‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 33 sur 73 · Mgr Sibour · texte numérisé non relu

Mgr Sibour

conseilliez, mais j'ai pensé qu'il importait de ne point passer pour battu. Il en est résulté ce que vous lirez en même temps que cette lettre, et j'en resterai là. Du reste, j'ai embrassé l'abbé Maret sans aucun elTort. Si je pardonnais les torts que j'ai aussi facilement que ceux qu'on me fait, je serais un fameux homme.

Les Libres Penseurs vont très bien pour le temps. 11 y en a un millier de vendus; mais voilà beaucoup d'orages au-dessus des boutiques. Qu'arrivera-t-il demain? Dieu le sait. On croit en général que l'étoile de Cavaignac va paraître ce qu'elle est réellement : une fusée de hasard au milieu de la nuit. 11 en paraîtra quelques autres, mais l'astre véritable est encore derrière l'horizon.

Adieu, mon cher ami. Malgré mon naturel clément, j'ai quelque chose contre ce pauvre abbé Chicotot.

Tout à vous en Notre-Seigneur.

Louis Veuillot.

Vendredi soir.

A M. Méthlvicr, cure de Bcllegarde (Loiret).

4 décembre 1848.

Monsieur le curé, Je vous confesse que j'avais reçu Donatien^ comme nous recevons tous les jours vingt brochures que nous mettons de côté en attendant d'avoir le temps de les lire; et le temps de les lire ne vient jamais, parce que chaque jour apporte une

besogne qu'on ne peut remettre. Je n'avais pas même vu que Donatien était un compatriote. Si j'avais su cela, si j'avais su que l'auteur était ce curé de Bellegarde que je connais, que je révère et que j'aime depuis le temps des grandes eaux, certes, je ne l'aurais pas mis de côté : je l'aurais mis en face, avec les choses qui ne doivent pas attendre. Voilà, Monsieur le curé, ce que je vous prie de ne pas oublier à l'avenir, si votre verve donne à Donatien quelque vaillant petit frère; et je m'y attends, car votre verve m'a tout l'air d'être de la même famille que votre charité, je veux dire inépuisable. Frappez hardiment à la porte et dites : C'est moi! Il vous sera ouvert immédiatement, et je vous remercierai.

Je ferai un bout d'article sur Donatien, qui paraîtra très prochainement; mais je ne veux pas remettre à deux ou trois jours pour vous féliciter du bon sens vigoureux et spirituel qui anime d'un bout à l'autre ce petit volume, plein de si grandes vérités. Dieu soit béni d'avoir daigné se choisir dans notre pauvre Loiret des défenseurs comme Mgr l'évêque de Langres et comme vous !

Adieu, Monsieur le curé, j'aurais bien des choses à vous dire, mais je suis à la tâche. Priez le bon Dieu pour moi. Il y a bien longtemps que je désire aller faire un tour au pays. Si je puis me passer ce plaisir au printemps prochain, vous restera-t-il de quoi me donner à diner au presbytère de Bellegarde? Je me contenterai de peu. Entre tonnelier

et charpentier, on peut se régaler sans dépense

trop forte.

Votre très respectueux et très dévoué en Notre-

Seigneur.

Louis Veuillot.

A M. Th. Foissct.

5 avril 1849.

Mon bon ami,

J'ai lu dans le Spectateur de Dijon une petite note sur Vindex, dont je dois sans doute vous remercier; en tout cas, j'en remercie celui qui l'a faite.

LecofTre m'assure avoir vu dans le même Spectateur un article sur les Libres Penseurs. Cet article n'a point passé sous mes yeux. S'il est de vous, je voudrais bien le lire et vous devriez me le faire envoyer.

Le Correspondant nous a donné dimanche un morceau de votre façon sur la Papauté, que je me réserve pour l'entrc-deux des offices du vendredi saint. Vous trouvère/ que c'est bien attendre, moi aussi. Mais, hélas! j'ai de quoi m'occuper. Ma femme est malade depuis ses dernières couches. Elle est au lit depuis un mois, dans un état de faiblesse telle que je ne puis la voir sans pleurer; la fièvre la mine continuellement. Il n'y a rien d'inquiétant, à ce <{u'on m'assure, et néanmoins je m'inquiète beaucoup. Elle-ménie, épuisée par cette fièvre et par la diète rigoureuse qu'on

lui fait subir, perd de son courage, et je la surprends quelquefois à verser des larmes qui n'améliorent pas sa situation. Pour comble de disgrâce, ma petite fille Agnès (la seconde) est malade. Ce n'est rien encore : c'est la dentition. Mais elle est pâle, triste, pleurante; elle ne dort pas. Surcroît d'inquiétudes pour la pauvre mère, et nouvelle complication de sa propre maladie. Ah! que le bonheur coûte cher! Tout cela me refroidit beaucoup sur le désir d'avoir un grand nombre d'enfants.

