‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 45 sur 73 · VII · texte numérisé non relu

VII

les grâces que m'apportent ces coups de foudre. Daignez agréer, Monseigneur, les sentiments profondément reconnaissants et dévoués que mon cœur vous a voués depuis si longtemps.

Louis Veuillot.

Au R. P. do m Garder eau.

Paris, 9 juillet 1855.

Mon bon Père,

Je vous remercie de votre charité, je vous remercie de me rappeler les grandes vérités de la foi. C'est là le vrai baume de toute douleur. Par la miséricorde de Dieu, nos cœurs n'en ont pas été privés. Nous croyons, nous aimons, nous espérons. A travers nos larmes, nous voyons que la mort n'est qu'un des mensonges de ce monde. Ecartant le fantôme avec le signe de la croix, nous n'en voyons que mieux la véritable vie, et nous y aspirons davantage et plus efficacement.

L'hospitalité de Solesmes me serait la plus douce en ce moment-ci. Que j'ai été heureux là, et que je le savais peu ! Mais je ne puis en ce moment quitter la maison, 3Ia sœur, affligée comme une mère, a besoin de ma présence, et les enfants qui nous restent, encore mal rétablies, ouvriraient dans mon âme une source d'angoisse intolérable, si je les peidais de vue. Songez, mon Père, que je n'étais pas là quand ces deux chères petites ont

fermé les yeux, cr, que j'ai trouvé l'une au cimetière, l'autre au cercueil.

Adieu, mon bon Père ! Priez bien pour moi, afin que je serve Dieu et que je gagne à mon tour le beau ciel qu'il a donné à mes enfants.

Votre tout dévoué en Notre-Seig^neur,

Louis Veuillot.

GVII

A M. Th. Foisset.

Xovembre 1855.

Mon cher ami,

Vous portez des coups, on les pare, et vous criez qu'on vous fait du mal. Je n'ai jamais attaqué le premier un catholique, et j'ai bien souvent négligé de répondre à ceux qui nous attaquaient ; mais il y a des cas où le devoir même commande de se défendre. Si je comprends mal les pensées de mes adversaires, ce n'est pas ma faute. Autant que je peux, je cite textuellement. J'ai horreur de l'allusion, qui permet d'être injuste sans responsabilité, et je regarde comme une bassesse de faire dire à un adversaire ce qu'il ne dit pas. C'est pourquoi je ne me contente point de citer, et j'accorde à tout le monde le droit de s'expliquer chez moi, quoique je ne revendique presque jamais ce mémo droit pour moi chez les autres. Malgré cela, la contradiction a ses épines. Il faut se taire ou savoir les accepter, et je crois prêcher d'exemple.

Toute parole a ses conséquences logiques, que

l'adversaire peut tirer, ^'olls ne pensez qu'à Racine, mais vous allez à Ponsard. Quand, d'accord avec tous les évoques, sauf deux ou trois, nous faisons honneur à un gouvernement que Monlalembert proclamait, avant et après le 2 Décembre, le plus chrétien qu'on eût vu depuis des siècles, vous dites fort bien que nous avilissons la dignité des catholiques, et vous ne croyez pas du tout nous faire tort. Quand nous soutenons qu'une des sources du pao-anisme est dans l'enseionement des auteurs païens, vous dites que nous sommes des butors, des croisés en sabots qui voulons abolirles belleslettres parce que nous ne les goûtons pas, et cela vous parait fort légitime. Quand nous critiquons les plus dangereux païens de ce temps-ci, les éclectiques en tout genre, le Correspondant a soin d'établir, suivant une distinction d'Ozanam, deux écoles : celle de l'amour, où il se met; celle de la haine, où il prétend que nous sommes, et il est très convaincu qu'il reste dans les bornes de la modération. Je suis très convaincu du contraire, je le dis, et je veux le dire davantage, si l'occasion se présente davantage.

