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pensées d'une forme qui obtienne un peu d'estime,
la plus grande joie que j'y prendrai sera de n'avoir
pas tout à fait trompé votre attente, et de pouvoir
ainsi adresser à l'Insigne Académie artistique du
Panthéon le seul remerciement qui soit digne de
sa haute renommée.
Veuillez agréer, etc.
Louis Veuillot.
A M, T/i . Fois se t.
24 juillet 1853.
Mon cher ami,
Je viens de lire l'article de M. Nault sur votre Pascal. Il est fort contestable, à mon avis; mais à Dieu ne plaise que j'entre dans cette controverse avec vous, et l'article passera prochainement. M. Franlin, qui nous a si bien habillés il y a quelques mois, verra par là que nous avons quelque chose de bon, ou plutôt il ne le verra pas. Et qu'importe ?
Je conteste les idées de M. Nault, point sa forme, qui est excellente et vénérable.
Il n'aurait pas attendu si j'avais vu l'article tout de suite. Je ne sais comment cet article a mis plusieurs jours à venir dans mes mains.
Pardonnez-moi les langueurs de ma correspondance. J'ai de mauvais yeux, plus mauvais que jamais, et un tiavail forcé au milieu de beaucoup (rin(|uiétudes. Depuis deux mois, j'ai toujours
rune ou l'autre de mes filles malade; ce qui est plus cher encore que la santé et m'oblige à barbouiller pour les libraires. Vous verrez paraître coup sur coup quatre ou cinq volumes, où tout, j'espère, ne vous déplaira pas.
Bien à vous en Notre-Seimieur.
Louis Yeuillot.
XGVllI
Au même.
1 novembre 1853.
Mon cher ami, Gémissez tant qu'il vous plaira : je vous félicite du gendre que votre fille vous donne et de la forme sous laquelle elle le prend. Servante des pauvres, c'est bien ; mais servante des pauvres pécheresses, c'est mieux. Songez-y donc : courir pieds nus à travers les épines et les pierres, pour retrouver la brebis perdue et galeuse! J'ai cinq filles; je ne serais pas fâché de les partager entre diverses familles : une carmélite, une sœur des pauvres, une ursuline, etc. ; et, si elles voulaient entrer toutes au Bon-Pasteur, je ne dirais pas ouf! ni holà! Dieu sait pourtant si je les aime et si je les trouverais de trop autour de mon lit de mort, à supposer que je meure dans un lit. Mais il faut les aimer pour elles, et non pour nous, conformément à la loi de Dieu, qui est aussi celle de la nature. Nous ne possédons pas plus nos enfants qu'un poirier les poires. La maturité venue, le fruit
tombe. Heureux celui qui tombe dans les mains de Dieu ! Heureuses les vierges qui suivent l'Agneau ! Heureux le père qui voit sa fille à l'abri du cloître ! il garde tout ce qu'il peut garder de son amour; elle ne l'oubliera pas, elle priera pour lui, elle lui rendra au centuple la dot qu'il lui a donnée. Donc rcjouissez-vous, mon ami, et ne versez que de douces larmes, et souhaitez-moi voire bonheur.
M. Lâchât m'a apporté votre compte rendu; je vais le faire passer, bien content d'avoir un article sur son livre et que l'article soit de vous.
Tout à vous en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot.
XGIX
A M. Auguste Bouchet, rédacteur en chef du Journal du Puy-de-Dôme.
Paris, 12 décembre 1853.
Monsieur,
J'ai eu le plaisir de lire les articles que vous avez publiés dans le Joiinial du Puy-de-Dôme^ à l'occasion des vers de M. Hugo *. Je vous remercie de vos sympathies. Je me suis convaincu, en cette circonstance, que la haine la plus enragée ne peut rien contre la réputation d'un honnête homme, et ne fait ((u'avilir ceux qui l'éprouvent. 11 y a nécessairement dans le monde un troupeau de niais et de
1. M. Victor Hugo, exilé volontaire, se vengeait d'avoir été sifflé par Louis Veuillot en publiant contre lui, à Bruxelles, des vers pleins de rage et de mensonges.