Adieu, mon cher ami. Je me recommande à vos prières. Que le calice s'éloigne, s'il se peut, mais que la volonté de Dieu soit faite et non la nôtre. Je ne demande point la cessation de l'épreuve; je demande le courage de souffrir.

Tout à vous en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Louis Veuillot.

Jeudi saint 1849.

Au même.

Saint-Valcry-on-Caux, le 25 aoiU 1849.

Vous VOUS demandez ce que je fais à Saint- Valery-en-Caux, mon cher ami. J'y prends le vert, dont j'avais grand besoin, et j'y fais retraite, ce qui ne m'était pas moins nécessaire. La mcv ost aussi bonne que belle à regarder. Elle soulève des pensées qui sont aussi fortifiantes que ses eaux. Habiter, quasi seul, une auberge sur le bord de la

mer, cela vaul presque le séjour d'un couvent. Saint François de Sales se plaisait dans les auberges, qui lui représentaient bien le passage de la vie, oîi nous usons des choses sans les posséder ; il n'aurait pas moins aimé la profondeur, l'immensité et l'inslabililé de la mer. Deux ou trois choses m'occupent durant ces courtes vacances : mon âme, premièrement ; mes travaux passés, ensuite; et enfin, mes travaux futurs. Je vous parlerais de mon àme si je le i)Ouvais faire sans papier ; je vous parlerais de mes travaux passés, si j'avais assez de papier et de temps. Je crois que nous ne sommes pas en ce moment d'accord sur une affaire bien gravée J'en ai regret, mais je suis sûr que vous me désapprouvez sans passion, en comprenant ce qui me fait agir; je ne suis guère moins sûr, et j'en suis désolé, que quelques-uns de nos amis, et particulièrement le plus cher de tous, vous forceront de m'approuver complètement un jour. La voie où M, de Falloux nous engaf^e et où M. de Montalembert le suit avec une si déplorable impétuosité, est une voie funeste. Vous verrez jusqu'où se déroule le fil des concessions lorsqu'une fois on se met à le tirer. Mais ce n'est point de cela que je veux vous entretenir.

Sur le bord de la mer et dans mon auberge, entre cette double image de la grande instabilité, je sonere à bâtir un monument. C'est bien de l'ambilion jjourmoi, qui ne suis pas lorl en aichilecture.

1. Le projet de loi sur rciibcigneuiciil, (jui devint la loi de 1850.

Mais je n'ai pas cherché cette besogne, on me l'a apportée avec instance et j'ai fini par l'accepter, espérant le secours de mes amis, particulièrement le vôtre.

Un libraire très intelligent et très actif, qui a édité beaucoup de mauvaises publications et qui s'en repent à deux points de vue, désire s'exercer sur un autre champ. Il voudrait publier une espèce d'encyclopédie en cent volumes au moins, volumes non des plus gros, mais non pas aussi des plus petits. Il me demande de prendre la direction absolue de cette entreprise, c'est-à-dire que je désignerais les sujets à traiter, que je choisirais les collaborateurs et que je serais chargé de tout examiner et de tout relire, tellement que rien ne serait envoyé à l'imprimeur sans mon bon à tirer. Il s'agirait de tirer au moins dix mille exemplaires de chaque ouvrage, pour les pouvoir donner à trente sous. C'est donc un million de volumes à répandre dans le public. Vous voyez où cela va.

Je voudrais que cette Bibliothèque contînt une réponse à toutes les difficultés, à toutes les objections actuelles, qu'elle fût la solution catholique de tous les problèmes du temps. J'y donnerais une grande place à riiistoire des Etats modernes, pour faire comprendre comment ils ont dévoyé; ce que la politique y a fait, ce qu'elle y peut faire ; ce que l'Eglise y ferait, ce qu'elle a essayé d'y faire.

