M, Guerrier de Dumast se tira de celle maladie
l^lJ). LVI
1 ^(r>*> Au même.
^^V'" "^ 28 avril 1846.
«yl*^^ Mon cher ami,
Je pense que vous reconnaîtrez encore mon écriture, et que vous m'accorderez d'abord le pardon que je vous demande pour le long silence que j'ai gardé. J'aurais voulu que mon article sur votre excellent livre précédât ma lettre, mais jamais je n'eus tant de choses à faire et moins de facilité au travail que dans ce moment. Je suis horriblement fatigué de tout ce qui lient de près ou de loin au journal. Je l'aurais quitté depuis longtemps si je l'osais; je succomberais à cette fatigue et à ce dégoût si l'excellente créature que Dieu m'a donnée pour femme n'entretenait dans la paix et dans la joie certains recoins de mon cœur... Quand je la vois, occupée exclusivement de son enfant qui va venir, j'oublie du moins mes déboires, j'oublie les misérables petites passions qui nous divisent et nous détruisent, j'oublie celte cangue qu'il me faut porter sous les injures de nos amis. Ah! j'aurais grand besoin de vous voir pour soulaerer mon àme de ses accablements; mais ne venez à Paris qu'en passant, car c'est une triste chose d'y vivre. Combien j'ai été injuste envers ChignacM Il n'y a point là de ])ons chrétiens qui cherchent à
1. La ville de lantaisic où vivent et agissent les personnages de V/Ionnête Femme, cl où des souvenirs de Férigueux sont mêlés à des liftions.
DE LOUIS YEUILLOÏ 179
se couper le jarret pour faire avancer les affaires du bon Dieu.
Je vous afflige. Que serait-ce donc si vous pouviez m'entendre ! Le pauvre M. de Coux, le meilleur homme du monde, qu'on m'accuse de mener et qu'on accuse de m'éleindre, vous en dirait autant que moi. Il n'est pas aussi découragé, mais il ne s'en faut guère. Il était venu ici avec le projet le mieux arrêté de réparer mes torts et de se mettre bien avec tous nos amis. Il y a gagné de s'attirer les inimitiés qui me poursuivaient, et c'est tout^. On disait dans ce temps-là que V Univers était violent, injurieux, sauvage, et qu'il compromettait tout; on dit aujourd'hui qu'il est lâche et qu'il perd tout. Je vous assure que j'en ai par-dessus les yeux, et que si l'on pouvait m'écarter pendant quelques années, on me rendrait grand service.
Tout cela ne fail pas votre article, je le sais bien ; mais que vous dirai-je? J'ai de la difficulté môme à écrire une lettre ; au milieu de tout cela, ma femme va faire ses couches dans une semaine ou deux, et, quoique sa grossesse ait été singulièrement heureuse jusqu'à ce moment, je suis plein d'alarmes. Donnez-moi un peu de temps. Quand cet enfant sera venu et sera baptisé, quelque révolution s'opérera peut-être qui me rendra du courage, des pensées, des paroles, tout ce que je n'ai plus.
1. Ces amis, si disposés à secondaire eu adversaires, étaient des catholiques modérés, qui, dans la suite, devinrent, pour la plupart, des catholiques libéraux.
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J'ai lu votre article sur Foi et Luiuière^ : je Fai trouvé bon, mais laissant trop de place à la science ; c'est un singulier reproche, et pourtant je vou^ le fais; les autorités qui viennent à tout propos embarrassent votre marche, et, quand on a quelque chose à dire au public, je crois qu'il ne finit point de si longs apartés^ même avec les Pères de l'Église.
Vous devez être en querelle réglée avec M. de Dumast pour l'avoir admonesté sur son portrait de Voltaire. Vous ne vous étonnerez pas que je sois de son avis. Le moment est venu de frapper sur Voltaire sans ménagement. Ce n'est plus assez de n'ôter point son chapeau à cette statue infâme, il faut l'insulter ouvertement. Si la chose attire des apologistes, tant mieux! on écrasera tout à la fois, la divinité et les fidèles. Samson n'aurait pas eu le sens commun d'arracher les colonnes du temple dans un moment où le temple se serait trouvé vide. Gomment! la cause est instruite et jugée : Voltaire est un coquin abject, et je prendrais des précautions pour le dire, parce qu'il avait un joli style! A ce propos, Romain-Cornut va faire paraître une petite brochure à laquelle j'ai donné mon approbation et que je vous recommande. Cela est intitulé Voltaire et la Pologne; la correspondance avec Frédéric et Catherine à l'époque du partage en fait les frais. Il ne se peut rien voir de plus odieux que Voltaire dans cette occasion, et à mon sens de plus bête.