‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 38 sur 73 · VII · texte numérisé non relu

VII

des "11111*03; mais ce serait trop longtemps laisser vivre trop d'erreurs. J'aime mieux commencer cette série tout de suite, sauf à la compléter quand tout le reste sera fini.

Adieu, moucher ami; mettez-vous à l'œuvre pour l'amour de Dieu.

Tout à vous en Noire-Seigneur.

Louis Veuillot

Au me me,

Paris, le 26 avril 1850.

Mon cher ami,

Je m'applaudirai toute ma vie de vous avoir fait écrire une Vie de Notre-Seigneur. C'est le sujet de bien des petits volumes, mais je n'en connais pas qui vaille celui que vous ferez. Je suis donc pour que vous traitiez en deux parties et l'œuvre du Maître et celle des disciples. Cependant, si vous aimez mieux ne faire du tout qu'un seul ouvrage, vous êtes meilleur juge que moi et je m'en rapporte à vous. Ne perdez pas de vue, en tout cas, la réfutation de Sirauss. Faisant l'histoire, vous vous obligfcz à écraser le mensonge.

Si vous voulez me permettre de vous donner un avis, je vous engage à tenir en écrivant vos yeux fixés sur votre grefïier, le bâtonnier et quelquesuns de vos collègues. Je n'en connais aucun, mais plusieursd'entreeux ont certainement sur les yeux les verres que nous voulons briser. C'est là que

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nous devons viser, plus, je crois, qu'au peuple proprement dit, sur qui les livres, et surtout les nôtres, ne peuvent pas produire grand effet.

Je m'associe bien vivement aux inquiétudes que vous donne Mme Foisset. Hélas ! je connais ces angoisses. Quand je vous ai écrit l'autre jour, tout allait bien dans ma maison. Hier, ma femme est revenue de la campagne, me ramenant mes deux filles aînées, l'une avec la coqueluche, l'autre avec une effroyable brûlure à la jambe, et ellemême avec un gros rhume.

Les deux enfants sont au lit, et la mère aurait besoin de s'y mettre. Ces accidents me gênent cruellement au milieu de tous mes travaux, et toutefois je n'ose m'en plaindre.

Nous n'emporterons d'ici-bas que le petit trésor de soumission que nous aurons pu retirer de tant de douleurs.

Je crois que nous vous donnerons Leclerc; je ne m'y engage point ; je m'engage encore moins à rien sauver par cette élection *. Mon cher ami, nous verrons la justice de Dieu, et ce sera très beau ; nous le verrons manifester sa puissance, et pour ses amis et contre ses ennemis. H préservera le plus grand nombre des premiers, il appellera les plus aimés à la gloire du martyre ; qu'il ait pitié du reste! Je vous embrasse. Louis Veuillot.

1. Il y avait une élection à Paris. M. Leclerc, un industriel qui avait largement fait son devoir contre les insurgés de juin 1848, était le candidat des conservateurs, et le romancier Eugène Sue, devenu socialiste, le candidat des révolutionnaires. Eugène Sue fut élu.

A Ml^p Clause! de Montais, e\cqiie de Chartres.

2 août 1850.

Monseigneur, J'ai sans doute vu avec beaucoup de regret et de douleur le dissentiment qui existe entre votre manière de voir et celle du représentant du Saint- Père. Vous savez mieux que personne combien la rédaction de V Univers aime à se tenir derrière vous et de votre côté. Forcés d'opter, nous nous sommes humblement rangés à l'avis du nonce. Nous ne nous sommes pas permis do juger, ni surtout de condamner le sentiment de Votre Grandeur, pour qui nous avons et nous aurons toujours la plus grande vénération, la plus vive reconnaissance et le plus profond respect. Nous savons quelle est l'autorité divine des évoques. Elle nous est, s'il se peut, plus sacrée en vous qu'en tout autre. A Dieu ne plaise que nous tombions jamais dans l'erreur et dans le crime de ceux qui l'ont méprisée. Mais, Monseigneur, il y a un évoque des évéques, il y a un pasteur des brebis qui commande aux pasteurs des agneaux, et qui doit être obéi quand il parle. Si celui-là aussi peut, dans certains cas, se tromper et être repris, on ne peut appeler de son opinion qu'à lui-môme, et le devoir des fidèles est de se soumettre en attendant qu'il ait définitivement prononcé. Où en serionsnous si nous ne tenions pas cette règle, et que deviendrait l'unité ? Un évêque dit ceci, mais un