La philosophie y serait ramenée à des points clairs et certains. Il y aurait un cours aussi long qu'il le faudrait de religion appliquée. Vous m'en-

tendez bien. Pour la littérature, on dirait de quelle société la littérature est l'expression, et en analysant les chefs-d'œuvre on ferait nettement voir de quels hommes vient leur sagesse, où elle tend, à quoi elle a abouti. Les sciences seraient une démonstration évangélique.

Voilà les grandes lignes de ma bâtisse, à laquelle je n'emploierais que des ouvriers purs.

Je désire, mon cher ami, que vous méditiez un peu là-dessus et que vous m'en écriviez sérieusement et longuement. Vous avez plus de lumières que moi. Examinez l'ensemble et entrez dans le détail. Dites-moi enfin comment vous comprendriez une encyclopédie catholique au temps où nous sommes, à l'usage de tous les enfants de quinze à soixante ans.

Je vous laisse pour aller prier saint Louis, mon cher et grand patron, dont c'est aujourd'hui la fête. Je vais lui demander de vous envoyer de bonnes inspirations, puisqu'il s'agit toujours de combattre le Sarrasin. Il aura son histoire à part dans notre collection.

Adieu, mon bon ami. Aimez-moi quand même.

Louis Veuillot.

Au même.

8 octobre 1849.

Mon cher ami, Je vous ai écrit de Saint-Valcry-en-Gaux, le mois dernier, une lettre à laquelle je suis étonné

que VOUS n'ayez pas répondu, et je crains qu'elle ne vous ait point été remise. Je vous consultais sur une affaire très importante pour moi et pour nous tous; une espèce de contre-encyclopédie en cent petits volumes (assez gros sur toutes les matières qui peuvent intéresser la religion). On veut me donner la direction de cela ; et je l'accepterais, non comme capable de faire, mais comme n'étant pas hors d'état de faire faire, moyennant certains secours entre lesquels je compte le vôtre comme le plus précieux. Je vous demandais vos idées sur le plan général. Dites-moi si vous avez reçu ma lettre, afin que je la récrive si elle s'est perdue ; et, si vous l'avez, répondez-y; c'est un service particulieret un service public que vous ne pouvez refuser.

Ma femme va beaucoup mieux, sa santé est même rétablie, mais elle a encore la jambe faible et ne marche qu'avec des béquilles. Ce n'est plus qu'une affaire de temps, et nous n'y regardons pas, après une si belle peur. Mes filles poussent à merveille, toutes les trois. Pauvres enfants! pour quel avenir les élevons-nous ?

Je crois que l'évéque de Langres, à travers des réserves qui ne seront comptées pour rien, votera la loi de M. de Falloux. Elle passera donc, si Dieu n'y met obstacle; mais jusqu'au dernier moment, je douterai. Je croirai que Dieu est bien irrité contre la France, si je vois qu'il lui permet de se donner un clergé universitaire.

Adieu, mon bon ami! Je vous embrasse.

Louis Veuillot.

A Mgr Marilley, cvcquc de Lausanne et Genève^ .

Paris, 10 octobre 1849.

Monseigneur, \j Univers est tout à votre disposition. Nous recevrons toujours avec beaucoup de respect et de reconnaissance les communications dont vous voudrez bien nous honorer. Notre dévouement pour la cause de l'Eglise n'a point faibli; vous savez mieux que personne, Monseigneur, que c'est une cause qu'on ne se lasse point de servir. Nous sommes, comme par le passé, tout spécialement dévoués à nos frères persécutés de la Suisse, si dignement et si saintement personnifiés en vous. Le manque de renseignements positifs nous a seul empêchés depuis quelque temps de suivre vos affaires et d'associer autant que nous le pouvons le monde catholique à vos souffrances et à vos travaux. Nous reviendrons avec empressement et respect recueillir les Actes sincères de ce long martyre. Puissent nos prières en abrégerla durée, ou tout au moins servir à le rendre fécond!

Je n'ai pas besoin de vous promettre. Monseigneur, la discrétion la plus scrupuleuse. Vos lettres ne seront ouvertes que par moi ou par mon

1. Mgr Marilley, expulsé de Suisse par les radicaux et les conservateurs prolestants, demandait à V Univers àc s'occuper plus fré;|ucmment des affaires de son diocèse, et offrait à Louis Veuillot de lui envoyer dés renseignements, dont il ne faudrait pas indi(juer la source.

