‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 40 sur 73 · La défaite de juin 18'j · texte numérisé non relu

La défaite de juin 18'j

peuple, lorsque la conscience ne le défend pas c'est la force, et la bonne force.

Adieu, mon cher ami! Tout à vous en Notre- Seigneur. Louis Veuillot.

A M. Alexandre de Saint-Albin ^ .

18 janvier 1852.

Mon cher Monsieur, L'article que vous voulez bien approuver était une première réponse à votre lettre ; j'espère que celui qui a suivi ne vous aura pas déplu, et que vous y verrez un signe de plus de la conformité de nos pensées et de nos efforts. Oui, il faut faire un vrai parti de gouvernement, et ce parti ne peut être que profondément catholique. Autrement rien ne tiendra, rien ne vivra. Le roi légitime, avec le parti légitimiste, ne ferait pas mieux aujourd'hui que Louis-Napoléon, peut-être même ne ferait pas aussi bien, et n'aurait pas plus de chances de durée. La stabilité qu'il nous promettrait aurait, selon toute apparence, le double résultat de nous endormir, nous autres,et d'exaspérer nos ennemis, qui sont toujours les mêmes. Il n'est pas mauvais qu'ils attendent et que nous ayons peur. Pendant ce temps, d'excellentes destructions s'opèrent, sous les coups de ce bélier à qui la Révolution donne toutes les prérogatives que les filles de joie accor-

1. M. de S.nint-Albin était aloi's rédaclcur en chef du journal d'Angers l'Union de l'Ouest.

tient à leurs ainaiils, y eoinpris celle de les battre et de les ruiner. Laissons faire, profilons du bien; n'abandonnons rienaux hommes, mais tout à Dieu. Bonaparte peut passer, c'est probable; toutefois nous n'en savons rien. Ne décrétons pas de nousiiicmes ou la vie ou la mort. Dieu permet que nous sachions ce que nous devons faire aujourd'hui ; seul II sait ce qu'il fera demain.

Vous avez vos difficultés et votre tactique ; j'ai les miennes. Trouvez bon que je ne condamne pas VUiiLvcrs à périr, et que je m'arrange pour conserver le plus longtemps possible un droit d'opinion et de conseil, dont je crois fermement que je puis tirer bon parti. Ceux qui sont le moins gênés le sont un peu. Je le suis comme un autre; mais je ne regrette pas ce que je ne puis écrire, quand je songe à tout ce qui ne s'écrit plus.

Adieu ! Je suis très heureux de votre amitié et

de vos sympathies: conservez-les-moi, et croyez à

ma sincère affection.

Le bruit court ici que M. de Falloux veut se présenter aux élections pour le Corps législatif. Est-ce possible ?

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