autre dit cela, et un autre, autre chose encore, et tous sont établis de Dieu pour régir son Eglise. Il faut s'en remettre à celui qui est la pierre même sur laquelle cette Eglise est édifiée, et qui sera ferme à jamais. On le peut, je crois, sans manquer à son devoir envers son propre pasteur ni envers aucun autre; et, pour mon compte, ma profonde et entière soumission au Pape ne m'empêche nullement de dire anathème à la secte antiépiscopale dont vous parlez, et que je crois aussi impuissante en son genre que la secte antipapiste. Entre ces deux sectes, il y a la vérité, le corps catholique, qui est assez vaste pour que l'on puisse s'y établir solidement. Au cinquième siècle, il y avait de saintes âmes qui, par horreur de Nestorius, suivaient Eutychès, et d'autres qui, pourfuir l'impiété d'Eutychès, tombaient dans celle de Nestorius. Quels étaient ceux qui ne se trompaient pas ? C'étaient ceux qui s'attachaient à la foi et aux définitions de Rome ; c'est le parti que nous prenons et que nous devons prendre, nous autres simples laïques, au milieu de tant de difficultés que nos faibles lumières ne savent point résoudre et ne peuvent pas trancher.

Veuillez agréer, Monseigneur, etc.

Louis Veuillot.

A M. Cahbc A'...'

6 août 1850.

Monsieur, Permettez (|ue je revienne encore une fois sur les prodiges qui s'accomplissent en ce moment en Italie. Je suis fâché, je vous l'avoue, de vous entendre tenir sur ce sujet un langage exactement semblable à celui des journalistes les plus hostiles à la religion : ils parlent comme vous de l'absurdité de ces miracles; ils se raillent comme vous de la sotte crédulité ou de la fourberie (car il n'y a pas de milieu) des évêques et des prêtres italiens; enfin, ils font les mêmes objections que vous sur la possibilité d'opérer par des moyens mécaniques ce que plusieurs populations italiennes regardent comme un ouvrage de la puissance divine. Quand je dis : ils font^ je devrais dire : ils faisaient; car, après avoir avancé ces diverses explications, ils ont fini par les trouver euxmêmes insoutenables, et ils se bornent à rire, ce qui dispense de tout, même d'aller voir à Rimini comment les choses se passent. Quant à vous, Monsieur, vous ignorez sans doute que la toile merveilleuse a été soumise publiquement à toutes les investigations possibles, touchée, maniée,

1. "L'Univers avait publié des lettres de Rome où l'on parlait avec respect et conviction de la Madone de Riuiini, dont des milliers de témoins affirmaient avoir vu remuer les yeux. L'abbc X... s'était plaint avec raillerie de ces lettres.

exposée à tous les efFets de lumière, et tout cela avec la plus grande bonne foi. C'est trop simplifier les choses que de vouloir qu'une pareille supercherie, qui serait une bêtise en même temps qu'une impiété, trouve pour complices des milliers d'individus, et parmi eux un très grand nombre de prêtres. Pourquoi voulez-vous que tant de gens disent et attestent qu'ils voient ce qu'en effet ils ne verraient pas? Vous prétendez que l'évêque de Rimini peut fort bien ne pas voir clair. Je pense qu'il y a des lunettes à Pàmini comme ailleurs. Vous vous en rapporteriez mieux, dites-vous, à des yeux de berger qu'à des yeux d'évêque. Je diffère en cela de vous, et j'en croirai toujours mieux l'œil grave et éclairé d'un évêquc que celui d'un berger ; mais enfin, il y a de quoi vous contenter, et il est probable que tous les paysans de Rimini, à dix lieues à la ronde, seraient maintenant en état de vous rassurer.

Maintenant, que le miracle se fasse sur la toile ou dans les yeux, dans l'imagination ou dans le cœur des spectateurs, qu'importe! Les prophètes voyaient-ils de leurs yeux, entendaient-ils de leurs oreilles ce qu'ils ont dit avoir vu et entendu? Qui le sait? et qu'importe! Quand le sang de saint Janvier se liquéfie à Naples,' est-ce une apparence ou une réalité? Apparence ou réalité, il se passe à Rimini et dans quelques villes de l'Italie, et devant quelques images, ce qui ne se passe point en d'autres villes ni devant d'autres images. Pourquoi cela? Pourquoi, dans toute ville, toute

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image de la Madone ne remue-l-elle pas les yeux? Vous n'en savez rien, ni moi non plus. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas et que nous croyons. Dieu ne daigne pas toujours nous faire connaître la raison de ses merveilles.