DE LOUIS YEUILLOT 209

frère. Pour plus de sécurité, Votre Grandeur peut les adresser chez moi, rue du Bac, 44.

Mon frère est bien touché, Monseigneur, du souvenir que vous daignez lui accorder. Il se joint à moi pour solliciter votre bénédiction, que nous vous supplions d'étendre à toute notre famille.

Je suis à vos pieds. Monseigneur, avec les sentiments du plus profond et du plus filial dévouement.

A M. Th. F ois se t.

Octobre 1849.

Votre lettre, adressée à Saint- Valéry, m'attendait au Havre, d'où je l'aifait revenir, mon cher ami. Elle me jette dans l'immensité. Nous serons incapables, à moins de nous enfermer tous dans un Port- Royal à cent lieues de Paris (et que ne le pouvonsnous !) de mener à fin une telle entreprise. Qu'y ferais-je surtout, moi, à moins qu'on ne me chargeât de mettre au net les copiesillisibles ? 11 s'agit de publier simplement cent volumes contenant chacun la matière d'un in-octavo de 400 pages, et formant une bibliothèque élémentaire. J'y mettrai unpeu de tout, maisparticulièrement de l'histoire, pour faciliter l'intelligence du mouvement ou de la défaillance actuelle de l'Europe. Au surplus, j'ai rédigé un petit plan, qui vous sera soumis d'ici à peu, si le projet n'est pas abandonné comme trop

dirficile; et il l'est déjà beaucouj) dans les proportions restreintes où je l'ai renfermé.

Je laisse cela pour vous conter l'anecdote que vous me demandez et que je croyais déjà vous avoir détaillée par le menu, pour ce que j'en sais.

Avant d'entrer au ministère, M. de F...(^Falloux) réunit un petit conseil catholique, pour savoir ce qu'il devait faire. J'opinai seul pour qu'il n'aceptàt point le portefeuille. Je donnai quelques raisons, facilement réfutées et qui l'étaient déjà ; je fus forcé de taire les meilleures. La résolution du consultant était si bien prise qu'il parla aussitôt des difficultés de son entourage. 11 lui fallait surtout un directeur des cultes. Divers noms furent mis en avant. Je prononçai le vôtre. Montalembert s'étonna de son oubli et m'appuya, comme je l'aurais fait à sa place. Tout le monde fut d'accord que vous conveniez merveilleusement. F... seul me parut froid, et j'augurai qu'une fois encorcil n'était pas de mon avis.

Nous ne sommes point destinés ànous entendre. Néanmoins on convint de vous écrire. Jedemandai plus tard où en était l'affaire. Montalembert, sans s'être aucunement refroidi sur votre compte, me dit que vous aviez fait quelques observations ; mais que surtout notre ministre n'épousait que faiblement nos désirs. Je lui répondis qu'on ne vous prendrait pas et qu'il était dans l'esprit et dans la voie de M. de F... de garder autour de lui ce qu'il avait trouvé en entrant, qu'il ne placerait point de catholiques si tranchés, qu'il garderait

Durrieu comme il gardait Genin. Montalemberl me laissa voir qu'il en pensait tout autant. Je compris que nous nous entendions et je ne le poussai point ^.

Néanmoins je voulais en avoir le cœur net, et je me promis de me faire donner une explication catégorique par le ministre lui-même, lorsque je le verrais. Je le trouvai chez Montalembert, un soir. Il vint à moi et me reprocha, fort poliment et fort gracieusement, comme toujours, mais avec un fond d'aigreur, d'avoir reproduit quelques épigrammes du Charivari contre Genin; je répondis que lui seul méritait des reproches et qu'il avait trop de générosité de garder près de lui un ennemi de l'Eglise et qui le trahissait. Il insista. Je répliquai que Genin ne méritait nul intérêt. Il finit par me dire que si VUnivers l'attaquait ainsi, on m'accuserait de vouloir sa place. «Si vous entendiez dire cela, répondis-je très sèchement, vous sauriez que répondre. » Et je lui tournai le dos, en sorte que je ne parlai point de vous.

La vérité est que Falloux a pris soin, dès le premier jour, de ne donner par son entourage aucun ombrage à l'Université

Il n'a placé que ses amis ou ses familiers. Je n'ai pu, môme en faisant agir Montalembert, obtenir une place de dix-huit cents francs pour Aubineau,

1. M. Durrieu et M. Genin, surtout celui-ci, étaient très hostiles aux catholiques. M. Genin ajjpartonail à l'Université et écrivait dans le National.

qui a tous les titres, tous les services, tous les diplômes et tous les droits possibles '.

