‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 27 sur 73 · Une brocliure de Mgr P;irisis, évéque de Langres · texte numérisé non relu

Une brocliure de Mgr P;irisis, évéque de Langres

du bon Dieu. Qu'ils aillent se promener! Tout à vous. Vive Jésus !

Louis Veuillot.

Au me me.

9 janvier 1844.

Si vous êtes disposé à vous consoler de la méprise de la poste, c'est, demoncôté, une affaire conclue. J'en ai pris mon parti, et même je m'en réjouirais, très cher ami, dans le cas où cet avis tombé du ciel aurait pu être utile ; mais de ce côté je n'espère rien. Le sommeil est là, ou quelque chose qui n'en diffère pas beaucoup. Nous saurons demain si votre lettre a été acheminée à sa destination.

Ah ! que je vous voudrais ici pour la queue de VHoniiête Femme! J'en suis à peu près quiltc, et je vais me donner avec frénésie à VUniuers: il n'y aura plus momo cinq minutes pour Zaïre. 11 me vient des idées d'aller à Rome en avril. Qu'en pensez-vous ? venez donc avec moi. Je vous plains d'être juge autant que je me tiens heureux d'être croisé !

Est-ce que je me suis lamenté de la vie enragée qu'on me fait ? Rayez cela. Mon poids m'est doux ; je n'en voudrais pas ôter une once. Je me figure que j'étouffe dans une belle armure marquée d'une belle croix rouge, et que tous les horions qui me

viennciil sont le fait des Sarrasins. Faut-il tant gémir et laisser là ce cher harnais ? Adieu! Vive Jésus quand même!

Louis "Veuillot.

Ecrit à la chandelle, le 6 janvier 1844.

Au même.

24 janvier 1844.

Bien cher \mi,

Votre pétition, comme vous l'avez vu, n'était retardée que pour paraître au moment opportun. Hier, tous les députés ont reçu le numéro qui la contenait. Je ne vous aipasécrit parce que maintenant je suis obligé d'aller à la Chambre, et que mon temps est réduit à deux ou trois heures par jour, dont j'ai grand besoin pour mille choses urgentes. Au lieu de dicter le soir des lettres à ma sœur, je suis obligé de lui dicter des articles, que la pauvre fille écrit en dormant, ce qui n'est guère flatteur pour l'auteur et guère réjouissant pour le frère. Avec mes mauvais yeux, je suis forcé de rester au journal jusqu'à onze heures. Vous reconnaissez que je suis trop innocent.

Je n'ai pas de jeune homme sous la main. C'est une de nos plaies. Nous manquons de cœurs encore plus que d'écus, et si nous avions des cœurs nous aurions des écus.

Ne croyez pas que l'abbé Combalot nous ait compromis. Si nos amis le pensent, nos ennemis

disent qu'un procès nous serait utile, et je le crois. Le procès n'est point perdu, et en tout cas il sera irlorieux. L'abbé Coinbalot voulait donner sa cause à M. Berryer. Je l'en ai détourné. Il prendra unjeunc homme qui le servira beaucoup mieux et dont cette cause fera la réputation, à quoi nous avons un intérêt très grand.

Fort de la discussion qui va avoir lieu aujourd'hui, je commencerai dès demain à pousser aux pétitions et au tapage.

Vous me parlez de M. de Vogué comme si vous me supposiez de la rancune. Eh! cher ami, que vous vous trompez ! Je ne cache rien de mes pensées, mais je conçois contre moi tous les blâmes, et je n'ai pas même à les oublier. Le Correspondant a un excellent article : vous voyez que je ne le boude point.

La brochure du P de Ravignan est merveilleuse et fait merveille. On dit que M. Mole, consulté sur la publication, a donné l'avis de publier et a pleuré. Larmes de crocodile, j'en ai peur.

tr^ Lacordaire a été magnifique à sa dernière conférence, éloquent comme lui-même, plus hardi que lui-même, écouté comme on n'écoute personne....