Je ne prétends pas qu'il faille tout croire; mais, s'il faut des raisons pour croire, il faut des raisons pour douter. Les raisons de croire abondent ici, et les raisons de douter manquent. Ce prodige «absurde» est attesté autant qu'il peut Tétre avant la sentence définitive de l'Eglise; par ce prodige « absurde », Dieu convertit les âmes; et enfin, ce prodige « absurde » n'éclate pas pour la première fois. Vous ignorez sans doute qu'on célèbre à Rome une fête des miracles de la sainte Vierge, en mémoire de prodiges tout semblables à ceux qui ont remué Rome et l'Italie à la fin du siècle dernier.

Voilà, Monsieur l'abbé, ce que je voulais vous répondre. Je termine en vous priant humblement de vouloir bien éviter, en parlant d'un tel sujet, des expressions plaisantes que je suis accoutumé à lire dans les journaux voltairiens, mais qui, venant de vous, me blesseraient jusqu'au fond de l'àme.

J'ai l'honneur d'être votre très humble serviteur,

Louis Veuillot.

A M. Terret.

12 septembre 1850.

Mon cheu Monsieur, Je vous remercie très tendrement de la part que vous prenez à mes épreuves, et très sincèrement des conseils que vous voulez bien joindre à vos consolations \ J'ai pris l'habitude de m'entendre parler avec franchise, et ce n'est pas seulement parce que les reproches, même durs, n'ont jamais été ménagés aux journalistes, mais aussi parce que j'aime qu'on me parle franchement. Les reproches que l'on me fait à Lyon ne sont pas nouveaux pour moi. Quelques-uns sont fondés, quelques autres sont des banalités à l'usage de gens qui ne connaissent ni les nécessités ni les devoirs de la presse parisienne ; il y en a de tout à fait injustes. Vous ne vous étonnerez pas que les reproches qui me paraissent fondés me paraissent aussi les moins graves. S'il en était autrement, ne pouvant me corriger, j'aurais depuis longtemps abandonné une œuvre où, par suite de mes défauts, le mal eût été plus évident que le bien, lise peut que VUnivers soit trop habituellement sarcastique et ne respecte pas assez une chose très forte et très respectable en ce monde, je veux dire la sottise. En cela, je con-

1. L'archevêque de Paris, Mgr Sibour, venait de publier un mandement contre V Univers.

céderai que nous iiianquons de politique, je nie que nous manquions de charité. La sottise fait beaucoup de ravages; nous avons pitié des malheureux qu'elle intimide ou qu'elle séduit. Quant à la sottise et aux sots, le plus grand service que la charité puisse leur rendre en public, c'est de les effrayer en souffletant avec éclat leur vanité. Ils en deviennent plus modestes, grand point de gagné pour eux-mêmes et pour autrui.

Et puis, dites -moi comment on en finirait jamais, s'il fallait raisonner avec cette multitude d'idiots présomptueux qu'un bon coup de sifflet met en déroute. Voilà très longtemps que je fais des journaux et que j'étudie l'art du journalisme. Le journalisme, c'est la conversation. Tout journal qui veut disserter fait le rôle et obtient le succès d'un pédant parmi des gens qui veulent causer.

Je repousse absolument, je tiens pour rien du tout les reproches qui tiennent à l'ultramontanisme, au ton tranchant, au crime de vouloir gouverner les évoques, à l'antipathie contre l'Université, que je hais comme le diable et que l'on ne saurait trop haïr. J'écris précisément pour faire prévaloir les doctrines romaines, pour détruire l'Université, pour former en France une opinion, non pas qui gouverne les évêques, ce qui est absurde, et, grâce à Dieu, impossible, mais qui fournisse aux évoques les moyens et la force de gouverner. Quand les adversaires de l'Eglise me reprochent ce rôle, je les comprends; quand ce sont

des chrétiens et*des prêtres, je hausse les épaules. Je suis aussi fort peu sensible au malheur de ne pas convertir les impies; ce n'est pas à cela que je m'attache : je m'attache à réveiller, à encourager, à convertir les fidèles, à les faire marcher au combat, à les y engager môme malgré eux. Et toutes les fois que j'en vois un sortir de sa torpeur, si j'y ai pu contriJiuer pour quelque chose, je m'en applaudis comme d'un grand succès, car j'ai fait d'une statue un homme, j'ai ouvert une bouche fermée, j'ai armé et rendu viril un bras indolent. Celui-là fera des œuvres qui convertiront les impies. C'est une manie étrange de reprocher au soldat qui écarte l'ennemi, au bûcheron qui coupe les arbres, au pionnier qui déblaye le terrain et comble les fondrières ; c'est une étrange manie, dis-je, et même une étrange injustice de reprocher à tous ces ouvriers de ne pas bâtir la maison. Ceux-là peuvent convertir qui peuvent absoudre; c'est l'œuvre du prêtre, et non pas celle du laïque. Quand nous aurons, par la liberté de l'enseiofnement, doublé les ranos du sacerdoce, et par la liberté de l'Église, mis cette armée sacerdotale en position de livrer bataille partout à Fignorance et à l'incrédulité, nous aurons beaucoup fait pour la conversion du monde, eussions-nous irrité pendant un temps quelques impies imbéciles, qu'il est fort douteux que notre silence béat et notre oisiveté timide eussent convertis. Et nous pourrons mourir en paix, car nous aurons servi Dieu.

