‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 60 sur 73 · Mort évoque d'Anlliédoii · texte numérisé non relu

Mort évoque d'Anlliédoii

2. Discours du Mgr l'ic, cvèque de Poitiers, prononcé à Nantes.

DE LOUIS YEUILLOT 359

quelles un journal qui tient à vivre ne doit pas servir d'écho. On nous a pardonné pour celte foisci, à cause de notre candeur. Néanmoins, cette candeur même donne des doutes, et on a enfin les yeux sur nous. J'aimerais bien à raconter moimême cette aventure à M. l'abbé Gay lui-même, vous présent, et, sur la table, quelques pommes de terre et quelques châtaignes fournies par vos frères. Ce serait encore plus beau si nous étions tous à table.

Que dira-t-on quand la voix se fera entendre, magna tuba veritatls? Hélas ! et comment feronsnous entendre la voix? Mais il faudra bien qu'elle éclate, et partant je trouverai bien un moyen de( la faire éclater.

Je n'ai point de réponse du général Montauban. Je suis fâché pour votre protégé du peu de crédit que m'accordent les puissances de ce monde. Si on ne l'emmène pas, qu'il se console, et surtout que sa mère se console. Je doute que cette expédition soit autre chose que l'essai malheureux qui rendra nécessaire un plus grand effort.

Ne m'oubliez jamais autour de vous. Je chéris véritablement tout ce qui vous touche. Nos séances chez votre bonne mère, nos dîners dans les jardins sont au nouibrc de mes meilleurs souvenirs. Je vois souvent ces bons visages et ces labiés d'autrefois, si différentes de celles d'aujourd'hui, et que nos neveux ne connaîtront plus.

Quand vous rencontrerez le bon curé de Saint- Yrieix, dites-lui que je lui serre la main. Je ne

doute pas qu'il n'aime toujours mieux Saint-Yrieix que Paris, et il a raison; mais Tulle est supérieur à Saint-Yrieix.

Je vous embrasse en Notre-Seigneur.

Louis Velillot

GXLIII

A Mgr Gignou.r, évéquc de Beauvais^.

24 décembre 1859.

Monseigneur, La nouvelle brochure* est, comme l'autre d'il y a un an, une composition de M. de la Guéronnière. L'empereur y a probablement travaillé ; il l'a certainement connue, autorisée, commandée, et nous pouvons être assurés qu'elle nous fait connaître ses idées et ses projets. Quant à Mgr l'évoque de Troyes, je crois qu'il n'y est que pour peu de chose. Il a peut-être fourni un mémoire sur lequel on a broché. Certaines phrases répandues çà et là ont un accent et traînent une queue à la fois ecclésiastique et oratoire. S'il était complètement étranger à l'œuvre, les confidents belges*ne l'auraient pas nommé comme ils ont fait. Il partage d'ailleurs les principes de ce détestable écrit, et un de mes amis a eu la douleur de l'entendre les exprimer. Voilà le scandale du moment; il passe tous les autres, et il l'emporte même sur la foule de ceux qui signalèrent les derniers mois de

1, La brochure le Pape et le Congrès.

Louis-Philippe. Je crois que nous sommes près des catastrophes et qu'elles seront mémorables. Rien ne paraîtra trop sévère auxhommesqui auront bien vu les choses de ce temps.

Les seuls évoques qui n'ont rien dit en faveur du Pape, sont Mgr d'Angouléme, Mgr de Troyes et Mgr de Tulle ; encore ce dernier, dont le silence est inexplicable à qui ne connaît pas son aversion pour écrire, a-t-il parlé publiquement dans la retraite qu'il a prêchée cette année au clergé de Paris. Je comprends moins le silence de Mgrl'évêque d'Angouléme, prélat très pieux, dont les principes sont romains, et qui écrit comme il parle, avec beaucoup de facilité.

Son Eminence le cardinal Mathieu, qui s'est fait beaucoup attendre, a publié son mandement. Il est arrivé à Paris avant-hier, daté du 12.

Nous nous sommes décidés à publier une adresse au Pape. C'est un cas de suppression, ou f tout au moins d'avertissement, si je m'en rapporte i aux avis officieux qui m'ont été donnés et prodigués depuis quelque temps. Mais il n'y avait pas | moyen d'observer plus longtemps un silence qui 1 me pesait comme un scandale et comme une lâcheté. Après tout, j'aime mieux finir assassiné que suicidé.

Je vous remercie, Monseigneur, de prier pour nous. Nous sommes vraiment en péril, mais vraiment aussi il est doux de souffrir avec le Pape et pour la cause de Dieu. Dieu donne la force de supporter toutes les épreuves qu'il envoie ; mais

qui pourra porter le poids de ses vengeances ? Elles éclateront, et tout ce que nous aurons à souffrir nous paraîtra léger.

Pardonnez-moi de vous écrire par la main de ma sœur, qui profite de l'occasion pour vous oflVir ses respects : mes pauvres yeux me défendent le travail du soir.

Vous savez. Monseigneur, avec quels sentiments de tendre vénération j'ai l'honneur d'être, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur,

Louis Veuillot.

GXLIV .

A M. Quid'bcuf.

Décembre 1859.

Monsieur,

Il n'y a d'autre cause à mon silence que l'impossibilité de répondre à toutes les lettres que je reçois. J'ai malheureusement le droit de ne pas m'en excuser. Ne concevez donc aucunecrainte. Je crois toujours que vous pouvez écrire; mais il faut travailler et savoir se borner : c'est le grand art. J'ajoute que lu profession littéraire est périlleuse et qu'on ne risque rien à la prendre tard.