méchants qui sera toujours contre quiconque défendra hardiment la vérité et la justice. Mais qu'importe cela? Ce troupeau, immense par le nombre, ne pèse absolument rien dans la balance de l'opinion. Le Siècle^ avec ses vingt-cinq mille abonnés, n'est que la voix d'un seul imbécile. Si j'avais besoin d'encouragement pour continuer la lutte à laquelle j'ai voué ma vie, je puiserais plus de force qu'il ne m'en faut dans le sentiment que soulèvent ces attaques stupides et sauvages, sentiment dont vous avez donné. Monsieur, une si vigoureuse expression.
Grâce à Dieu, mon drapeau n'a point à rougir de moi. Je l'ai servi avec zèle, avec constance, avec désintéressement; je n'ai jamais demandé ni accepté aucune récompense. Je n'ai voulu être ni fonctionnaire ni député, et je n'ai pas plus sollicité les petits que les grands ; je n'ai jamais franchi les portes de l'Elysée ni des Tuileries; je n'ai frappé ni à la porte de la réputation, ni à celle de la fortune. On dit que je suis riche et que l'Eglise méfait des pensions. Je ne demande à l'Eglise que les sacrements pendant ma vie, et, après ma mort, les prières qu'elle accorde à tous les chrétiens. Je n'ai pas de terre, pas de revenu; je vis humblement de mon travail, plus près, grâce à Dieu, de la pauvreté que de l'aisance, et je suis enfin du petit nombre de gens qui ne veulent pas s'enrichir. Pardonnez-moi cet épanchement tout confidentiel. Comme je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous, je me suis laissé aller au plaisir de vous montrer
que riiommc privé n'est pas indigne de la considération (|iic vous avez lémoignée à Thomme public.
Je vous renouvelle mes remerciements, Monsieur, et vous prie de croire à mes sentiments les
plus distingués.
A M. l'abbe X... '
27 décembre 1853.
Les pralines ont été rerues, mon cher abbé, et très bien reçues. On en cause deux fois par jour au moins. Il y a tout plein de bonnes choses dans ce Berry, malgré les inconvénients qui s'y mêlent, comme partout. L'ecclésiastique y a ses charmes. Tous n'ont pas ce gros ventre que je n'ai point vu, et celle crasse d'esprit et de corps que je me rappelle trop. Quant aux X... de tous les numéros, ceux qui n'ont que le numéro 2 ne peuvent pas décemment se plaindre à ceux qui ont possédé le numéro 1. D'ailleurs, c'est une suite du péché originel. Le diable a inventé la sottise comme son chef-d'œuvre le plus parfait et le plus agaçant. Il faut lui jouer le bon tour d'en profiter en s'exerçant à la patience. Oh ! que ceux qui auront été patients avec les sols auront une belle couronne
1. Celle lellre et la suivniilc nous ont été envoyées du collège de Chczal-Benoît, avec ce renseignement : « Lettres trouvées au collège de Chézal-Benoît (Berry). »
dans le ciel! Mais je crois qu'il n'y en aura pas beaucoup.
Je vous remercie de la compassion que vous me montrez quand vous me voyez aux prises avec les méchants, qui sont les sots armés en guerre, et • d'autant plus sots. Ce misérable Hugo m'a en eftet ' |//<T<n " ) frappé au cœur, en mêlant le nom de ma très c^' j/"^
digne et très vénérable mère dans la potion qu'il 1 ' l/û^'^
voulait me faire avaler. J'ai ressenti le coup plus vivement que je ne ressens ordinairement ces choses-là ; quoique Dieu ne m'ait pas fait la grâce de m'y rendre complètement insensible, je les supporte bien et je les oublie vite, mais ce trait m'a fait saigner plus longtemps. Heureusement que je n'en garde aucun ressentiment personnel. Ils peuvent faire ce qu'ils voudront : ils m'auront toujours pour adversaire, jamais pour ennemi.
Adieu, mon cher abbé ! Toute ma maison va bien ; ma sœur vous salue, et je vous embrasse. Rappelez-moi à M. le curé du Ghautay.
