‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 39 sur 73 · Mgr Sibour avait été évêque de Digue · texte numérisé non relu

Mgr Sibour avait été évêque de Digue

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secrète, cnlendait le Sainl-Pèrc louer cnlièrcment, parfaitement, chaudement et sans réserve, les travaux du journal. Pie IX lui donnait spontanément sabénédiclion pour nous tous et pour notre œuvre, et lui annonçait des témoignages de sa satisfaction paternelle. Avant de supprimer un journal ainsi traité, c'était bien le moins que nous demandions si le journal doit périr.

Mais pourquoi appeler? dites-vous. C'est que cette position est inextricable autrement. Un arrangement ne tiendrait pas, et le seul arrangement que veuille accepter l'archevêque, c'est d'être rédacteur en chef. Il y aurait sans doute encore un journal, mais non plus VUnwers. Ce serait le Moniteur catholique^ VEre nouvelle^ tout ce que je ne veux pas et que personne ne veut, sauf à l'archevêché.

Je ne sais si le Saint-Père restera dans les dispositions où mon frère l'a vu. Je ne m'en inquiète guère.

Il verra, il réfléchira, il jugera, il fera tout pour le mieux et il sera obéi instantanément. Je ne demande point une décision publique, surtout si je suis excusé. Je demande une direction qui me bâillonne ou qui me laisse parler en sûreté de conscience. En dépit de tout ce que je reproche aux actes de Paris; en dépit de la promptitude, de la passion, des erreurs que j'y vois, ils mettent ma conscience en doute sur le mérite du journal. Je ne sais plus, comme je le savais, si ce journal est utile et nécessaire; il faut que le Saint-Père pro-

nonce là-dessus, autrement je n'y tiendrais plus. Adieu, mon cher ami.

Tout à vous en Noire-Seigneur.

Louis Veuillot.

Au même.

12 octobre 1850.

Mon ami,

J'aurai soin que Roux ne fasse pas attendre le Président Riambourg. Il m'eût été bien agréable de faire ce compte rendu, car j'ai toujours sur le cœur d'avoir négligé votre autre Président. Mais le temps me manque. Le travail le plus dur, le plus long pour moi, etleseulqui m'effraye, c'est d'analyser un livre. S'il s'agit de philosophie, l'effroi devient de l'épouvante et de la terreur; ce n'est pas que je n'aimasse à creuser ce puits, mais il me faudrait les outils et n'avoir pas autre chose à faire. Alors, je ferais un volume où peut-être il se trouverait de bonnes choses.

Vous voilà content de notre arrangement; moi, je n'en suis pas fâché; mais il esl loin de satisfaire tout le monde. Les amis murmurent et les ennemis grincent. En somme, ce que j'y vois de très bon, c'est que j'ai voulu agir chrétiennement, et par celte seule raison je suis convaincu d'avoir agi politiquement.

Nous n'avons rien perdu et nous avons plutôt gagné à celle affaire. Quand on a vu ce pauvre

journal si près de sa fin, plus d'un, qui avait souvent essayé de lui passer la corde au cou, u frémi qu'il ne fût étranglé. Je me vante d'avoir été, de tous ceux que la chose intéresse, un de ceux qui ont pris l'aventure le plus tranquillement. Je ne me suis pas senti le moindre goût humain pour la vie, encore moins pour le triomphe. Celte œuvre qu'on a voulu m'arracher tant de fois et de tant de façons, je la tiens sur mes mains, et non pas dans mes mains; et c'est ainsi, je vous le dis devant Dieu, que je l'ai toujours tenue. A ceux qui la voulaient prendre, j'ai dit vingt fois : Prenez ! Aussi je ne puis m'expliquer que par des mouvements de passion les accusations violentes d'ambition, d'orgueil et même de ruse dont j'ai été l'objet. Je n'ai jamais fait qu'une chose, qu'on ne peut pas en conscience me reprocher : je me suis refusé à être un plastron et un homme de paille, et à prendre la responsabilité en abandonnant l'autorité. J'ai dit : Si vous voulez faire le journal, répondez-en ; pour moi, si je dois en répondre, je veux le faire ; mais je ne tiens pas aie faire ; j'y serai tant qu'on voudra en second, en troisième, en dernier, si l'on veut; et si l'on ne veut pas que j'y reste, jen'y resterai pas. Pouvais-je donc me montrer plus conciliant ? On se méprend bien sur mon cœur et sur les mobiles auxquels il obéit constamment. M'at-on vu chercher à me pousser, à devenir quelque chose? Il y en a qui pensent que je liens au journal parce que j'en ai besoin pour vivre ; il est très vrai que c'est mon gagne-pain, et je n'en rougis

