Mgr Clause! de Montais
Philippe a une hydropisie de cœur, il peut être enlevé d'un instant à l'autre. M. de Lamartine le sait bien, l'Université aussi, et l'on saif encore que les vieux évêques ne peuvent durer longtemps. Mon cher ami, je lisais l'autre jour dans VAvenir une phrase qui m'a épouvanté, et je ne confie mes angoisses qu'à vous. Dieu me les pardonne, si elles sont coupables ! Lacordaire disait donc, en parlant des ministres de la Révolution et de leurs choix pour les évêchés vacants : « L'épiscopat qui sortira d'eux est un épiscopat jugé. » Remarquez, s'il vous plaît, dans quelles mains sont les crosses qui se sont levées contre l'enseignement de nos philosophes. L'évêque de Chartres, l'évêque de Belley, l'archevêque de Toulouse, l'archevêque de Lyon, l'évêque de Chàlons, l'évêque d'Arras, l'évêque démissionnaire de Strasbourg. Aucun n'est d'origine philippienne^ L'évêque actuel de Strasbourg aurait dû faire insérer dans le Journal des Débats, par autorité de justice, une réponse à cet infâme article qui a fait tant de maP. En nous envoyant ses réfutations, il nous avait d'abord prié de ne pas prononcer son nom. Il a fallu lui en faire honte pour obtenir l'aveu que vous verrez dans le journal d'aujourd'hui.
1. Les évêques qui occup;iieut alors ces sièges, avaient tous été élevés à l'épiscopat avant la révolution de 1830.
2. Dans cet article, le Journal des Débats dénonçait comme immoral l'enseignement donné dans les grands séminaires, notamment dans celui de Strasbourg.
A propos de cet article, vous me reprochez d'en faire peser la responsabilité sur Saint- Marc. C'est qu'on le lui attribue, et quels sont, je vous prie, les instincts catholiques d'un homme qui reste aux Débats après un semblable article, l'eût-il désapprouvé ? Mais il ne le désapprouve pas, ni Yillemain. Ils s'en félicitent, au contraire, et comment ne voyez-vous pas leur but, qui est de déshonorer l'Eglise, afin que la loi d'enseignement puisse être dirigée contre le clergé?
Vous êtes trop bon d'avoir fait attention à ces méchants vers ^ : c'était une pure plaisanterie, arrangée en quelques heures, comme le reste. Je sais que je ne suis pas poète, et surtout poète à la façon de La Fontaine. Quant aux entraînements de l'époque où Yillemain a flatté le czar, et aux qualités personnelles dudit czar, qu'importe ! La France était vaincue, le czar était le vainqueur. On pouvait lui reconnaître des qualités et applaudir au jugement de Dieu sur l'Empire ; mais tout cela ne pouvait honorablement se faire ni en France ni en français. Une seconde invasion ne m'étonnerait pas; je ne la trouverais pas imméritée. Je n'aime guère les Parisiens ; cependant j'irais chercher de bonnes blessures ou la mort sous les murs de Paris.
Ma comparaison de l'Eglise à un obélisque renfermé dans le harem du pouvoir est, dites-vous, de la déclamation. Il est sûr que harem du pou-
1. Une fable contre M. A'illemaiu, ministre de l'instruction publique.
voir ne serait pas déplacé dans le Constitutionnel. A cela près, l'idée est juste. Qu'est-ce que le gouvernement veut faire de l'Eglise ? Un moyen de police et une machine à bénédictions, sous la direction d'un chœur d'évéques sans virilité.
Je voudrais bien achever V Honnête Femme ; mais j'ai tout laissé là [iOxxvV Univers. Des travaux plus importants, et pour lesquels je m'étais engagé, ont été abandonnés également. Cette guerre me coûte environ cinq mille francs, sans compter le repos, la santé et les amis. Je vous le dis pour que vous n'attribuiez pas ma persévérance à des sentiments trop humains et qui pourraient vous scandaliser. Hélas! cher ami, tout ce qu'il y a d'humain en moi me porterait à la retraite, au silence, à l'égoïsme du bien-être peut-être. Quant à la gloire et au bruit, vous savez si j'y tiens. Cinquante personnes savent que je suis à VUnivers. Sur ce nombre, trente au moins me classent comme animal dangereux.
Du reste, je compte partir ces jours-ci, car je suis fort fatigué. Je vais aller à Solesmes; j'y resterai au moins deux mois, et V Univers ne verra plus une ligne de mou écriture jusqu'à mon retour.