Agréez, Monsieur, mes sentiments très sia.

cères.

Louis Veuillot.

A M. et à M^^ Testas.

Janvier 1860.

Mes chers amis,

La triste et infâme politique ne me laisse pas un moment. Je n'ai pu vous répondre depuis trois jours, étant toujours en lettres, en conseils, courses, etc. Bien m'en a pris d'ailleurs, car ce matin encore je vous aurais donné rendez-vous pour demain, et voilà que je n'y serai pas. Si la cause de tous ces dérangements était moins sainte, combien je me dépiterais ! Mais il ne faut pas murmurer, puisqu'il s'agit de sainle Mère Eglise, épouse de Jésus-Christ. Toutefois, comme sainte Mère Eglise ne veut pas qu'on se tue, nous prendrons un moment de repos, et je médite de mettre votre cuisinière en travail samedi prochain. Qu'en dites-vous?

Je vous demande spécialement pardon, ma vieille amie Félicie, aujourd'hui Augustine, de ne vous avoir pas envoyé ce que vous me demandiez pour vos petits ^ J'étais ràflé, et j'attendais la crue; la crue est venue et m'a laissé plus ràflé que je n'étais, et c'est une véritable panne. Les premières ondées qui viendront rafraîchir ce triste terrain seront pour vous, du moins quelques gouttes. En attendant, méritez que Dieu vous assiste par l'hé-

1. Des secours pour les élèves de la salle d'asile que tenait Mme Testas.

roïsmc de vos vertus, et qu'Auguste puisse se nommer Félix. Vous voyez, Auguste, que je ne lui tiens pas de mauvais discours.

Tout à vous, mes bien chers amis. Je vous aime vraiment de grand et sincère et tendre cœur.

Louis.

A Mgr Berteaud, e'veque de Tulle.

Janvier 1860.

Monseigneur,

Je vous apporte un remords. J'ensuis désolé, malgré la grande joie de vous écrire, et je m'abstiendrais, si je croyais qu'il me fût permis de ne point chercher un guide et une lumière, lorsqu'il m'est ordonné de voyager en pays inconnu. Voici donc mon cas :

Je suis embarqué dans un travail sur Raphaël. Je veux montrer comment il a peint en docteur, et il y a plusieurs très utiles et très belles choses à tirer de là. Les peintres verront que ce grand Raphaël est un enfant, un disciple de l'Eglise. Ils le verront pur dans sa vie, docile dans ses œuvres, humble, savant, inspiré, docteur. Tout cela est neuf. Parmi tant de livres sur Raphaël, je n'en connais point où il soit considéré à ce point de vue capital, eldans la plupart il n'est pas mômeindiqué . Je suis à peu près en mesure de dire tout cela. Mais il y a quelque chose à dire de la peinture en ellemême, de l'art. Ce quelque chose que je pressens et

que je n'ai point, se trouve certainement dans des livres que j'ignore et que certainement vous connaissez. Vous voyez, Monseigneur, que je suis obliofé de vous demander l'indication de ces livres. J'ai trouvé dans un catalogue qu'un théologien espagnol, Ayala, religieux de la Merci, a fait un in-folio intitulé : Pictor diristianus , eruditus^ etc. C'est peut-être mon affaire ; mais je ne peux mettre la main sur cet Ayala. J'ai idée qu'il demeure à Tulle. Si je ne me trompe pas et qu'il vous plaise de lui donner congé pour quelques jours, vous me rendrez grand service. Vous le voudrez bien, j'en suis sûr. Mais il faut prendre la plume et le papier à lettre : voilà ce qui brisera mon espérance et causera votre remords.

Je profite de l'occasion, Monseigneur, pour vous offrir nos vœux de bonne année. Sœur et filles sont avec moi, et nous repassons ensemble les beaux jours de Tulle. Beaux jours déjà loin! et nous voici en 1860, l'année qui doit voir officiellement proclamer la déchéance du Christ comme roi terrestre. Ils se sont souhaité la bonne année aussi, ceux qui veulent faire cela. Qu'ils le fassent ou non, l'année sera meilleure pour nous. A vos pieds, Monseigneur, avec le sentiment le plus filial.

Louis Veuillot.

A M. Armand de Ponlmartiii.

30 janvier 1860.

Mon très cher ami , Je voulais aller vous remercier hier. J'en ai été empêché par ce petit accident que vous connaissez '. Quoique ce soit bientôt fait de mourir par le temps qui court, cela ne laisse pas de prendre encore quelques heures. J'ai remis à aujourd'hui, mais je suis dans l'horreur des funérailles. Tout f le monde veut savoir comment je me porte depuis que je suis mort. Il faut pourtant que vous ne m'accusiez pas d'ingratitude, ou que vous ne me soupçonniez pas d'être peu touché. Ma sœur m'en voudrait. Merci donc, merci de tout mon cœur! Quand vous auriez su que j'allais mourir et que vous faisiez une oraison funèbre, vous n'auriez pas pu vous montrer plus indulgent. 11 n'y a que l'amitié pour être si indulgente, si éloquente, si adroite, pour parer un visage si décrié. Je me regarde avec moins d'horreur dans ce |)ortrait. C'est l'amitié qui l'a si bien réussi, et voilà de quoi je suis fier.

Adieu! à bientôt! Je vous écris au milieu dejla presse des condoléances, répondant à droite, à gauche, en face et par derrière, sans bien savoir ce que je dis ni ce que j'écris; mais vous savez lire

Page 1