Journal catholique de Genève
Le pauvre Lenormanta perdu sa petite fille, qui avait six ans et qui était charmante.
Je vous embrasse en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot.
At/ même.
29 janvier 1850.
Mon cher am(,
Puisque vous voilà conseiller, certainement le bon Dieu l'a voulu, et ainsi je vous fais mon compliment. Je me tairais si je n'étais convaincu que Dieu, vous donnant la fonction, vous donnera aussi la grâce, et j'ajoute que mon compliment ne porte ni sur l'accroissement de dignité, ni sur l'accroissement de fortune. Sur quoi porte-t-il donc? Je ne sais. Mon compliment veut dire tout simplement que Dieu changeant votre situation, ce qui est toujours grave, je fais le devoir d'un bon ami en le priant pour vous et en vous souhaitant bonne garde au nouveau poste où vous voilà placé. Il me vient à l'esprit que les hommes ne savent guère ce qu'ils font lorsqu'ils s'adressent, suivant les cas, des félicitations ou des condoléances. En quoi est-il plus heureux pour vous que vous soyez conseiller, ou que, par exemple, le feu ait pris à votre maison ? Il est bien vrai que nous devrions nous entreplaindre quand nous péchons, et nous congratuler de tout le reste; tout le reste (pris, bien entendu, dans le sens où Dieu l'envoie) étant heureux, puis-
qu'il n'y a là qu'un emploi que Dieu nous donne dans sa miséricorde pour les autres et pour nous. Voilà que vous allez porter la bonne odeur de Jésus-Christ dans cette cour et dans cette ville de Dijon. J'imagine là-dessus que vous n'y serez pas de trop. J'aurais bien envie de plaindre Beaune; mais quoi ? Ou vous ne saliez plus en cet endroit-là, ou Dieu n'y veut plus perdre son sel. Quant à l'importuniJé de déménager et de quitter votre lieu, je n'en dis rien : vous savez comme moi et mieux que moi que nous ne logeons nulle part que pour apprendre à déloger.
Toute cette belle raison que j'étale n'empêche pas que je ne fasse à part moi mes petites réflexions, et que je ne considère en ma sagesse combien j'aurais mieux arrangé les choses. Je ne vous aurais pas enlevé de Beaune pour vous loger, vous verrouiller, vous cadenasser à Dijon : vous siégeriez beaucoup plus près de V Univers et de la Bibliothèque nouvelle ; il n'y aurait point de malle-poste entre vous et mes imprimeurs.
C'est dommage, Veuillot, que tu n'es point entré Au Conseil de celui (pic prêche ton curé.
Mais acceptons cependant ce qu'il fait, car tout lui réussit comme il le fait.
Adieu, mon chei- conseiller. Ce titre semble fait pour vous. Il ne faudrait pas des milliers déjuges de votre espèce pour que l'iniquité perdît beaucoup des vastes domaines que nous lui avons donnés en ce monde.
' DE LOUIS VEUILLOï 217
Priez pour moi comme je prie pour vous et aimezmoi comme je vous aime. " Votre tout dévoué,
Louis Veuillot.
Votre nomination paraît dans le Moniteur le jour de Saint-François de Sales; d'où je conclus que le saint évêque a voulu faire son petit cadeau aux compatriotes de Mme de Chantai. Il s'y entend.
A Mgr de Marguerye ^ .
15 février 1850.
Monseigneur, J'ai lu avec attention et respect les reproches que Votre Grandeur m'adresse au sujet de la polémique de VUnivers contre le projet de loi Falloux. J'avoue que je ne crois pas les mériter ; mais je n'en suis pas moins prêt à les rendre publics. Je l'aurais déjà fait si je n'avais craint d'outrepasser vos désirs, et j'attends à cet égard les ordres que Votre Grandeur voudra bien me donner. Quels que soient les torts de VUnivers et ses emportements si souvent allégués, on ne lui reprochera ni d'avoir esquivé une objection, ni d'avoir supprimé une pièce, ni d'avoir caché un fait. Nous avons voulu qu'il fût toujours possible de faire, avec notre seul témoignage, une histoire exacte et impartiale de
1. Il était alors évéquo de Saint-Flour; il est mort évêque d'Autun.
la discussion. On y trouvera les raisons et les autorités de nos adversaires comme les nôtres. Ce scrupule, que d'autres n'ont point éprouvé, suffira, je l'espère, pour nous décharger du blâme dont vous nous frappez, principalement celui d'avoir voulu former à l'avance l'opinion du public, pour l'opposer aux résolutions que pourrait prendre ensuite l'épiscopat.
Rien n'a été plus loin de nos vues ; notre attitude a été entièrement contraire à ce dessein. Il n'est pas étonnant, Monseigneur, que là-dessus mes souvenirs soient plus présents que les vôlres. Nous avons commencé la discussion en demandant que l'épiscopat fût consulté; nous l'avons poursuivie avec l'approbation, je pourrais dire avec le concours de plusieurs évoques des plus anciens et des plus vénérables. Longtemps avant qu'aucune manifestation eût été faite en faveur du projet, iNIgr de Chartres et Mgr de Nancy ^ l'avaient publiquement combattu ; Mgr de Langres avait fait, dans ses entretiens, des réserves encore plus accentuées que dans ses discours; Mgr de Luçon avait écrit au Saint-Père ; d'autres, que je ne suis pas autorisé à nommer, mais que, sans doute. Votre Grandeur connaît, exprimaient des pensées et des appréhensions semblables. Si j'ai vu, plus tard, des évoques pencher pour la loi, ou plutôt pour la cessation du statu r/ao, un seul avant vous, Monseigneur, m'avait écrit pour m'exprimer une désapprobation formelle. Il n'a pas voulu que sa lettre fût publiée,