Votre article est fort bon. Je l'ai lu comme tout ce qui vient de vous, avec un grand intérêt et un grand prolit. Vous uje faites changer d'avis sur Pascal, que j'ai là; je le méditerai dans ma retraite. Mais pour hi nouvelle édition, je ne m'en soucie.
Faites-nous plutôt une bonne brochure sur la liberté d'enseignement. Tout est là.
Je vous aime, en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot.
Au même.
26 juin 1843.
Cher ami,
Je vous trouve je ne sais quoi de père qui me ravit et je veux vous répondre tout de suite. Je n'oublierai pas des conseils si sages et si affectueux; je m'efforcerai de me contraindre et de remplacer par la force des idées la force inutile ou blessante des mots, mais vous ne sauriez croire comme nos catholiques de Paris s'entendent bien à nous exaspérer. Vous nous reprochez quelque chose, vous; eux, ils nous reprochent tout, et le seul moyen que nous ayons de les satisfaire, c'est de nous taire absolument. Tant que nous n'en viendrons pas là, nous serons violents; notre réputation est faite, in province ce n'est pas du tout la même chose, si nous en jugeons par les lettres qui nous sont adressées. Il se forme un parti de missionnaires laïques dont il est essentiel de ne pas endormir le zèle naissant; VUnivers les tient en haleine.
Une affaire très sérieuse me retient encore pour plusieurs jours ici. Je voudrais aller chez vous, mais il me faut faire un livre, et beaucoup réflé-
I'i8 CORRESPONDANCE
chir. J'irai à Solcsmes. Puissé-je retrouver cette force qui s'en va, et avoii' ensuite à ma disposition quelque peu d'arrière-été pour aller régler avec vous le plan de la campagne prochaine. Adieu, aimez-moi comme je vous aime. Vous feriez quelque chose de moi, vous, mais pas d'autres. Tout à vous en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot.
Au même.
Solesmes, 13 septembre 1843.
Bien m'en a pris, très cher ami, de n'aller point passer les vacances chez vous. Je n'ai fait ici que me mal porter, et je vous envoie l'étrcnne de mes yeux, que je retrouve après avoir été quasi aveugle pendant une quinzaine de jours. Je voyais clair à condition de ne point lire, de ne point écrire et de ne point regarder le jour. N'ayant qu'à méditer, j'ai réfléchi que je ne vous avais pas écrit depuis bien longtemps, et je me suis promis que ma première sortie serait pour vous dire un bonjour. Je vais beaucoup mieux, mais non pas très bien, et il paraît que je serai toujours tenu à de grands ménagements. Amen. Cela paraîtrait dur néanmoins s'il fallait y voir pour dire le chapelet.
Mes projets de travail ont avorté; il faut croire que je n'y perds rien, car une brochure que j'avais faite semble n'avoir pas été jugée digne du jour. On l'a imprimée, j'en ai corrigé les épreuves
il y a trois semaines, et je n'en ai plus de nouvelles. Si on se décide à la publier, vous la recevrez tout de suite et vous n'en serez pas content. Je n'entreprends pas de la justifier : le temps ni la santé ne font rien à l'afFaire, et je trouve moimême qu'elle manque de solidité. Ce n'est qu'une invective, il fallait autre chose. Elle a de plus le tort grave de paraître répondre à l'archevêque, et le fait est qu'elle était composée avant qu'il eût parlé '.
J'ai vu Gazalès à Laval. Il m'a ravi : qu'il est heureux, que Dieu l'aime ! J'ai su par lui combien vous êtes bon pour moi; je le savais déjà, mais il y a de ces choses que l'on aime à trop savoir.
Je vais rentrer à Paris (dans quinze jours), avec de beaux plans, auxquels j'espère ne pas manquer tout à fait. Ne vous y verrai-je pas pour me confirmer un peu dans ces grandes résolutions de travail, de sagesse, de modération (la vôtre, au moins, et non celle de votre ami, qu'il faut renier), de dévouement absolu? Le 13 octobre prochain j'aurai trente ans accomplis. C'est âge d'homme, c'est l'âge de servir ostensiblement le Père qui est
t. Il s'iigit de sa brochure : Lettre à M. Villemain, ministre de l'instruction publique, sur la liberté d'enseignement. C'est un chef-d'œuvre. Le petit retard que l'on avait mis à la faire imprimer avait fait croire à Louis Yeuillot qu'on la trouvait mauvaise, et il se rangeait à cet avis. Elle eut un grand succès. Après une première édition in-S", qui fut vile enlevée, on en fit une édition populaire tirée à dix mille exemplaires. Elle remplit quarante-huit pages de la première série du premier volume des Mélanges.
aux ciciix, et de le servir suivant le modèle divin. Puisque vous m'aimez tant, priez pour que je ne fasse pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui nous envoie tout. Je voudrais vraiment êlre chrétien, apôtre, et le reste.