Bien à vous en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot.
Au >ncme.
Lundi, 9 janvier 1854.
Mon cher abbé, L'esprit de Gantù est, comme dit l'abbé Migne dans ses comptes rendus sommaires de la librairie, bon et mauvais. C'est un chrétien plus qu'un ca-
tholique ; il est Italien, il est Milanais, il est avancé. Mais vous corrigerez aisément cela, et je ne crois pas qu'il y ait rien de meilleur en fait d'histoire générale, Rohrbacher excepté, bien entendu.
h' Encyclopédie a un peu le même inconvénient. Elle a été revue par Tabbé Receveur, qui est presque un Cantù ecclésiastique ; mais ici encore il n'y a rien de mieux. Si vous prenez ce livre, vous aurez l'édition de choix au prix de la vulgaire.
Le curé de S. est admirable de consentir à lire l'Univers à vos frais. Voilà un trait à mettre dans les Annales de l'Eglise du Derry au dix-neuvième siècle. Cependant je vous admire encore plus, et je vous assure qu'après une pareille action vous n'avez pas besoin d'envoyer des pralines pour vous faire chérir, de moi du moins ; je ne parle pas pour mes filles.
J'ai bien ri du grec de X... II, que je vous propose de nommer R. à la houppe, en mémoire de Perrault et de son cheveu recroquevillé sur le sommet du crâne : bel indice de la sève qui bout dans celte marmite de carton-pierre! En fait de X..., il ne faut point donner de chiffre, parce qu'il n'y a point d'inégalités dans cette catégorie. Du moment qu'on est X..., on est X... premier.
Sur ce, tenez-vous en patience. Songez que si Dieu a donné aux X... tout ce qui se mange, il ne leur a rien donné de ce qui se goûte, et que ces pauvres gens sont les plus mal partagés.
Tout à vous. Louis Veuillot.
GII
A Mgr Berteaud , c'véque de Tulle.
Paris, 21 avril 1855.
Très vénéré Seigneur,
Je me demande depuis longtemps s'il me sera aussi difficile d'envoyer une lettre à Tulle que d'y aller moi-même ; mais cette perpétuelle remise, que quelque nouvelle affaire m'impose chaque jour, est ridicule; elle fait souffrir mon cœur, et, quand je devrais me borner à un billet, je vous écrirai aujourd'hui. C'est la prétention d'écrire une lettre et de vous dire beaucoup de choses qui m'a condamné au silence sur la chose que j'avais surtout à cœur de vous dire, savoir, que je suis revenu d'auprès de vous pénétré de reconnaissance, et, j ose ajouter, de la plus tendre et de la plus dévouée affection. Vous avez été si bon, et je suis revenu si charmé ! Gomment ai-je pu me taire deux mois? A mon retour, j'ai trouvé une parente qui mourait. Morte, elle nous a laissé quelques affaires; puis le carême, puis un mal d'yeux qui me force de me livrer aux oculistes et qui ne me laisse, depuis deux semaines, que trois ou quatre heures par jour ; enfin, le journal, ce grand preneur de temps; et les mois ont passé comme si mon cœur n'avait aucune attache à Tulle.
Vous, Monseigneur, vous m'avez écrit. Ce beau mandement sur l'Immaculée Conception, je l'ai reçu comme une lettre dont j'ai été très heureux
et très fier. Je l'ai lu avec loulc la joie de l'admiration, je me le suis fait relire, et, pour n'en pas jouir tout seul, je le mets tout entier dans le journal. A ce propos, permettez que je vous prie de me faire envoyer un autre exemplaire, chez moi, rue du Bac, '14, afin que ma collection ne soit pas incomplète. Je vous ai retrouve tout vivant en ce bel ouvrage, Monseigneur. Je vous voyais, je vous entendais; je sentais à certains moments ces effets de l'objection qui vous font ricocher comme le boulet et puiser dans l'obstacle une nouvelle force. Tout m'était si présent, que j'en ai profité pour donner à mon frère et à ma sœur une idée plus nette de cet évéque de Tulle dont j'ai fait tant de descriptions ; et vous pouvez bien penser que je n'ai pas négligé de laisser tomber et de ramasser ma calotte.