La pensée et la conduite de V Univers sont aussi loyales, aussi désintéressées, aussi réfléchies que toute autre pensée et que toute autre conduite.

Je ne vois pas du tout que je doive laisser plus longtemps dire ou insinuer le contraire. Je n'attaquerai pas ; mais comptez que je ne laisserai passer ni les attaques directes ni les insinuations, encore moins les insinuations que les attaques. Je

ne les laisserai point passer, par la raison qui fait que je m'abstiens d'en user. Je n'ai aucun scrupule de cette polémique. Sans doute, mieux vaudrait qu'il n'y en eût pas et que nous fussions d'accord. Mais, puisque nous différons, ce que nous avons de mieux à faire est certainement de nous expliquer. Peut-être arriverons-nous ainsi à nous modifier réciproquement : j'entends le Correspondant et V Univers .y on& nous donnerez du mors, et nous vous donnerons de l'éperon. Si vous désespérez de ce résultat, et si vous croyez que la paix entre nous vaut mieux , alors, mon cher ami, c'est que vous trouvez que les deux lignes sont acceptables. Dans 'ce cas, laissez-nous notre train, suivez le vôtre ; mais je crois que vous verserez encore une fois , faute d'ennemis naturels , et parce que le soin de ménager ces ennemis vous en fera chercher d'autres. Je dis vous, le Correspondant. Dans l'appréciation que je fais du journal, je ne peux pas tenir compte seulement de ce que vous écrivez. Mais croyez que tout ceci ne me fait pas passer dans l'école de la haine, et c'est bien sincèrement que je vous serre la main^

Louis Veuillot.

1. Montée à ce point, la corresjjondance devait cesser. Cependant cette lettre ne fut pas la dernière; mais on ne s'écrivit plus que de loin en loin et par exception.

.1 Mgr Gignou.t\ cvéque de Bcauvais.

9 décembre 1855.

Monseigneur,

Je vous demande pardon de répondre si tard à votre bonne lettre, IJUiiiveis vous aura montré combien je suis occupé dans ces courtes journées que mes mauvais yeux me défendent d'allonger. Les articles, les visites, les conférences, ne me laissent pas un instant, et c'est à peine si je pourrai ce matin terminer ce billet.

J'avais bien prévu que nos polémiques avec le Correspondant vous affligeraient. Elles m'affligent moi-même, mais elles me paraissent indispensables. Le Correspondant est un journal politique créé contre VU/iwers, pour jeter les catholiques dans l'opposition parlementaire. Il y a là un péril général bien plus important que toutes les questions secondaires ou personnelles qui pourraient s'élever. Jamais le Correspondant n'a été bienveillant pour VUnivers. J'ai longtemps laissé passer toutes les allusions malignes et injustes qui remplissaient chacun de ses numéros; mais il y a terme à tout, et l'on ne peut pas exiger de nous que nous nous laissions détruire en détail, au profit d'une prétendue conciliation sur le terrain politique, avec des gens qui sont et qui resteront les ennemis de l'Eglise. Je n'ai jamais commencé une querelle contre un catholique, et la plupart du

temps j'ai longtemps attendu avant de répondre à ceux qui commençaient. M. de Montalembert inonde la France et l'Europe de lettres où les rédacteurs de V Univers sont représentés comme des hommes fanatiques q\. servîtes . y dS. attendu qu'une de ces lettres devint publique, et publique à Paris, pour me défendre. M. de Falloux écrit contre nous, à Rome, et fait courir sur notre compte des propos fort peu dignes de sa réputation de loyauté'. Je ne dis rien. J'attends que cela se produise. Ce n'est pas d'hier que le P. Lacordaire nous montre son antipathie. Elle date de la levée de boucliers de 1847 contre les Jésuites, qu'il voulait abandonner et que nous voulions défendre ; elle s'est manifestée dans bien des occasions. Je me suis défendu l'autre jour pour la première fois. Comment puis-je faire ? Faut-il que je laisse tout dire ? On dira tout, et le public croira tout. Je crois que cela ne serait pas prudent, et que même je n'ai pas le droit de laisser avilir des travaux honorables dont je ne suis pas le seul auteur. Je crois en outre qu'il importe de île pas laisser penser au gouvernement que les catholiques lui sont hostiles.