Adieu, très cher ami; je ne vous parle pas des affaires parce qu'il ne faut point faire d'excès. Trois pages c'est beaucoup pour mes yeux, d'autant plus que je viens d'en écrire trois autres à M. de Dumast, Je vous écrirai de Paris, si nous ne pouvons nous y rencontrer.
Je vous aime et vous embrasse en Notre-Sei-
gneur.
Louis Veuillot,
Au même.
Solesmes, 25 septembre 1843,
Très cher ami, J'ai bien reçu quelques compliments sur ma brochure, |mais je me disais : Attendons la lettre de Beaune. La lettre de Beaune est venue. Avant de l'ouvrir, j'ai pris une bonne pincée de tabac, la prise du courage, et je me suis adressé cet autre petit discours : Mon garçon, tu vas être frotté. Pouvais-je, cher ami, vous faire plus d'honneur, et m'en faire davantage à moi-même? Ilélas! je savais bien, en éciivanl, que vous hocheriez la tête ici, et là, et ailleurs, parce que j'ai l'instinct du bien; mais je n'en ai que l'instinct; je sens que je
vais de travers, et je ne puis aller droit. Aussi n'est-ce pas d'aujourd'hui que je me souhaite près de vous, ou vous près de moi, ce qui vaudrait bien mieux, car vous seriez en même temps près des autres. Vous me feriez faire un exercice de logique qui me manquera toujours. Je n'ai que la logique des cris, des pleurs et des coups de poing.
Tout ce que vous me dites est parfait de justesse. Si ces observations s'adressaient au manuscrit de ma brochure, je la referais courageusement. Je me regimbe sur un seul point : c'est l'obéissance due à Mgr Affre. Ne vous épouvantez pas.
D'abord, vous savez que ma brochure était faite et même imprimée avant la sienne. Le retard n'a tenu qu'à mon absence et aux lenteurs des presses de M. Bailly. Les observations épiscopales me sont venues trouver ici, deux jours avant mes épreuves ; elles ne m'ont point satisfait, par des raisons que je n'ai nul besoin de développer à un homme qui me connaît si bien. Après avoir lu ces passages inutilement cruels contre les écrivains de journaux qui ont le malheur de ne point parler comme des évêques effrayés, je me suis jeté fort ému, je vous assure, au pied de mon crucifix, et là, j'ai sérieusement regardé mon cœur, priant Dieu de m'éclairer. Il ne m'a pas refusé ses lumières, et sur ce point du moins je me suis trouvé pur. Alors, j'ai jugé qu'il ne fallait pas changer un mot dans ce que j'avais écrit. Je n'ai pas eifacé le nom de M. Desgarets. Le désavouer, c'eût été me désavouermoi-même, car l'archevêque nous rejette
de compagnie, cl pour mon compte je ne reçois point cet analhèmc : ma conscience en appelle à Dieu, et j'en appellerais à l'archevêque lui-môme qui, un mois auparavant, me déclarait que, (/ans sa co/n>iclion, le ministère aurait enfermé la liberté d'enseignement, si nous n'avions parlé et crié comme nous Tavons fait. N'importe, il faut suivre son général, dites-vous. Si Monseigneur est notre général, nous ne devons pas le suivre, nous devons nous retirer, car il nous renvoie. Prenez ses observations, et voyez si le vague de ses critiques nous laisse la possibilité de faire un article quelconque : Selon lui, nous sommes coupables entre autres choses d'avoir mal choisi nos expressions, nos adversaires et notre moment, cela est en toutes lettres; nous ne valons peut-être pas mieux au fond que les universitaires, et à leur place nous agirions peut-être comme eux. Ce bel argument nous est encore donné d'une manière fort claire. Comment voulez-vous que nous nous tirions de là autrement qu'en nous taisant tout à fait? Pour moi, je suis assez fatigué, je veux bien me taire, mais je vous dirai que ma conscience me le défend. Entendez bien ceci, mon cher ami, toutes les critiques me laissent l'âme en paix, je reconnais bien que j'ai été malhabile, mais je sens que j'ai fait de mon mieux, et je me console d'être hué. Si je songe à me retirer, je suis assailli de remords, car je sens que je me retirerais pour mon repos, pour mon intérêt et pour mon plaisir. J'aurais ])cau fairedes livres, ie crois que Dieu me d';iiianderait
pourquoi je n'ai pas fait des articles. J'aime mieux rendre compte d'un zèle imprudent que d'un manque de zèle ; j'aime mieux aller dans le purgatoire pour ma chaleur, c|ue dans renfer 20ur ma tr?cleur. Mon juge me reprochera de la passion, et çà et là quelques envies de blesser trop mal retenues; mais je lui ferai remarquer que je n'avais pas beaucoup le temps de me relire, et que si j'ai de la passion pour l'Eglise, c'est que je l'aime. Une chose me rassure :je suis pauvre, j'ai mes sœurs à marier, et j'ai gaiement perdu cinq ou six mille francs au métier que j'ai fait cette année.