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pas. Oui, j'ai besoin du journal pour vivre; mais je n'ai pas besoin de vivre. Par orgueil ou autrement, j'aurais bientôt fait de vendre mes meubles, de congédier mes servantes, de monter dans un grenier et de faire moi-même ma cuisine, aussi simplifiée que mes revenus. Xos amis puissants n'en seraient pas plus fatigués de moi pour cela, et ne me verraient pas plus souvent qu'aujourd'hui.

Mais, tant que le journal restera dans mes mains, à part des modifications insignifiantes, il restera ce qu'il est. Sit ut est, aut non sit. Je ne crois pas utile, et il ne m'est pas possible de le faire autrement. Si j'ai pu quelquefois caresser la chimère de contenter tout le monde, elle est aujourd'hui complètement évanouie. Mgr l'archevêque de Paris m'a plongé dans une méditation à fond et m'a fait instruire une enquête complète sur les conditions d'existence et d'utilité de la presse catholique. Je suis sorti de là comme un homme qui a éclairé de tous les côtés sa route et qui reprend d'un pas ferme et convaincu son premier chemin.

Ah ! mon cher ami, je ne suis pas fâché pour vous que vous n'en ayez pu faire l'expérience cruelle ; mais, je vous le dis avec une certitude entière , au bout de six mois d'exercice, vous auriez été de mon avis ou vous auriez abandonné avec tristesse une œuvre qui n'eût été qu'un champ de bataille intestine ou Tinstrunient de quelques individus. Voyez en quoi s'entendent et en quoi vous vous entendriez aujourd'hui avec la plupart

de ceux qui vous proposaient rcntrcprisc. La première condition d'un journal catholique, c'est d'être fait par des manières de moines, qui ne dépendent ni de la politique, ni de l'Ordinaire, ni d'eux-mêmes, et qui veulent servir la vérité dans l'humilité et dans la pauvreté.

Adieu, je vous embrasse.

Louis Yelillot.

A M. Vabbé Comhalnt .

Paris, 9 scplembrc 1851.

Très cher et VÉNÉRARiE AMI,

Je viens de lire avec douleur votre lettre en réponse à Mgr Dupanloup. Permettez-moi de vous conjurer de cesser cette lutte. On ne comprendra pas votre simplicité, et elle fournira des armes contre vous à ceux qui veulent vous perdre. Je vois déjà beaucoup de bonnes âmes très sincères et qui vous aiment, qui vous accusent de manquer de mesure ; d'autres diront que vous manquez d'humilité, et ceux qui comme moi vous aiment sont forcés d'avouer que vous manquez d'adresse. Remarquez que tout ce public à qui vous vous adressez ne vous connaît pas et ne connaît pas vos adversaires. Autant vous compromettez vos avantages, autant ces derniers savent ménager et utiliser les leurs. Ils sauront vous déchirer et vous écraser, sans paraître oublier les convenances ni la charité. Vous aurez beau avoir cent fois raison :

quand le mal sera fait, il sera fait, et qui en souffrira? La religion toute seule. On a eu bien de la peine à pardonner à l'cveque de Chartres, malgré ses quatre-vingt-deux ans et sa belle renommée, ce que l'on a sottement regardé comme un acte d'indiscipline envers son métropolitain. On pardonnerait bien moins à un simple prêtre les duretés qu'il dit à un évéque. Ou je me trompe fort, ou votre lettre vous nuira plus dans l'épiscopat que ne l'auraient fait toutes les foudres d'Orléans et de Paris. Laissez rouler ces tonnerres impuissants, ou n'y répondez qu'avec tranquillité et respect, sans récriminer, sans faire d'allusions ni d'épigrammes. Mais le mieux serait de ne pas répondre du tout et de continuer vos prédications.