Il est sans doute regrclta])le que tant d'hommes importants et distingués s'éloignent de nous. Mais pourquoi s'éloignent-ils ? et quels moyens avonsnous de ne pas les voir s'éloigner, à moins de les suivre dans une voie et dans des alliances qui

1. CeUc réputation était déjà entamée, et il la perdit tout à fait.

ne sont celles ni du Souverain Pontife ni de Tépiscopal?

Voilà, Monseigneur, les raisons que j'ai eues d'agir comme je l'ai fait. Je conviens qu'il serait bon de parler sans blesser personne ; mais rien n'est moins aisé, et je trouve que nos adversaires s'y entendent moins encore que nous. Quelle injustice dans cet article du Correspondant, en réponse au mien ! et quel mauvais procédé, de la part de VAn/i de la Religion, de reproduire cet article, lorsque nous n'en voulions point parler ! Enfin, Monseigneur, je tâcherai de profiter de vos avis, et je demande de tout mon cœur au bon Dieu de m'en donner la force. S'il suffisait de vous aimer tendrement pour cela, ce serait fiiit. Daignez me croire toujours votre bien humble et bien dévoué

serviteur,

Louis Veuillot.

A M. L. de Lovcrdo , conseiller à la cour Impériale d'Orléans ^ .

Mars 1856.

Monsieur,

Notre ami commun, M. Aubineau, m'a communiqué votre lettre au sujctdesinjuresquc m'attire l'entente cordiale dcMM. Jacquot et Lavcdan. Les mar-

1. M. de Lovcrdo, lecteur de l'Univers et ami particulier de notre collaborateur Léon Aubineau, avait écrit à celui-ci, pour qu'il la communiquât à mon frère, une lettre où il flétrissait la campagne que le Moniteur du Loiret, rédigé par M. Léon La-

qiies de sympathie que j'ai reçues de tous côtés, et dont votre lettre est une des plus précieuses, ôtent tout mérite à la patience avec laquelle je suis disposé à prendre ces sortes de choses et ces sortes de gens. On ne peut faire aucune espèce de guerre sans recevoir des coups, et celle que je fais en a toujours attiré plus qu'une autre, puisqu'elle s'adresse spécialement à celui qui s'appelle légion et légfion de légions. Mais elle a des consolations et des réconforts qui compensent tout et au delà ; je le sais par expérience. Une seule chose m'a semblé dure en cette occasion-ci, et cette chose était extraordinaire : je veux parler de cette manière d'apostille mise sur l'écrit de Jacquet par une main qui ne devrait toucher à rien de pareil *. C'est à cela que j'ai répondu, non au reste; et je n'y ai rien gagné, comme vous voyez. Je ne veux rien faire de plus. 11 me semblerait que j'en ai besoin, et je rougirais de prendre garde à l'injure, plus que de l'injure elle-même, qui tombera bientôt toute seule. Pour ma vie passée, qui n'a vraiment pas été si affreuse, j'en ai publiquement demandé

vedan sous l'inspiration de l\Igr Dupanloup, faisait contre Louis Veuillot. Sa lettre se terminait ainsi : « Le Moniteur du Loiret, devenu bêtement taquin et légitimiste, s'est déjà attiré deux avertissements. Il ne dépendrait donc que de j\I. Veuillot, en obtenant contre lui, pour diffamation, une condamnation certaine, qui, par suite des antécédents, entraînerait do plein droit la suppression du journal, de faire disparaître une feuille qui devient, de gaieté de cœur, l'égout des saletés de M. Eugène, dit de Mirecourt. J'ai donc fait sentir à mon bomme (\\ie,s'il i'i^'ait, il ne vivrait plus que par la grâce de Veuillot. » 1. La main de Mgr Dupanlonp.

