Le comte Gustave de la Tour
Mes yeux se brouillent, Monseigneur, et je suis forcé de m'arrêter court. Daignez vous souvenir de moi devant le bon Dieu ; souvenez-vous aussi de mes petites filles, sur lesquelles je voudrais tant voir descendre votre bénédiction.
Je suis. Monseigneur, avec les sentiments les plus dévoués,
Votre très humble et très dévoué serviteur,
Louis Veuillot.
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Au R. P. Coiitaniin, recteur du collège d'Iseure.
Paris, 21 avril 1855.
Mon Révérend Père, J'ai été bien heureux de recevoir votre lettre, et bien édifié des détails qu'elle contient; j'ai été aussi bien fâché de tant tarder à vous répondre. Mes mauvais yeux en sont la cause. Je suis forcé de subir un traitement qui ne me laisse la possibilité de travailler que trois ou quatre heures par jour. Mais du moins j'ai fait tout de suite votre commission, et j'espère que le journal vous parvient régulièrement. Ne vous étonnez pas de recevoir l'édition quotidienne, au lieu de celle que vous avez demandée : c'est un cadeau que l'administration, à ma requête, a été heureuse de vous offrir. Nous avons pensé que si vous n'avez pas le temps de lire le journal tous les jours, vos malades sont moins occupés que vous. A travers toutes les injustices et toutes les injures dont la Compagnie de Je-
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SUS est rdijct, Dieu la l)énil d'une façon glorieuse en lui donnant des œuvres comme celle que vous faites et des ouvriers comme vous. Ce bien même sera une semence de contradictions nouvelles, puisqu'il accroîtra le nombre des envieux et des ingrats ; mais qu'importe ? Je ne saurais vous dire combien nos cœurs se sont enorgueillis saintement des sympathies que vous nous témoignez. C'est une grande consolation dans nos petites traverses, de nous sentir de tels amis, et nous y puisons plus de courage et plus de forces que nos heureux devoirs n'en exigent. Dieu permet ainsi que ses soldats de tout rang se sentent les coudes sur l'immense champ de bataille où il lésa distribués, et sa garde impériale ne méprise pas les plus pauvres petits fantassins. Ah! que nous devons tous le bénir de nous avoir appelés sous ce beau drapeau ! Priez, mon Révérend Père, pour que nous fassions bien, c'est-à-dire humblement, tranquillement et persévéramment. Je vous parle au nom de tous mes collaborateurs, et je suis celui de tous qui a le plus besoin de secours.
Votre bien reconnaissani et entièrement dévoué serviteur,
Louis Vi:riLLOT.
CTV
A M. Th. Foisset.
Paris, 23 avril 1855.
Mon cher ami,
En prenant un mois de Marie dans Bossuet, je n'ai pas du tout entendu confisquer la source, et je suis enchanté que d'autres aient eu l'idée d'y puiser dans le môme dessein. Gela me prouve que je ne suis pas seul à avoir horreur des dévotionnettes courantes. J'espère que votre demoiselle a mis plus de soin que je n'en ai pris à cette besogne, car j'ai simplement marqué les sermons, et l'imprimeur s'est chargé du reste.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez, parce que tout ce qui vous regarde m'intéresse, et parce que je conclus de là que vous me faites l'amitié de n'en pas douter. Les doux, les modérés, les voletants, les larges, enfin toute l'école de l'amour m'a excommunié sous tant de formes, que j'ai plaisir à me trouver encore en communion avec quelqu'un, et j'aime bien que ce quelqu'un soit vous.
Pour vous envoyer aussi ma gazette, je mène, grâceàDieu,unedouceetpaisiblevie. Jesuiscomme un moine dans sa cellule, sans rapports avec le monde. Je n'ai point d'afl'aires matérielles, ma sœur se charge de tout ; et point de disputes, car je n'appelle pas disputer écrire tous les jours quelques lettres et recevoir quelques réponses. Je suis
sans ambition, sans projets, et, sans haine, et sans regrets. Je regarde ce qui se passe; je dis mon avis, sans concevoir la moindre amertume contre ceux qui en ont un autre et qui disent que le mien est d'un sot ou d'un méchant. Si je suis sot, ce n'est pas ma faute; méchant, je sais que je ne le suis point. Pour plaisir et pour récompense, je vois croître sous mes yeux, comme dans un jardin, cinq belles fleurs que le bon Dieu cultive plus que moi. Elles parent de grâce et de vie un tombeau qui n'a jusqu'ici enfermé que mon bonheur, et je me dis que la racine qui a poussé ces rejetons charmants n'est pas morte, bien que je ne la voie plus. Que Dieu donc soit béni ! S'il me traite avec miséricorde, il se fiancera bien une ou deux de mes filles ; s'il les voulait toutes, je ne les lui refuserais pas. Il en sera suivant sa sainte volonté, et je ne lui demande en somme que de mourir avec les sacrements.
Adieu, mon cher ami ! Bien à vous quand môme. Soyez persuadé que je ne vous en aimerai jamais moins, fallùt-il nous battre un peu.
Louis Veuilt.ot.
GV
A Mgr Gignoux, éveque de Bcauvais.
2 juillet 1855.
Monseigneur,
Ma petite Gertrude aussi est morte. La sévérité de Dieu, qui m'éloigne du dernier soupir de mes
enfants, ne m'a pas permis d'arriver à temps pour la voir mourir. J'étais en Alsace, auprès de Madeleine, malade aussi, et qui nous a bien inquiétés. La Mort s'est promenée sur toutes ces chères enfants, et Dieu lui a permis d'en frapper deux. Conjurez-le de me faire grâce et de me laisser les autres. Qu'il ait au moins pitié de ma pauvre sœur, qui souffre comme une mère. Pour moi, je suis un pécheur; écrasé sous la main qui me punit, je la reconnais, je l'adore, je la remercie; mais elle seule peut me donner la force de ne pas succomber.
Que voiis êtes bon pour moi, Monseigneur; j'accepterais l'hospitalité que vous m'offrez, si je pouvais quitter ma sœur et mes autres enfants. Je serais bien auprès de vous pour prier et pleurer.
Cette petite Gertrude est celle que vous avez portée dans votre voiture l'été dernier. Elle est morte tenant à la main un crucifix qu'elle baisait souvent; sans qu'on le lui demandât, lorsqu'on lui présentait une médecine, elle faisait le signe de la croix et prenait tout sans montrer la moindre répugnance. Marie, qui avait neuf ans, nous charmait par ses qualités et nous édifiait par ses vertus. Priez pour nous, Monseigneur, surtout pour moi. Vous me pardonnerez de ne vous avoir pas répondu plus tôt. On ne m'avait pas envoyé votre lettre en Alsace, et je ne Tai lue qu'à mon retour, aujourd'hui. Je l'ai lue avec consolation. J'espère que Dieu, touché de tant de bonnes prières qu'on lui adresse pour moi, ne me laissera pas perdre