‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 61 sur 73 · U Univers avait élc supprime par décret le matin même · texte numérisé non relu

U Univers avait élc supprime par décret le matin même

dans mon cœur, et vous voyez tout ce qu'il renferme de gratitude.

Voulez-vous me permettre d'offrir mes respects et mes excuses à Mme de Pontmartin? J'aurai l'honneur de la saluer lorsque je pourrai sortir de mon cimetière.

Bien à vous, mon cher ami.

Louis Veuillot.

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A Mgr Gignoux, evêque de Beauvais.

6 février 1860.

Monseigneur, y

Votre bonne lettre est la première qui soit venue me coiiboler dans le désastre du pauvre Uni vers; c'est la première aussi à laquelle je réponds. Depuis huit jours, je n'ai pas eu un moment de liberté. Les funérailles ont été belles ; et ce mort, si décrié de son vivant, avait bien des amis ; mais il est mort, et très mort, tué de main de maître.

Nous nous sommes mis tout de suite à chercher ce que nous pourrions faire ; tout a paru ou impossible ou inutile. On ne peut rien publier sans la permission du gouvernement. Il ne nous a pas supprimés pour nous ressusciter. M. Taconet s'était fait là-dessus quelques illusions : il pensait qu'avec un autre litre et moi et mon frère de moins, il serait autorisé à faire un journal de nouvelles pour servir les abonnés; il n'a pas

reçu de réponse ; je crois qu'il n'en recevra pas^ Je me suis mis aux ordres du Saint-Père. S'il désire que j'aille en Belgique, j'irai ; mais il faut l'obéissance pour me décider à ce parti, dont je n'attends pas grand'chose, et qui deviendra peutêtre un exil définitif.

M. Taconet perd une propriété qui valait 500 000 francs. Il reste en avances de 200 000 francs sortis de sa poche, qu'il ne reverra jamais. A peu près tous les rédacteurs perdent à peu près tout : M. Du Lac, mon frère, M. Rupert et d'autres vont se trouver fort embarrassés. Mais, grâce à Dieu, nous avons tous la conscience tranquille et même heureuse dans notre douleur, qui n'est pas du tout pour nous. C'est la publication de l'encyclique qui nous a tués, mais nous ne pouvions pas échapper longtemps. Nous étions résolus, et nous l'avions dit, de ne pas obéir aux injonctions qui nous étaient faites de ne pas publier les documents émanés du Saint-Père. C'était assez d'avoir obéi en ce qui regardait les évéques, et (;ette obéissance n'était que provisoire et conditionnelle.

Nous vivions en vertu d'une encyclique ; nous sommes morts pai- suite d'une encyclique. Belle vie et belle mort! et nous rendons grâce à Dieu de l'une et de l'autre.

Vous nous avez été bon. Monseigneur, toujours et jusqu'au dernier moment. Je vous en remercie du fond de mon cœur, au nom de tous mes frères.

1. 11 CM rcfjiit une : il put (;iiie |)i(railtc le Monde, à condition que Louis Veuillot et lîlufjèno Veuillot n'y sciaient pas.

Priez pour que Dieu nous accorde la volonté de le servir dans tout ce que nous ferons désormais. Je suis, avec les sentiments les plus respectueux et les plus dévoués, de Votre Grandeur, le très humble, très obéissant et très reconnaissant

serviteur,

Louis Veuillot.

GXLIX

A Mgr Laurent, évêque de Chcrsoiièse.

Paris, 6 février 1860 '.

Monseigneur,

Si je pouvais être consolé dans un désastre qui atteint l'Eglise, votre lettre aurait fait ce miracle. Mais, hélas ! elle ajoute plutôt à mon affliction en me montrant ce que les cœurs catholiques attendaient de nous, et quel admirable faisceau de pensées et de prières ce coup brutal vient de briser. Lorsque vous me louez de ce que j'ai voulu faire, j'entre dans une angoisse immense, parce que je dis aussi que mes péchés ont pu nuire à l'œuvre dont j'ai été chargé. C'est là une croix très lourde ajoutée à celle qui pèse sur nous, ou plutôt c'est toute la croix. Je ne parle pas des reproches injustes qui ont été faits à la rédaction de V Univers par un certain nombre de catholiques, et qui se retrouvent dans les motifs hypocrites du décret de suppression. Ces misères n'ont jamais produit

1. L'Univers venait d'être supprimé pour avoir publié la bulle Nullis certe.

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