr Dupanloup lui demanda de ne pas continuer, ajoutant : « Quels qu'aient été les torts de M. Louis Veuillot... le remède n'est pas là. » Le rédacteur du Bloniteur du Loiret^ M. Lavedan, devenu « de Grandlieu », répondit qu'il se rendait au vœu de cliarilé et de sagesse de son illustre et vénérable évêque. M. Louis Veuillot fit justice de cette singulière cbarité j'ar la lettre que je reproduis ici.

360 CORRESPONDANCE ni', LOUIS VEUILLOr.

T.a lettre de Monseigneur votre Evèque et vos commentaires m'obligent à protester contre cette charite\ que je n'ai sollicitée de personne et que je n'accepte point de vous.

Le respectable prélat n'a sans doute lu ni l'écrit tout entier, ni même le morceau que vous avez publié. Il ignore que son témoignage y est exploité comme une sanction des injures dont je suis l'objet. Autrement, il ne nommerait pas tout simplement une brochure sur M . Veuillot^ sans aucune expression de blâme, cet amas de difî'amations, formé par une main qui n'a pas craint de blesser le sentiment filial.

Sa Grandeur vous aurait dit que, quels qu\iient été les torts de M. Veuillot dans la discussion de certaines questions libres de littérature, de politique, d'histoire, ou même de religion, ces torts (sur lesquels d'ailleurs tout le monde n'est pas du même avis) ne pouvaient autoriser M. Jacquot, natif de Mirecourt, à écrire sur ma mère le passage que vous avez offert à la curiosité de vos lecteurs; ni vous, monsieur, à reproduire de telles grossièretés et à me qualifier de condottiere^ ainsi que vous dites.

Quant à ma très vénérée mère, sachez, monsieur, qu'elle a travaillé, comme son mari, pour élever, sans demander secours à personne, quatre enfants, qui n'ont jamais rougi d'elle ni de leur nom. Sachez, et j)ul)liez pour expier voire injure, que, dans son humble condition, celte vaillante iémme sut enseigner à ses enfants l'amour de la justice et le courage dans la pauvreté.

Quant à moi, informez-vous si j'ai fait des écrits

anonymes ou pseudonymes; tâchez de savoir si, même avant d'être chrétien, j'ai reproduit des hbelles diflamatoires, ou par haine contre mes adversaires, ou pour amuser mes lecteurs; voyez si j'ai un dossier à la police correctionnelle; priez Monseigneur votre Évêque de vous dire si j'ai coutume de changer d'opinion par intérêt; si c'est l'intérêt qui m'a fait entrer dans la rédaction de VUnwers; s'il est vrai, comme l'affirme votre auteur, que VUnwers ait été subventionné par Louis-Philippe jusqu'en 1848, et l'ait été auparavant par « [es grandes dames du faubourg Saint-Germain ». M. l'abbé Dupanloup a parfaitement connu les affaires de la presse catholique et très bien su comment et de quoi elle vivait. Il peut vous donner les renseignements les pkis exacts. Je me fie à son équité.

Je m'arrête, monsieur; je ne veux pas user de tout mon droit. Il me suffit d'avoir refusé la grâce que vous vous croyez engagé à me faire; je ne vous forcerai pas à publier mon apologie. Cela ne serait pas assez piquant pour vos lecteurs, et je crois n'en avoir pas besoin. Dans tous les cas, je dirai comme Monseigneur votre Evêque : Le remède au mal (si l'écrit en question doit me faire du mal) n est pas là. Votre reproduction interrompue, la lettre de Monseigneur, celle-ci, tout cela fait au contraire les affaires de M. Jacquot. Il a ainsi ce qu'il cherche, et vous pouvez maintenant, profitant de ses complaisances, vous enrichir du reste de son écrit sans craindre que je réclame; le plus amer est passé.

Il y a un remède pourtant. Ce remède infaillible.

qui me fortifie en dépit de tous les procédés exceptionnels dont on use envers moi, je n'ai besoin de le demander à personne : il est en ma possession, personne ne peut me l'ôter. Pour le passé, c'est la parole souveraine et sacrée qui a relevé, il y h trois ans, l'œuvre à laquelle je travaille, lorsqu'elle était quasi abattue. Pour l'avenir, c'est le ferme dessein où je suis de poursuivre ma route, d'aller à mon but, sans donner raison à la calomnie, sans me laisser arrêter par elle, et sans perdre plus de temps qu'il ne faut à panser ses viles morsures.

Je requiers l'insertion de cette lettre dans le plus prochain numéro du Moniteur du Loiret\

Louis Veuillot.

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