pardon à Dieu et aux hommes ; pour ce qui regarde mes pauvres écrits, ils répondront par eux-mêmes. Pour ma vie depuis que je suis chrélicn, c'est à moi de faire en sorte qu'elle ne donne pas raison à la calomnie des hommes et qu'elle obtienne la miséricorde de Dieu. Je n'en désespère point. Si j'élais allaqué là-dessus je me justifierais, par devoir de position; mais on ne m'impute que mes fureurs, et c'est un point où j'espère aussi peu rectifier le jugement des hommes que je crains peu le jugement de Dieu. Quant à me venger en faisant supprimer le Moniteur du Loiret, comme il n'y aurait là aucun avantage public, je n'en suis pas tenté.

En acceptant mes remerciements, veuillez, Monsieur, en faire part à M. Leroux^, que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais dont vous parlez de manière à me faire sentir en lui cette sympathie, et, j'oserai dire, cette confraternité qui me rend si fort'et si heureux.

Je suis, Monsieur, avec la plus haute considération, etc. Louis Veuillot.

GX

A M. l'abbc Soymler.

22 avril 1856.

Monsieur l'abbé, Je vous demande pardon de n'avoir pas encore répondu à votre bonne lettre. Celle chaude affaire

1. M. Leroux était, coiniiie M. de Lovorflo, coiisoillfr à la cour d'Orléans.

au sujet de laquelle vous m'écrivez, est tombée sur moi dans un moment où j'étais privé de mes collaborateurs les plus actifs, et j'ai dû, presque seul, faire face à tout. Me voilà un peu délivré ; mais je m'aperçois que je n'ai pas seulement négligé de vous répondre : j'ai encore oublié de vous faire adresser le journal. Je répare aujourd'hui cette inadvertance. J'y fais joindre un exemplaire de ma brochure en réponse à M. de Falloux. Permettez-moi de vous recommander ce petit "écrit. Je crois utile de le faire circuler. Nos adversaires sont riches : ils donnent gratis leurs pamphlets. Contre ce nerf de la guerre qui nous manque, Dieu merci, nous avons le zèle de nos amis, qui vaudra mieux.

Vous appréciez parfaitement la fureur des hostilités dont nous sommes l'objet. Sous le voile des correspondances privées et des conversations, cette fureur va plus loin encore et ne recule pas devant les plus basses calomnies. J'en ai la triste preuve. Néanmoins, tout cela ne réussit pas comme on l'espère. Dieu protège une œuvre qui veut être à lui. Le secours vient toujours au moment opportun, souvent du côté où nous ne l'attendions pas. Les vives et fortifiantes sympathies comme la vôtre, Monsieur l'abbé, ne manquent jamais : les cœurs droits sentent ce qui est droit, et ils protestent pour nous contre ces efforts d'injustice qui se ruent périodiquement pour nous écraser. Le plan était parfaitement conçu cette fois. On écrivait publiquement contre

nous à Paris, confidcntielleinciit à Rome. Ceux qui nous attaquaient avaient des compères très important:^ qui gémissaient de cette guerre perpétuelle, si funeste à la religion, et qui renaissait et se soutenait, disait-on, uniquement par la faute de VUnivers. Après les articles, le pamphlet anonyme, fait avec une perfidie effrontée, pour servir de pièces à l'appui. Tout cela préparé, on devait ou lancer une sentence collective, ou provoquer une condamnation dans un concile. Un recueil de calomnies pour servir de matériaux aux canons d'un concile ! c'est un excès devant lequel ils n'ont pas reculé, et qui les peint par eux-mêmes.

Tout cela a croulé devant l'évêque d'Arras et devant le dégoût de l'opinion catholique, et les voilà maintenant embarrassés de leur ouvrage; ils s'en tireront comme ils pourront, et ils recommenceront ensuite. Ils se sont, malheureusement pour eux, engagés dans une voie où l'on ne recule guère.