Du reste, je suis comme vous, je ne désavoue personne, je ne condamne personne, mais je trouve excessif qu'on me condamne, et que ceux à qui je permets de ne point faire comme moi veuillent absolument m'amcuer à faire comme eux ; qu'on me reproche mon injustice, et qu'on m'accuse en même temps de manquer de charité, ce dont je n'accuse personne, moi, quoique dans le fond de mon cœur je trouve ces jugements hâtifs et peu charitables. Si la sève se modifie selon les arbres, ce n'est pas apparemment pour qu'ils donnent tous les mômes fruits. Que le chêne soit lier de fournir du boisde charpente, à la bonne heure! mais pourquoi ne permettrait-il pas aux frêles rameaux de la vigne de produire du vin? pourquoi le juge condamnerait-il le soldat, même lorsqu'il a perdu la bataille? pourquoi le chartreux dans sa cellule crierait-il analhèmc au frère prêcheur? On \
le fait cependant. Je ne répondrai pas; je ne tournerai point le dos à l'ennemi pour tirer sur Parrière-garde; mais je continuerai d'aller en avant, et bon gré malgré il faudra bien me suivre. Qu'importe qu'on me désavoue! On ne peut me désavouer qu'en réclamant ce que je réclame. Si je m'étais tu on n'aurait rien dit K
Je n'ai nulle rancune contre le Correspondant; je le laisse hUimerV Univers . Si je n'ai point donné la suite àeV Honnête Fennne, ce n'est pas mauvaise volonté; au contraire, j'ai besoin du faible prix de cet ouvrage. Mais à Paris, je n'ai pas eu le temps. Pendant trois mois, j'ai fait un article tous les jours, souvent deux, quelquefois trois. Malade, je me suis couché tous les jours à minuit passé; aveugle, j'ai corrigé mes épreuves tous les soirs, à la lueur assassine de la lampe. J'ai porté le poids de ces excès : les yeux etl'esprit m'ont refusé service. Je vais à peine mieux, et cependant je vais retourner à Paris pour succomber peut-être au bout de quinze jours. Avant de rentrer, j'essayerai de finir mon conte. Mais le Correspondant n'aura plus ensuite de ma copie. Je ne veux point de la collaboration de M. Forcade : il est trop sage 2.
1. Mgr Affre, s.nns être foncièrement hostile à V Univers, craignait toujours qu'il n'allât trop loin et en avait un peu peur : de là cet écrit où, tout en se prononçant contre le monopole de l'Université, il avait blâmé les plus fermes défenseurs, dans la presse, de la liberté de l'enseignement. |
2. Eugène Forcade, qui passa dès qu'il le put à la Revue des Deux Mondes et à la polrlique du gouvernement. 11 avait du
talent.
Adieu, très cher ami, lirez-vous de ce barbouillage que je n'ai point le temps de relire. Que ne pouvons-nous nous voir et causer? Vous me rendez coupable d'ingratitude envers ces bons moines, par le tableau que vous me faites de votre maison hospitalière et des bons soins de Mme Foisset. Daignez la remercier de la charité qu'elle aurait eue, et dont je suis reconnaissant comme si j'en avais joui. Vous m'auriez fait du bien aux yeux et aussi au cœur. C'est là que je suis malade et je ne
le dis pas. Adieu en Dieu.
Louis Veuillot. '
A M. Hippolyte Viole au ^.