Vous Je voyez, cher Monsieur, c'est toujours la même querelle, ettoul ce qu'on nous impute revient à demander: Pourquoi M. Veuillot ne fait-il pas, par exemple, comme M. Ozanam? Je laisse poser la question et je ne prends nul souci d'y répondre, me permettant seulement de faire remarquer à tous ces apôtres de la tolérance et de la modération que je suis beaucoup plus tolérant et beaucoup plus modéré qu'eux, car je tolère parfaitement que M. Ozanam ne fasse pas ce que fait M. Veuillot. Je crois ([ue cliacun a sa vocation et sa voie qu'il doit suivre chrétiennement, suivant l'impulsion de sa nature et de sa conscience, sans se permettre d'accabler ceux qui prennent un autre chemin. Il est sans doute bon que des catholiques entrent à l'Académie; il est bon aussi que d'autres catholiques qui n'y sont point portés n'y entrent pas.

Je ne vous dis rien de notre situation. L'attitude que nous avons prise est engénéral et presque unanimement approuvée. Je n'ai rien fait que de concert avec le nonce; je sais qu'à Rome on était fort content de nous, du moins avant le mandement. Je le tiens de mon frère, qui le tient de Pie IX; enfin, je sais encore mieux que, si j'ai dû, pour défendre une œuvre que je crois utile, provoquer un avis souverain, je me rangerai à cet avis, quel qu'il soit, non seulement avec une obéissance parfaite, mais avec une parfaite allégresse. Tranquille sur ma conduite et sur mes dispositions, je laisse tout dire : Icloge elle blàmc passent au-dessous de ma raison et de ma foi.

Mille remerciements de la lettre de M. de INIaistre. Elle est bien belle et bien de lui; mais je crois comme vous que la copie est inexacte sur quelques points.

Bien à vous, cher Monsieur.

Louis Veuillot

A M. Lc'oii Aubineau.

Septembre 1850.

Je voudrais vous écrire un peu long, très cher ami, mais c'est beaucoup déjà de vous jeter quelques mots, dans la situation où nous sommes; situation fort calme intérieurement, mais fort affairée. Eugène est à Rome, Coquille, à Auxerre; Gondon boite ; Du Lac, surmené et paralytique, n'est guère bon qu'à jouer des ciseaux; B... ne fut jamais bon à rien. Restent Roux et moi qui sommes valides, et c'est peu. Pour tout dire en un mot, je n'ai pas eu le temps de préparer seulement le papier de notre appel.

Vous savez tout ce qui s'ajoute à ma besogne ordinaire de lettres, de visites, d'etc. Tous les etc. dans ce moment abondent, et je ne sais ce qui me retient de me coucher de tout mon long et de crier que je n'y suis plus et que je n'en veux plus.

Quant à la grande chose, ne vous inquiétez pas : je veux et je saurai obéir; mais, conseil pris et bien pris, il m'a semblé que je ne devais pas laisser

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étoufTcr d'un coup dans mes mains, par un acte que je crois trop prompt, toute la presse catliolique. Vous comprendrez cette raison. Elle suffit pour le public. Il y en a une autre. En môme temps que nous étions condamnés ici, nous recevions à Rome, dans les oreilles d'Eugène, et de la bouche du Pape, l'approbation la plus douce et la plus complète qui nous ait été jamais donnée. C'est là l'autre autorité également respectable (je ne disais rien de trop) qui a balancé pour nous celle de notre archevêque. Il nous est sans doute permis de ne pas croire mauvaise, ni funeste, ni même inutile, une oeuvre que le cardinal Antonelli qualifie de bonne œuvre bien faite, et que le Pape a annoncé vouloir récompenser après l'avoir tendrement bénie.

Eugène a été reçu à Rome avec quelque chose de plus que la grande bienveillance et la faveur. Il a demandé une audience de Sa Sainteté le 17 (août), à onze heures du matin : il l'a obtenue immédiatement, pourlejour môme, etlesoir,àsept heures, il baisait la main de Pie IX. Non fecittaliter omiii nalioni.