Ce n'est point hasard ni mauvaise volonté, c'est système. Vous n'entriez pas dans le système ; voilà tout ~.

Adieu, cher ami! Votre bien dévoué,

Louis Veuillot.

Au mcine.

16 décembre 1849.

Mon bien cher vmi, Je vous fais adresser par LecofTre le Lendemain de la victoire, orné de plusieurs épisodes nouveaux, les uns supprimés par Buloz, les autres faits depuis la première publication^. J'espère que vous voudrez bien lire cela par amitié pour moi, et que vous me pardonnerez de m'ctre traduit si tardivement à votre tribunal. La vérité est que je ne trouve pas souvent le moment d'écrire une lettre, et qu'il n'y a pas de jour où je n'oublie au moins dix choses que je m'étais proposé de faire.

1. M. Léon Aubineau, élève de l'Ecole des chartes, était alors archiviste du département d'Indre-et-Loire.

2. Si l'on pensait que M. de Falloux fit au moins une (exception pour ^L Auguste Nicolas, qu'il nomma directeur au ministère, il faudrait noter que le savant et très catholique auteur des Éludes philosophiques sur le christianisme était déjà dans les fonctions publiques et n'avait pas pris part aux combats contre l'Université.

3. Le Lendemain de la victoire avait d'abord paru dans la Revue des Deux Mondes.

DE LOUIS YEUILLOT 213

J'abrège ce billet. Je vais en Belgique. Je profite d'une occasion qui m'est offerte de causer avec le prince de Metternich, ou plutôt de l'entendre causer. J'irai ensuite dans un endroit belge, où je trouverai quatre lettres inédites de M. de Maistre sur la question de l'instruction publique. Priez pour moi pendant ce voyage.

Il yen a un autre que je voudrais bien faire, et vous seriez mon aubergiste si je le faisais. Ah ! que nous emploierions bien un tête-à-tetc de quarante-huit heures ! J'espère que je trouverai un de ces jours au moins le prétexte de la nécessité, pour alléger ma conscience de comptable et ma conscience de journaliste, qui m'ordonnent toutes deux de bien peser mes dépenses et mes démarches.

Votre tout dévoué,

Louis Veuillot.

yiu me me.

1 janvier 1850.

Mon cher ami,

J'espère toujours faire mon encyclopédie, et si je la fais, vous aurez ma visite. J'irai passer quarante-huit heures auprès de vous. 11 me faut malheureusement une occasion comme celle-là, et que l'amitié se cache sous la nécessité.

Que je serai heureux de vous voir! Je ne crois pas que mon cœur se sente nulle part mieux qu'auprès du vôtre, et voilà précisément pourquoi je

21i CORRESPONDANCE

VOUS écris si peu. Jo trouve que c'est une chose insupportable de se borner à barbouiller quelques mots, lorsque l'on aurait tant de choses à dire. Comment vous raconter M. de Metternich dans une lettre qu'il faut écrire en un quart d'heure? Je me borne à un seul mot : M. de Metternich m'a édifié. Je l'ai vu quatre fois en huit jours, et la moindre de nos conversations a duré trois heures.

J'espère que vous aurez bientôt les lettres de M. de IMaistre. Je n'attends plus qu'une introduction, que je suis allé demander à Brugelette, au Père (ci-devant prince) Gagarin, et qui sera un curieux et excellent morceau si tout y ressemble à ce que j'en connais.

Il y a deux mots dans votre billet qui me font venir l'eau à la bouche. Qu'est-ce qui vous empoche d'écrire pour V Univers un article ou trois sur la question des lois et sur celle de la protection des femmes dans le cas de séparation de corps?

Adieu, cher ami! iS'otre petite souscription pour V Observateur^ ne va pas aussi bien que je le voudrais. Néanmoins, nous espérons leur envoyer quelques centaines de francs. Faites mes compliments à vos enfants lorsque vous leur écrirez. Pour moi, je ne peux me passer la jouissance d'écrire à deux amis en un jour.

M. de Dumast va bien; il est bon et aimable, en dépit de sa lotharingomanie, qui est bien redoutable, à la vérité, pour ses amis journalistes.

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