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en moi un scrupule. Je parle de mes fautes personnelles, assez grandes et assez nombreuses pour écarter la grâce de Dieu, et je ne puis recevoir aucune louange qui ne me fasse trembler et pleurei'. Je vous ouvre ici le fond de mon cœur, Monseigneur, et je vous parle comme à un ami de mon àinc, quoique je ne vous aie jamais vu. Mais j'ai su avec quelle tendresse paternelle vous preniez part à nos luttes. Je vous en conjure, priez pour moi.
Depuis huit jours, nous essayons de toutes les voies pour relever au moins une ombre de VUnivers. Tout est impossible. La crainte, la langueur, de stupides divisions, assez folles pour résister même à ce coup, s'accordent pour nous liej' les mains. U Univers est bien mort. Il s'était établi, il avait vécu par miracle ; un miracle seul peut le relever. Ceux qui l'ont tué ont fait ce qu'ils voulaient faire. Sauf un journal de littérature que nous essayerons peut-être, nous sommes hors d'état de rien tenter. J'ai aussi pensé à m'expa- Irier. Le Saint-Père sait que je suis prêt à tout ce qu'il ordonneia, et plusieurs de mes collaborateurs me suivront. J'accepterais cet exil volontaire, dûtil devenir définitif, par obéissance, en expiation de mes fautes. Mais, pour tenter un pareil moyen, dont j'espère peu de chose, j'ai besoin d'obéir.
Vos prévisions les plus sombres sur notre situation présente et future n'ont rien d'exagéré. La terreur règne sur les journaux ; elle existait déjà, et l'exemple de la suppression do V Univers
l'a portée au comble. Ceux qui voudront faire comme nous périront comme nous. J'espère à peine que deux ou trois s'y exposent*. On ne comprendra pas qu'il n'y a d'utile que de périr, et on se prêtera à leurrer l'opinion d'un semblant de liberté qui ne sert qu'à rendre la tyrannie plus dure et plus sûre de ses coups. Cependant je suis convaincu que rien n'aura prise sur la conscience de nos évoques ; c'est dans leurs rangs que Ton rencontrera la chose la plus rare de notre temps : des hommes.
Daignez agréer, Monseigneur, les sentiments de parfaite vénération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Grandeur, le très humble, très obéissant et très reconnaissant serviteur,
Louis Yeuillot.
A M™^ Testas.
6 février 1860.
Madame et très chère amie, Non seulement je ne puis vous aller voir, mais, comme vous le voyez, je ne puis vous écrire, puisque je réponds aujourd'hui seulement à votre affectueuse lettre d'il y a quatre jours. C'est quel-
1. Il n'y en eut pas un seul à Paris, et il yen eut dans le cou- | rant de l'année, deux en province, la Bretagne, placée sous
l'influence de noire ami et collaborateur le comte G. de la Tour, ,
député des Côles-du-Xord, puis la Gazette de Lyon. '
que chose d'afTrciix que d'être obligé de s'enterrer soi-même. A présent que le convoi est à peu près fini et que j'ai achevé de recevoir les gens de bien qui viennent me dire à quel point ils sont fôchés de ma mort, je vais écrire la même chose à cinq cents amis qui m'écrivent la môme chose. Ce concours est bien touchant, mais il est bien pesant. Cela va me prendre une quinzaine de jours ; après quoi tout sera fini, et l'herbe poussera sur le pauvre Univers, et les rédacteurs se couvriront de toiles d'araignées.
Tout passe, tout meurt. On le sait, et ça surprend. Néanmoins je pleure sur VUnivers^ mais pas sur moi. Il me sera moins dur de me taire, qu'il ne me sera doux de tomber dans l'oubli. Je ne serai plus traité de scélérat, et surtout, chose incomparablement plus désirée, je ne serai plus traité de saint et de héros. Cette cruelle humiliation, qui me donnait envie de marcher à quatre pattes et de prier les passants de cracher sur moi, va finir. Voilà ma consolation dans le désastre dont nous sommes atteints. Ce désastre n'en est pas uioins une chose très amère, à cause de l'iniquité qui le produit et du mal qui en résultera. Que de vérités ne seront plus dites ! Mais Dieu tonnera un jour, et tout sera dit en une fois.
Adieu, ma chère amie! Je coupe court. Ceci est trop sérieux pour être écrit à une simple petite femme de l'ile Saint-Louis; et si on trouve cette lettre dans votre cassette, vous ne paraîtrez plus difi:ne de faire chanter B A ba. Gare la destitution !
mes amis ne sont pas en bonne odeur. Je me glisserai cependant un de ces samedis, à la brune, vers Auguste et vers vous, et je vous donnerai le mot pour que Bably soit sous les armes. Je place ici deux gros baisers de persécuté. Donnez-en un à Auguste ; faites de l'autre ce que vous voudrez. Je suis toujours, mes amis, votre ami,
Louis,
Ci-devant journaliste.