Daignez maintenant. Monseigneur, souffrir que je vous soumette une critique et que je vous demande une correction. Vous dites de la sainte Vierge : « Cette noble tueuse des hérésies ». Je crois que ce mot ne peut passer. Tueur n'a qu'une acception vulgaire et basse, et qui ne saurait être relevée ; le génie de la langue lui a refusé un féminin; il est contraire ù l'idée de dignité dans l'homme, encore plus dans la femme. Une tueuse^ c'était Théroigne de Méricourt. On pousserait trop de clameurs sur ce mot, el, à mon avis, tout autre vaudrait mieux, mémo une platitude. J'ai mis « ce noble vainqueur » ; vous auriez trouvé mieux. Mais cette faiblesse disparaîtra dans les magnificences
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de l'ensemble ; personne n'y prendra garde ; tout le monde s'arrêterait à tueuse^ et quelques bonnes gens ne verraient plus que cela. Ce n'est pas la peine de les soustraire au tourment de l'admiration. Songez, s'il vous plait, Monseigneur, aux regards éplorés que l'évêque d'Autun jetterait vers le ciel, entendez les cris de l'Eminence que citent si à propos les grands écrivains modernes, voyez reffarouchement de Mgr l'ancien curé de Toulouse.
A présent. Monseigneur, il faudrait, s'il vous plaît, songer à un autre mandement : vous rappelez-vous notre conversation avec votre préfet et votre journaliste, sur la sanctification de l'humanité par la viande et la machine à vapeur ? C'est l'hérésie régnante. Il faudrait la prendre au corps, telle qu'elle se présente à ces esprits et qu'elle les charme. 11 y en a beaucoup qui croient honnêtement que l'humanité n'a commencé à être heureuse qu'en 89, et que jusque-là Dieu avait jeté sur elle des regards de colère. Il faudrait établir théologiquement et physiquement, par la constitution même de l'humanité, ame et corps, dans quelles conditions elle peut trouver réellement sa petite somme de bonheur et sa grande somme de dignité. L'autorité doctrinale est ici nécessaire, parce qu'un grand nombre de bons chrétiens sont imprégnés de l'air du temps et croient beaucoup plus à la fumée de la cuisine qu'à celle des encensoirs. C'est en particulier l'illusion de ceux que nous nommons les cliaritains, qui sont d'excel-
lentes gens, priant, pratiquant les sacrements, et cependant matérialistes comme les plus grossiers philanthropes, avec qui ils font alliance.
Je n"ai pas abandonné l'idée dont je vous ai parlé, de faire imprimer en livre quelques-uns de vos mandements, 11 me semble que celui sur les Indulgences, celui sur la Science de la foi, celui de l'Immaculée Conception ou du Saint-Esprit, et un quatrième sur le Matérialisme, feraient un juste volume, fort utile en ce temps-ci. Je vous débarrasserai bien volontiers des soucis d'éditeur pour le choix du libraire, la correction des épreuves, la préface, etc.
Il n'y a point de nouvelles en dehors des journaux. Je n'ai point essayé de voir l'empereur, malgré la promesse que je vous avais faite ; mais tout ce que j'aurais pu lui dire, à peu près, lui a été dit par un de mes amis*, et de ma part. Ses paroles ont été bonnes. Il a éloigné des dignités du conseil d'Etat un homme qui nous inquiétait, et ses idées sur les évoques à élire sont rassurantes. C'est lui-môme, et lui seul, malgré ses ministres, qui a voulu l'érection de l'évéché de Laval, que le cardinal Mathieu va, dit-on, attaquer au Sénat. Sur d'autres questions, notamment sur celle de l'inspection des couvents, il n'y a rien à faire, attendu que la plupart des évéques, et le nonce avec eux, disent qu'on peut en passer par là, et qu'il n'y a ])lus en France, à proprement parler, de clôture.