‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 13 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE XXXI · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE XXXI

rivalisé de zèle pour compenser les embarras pécuniaires du prince d'Orange (suite inséparable de son rôle politique), par des renies constituées au profit de ses enfants*. Aujourd'hui, plus rien; les mandats reviennent impayés*. Cette femme, ces jeunes filles, ces enfants au berceau, autant de bouches inutiles! à quoi bon subvenir à leurs besoins ?

11 était pourtant un homme qui, dans la circonstance, pouvait tout. Le fils du Taciturne et d'Anne de Saxe n'avait pas eu à souffrir de l'ingrate parcimonie des États. 11 sortait alors de l'adolescence, et pour contenir les Espagnols on n'espérait qu'en lui. Toutes les dignités de son père lui avaient été transmises au lendemain de la catastrophe du lo juillet ^ Un mot de ce sauveur,qui s'était dès l'abord montré à la hauteur de sa lourde tâche, un seul mot eût fait cesser sur l'heure les humiliations de Louise, presque réduite à mendier son pain au jour le jour.

Ce mot ne vint pas. Pour secourir une disgrâce imméritée, Maurice était bien trop le vivant portrait — hautain, égoïste et froid — de l'Allemande qui avait, dix ans durant, désolé le foyer du Taciturne \

Sa situation précaire contraignit la princesse d'Orange de se séparer d'une partie de sa famille. Elle ne garda près d'elle que son fils et quatre de ses belles-filles, les plus jeunes, issues de Charlotte de Bourbon, celles auxquelles ses soins étaient surtout nécessaires , — ajoutons, celles en qui revivait la patrie absente*^.

S'il est un sentiment inhérent au cœur de rhomme,c'est bien l'invincible répulsion qui s'attache aux lieux où il a souffert. Cinq mois après l'assassinat de son mari, Louise de Coligny

* Correspondance f p. 12, n. 5 et 13, n. 2.

' Presque toutes ses lettres des années 1584, 1585 et 1586 roulent sur ce triste thème de sa détresse [Correspondance^ n»- IV-XIV, XX, XXI). • » Du Maurier, p. a 18.

* Sur la valeur morale d'Anne de Saxe consulter Z.« Femmes du Taciturne (art. publié en 1884 par M. Charles Rahlembeck dans la Revue de Belgique) \ sur celle de Maurice cf. infrà, notre chap. IX.

* Correspondance, n" VI, VU et leurs notes.

XXXII LOUISE DE COLIGNY

quittait Deift*. Pendant toute l'année qui suit, elle cherche dans le mouvement, dans des pérégrinations incessantes un dérivatif à sa douleur. Elle est tantôt à La Haye, tantôt à Leyde, plus souvent en Zélande où l'attire une colonie française nombreuse* et prospère et où nous la voyons se fixer en décembre 1 585 '.

Dans cette retraite, elle retrouve un autre Lierville avec ses campagnes fertiles, son ciel clément, son calme que rien ne trouble*. Mais elle ne s'y engourdit pas dans une coupable indifférence. Elle suit des yeux TefiFroyable tourmente dont les tourbillons déchaînés expirent au seuil de son îlot de verdure et dévastent le reste du pays. Des Provinces-Unies ou du roi d'Espagne qui aura l'avantage*? Souvent ses regards vont plus loin. « Je suis en bon état selon le corps, mande-t-elle à son « beau-frère le comte Jean de Nassau*^; Je suis toutefois en « perpétuelle sollicitude, tant pour l'Église de Dieu, qui a tant « d'ennemis et si peu de support humain, que pour mes parents « et bons amis qui sont en continuel danger, tant en ce pays « qu'en France. »

La France ! que de fois il reparaît sous sa plume, ce nom sacré! Là-bas, la lutte, un instant assoupie, s'est réveillée plus ardente. La fraction avancée du parti catholique, la Sainte- Ligue, gagne du terrain. Dans quelques semaines, elle chassera le souverain de sa capitale ; et, à peine celui-ci aura-t-il joint ses forces aux forces du roi de Navarre, héritier présomptif de la couronne, qu'il tombera (2 août 1589) sous le couteau dun fanatique.

La situation a encore empiré ; car les papistes ne veulent pas

* Correspondance, 11" VII

* Henri Havard, la Hollande pittoresque : le cœur du pays (Paris, Pion, 1878, in-8»), chap. XIV.

3 Correspondance, n" VII-XIX.

* Havard, îoc, cit.

* Sur l'intérêt qu'elle témoigne aux péripéties de la lutte des Pays-Bas contre l'Espagne, V. passim sa Correspondance ; par ex. les n*» XX VIII et LI pour l'époque qui nous occupe en ce moment.

® Lettre du 28 janvier 1588, Correspondance, n* XXVI. — Cf. ibid , n" XVII, XX et XXV.

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