Monsieur, Votre lettre m'ayant été remise un peu tard, j'y réponds en toute hâte sur le premier papier qui me tombe sous la main, car, dans une heure, le temps me manquerait. Reproduisez mon article si vous le jugez utile au succès de votre seconde édition; signez-le si vous croyez que mon nom
1. M. Hippolyte Yioleau, qui s'est retiré trop tôt de la vie . littéraire, publia en 1843 son premier volume de poésies : les j Loisirs poétiques. Louis Veuillot en rendit compte avec une vive sympathie dans V Univers, et joignit à l'étude de l'œuvre une biographie de l'auteur, écrite sur des notes de l'abbé Pèlerin, missionnaire, mort évèque de Byblos. Lorsque M. Hippolyte Violeau publia une nouvelle édition de son charmant volume, il demanda à Louis Yeuillot l'autorisation de reproduire cette notice. La lettre que je donne ici est la réponse à cette demande.
vaille quelque chose; donnez -moi seulement quelques jours pour y intercaler un mol sur cet ami dont le souvenir honore tant votre cœur. Tout ce qu'un fière peut faire pour un frère, je le veux faire pour vous. Vous ôtes éprouvé, c'est que Dieu vous forme. Vous êtes une voix, il faut apprendre dans la douleur à consoler les malheureux. Ne désespérez point, et ne renoncez pas à la poésie. Attendre, c'est apprendre. Laissez donc paisiblement passer cet orage. Dieu connaît le lendemain, et nous n'avons jamais sujet de douter, encore moins de l'accuser. Vous vous croyez dans le désert et il vous paraît immense, mais la boulé de voire Père qui est aux cieux a disposé des fontaines et des arbres chargés de fruits sur le chemin que vous devez parcourir. Nul ne le sait mieux que moi, fils du peuple et pauvre comme vous, et plus abandonné que vous. Voulez-vous que nous soyons en correspondance fraternelle? Ecrivez-moi directement au bureaudel't^/uVe/-^-. Je ne vous répondrai pas toujours très exactement, mais aussi souvent que je pourrai. Bon courage! Travaillez, priez, laissez-vous emporter par la tempête à cent lieues de la poésie, vous reviendrez avec de beaux vers. Saluez pour moi Madame votre mère et vos bonnes sœurs. J'ai deux sœurs aussi qui me tiennent loin des travaux que j'aimerais; mais tout est pour le mieux, car c'est Dieu, le bon Dieu, qui le veut ainsi. Tout à vous en Noire-Seigneur.
Louis Veuillot.
DE LOUIS YEUILLOT 157
A M. Tli. Foisset.
25 octobre 1843.
Mon cher ami ,
Depuis mon retour à Paris, j'ai reçu de vous plusieurs excellentes lettres auxquelles je n'ai point répondu. Pardonnez-moi. Je me mets en ménage avec mes sœurs; il a fallu trouver un logement, se meubler, acheter des ustensiles de cuisine. Le tout avec le secours de deux filles qui sortent du couvent. Enfin j'en suis hors, et vous avez l'élrenne de ma liberté comme celle de mes yeux, deux choses qui ne valent pas mieux l'une que l'autre. Faites voire brochure et faites-la très promptement. La brochure de l'archevêque est un coup de traître involontaire dont l'Université profitera. La loi est faite : il y a des concessions poui- les petits séminaires et rien pour le reste. Si les évéques n'interviennent au plus tôt, c'est la mort. Que feront quelques prêtres de plus contre le monopole constitué et légalisé? Je me ferai mettre en prison, et ce sera tout.
Vos conventions nous conviendront parfaitement. Malgré la tiédeur catholique, votre Lettre aux évêques se vendra bien assez pour que nous couvrions nos frais et que nous y gagnions quelque chose. Vite à l'œuvre, très cher ami, et si vous pouvez venir surveiller l'impression, vous ferez œuvre méritoire, car j'ai bien des choses à dire
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que je ne puis écrire, et un bon conseil nous serait fort nécessaire en ce moment.
La lettre du cardinal de Bonald fait grand ravage. Il y en a sous presse une de l'évéque de Chàlons qui jettera de Thuile sur le feu. Vous pouvez lire dans les Débals d'aujourd'hui un article qui vous fera voir où en sont les passions universitaires. C'est la guerre, la grande guerre; et j'aime cela, je vous l'avoue.
Adieu. Aimez-moi malgré mes fautes, à cause de mon bon cœur et du zèle dont je suis brûlé.
Louis Veuillot.