Un éci-It de Mgr Gerbet
avcrtissomcnl, (jui sera le prélude d'une mesure plus grave. On s'arrangera pour que nous ne paraissions point martyrs ; nous le serons cependant. En tout cas, nous ne serons ni apostats, ni traditeurs, ni même plus prudents qu'il ne faut.
Nous avons craint qu'on ne voulût point laisser paraître les Observations. On a pris, au ministère, près d'un jour pour donner au libraire l'acte de dépôt qui permet de mettre en vente. Si M. About, le Voltaire du moment, publiait un livre, on ne ferait pas tant de façons. A propos de ce charmant Monsieur, on dit tout de bon qu'il est invité à Compiègne. Les journaux belges, ses confidents, rapportent qu'il a adressé à l'impératrice des vers pour sa fcte, dont Sa Majesté a été on ne peut plus charmée. Cela est bien effrayant par l'excès de la sottise, qui dépasse encore celui du scandale.
Moi aussi j'ai fait des vers. J'ai essayé une imitation de quelques chapitres d'Isaïe, avec le dessein d'ôler à l'Ecriture Sainte la perruque à la Louis XIV dont on rafi'uble ordinairement en français. Mgr l'évéquc d'Arras a trouvé que mes vers étaient fort bons ; mais il m'a conseillé, après mûre réflexion, de ne les point montrer, de peur qu'on ne vint à siffler Isaïe ou moi. J'ai eu plus peur pour moi que pour Isaïe, et j'ai suivi le conseil de l'évéque. L'ouvrage a été tiré à cent exemplaires seulement, pour ne pas perdre la composition, qui était déjà faite. Je vous l'envoie, parce que vous ne sifflerez pas sans miséricorde, et c[uc je n'ai pas le droit de faire n'importe quoi
sans vous le montrer. Dans quelques jours paraîtront deux gros volumes de prose sur des choses en l'air, mais pas tellement en l'air que fout le monde ne les puisse prendre avec la main.
Vous savez, Monseigneur, avec quels sentiments de fils et de disciple je suis, de Votre Grandeur, le très humble et très dévoué serviteur,
Louis Veuillot.