‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 23 sur 73 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Au même.

Décembre 1843.

Très cher ami ,

Je vous réponds tout de suite; le temps me manque, maisil memanqueraitencoreplusdcmain. Il y a plus d'un mois d'ailleurs que je veux vous écrire, uni(|uement pour vous dire que je vous écris et que je vous aime. Que le sentiment parle à la faveur des affaires : premièrement, vous avez un excellent cœur qui paraît dans foules vos gionderies et qui me louche plus que je ne puis dire, car vous me croiriez peut-être exagéré. Je vous vois dans votre lointain bourguignon , lisant VUnivers avec les angoisses d'une poule qui aurait par mégarde couvé des canards. Où vont-ils? ils vont se noyer! Soyez sur que beaucoup de nos

coups de tête sont moins téméraires qu'il ne semble, et que si nous courons volontiers aux étangs, nous n'irons point nous jeter dans la mer. Sur Lamarline ^, je suis parfaitement de votre avis. J'ai vu clair tout du premier coup dans son pathos. Qu'ai-je voulu en lui sonnant cet air de trompette qui a effarouché tant de gens ? 1° Montrer aux hâbleurs du journalisme et du gouvernement qu'il y a dans l'Eglise une opinion assez respectable qui, pour obtenir la liberté, ne recule que devant le péché; 2° encourager Lamartine à nous lire, à nous voir, à nous défendre dans la presse et dans la Chambre. Ce dernier but est atteint. he Bien pub lie a répondu aux galanteries de V Univers par une ode qui rejette bien loin les sottes et perfides accusations de jésuitisme, si corn plaisamment propagées par la haute direction universitaire. Quant aux erreurs de l'homme, qu'importe. Le croyez-vous de trempe à faire une hérésie? Le monde à qui il s'adresse n'en sera pas plus éloigné de Dieu, mais nous gagnerons beaucoup si ce monde-là peut comprendre que le chrétien a droit d'être libre comme le premier venu. Ne demandons pas l'empire, demandons la liberté. Que l'Eglise n'ait plus de fers aux inaiiis, ni de bâillon sur la bouche, je lui réponds de la couronne.

Après cela, vous faites bien, très bien, de ré-

1. Lamartine avait écrit dans son journal d'alors, le Bien public, de Màcon, un long article en faveur de la liberté de l'enseignement. Il y mêlait nalurcllemcut du faux au vrai.

pondre à Lamarlinc; vous faites mal, très mal, de vous soumetlre à un conseil de cabinet. Suivez votre mouvement; parlez, comptez sur Dieu pour redresser ce que vous auriez pu faire de malhabile dans la plénitude de votre bonne intention. 11 n'y a rien de plus adroit qu'une conscience chrétienne, parce que Dieu se charge de bien tourner ce qu'elle a bien voulu.

Si votre brochure était faite, il faudrait la publier tout de suite ; si elle n'est pas commencée, vous pouvez attendre. Il en paraîtra prochainement deux très importantes : une épiscopale, et l'autre sacerdotale. Je ne vous dis point les noms : je suis engagé d'honneur à ne les point révéler ; mais l'une des deux au moins, que l'on m'a lue et qui est adressée aux évêques, est un chef-d'œuvre'. Vous pourrez dire après cela d'excellentes choses, mais il n'y a point de mal à ce que vous attendiez un peu. Souvenez-vous seulement que j'ai votre parole, et que vous devez une manifestation à la cause. Il est très important que les laïques paraissent, les journaux universitaires s'efTorçant de faire croire que le clergé seul prend part au combat.

Un coup d'épée à l'Université et la vie d'un saint; quiconque tient une plume et fait le signe de la croix doit à l'Eglise ces deux choses. C'est le pèlerinage de la Mecque catholique.

Un examen du travail de Villemain huit jours après (mais huit jours apiès!) serait une chose excellente.

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