J'ajoute qu'il est souverainement regrettable d'entendre accuser un évêque de jalousie et d'ambition. A quoi bon ? Cela ne corrige personne, ne remédie à rien, et ne sert qu'à réjouir les ennemis, qui voient chez nous les mêmes passions, les mêmes emportements, les mêmes manœuvres que chez eux. Mgr Dupanloup a tort, et vous savez que je ne le dis pas pour feindre d'entrer dans vos sentiments; mais c'est un évêque, et sa qualité doit obtenir de nous les respects que nous pourrions être tentés de refusera sa personne. Croyezmoi, cher et vénérable ami, n'allez pas plus loin, ni envers lui ni envers d'autres. Satisfait d'avoir loyalement combattu des doctrines qui vous semblent dangereuses, laissez de côtelés personnes, à

conimcncer par la votre. Votre zèle apostolique, que tout le monde connaît; vos services, votre piété, plaideront bien mieux pour vous que vous ne sauriez le faire vous-même, et plaideront sans fournir matière à réplique, ce qu'il faut éviter lorsque l'on a devant soi de tels ennemis, car ils veulent blesser et ne veulent pas être convaincus.

Croyez, cher et vénérable ami, à mon dévouement et à mon amitié. Je ne crois pas vous en avoir jamais donné de meilleure preuve qu'aujourd'hui.

Tout à vous en Notre-Seigneur.

Louis Veuillot.

A M. Th. Fuisse t.

10 octobre 1851.

Mon cher ami.

Indigné contre Roux-Lavergne à cause de sa paresse, j'ai voulu qu'il vous répondît avant moi. Vous aurez trouvé, en lisant son article du 9 octobre ^ que ce n'était pas la peine de le faire attendre ; mais je n'en ai pu tirer que cela, et quant à faire moi-même ce travail, je n'en ai ni le temps ni la faculté. Un livre de philosophie m'épouvante, et il me semble toujours que je n'y entends rien. D'ailleurs, vous voyez comme je travaille, quoique vous ne voyiez pas tout. Ajoutez à ces articles des livres en train, des lettres aux quatre coins du

1. Sur les OJÀHTCS du président Riaiubourg, éditées par M. l'oisscl.

monde, des lectures, des visites à recevoir, le souci de cinq enfants, chiffre actuel de mes filles, et vous me pardonnerez tous les silences et tous les oublis. Savez-vous que j'ai eu, le mois dernier, une cinquième fille, bien venue comme les autres? Elle se nomme Thérèse, elle est filleule de Donoso Gortès et d'une Petite Sœur des pauvres ; elle telle, elle crie, n'a point de difformité, et nous espérons qu'elle sera carmélite.

Je ne sais comment je parviens à suffire matériellement et moralement à tant de soins de tous genres. C'est un mystère de la bonté divine. Remercions-la et priez pour moi.

Tout à vous.

Louis Veuillot.

J'aurai demain Irente-huitansaccomplis; dimanche sera l'anniversaire de mon baptême.

Priez pour moi, priez pour moi.

An même.

16 décembre 1851.

Mon cher ami.

J'ai reçu vos deux lettres ; pardonnez-moi de ne vous en avoir pas accusé réception plus tôt •. En vérité je n'ai pas eu le temps ; mais j'ai eu le

1. Dans ses lettres, écrites au lendemain du coup d'Etat du 2 décembre, M. Foisset conseillait la réserve vis-à-vis de Louis- Napoléon.

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temps de les lire cl de les mcdiler, comme je lis cl médite tout ce qui vient de vous.

Il faut être prudent, je compte l'élrc; après avoir donné, je commence ù retenir. Soyez assuré que je ne veux me jeter à la tète de personne. Néanmoins, je suis jilus confiant que vous et moins touché des scrupules de légalité. Il n'y a plus de légalité en France depuis longtemps. Nous assistons aux jeux de la force. Remercions Dieu qui les modère, et prions-le de nous rouvrir la source du droit.

Les événements ont répondu pour moi à plusieurs de vos craintes. Jusqu'à présent, vous avouerez que cela ne va pas si mal. Vousavouerez aussi que la révolution du 2 décembre est une véritable contre-révolution, et que c'estunbien plus grand pas que le pas déjà si grand du 24 juin*. Yoilà deux défaites considérables pour Témcute ; et la seconde, opérée sans le concours de la bourgeoisie, est aussi une défaite de la bourgeoisie. Pour moi, c'est un point capital.

Les gens qui tiennent le pouvoir sont pleins de bonnes intentions. Ce ne sont point des chrétiens, mais ce sont de bons diables, point voltairiens, point philosophes, point gallicans r trois bons points ! Ils sentent une force dans l'Eglise et ils sentent que cette force doit rester libre. S'il plait à Dieu, ils nous serviront mieux que nous ne pourrions le faire nous-mêmes. Dites OMt samedi prochain, comme tout le peuple. Il faut être avec le

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