Pour nous, nous ne reculerons pas davantage. Ce que vous dites si bien du rôle de VUnivers ; de ce lien et de ce feu (ju'il porte parmi les cœurs qui veulent se dévouer à l'Eglise ; de cette vie qu'il entretient en faisant connaître ses combats, ses souffrances, ses héros et ses martyrs, c'est ce que nous avons toujours rêvé. A Dieu ne plaise que nous abandonnions volontairement une œuvre si belle, avant qu'il en donne lui-môme le signal! Prêts à obéir immédiatemeni au moindre désir du Saint-Père, nous résisterons à toutes les machi-

nations de l'ennemi. On pourra nous assassiner, mais on ne nous fera pas fuir.

Adieu, Monsieur l'abbé! Continuez de prier pour nous, et agréez les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Louis Veuillot,

Au R. P. Félix Philpin, de l'Oratoire de Saint-PIiilippe.

30 juillet 1856.

Monsieur,

En m'annonçant que vous avez été chargé par le R. P. Faber de remercier M. de Falloux, qui lui avait envoyé sa brochure contre V Univers, vous voulez bien ajouter pour moi des paroles bienveillantes, dont je vous remercie.

M. de Falloux consacre ses talents, son influencé et sa fortune à faire tout le mal qu'il peut à une œuvre qui contrarie sa politique. Pour ruiner l'œuvre, il diffame les ouvriers, particulièrement moi. Vous paraissez soupçonner cette injustice ; vous n'en douteriez pas si vous aviez lu la réponse de V Univers, à laquelle M. de Falloux n'a rien répliqué. L'opinion ne lui a pas donné raison dans le débat, où il s'est attiré le désagrément de recevoir le démenti le plus incontestable sur les faits qui lui étaient le mieux connus.

Il s'en soucie peu, à la vérité, et il montre en ceci plus d'audace qu'il ne sied à un chrétien d'en

302 CORRESPOM)A.\CE

avoir. Je inctoune qu'il ait osé quêter les remercienicnls des Oratoriens anglais. 11 devait craindre que ceux-ci, se souvenant des efforts de VUiiivers en faveur du P. Newnian, auquel il a l'ail parvenir une souscription de soixanle-dix mille francs, ne fussent pas disposés à croire que V Univers ne peut faire aucun Jjicn. Audaces fortuna juvat. Il a réussi, et le suffrage du R. P. Faber est une conquête d'autant plus flatteuse pour lui, qu'il devait moins l'espérer.

C'est une grande vertu, Monsieur, que la politesse, et j'en suis trop convaincu pour me permettre de faire au Pi. P. Faber la moindre observation. Cependant, quand la politesse peut causer un dommage à la justice, elle perd de son mérite. Un religieux légitimement entouré de la considération publique pourrait éviter de donner une approbation, même indirecte et de pure courtoisie, à un écrit de polémique personnelle, qui offre tous les caractères du pamphlet, contre des catholiques dont lé Saint-Siège n'a condamné ni les intentions ni les travaux. Voilà près de vingtcinq ans que Y Univers combat poui" la cause de l'Eglise, et souvent, en Angleterre et en Irlande, ses efforts n'ont point paru sans utilité. Le haut respect que j'ai pour le U. P. Faber me porterail à désirer qu'il n'eût pas oublié cela en lisant l'attaque injuste et passionnée de M. de Falloux.

J'oserai vous prier. Monsieur, de dire au R. P. Faber que j'ai réfuté l'écrit de M. de Falloux

par des faits positifs. Celte réfutation, qui a déjà paru dans V Univers, va être réimprimée. Je ne vous demande pas de la lire. Vous avez un meilleur emploi à faire de votre temps ; mais il me serait agréable que le R. P. Faber sût qu'elle existe et que les rédacteurs de VUnivers n'acceptent pas du tout et ne croient pas du tout mériter les procédés étranges dont ils sont l'objet.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que je reste, comme par le passé, tout entier au service de l'Oratoire et de ses membres.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Louis Veuillot.