Le coup de Paris vient de beaucoup de sources, qu'un œil exercé peut découvrir. L'archevêque est entouré de rédacteurs de VEre nouvelle^ et lient de près à ceux du Moniteur catliolique. 11 n'est pas ou n'est plus ultramontain; il s'est mis en tête de convertir Chambolle, qu'il voit souvent; et on sent de reste, à le lire, qu'il aime à faire partao-er ses avis. Son Avertissement est plein de

choses exagérées, et tous les faits n'y sont pas exacts.

Ce n'est rien; mais fallait-il laisser étrangler VUiiivers? Pour moi, je le veux bien; mais seulement, V Univers vaut la peine qu'on ne le supprime pas sans réflexion. Si le Pape en est d'avis, il saura nous le dire, et tout sera dit. Il n'y aura ni hésitation ni murmure de notre part, vous le savez; vous savez que je serai très convaincu que cette fin sera heureuse, pour moi premièrement, et ensuite pour la chose publique.

Du reste, en attendant, Monseigneur aura toute satisfaction, et nous donnons de notre déférence, poussée jusqu'au scrupule, la plus belle preuve du monde, en nous abstenant de reproduire les abominables éloges que son mandement obtient du côté des rouges, et les critiques respectueuses, mais fortes, qui s'élèvent du camp opposé. Nous ferons mieux : le bref que nous attendons, ce bref approlîateur, nous le garderons dans notre poche, et nous n'en parlerons pas. Vous voyez, cher ami, que nous sommes en sûreté, et que cette tempête nous trouve déjà dans le port. Ne doutez pas que nous y resterons. Je défie ceux mômes qui me prêchent charitablement la modération de m'en faire sortir.

Priez pour nous et pour moi.

Louis.

Jusqu'à présent nous sommes approuvés presque sans aucune exception. Dans la foule de lettres

que je reçois, et il y en a d'épiscopales, une seule m'annonce que je prends la route de tous ceux qui se sont perdus. C'est le pathos d'un bonhomme qui s'étonne de ne pas lire dans VUnù'crs un article de VAmi. Il s'attendait à nous voir fraterniser; quand le mouient viendra, nous ferons quelque chose de mieux que les phrases de soumission : nous nous soumettrons sans phrase.

Ma maison va bien : tout marche, tout mange, tout dort.

A M. Th. Foissct.

18 septembre 1850.

Mon cher ami,

Voici bien la centième lettre, ou plutôt la centième réponse que j'écris sur notre affaire. On m'a écrit de tous côtés, et de tous côtés dans les meilleurs et les plus catholiques sentiments. J'aurais été bien malheureux si on avait vu, et surtout si on avait loué en moi des pensées de résistance qui me feraient horreur; mais ma situation est bien comprise et partout approuvée. Dans ces cent lettres, il y en a plusieurs d'épiscopales, et ce ne sont pas les moins fortes. On me dit de conserver V Univers.

Pour le conserver, j'ai été forcé, plus que vous ne semblezle croire, d'agir comme je l'ai fait. Le principal avantage que j'y ai vu tout d'abord a été d'esquiver la nécessité de répondre publiquement, si

peu que ce fùl, aux avertissements durs et inexacts de notre archevêque, et en même temps la possibilité d'éviter un replâtrage qui n'accommoderait rien.

Vous n'êtes pas ici, mon cher ami, et je ne puis vous mettre au courant des choses par une lettre; qu'il me suffise de vous dire que je n'ai rien fait que par le conseil du nonce, lequel, et non sans raison, considère cette affaire comme le regardant plus que nous. C'est lui qui m'a dit d'exposer la situation et de réfuter les griefs spécifiés par l'archevêque, dans un mémoire auquel je travaille maintenant et qu'il enverra au Pape avec ses observations. Hélas! la réfutation est trop facile. Vous la lirez et vous en serez consterné, non pas pour nous.A'^ous verrez, entre autres choses, quel'évêque de Digne ^ nous a pressés de faire tout ce que nous reproche l'archevêque de Paris, et que sur aucun des points où il nous frappe nous n'avions les torts qu'il nous attribue.

En particulier, nous n'avons soulevé aucune des questions dites compromettantes; nous les avons toutes prises sur le tapis, où la polémique les traitait et les maltraitait, suivant sa coutume.

Une chose qui m'a encore décidé, c'est qu'au moment où l'on nous frappait à Paris, l'on nous approuvait à Rome. Le mandement a paru le 31 août. Le 17 août, mon frère, reçu par le Pape, avec des "égards et une bonté rares, en audience

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