ÉTUDE SUR SA VIE XXUI
pu en France «échapper au couteau* » affluait à Genève, à Berne, à Baie. Des premiers y arrivèrent les fils et le neveu de l'amiral avec les amis fidèles qui s'étaient dévoués à protéger leur fuite. Il n'est sorte d'obsessions que n'ait tentées le cabinet du Louvre auprès des cantons pour obtenir l'extradition des réfugiés. Menaces et promesses furent tour à tour mises en œuvre. Elle se brisèrent aux sentiments généreux de la population qui se multipliait pour soulager d'injustes misères noblement supportées. La Suisse fut à la hauteur de la mission de charité qui lui incombait'. Elle fut, en i 572, ce qu'elle devait être à trois siècles de distance pour d'autres Français malheureux (1871).
Le désir de revoir les siens, le soin de sa sûreté, tout invitait Louise de Coligny à franchir les Alpes'. Au mois de juin elle rejoignit sa famille à Bâle^ Il y avait juste un an qu'elle l'avait quittée, heureuse et confiante, dans ce donjon de Châtillon*, qui fut le muet témoin des conceptions patriotiques de l'amiral et qui lui sert aujourd'hui de tombeau ®.
* Michelet, Histoire de France, la Ligue et Henri IV, chap. II.
* Sur tout cela consulter le François de Cbastillon de M. le comte Jules Delaborde, chap. II, III et IV.
3 Elle arriva à Genève le 34 mars 1573 et en partit le 28 mai (Délibérations du conseil de Genève de ces dates, impr. ap. Delaborde, Fr, de Cbastillon^ '^, 100 et ICI- 102).
^ Le 10 de ce mois, elle remercie le conseil de Berne des égards qu'il a eus pour elle à son passage par la ville; c'est le n® I de notre recueil de la Correspondance de Louise de Colignv».
' Delaborde, L'amiral de Colt'giijfj t. III, p. 382 et 384.
^ Après bien des transferts successif que M. Becquerel a racontés en détail dans Souvenirs historiques sur l'amiral de Coligny, sa famille et sa seigneurie de Cbâtillon-sur-Loing.
XXIV LOUISE DE COLIGNY
L'édit de Beaulieu (mai 1576)* rouvrit à Louise de Coligny les portes de la France*.
Il semblait naturel qu'elle s'établît dans les vastes domaines que l'amiral avait possédés au cœur du Gâtinais et qui, confisqués après la Saint-Barthélémy, venaient d'être restitués à ses héritiers. Elle avait à choisir entre Château-Renard, Dammarie-en-Puisaye et Châtillon, Châtillon pour elle si plein de souvenirs. Mais les circonstances s'étaient opposées jusqu'ici et s'opposaient encore au règlement de la succession paternelle. Par excès de scrupule et quoique assurée de ne pas encourir, si elle s'y décidait, le blâme de ses frères, elle préféra s'abstenir.
D'ailleurs, les contrées jadis si paisibles où s'était écoulée son enfance auraient offert à l'orpheline un spectacle trop affligeant. Une puissante armée était en train de s'y former et, « désastre de biens, carnage de personnes » se succédaient. Telle était la besogne favorite des gens de guerre et de leur suite obligée de goujats et de filles perdues. Montargis et Gien, villes formant les limites des propriétés de l'amiral, eurent nouvelles de ces « vagabonds, voleurs, meurtriers, renieurs de Dieu, restes de gibets », ainsi que les qualifie un annaliste locaP.
Elle se fixa à Lierville, petite gentilhommière située sur les confins de la Beauce et du Blaisois, qu'elle tenait de son mari*.
* Impr. dans La Popelinière, Hist. de France depuis i^^ojusqu^à ces ie/nps ; éd. de 1581, t. IJ, f-» 399-305.
^ Elle partit de Berne le 14 août pour rentrer en France (Haller et Musselin, Cronik vm Bern^ à cette date).
3 Cl. Haton, Mémoires de t^^) a 1^82 publ. par Bourquelot dans la Collection des Documents Inédits, p. 889-891^ 940 et 1051.
* Contrat de mariage de Louise et de Téligny, précité.