Paris, 6 septembre 1856. L\/ H' ^

GXIl

A Mgr Landriot, évéque de la Rochelle '. ^j jj Ct

Monseigneur, Je n'ai assurément pas besoin de vous exprimer le plaisir, ou plutôt la joie que m'ont donnée les bonnes paroles que Votre Grandeur veut bien me faire entendre. Ces bonnes paroles, j'espérais les recevoir un jour, et je les aurais provoquées di-

1. Dom Pitra avait ménagé une réconciliation entre I\I. l'abbé Landriot, évèque nommé de la Rochelle, et Louis Veuillot. De là cette lettre. Par malheur, Mgr Landriot en conclut que Louis Veuillot lui demandait des avis et même des ordres sur la conduite du journal, et il en résulta que la réconciliation ne tint pas.

30'i CORRESPONDANCE

rectement, si, dans les circonstances actuelles, j'avais cru pouvoir me les permettre sans indiscrétion. Vous ne vous êtes pas trompé là-dessus, Monseigneur: votre cœur, pressé de se répandre, a parfaitement discerné celui où le Pax vobis apporterait le plus de consolation. Je vous en remercie avec un sentiment profond de reconnaissance. Déjà l'éveque avait droit à mon obéissant respect, car je ne suis rien si je ne suis le serviteur des évéques et l'écho^de leur voix ; et en cela mon cœur est pleinement d'accord avec mon devoir, vers lequel il m'a lui-môme constamment incliné.

Vous avez voulu qu'il y eût entre nous quelque chose de plus, et qu'une douceur particulière vînt s'ajouter à cet attrait dont l'obéissance par ellemême est accompagnée ou tout au moins suivie : je vous en rends grâce en mon nom et au nom de mes collaborateurs, à qui j'ai communiqué votre lettre, et qui n'en sont pas moins heureux que moi.

Vous mettrez le comble à vos bontés. Monseigneur, en m'cnvoyant tout ce que vous ferez imprimer. Lors môme que ces écrits ne seraient pas destinés à la publicité du journal, il y aura toujours quelque chose à prendre pour le publier, et surtout toujours un profit particulier pour moi dans cette lecture, qui me fournira, comme chrétien, des sujets de méditation cl de lumières, et comme écrivain, des modèles.

Daigne Votre Grandeur agréer le respect et

le dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être son 1res humble et très obéissant serviteur,

Louis Veuillot.

GXIII

A Mgr Parisis, cvcqttc d'Arras ' .

Paris, septembre 1856.

Monseigneur,

Sur les instances répétées de Mgr le Nonce, j'ai cru devoir ne pas publier les lettres de NN. SS. les évêques de Gap et de Soissons. J'y étais d'ailleurs porté, parce que chacun d'eux cassait une vitre : Mgr de Gap rappelait une conversation qu'il a eue avec le Saint-Père au sujet de V Univers et de son rédacteur en chef; Mgr de Soissons disait que le motif principal des colères déchaînées contre VUnivers est le concours qu'il a donné à la liturgie romaine. Je craignais un peu la divulgation de ces deux mérites; et, d'un autre côté, je craignais beaucoup de blesser les deux prélats en leur faisant, par le fait, garder le silence lorsqu'ils avaient jugé bon de le rompre. Je ne me trompais pas. Mgr l'évoque de Soissons s'est plaint. Je l'ai prié de m'excuser en lui faisant connaître mes motifs

1. Cette lettre est relative à l'affaire dite de Y Univers jugé par lui-même. J'ai donné, dans le VI° volume de la Correspondance, plusieurs lettres sur celte même affaire. Depuis lors j'en ai reçu d'autres. Je ne les donne pas. Les renseionenients qu'elles contiennent trouveront place ailleurs, car ils appartiennent à l'histoire de l'Eglise en France au dix-neuvième siècle

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