Alors bibliothécaire du Valican
A M. et M'^' Testas.
Rome, 21 mars 1860.
Mes très cheus amis,
Je compte quitter Rome dans une huitaine, et bientôt après je serai à Paris, où je vous raconterai mon voyage, tout en rongeant quelque bœuf. Quinzejours sont bientôt passés dans la vie de ce monde, qui passe elle-même si vite. Mais je ne veux pas avoir reçu vos bonnes et aimables lettres sans vous répondre un mot. Je ne vous ferai point de récit de voyage, et je ne vous donnerai point de nouvelles politiques : le récit serait trop long pour mon temps, les nouvelles trop tristes pour vos cœurs. Je vous dirai tout simplement ce que vous savez bien; mais j'aime à vous le dire, parce que vous aimez à l'entendre : c'est que je vous aime toujours, et toujours beaucoup ; c'est que votre humble maison est l'un des asiles après lesquels je soupire au milieu des magnificences de Rome, qui me sont bien chères cependant. La plupart de ces magnilicences sont vides pour moi; votre maison est pleine de votre amitié.
Les souvenirs que je vous destine sont déjà prêts. Vous aurez l'un et l'autre ce que vous désirez, et même un peu plus. Pour les prières, je l'avais fait, et je le ferai encore; pour le reste, j'y avais pensé. Plus d'une fois je me suis proposé de vous écrire; mais, depuisque je n'ai rien à faire,
je suis terriblement occupé. Je suis constamment
en courses, en visites et en écritures, au point de
travailler même la nuit, en dépit de mes yeux. Je
fais tout cela pour atteindre un résultat qui vous
semblera très amer et qui le sera beaucoup aussi
pour moi; mais le devoir parle : il ne peut être
question que d'obéir. Priez bien pour moi : j'en ai
grand besoin.
Votre ami très dévoué,
Louis Veuillot.
A MM. Gauinc frères et Duprey ^ .
Mardi 21 mars 1860.
Mon très cher Gaume frères et Duprey.
Vous êtes bien assez perspicaces pour savoir à quelle demoiselle vous devez faire parvenir sans délai ce billet doux, écrit par une main qui s'est fatiguée à votre service, et qui espère néanmoins continuer longtemps. Faites-vous payer le port, et ne perdez pas l'habitude de m'aimer, parce que je vous occasionne un léoer déranofement. Je vous aime beaucoup, Gaume frères et Duprey, et tout ce qui est autour de vous. Votre frère Carthur m'a écrit une lettre qui m'a fait grand plaisir. J'espère que celle-ci trouvera tout le monde (fichu mot!) en bonne santé, y compris les nouveaux venus.
Votre .\.mi de Rome.
1. Les éditeurs de Louis Yeuillol. Sou beau-frère, M. ArtUur Murcier, qu'il appelait mou Carthur, était leur associé.
38i CORRESPONDANCE
J'embrasse mon Carlhur; je lui suis tout dévoué, je l'estime infiniment. S'il fait une quatrième édition de Ça et là, je ne sais plus où s'arrêtera nîa tendresse. Le Pape m'a donne un chapclel pour maman Murcier. Carthurctte et les Carlhurinets seront contents de me revoir, j'en réponds.
Bien des choses aux autres Gaiimc frères et Duprey, à commencer par les anciens.
Le frère Gaume et Duprey qui lit ceci est prié de filer au plus vite rue du Bac \ quand même cent insensés seraient dans le magasin à demander du Çà et là. M. Bricon est là pour faire ça, et il faut aller rue du Bac.
GLYIII
A Mgr Mislin.
Rome, 25 mars 1860.
Monseigneur,
L'aimable précepteur des enfants de Mme la comtesse Apponyi m'a remis votre bonne lettre ; je l'ai lue avec un grand plaisir, mêlé d un peu de reo-ret. Mes projets sur Vienne, à peine formés, ont dû s'envoler couime tant d'autres projets. De là mes regrets, car vous m'auriez l'ait un si bon accueil et j'en aurais été si content! Mais il faut repartir pour la France j)ar le chemin le plus court. On m'y rappelle et j'y suis peut-être renvoyé. On me donne quelque chose à faire qui ne