Adieu, très cherami. Perdez vos chances d'avancement, descendez dans l'afFeclion des hommes et montez dans leur estime, et^ ce qui vaut mieux, dans l'amour de Jésus-Christ. Priez pour mai : à peine me reste-t-il un moment pour le faire.

Louis Veuillot.

Lettre à Mgr Clausel de Montais, évcque de Chartres. Prison de la Conciergerie, 11 juin 18'i4.

Monseigneur,

J'ai à écrire ici cent lettres arriérées ; mais je veux que la première soit pour vous. Profitant outre mesure de votre bonté, je vous ai à peine remercié de tout l'intérêt que vous avez daigné me témoigner d'une façon si douce et si paternelle. Veuillez recevoir les actions de grâces que je vous adresse du fond de ma prison, où je me trouve à ravir, et dont les rigueurs, si bien compensées, seront tout à fait effacées dans un mois, quand j'aurai le bonheur de recevoir votre bénédiction. Dieu me traite avec une bonté qui me confond. J'avais besoin de celte retraite, il me la donne ; et ces braves jurés, qui croyaient me punir, n'ont été que les instruments d'une miséricorde et d'une clémence sans bornes.

J'ai du repos pour travailler, du loisir pour prier; il ne me manque qu'un peu d'air; mais l'air de Chartres sera si bon après cette privation ! mais l'air de la foi est si vif et si bon, dans cette cellule presque monastique! J'y vais faire mon mois du Sacré-Cœur, que je n'aurais jamais pu faire en liberté.

Daignez, Monseigneur, demander à Dieu qu'il me fasse profiter de tout le bien que cette retraite promet à mon cœur.

Je suis. Monseigneur, etc. Louis Veuillot.

LU

A M. Th. Fuisse t.

A la Conciergerie, 29 juin 1844.

Mon cher ami.

Je n'ai pas laissé passer un jour ici sans me promettre de vous écrire le lendemain; voilà vingt jours que j'y suis, et vous n'avez pas encore reçu de mes nouvelles ; jugez par là si la prison est pour moi un lieu de repos.

Jamais je n'eus tant d'affaires et ne donnai tant d'audiences; c'est à ce point que j'ai été obligé de fermer ma porte; mais les lettres passent à travers les barreaux et les geôliers trop complaisants leur tirent les verrous. Je réponds aux inconnus, et je garde le silence envers mes amis; pardonnez-moi. Ce que j'ai à demander aux personnes que je ne connais pas, Je le demande mieux en datant mes lettres de la Conciergerie.

Il n'est point d'agréable prison, mon cher ami, sans cela ma demeure serait un lieu de plaisance; j'ai du jour, du soleil ; j'ai même un peu trop de soleil. On est plein de complaisance pour moi; je me promène le soir dans une grande cour où je vois M. Rousselet, ce bon M. Rousselet qui regrette tant d'avoir tué son ami! Je goûte enfin mille douceurs, et je n'ai rien à olTrir au bon Dieu, si ce n'est que je voudrais bien quelquefois être dehors.

Nos amendes sont payées. J'ai même déjà refusé

quelque chose; mais c'était un homme chargé de pauvres qui voulait me donner. Si vous connaissez des gens en train de boursiller pour nous, laissez-les cependant faire; nous appliquerons le surplus à la rédaction littéraire.

Les protestations du clergé vont bien; nous n'en avons que trop et ne savons où les mettre. Les évêques dissidents ne paraîtront pas dans ce concours.

Wilson attend votre Dupin; je viens de le voir tout chagrin de ne l'avoir pas encore reçu. Dépêchez-vous donc. Le Correspondant, tel qu'il est constitué, est une arme de gros calibre dont il faut se servir.

Adieu, cher ami; il faut que je vous laisse. Soyez tranquille : je vois bien pourquoi les persécuteurs n'ont jamais réussi. Quand on nous met en prison, on nous retrempe dans l'air natal.

Tout à vous.

Louis Veuillot

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