ÉTUDE SUR SA VIE XXXMI
d'un roi huguenot et Henri IV a ses États à reconquérir. Y parviendra-t-il?
On sait les alternatives de succès et de revers qui emplirent les années 1 589 et 1 590. L'âme de Louise est comme suspendue aux lèvres des messagers venus de Valenciennes, d'Anvers, d'Arras, les villes les plus voisines de la frontière*. Elle accueille avec des transports de joie les « bonnes nouvelles » du printemps de 1 590 : la victoire d'Ivry, la prise de plusieurs places du Vexin et de la Brie*; « beaux commencements' » neutralisés presque aussitôt par la marche du duc de Parme au secours de Paris investi par Henri IV. « J'espère qu'il arrivera trop tard, » écrit-elle le 6 août*. Le débloquement de la citadelle des ligueurs trompe ses espérances. Elle ne retrouvera sa verve que quand elle ne pourra plus douter de la chute de Chartres au pouvoir du Roi. Alors elle oublie tout, privations et inquiétudes : par trois fois elle y revient dans ses lettres ^ Sur ces entrefaites, de douces surprises achèvent de lui ensoleiller le cœur. A peu de jours d'intervalle, elle reçoit la visite de deux de ses parents, M*'* d'Andelot et le vicomte de Turenne*.
Ce contentement, « le seul, dit-elle, auquel depuis sept ans j'aie participé ' », n'est qu'une éclaircie dans un ciel sombre. Son petit-fils, Frédéric-Henri, est atteint de la petite vérole et elle tremble pour ses jours *. Elle n'est pas plutôt hors d'inquiétude de ce côté qu'elle apprend la « signalée faute » du plus jeune de ses frères, passé à la Ligue. « En toutes mes afflictions, mande- <c t-elle à Turenne, je trouve raison pour me consoler : en cette-
1 Correspondance, n* XXXIX.
« Ibid., n' XXXV.
» Ibid., n» LI.
* Ibid., n» XXXIX et ses notes.
» Ibid., n" XLVIII (texte et post-scriptum) et LI. — Elle ne se bornait pas à des vœux platoniques pour le salut de sa patrie ; elle négocia, en juillet 1^90, un secours de 6 navires pour Henri IV auprès des États Généraux et l'obtint (ibid,, n- XXXVIII, XXXIX et XLl).
• Ibid., n'8 XLl, XLII, XLVIII {post-scriptum), LU. ' Ibid,, n» LU.
» Ibid., n» XLIV.
XXXIV LOUISE DE COLIGNY
« ci, point. Il me semble que c'est une partie de moi qui a faibli <ç en son honneur*. » Un an après, nouvelle épreuve: son autre frère, celui-là le digne fils de Tamiral, meurt des suites d'une blessure mal soignée *.
Une amère déception lui porta le coup de grâce. Elle avait toujours souhaité de consacrer Frédéric -Henri au service de la France^ Mais le prince Maurice ne l'entendait pas ainsi : en Frédéric-Henri il voyait un futur coopérateur plutôt qu'un frère. Sur le bruit que sa belle-mère avait dessein de se retirer avec l'enfant dans la principauté d'Orange aussitôt les troubles apaisés en ces régions — et l'activité de Lesdiguières présageait leur apaisement à bref délai, — il coupa court à ces projets en la rappelant en Hollande.
Elle hésita d'abord, elle « dilaya » tant qu'elle put. A la fin, découragée, elle s'abandonna au courant. Sur la parole vague de Maurice ^ qu'il se feroit reconnoître véritable à elle et au Roy », elle l'avisa de s(5n retour pour le mois de juin *.
D'ailleurs Frédéric-Henri grandissait. Il lui fallait une instruction digne de son rang. Pour avoir un plan d'étude et vraisemblablement avec l'arrière-pensée de le faire exécuter elle-même, elle s'était adressée à Du Plessis-Mornay, ami et admirateur de l'amiral'. Mornay renversa d'abord ses douces chimères. Bien qu'ayant reçu une éducation solide, bien que pourvue des connaissances variées communes aux femmes du seizième siècle, elle comprit son impuissance à guider, seule, Frédéric-Henri dans le dédale des matières regardées comme nécessaires, par l'affectueux conse.ller®. Elle résolut en conséquence de lui faire
* Correspondance y n» XLIV.
* Delaborde, François de CbastiUon^ p. 378.
3 Voy. là-dessus une lettre du roi de Navarre à Maurice de Nassau du 28 avril 1589 (Lettres missives de Henri ly, t. IX, p. 660).
* Correspondance, n«« XLIV, XLVIll, L.
5 Ibid,, n» LIV.
* Grammaire, rhétorique, dialectique, mathématiques, musique, peinture; auteurs latins : Cicéron, Salluste, César, Tacite, Pline, Sénèque, Virgile, Horace; a eurs grecs : Isocrate, Démosthènes, Xénophon, Thucydide, Hésiode, Homère,