ÉTUDE SUR SA VIE XXXV
suivre les cours de l'université de Leyde, une des plus innommées de l'époque.
Mais se séparer de cet enfant, « le gage si cher de son père » — suivant ses propres expressions — son « soulagement » et son « unique plaisir * », était au-dessus de ses forces. Elle Taccom pagna à Leyde. Cette ville avait été de tout temps Tenriemie jurée de Talliânce française que préconisait, on s'en souvient, le Taciturne. Les prédicateurs officiels insultèrent publiquement sa veuve :
— En épousant une Française, le défunt prince d'Orange a commis une grande faute et sa triste fin en a été la punition !
Quoiqu'il lui en coûtât, Louise dut se réfugier à La Haye^ Elle eut du moins la satisfaction de laisser Frédéric-Henri entre les mains de deux de ses compatriotes. Du Moulin et Scaliger. Elle avait contribué à faire obtenir une chaire de philosophie au premier '. Quant au second, c'était grâce à ses instances qu'il avait accepté celle de philologie a lui offerte par les Etats. Pour le décider, elle avait eu une phrase mélancolique, qui définit bien ses aspirations : <c Vous quitterez la France; mais aussi « bien n'est-elle pas maintenant elle-même et ici vous en trouve verez une portion *. »
Théognis, Procillydes (Advis sur l'institution d'un enfant, envoyé à M"« la princesse d'Orange à son instance; cité ibid., en note). » Correspondance^ n"> XXVIIl.
• Gérard Brandt, Historié der Reformatie der hlederlanden (Amsterdam, 167 1- 1674, 2 vol. in-4*), liv. L.
^ Du Moulin^ Autobiographie ^ à celte date (BuJL de la soc, de Vbist. du Protestantisme français^ t. VII).
* Correspondance t n« LVI et note.
XXXVI LOUISE DE COLIGNY
Dans la voie douloureuse où nous suivons Louise de Coligny, rété de 1594 marque une station.
La France vers laquelle sont tournées depuis dix ans toutes ses pensées, cette France où elle a laissé le bonheur, elle va la revoir.
Henri IV s'est décidé k faire le saut périlleux \ 11 a solennellement abjuré la Réforme, et l'un des premiers résultats de sa réconciliation avec la majorité de son peuple a été Toccupation de Paris sans combat. Bien que plusieurs provinces tiennent encore pour la Ligue, d'ores et déjà l'on prévoit la fin des guerres civiles.
Rien n'entravant plus la liquidation de ses intérêts restés trop longtemps en souffrance, Louise saisit au vol le prétexte de les régler pour aller respirer Tair natal. Sa joie ne fut pourtant pas sans mélange. Retenu en Hollande par les méfiantes susceptibilités du prince Maurice plus encore que par ses études, Frédéric-Henri n'avait pas obtenu de suivre sa mère ' qu'accompagnaient, seules, deux de ses sœurs consanguines Elisabeth et Charlotte-Brabantine de Nassau*.
La princesse arriva à Paris le 28 juin. « J'y attends M"" de « Chastillon ma belle-sœur pour commencer de besogner en nos «affaires, y> écrit-elle le 14 juillet*. Elle retrouvait là les compagnes de ses jeunes années, Catherine de Parthenay, vicom-
^ Le roi à Gabriel le d'Estrées, 23 juillet 1^93 (Lettres missives de Henri V^ t. m, p. 831).
■ Correspondance, n» LX et notes.
« Ihid,^ n" LXII. — Les deux autres, Louise-Julienne et Émilie-Antwerpienne, étaient parties pour le Palatinat dont la première épousait le souverain (Und,^ p. 106, note i).
* Ihid,