‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 78 sur 132 · A M. L'ABBÉ X · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ X

8 mars i856.

Monsieur l'abbé,

Je vous remercie de la sympathie que vous voulez bien m'evprimer à propos d'un écrit que je n'aurais pas cru devoir m'attirer tant de consolations. Pour moi, je n'y avais guère pris garde, et ce sont les nom-

I, Le sieur Jacquot, dit île Mirecourt, profita naturellement de roccasion pour adresser à son ami Lavedan une lettre où il insultait Louis Veuillot; mais, cette fois, « la cliaritc- »> de Mgr Duj)anloup n'intervint pas, el c'était ce que Louis Veuillot voulait.

■1, Cette lettre, publiée j)ar le Courrier du lierry^ fut écrite à propos du pamphlet de M. Jacquot, dit de Mirecourt.

breuses lettres de mes amis connus et inconnus qui m'ont fait comprendre que l'on pouvait me croire blessé. Il n'en est rien, grâce à Dieu, et la moindre injure adressée à l'Église me trouve plus sensible. L'auteur de ce pamphlet est un malheureux nommé Jacquot, qui n'a pas d'autre moyen de gagner sa vie, et qui ne la gagnera pas longtemps par ce moyen. Il faut prier Dieu pour qu'il réfléchisse, quand il mourra de faim*. C'est un échappé de séminaire, qui pourra se reconnaître au dernier moment. Pour moi, je ne veux ni lui répondre ni le faire punir. Si ma biographie vaut la peine d'être écrite, on l'écrira lorsque j'aurai fini ma tâche; sinon, ce n'est pas le livre de Jacquot qui s'élèvera contre moi devant Dieu; et peu m'importe la figure qu'il me donne devant les hommes. Jacquot, d'ailleurs, n'écrit rien pour l'immortalité, et ses œuvres tomberont encore avant les miennes.

Pour répondre à toute votre lettre, Monsieur l'abbé, je vous dirai qu'il ne faut pas s'inquiéter des phrases et des mots que les adversaires d'un écrivain impriment en gros caractères. Le caractère n'y fait rien du tout. Un sot peut toujours souligner ce qu'il cite. Remettez le mot en caractères ordinaires, comme il a été écrit, et comme il est dans le livre où on le prend : il n'y a plus rien que ce que l'auteur a dit, et c'est ce qui reste.

I. Ce vœu charitable a été rempli. Non seulement M. Jacquot demanda pardon à Louis Veulllot, mais il en sollicita et en obtint la faveur de publier un travail dans r Univers. Plus tard, il entra chez les Fi'ères de Ploërmel ; il y est mort.

364 CORRESPONDWCK DE LOUIS M'.UILLOT.

Je suis avec respect, Monsieur l'al^l^ë, voire très humble et très obéissant serviteur^

Louis Veuillot.

A M. JULUS BAUX'.

Paris, i8 novcmhrc i856.

Chir monsieur,

Quoique votre aimable lettre date de près d'un mois, voici le premier moment que je trouve pour y répondre. Il me lardait cependant de vous dire avec quel plaisir je l'ai reçue ; mais je suis effroyablement occupé, les journées sont courtes, et j'ai de mauvais yeux, qui se refusent au travail du soir. Je ne voulais pas employer une main étrangère pour renouer avec vous.

Je ne vous avais pas du tout oublié. Je vois encore votre chambre de la rue des Saints-Pères; mais j'étais loin de soupçonner que le Jules Baux, archiviste, dont je lisais le charmant ouvrage sur l'église de Brou, était mon bienveillant ami de i83o. Je vous crovais avocat, et, dans mon esprit, je vous nommais Baud. Vous auriez bien dû me rappeler plus tôt ce souvenir. J^e compte rendu de votre livre, que j'avais recommandé en son temps à mon collaborateur chargé de faire passer les Variétés, aurait moins attendu.

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