ÉTUDE SUR SA VIE XXXVH
tesse de Rohan, et Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, toutes deux ferventes huguenotes. Le fanatisme parisien s'émut de la faveur accordée a celle-ci par le Roi de « faire prêcher » en ses appartements ; il s'émut plus encore de voir se former une sorte de cercle protestant au Louvre. Les meneurs dont le peuple a toujours été l'instrument docile profitèrent de ce prétendu grief ; ils tonnèrent avec violence contre M""* de Rohan et surtout contre Louise de Coligny, doublement désignée à leur malveillance comme fille de l'amiral et comme veuve de Guillaume le Taciturne. Écoutons plutôt la première : « On parle de nous assommer * ! y>
Qyelque affligeantes que fussent ces menaces, sorties de bouches françaises, la princesse d'Orange dans sa sollicitude maternelle se résigna à les supporter. Si peu brillante que fût la cour de Henri IV, comparée à celle des Valois ', elle n'en était pas moins pleine d'attirances pour ses belles-filles, ses filles d'adoption ; et elle se serait reproché de les arracher aux plaisirs dont elles étaient demeurées sevrées jusqu'ici. La grâce réservée, la beauté, Tesprit d'Elisabeth et de Charlotte-Brab^tine réunissaient chaque jour autour d'elles une phalange d'admirateurs. Louise de Coligny en concevait un légitime orgueil; dans les succès de ces enfants qu'elle avait élevées, elle voyait la récompense de ses peines. Les deux jeunes comtesses' furent bientôt
* M™« de Rohan à M"« du Plessis-Mornay, 30 juillet 1 594 [Métnoires et cor^ respondancâ de Du^PUssis'Momajfy éd. Auguis, t. VI, p. 85).
' Lettre de Fresne-Forget, citée par M. le comte H. de La Perrière, Trois amoureuses au XVI^ siècle^ p. 303.
^ Elles avaient droit à ce titre comme nées d'un Nassau : en Allemagne, on le sait^ tous les fils et filles d'un comte sont comtes et comtesses. ' Quant à la qualification de prince (d'Orange), elle restait réservée à Taîné des enfants mâles du Taciturne, Philippe-Guillaume ; et ce n'est qu'abusivement, et pour ne pas embrouiller ces généalogies déjà si compliquées, que nous le donnons dès à présent au second, Maurice, qui n'en jouit qu'à la mort du précédent, en 1618; nous nous autorisons du reste pour cela de l'exemple des contemporains qui le nommèrent toujours indistinctement avant ladite date le comte Maurice ou le prince Maurice (Cf. passim, la Correspondatice de Louise et celle de Du Plessis- Mornay) .
XXXVni LOUISE DE COLÏGNY
demandées en mariage par des gentilshommes de haute lignée. Louise fit part de ses espérances au prince Maurice ; « Votre <( sœur Brabantine est recherchée par M. de Rohan et la mère « le désire fort ; mais l'âge de l'un et de Tautre me donneront « bien le loisir de la ramener avec moi; toutefois vous m'en « manderez, s'il vous plaît, votre volonté*. » Pareille excuse dilatoire ne pouvait être invoquée à l'égard d'Elisabeth, de trois ans et demi plus âgée. Celui qui sollicitait sa main n'était autre qu'un proche parent de la princesse, Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, dont le nom a déjà paru dans notre récit et qui récemment avait hérité du duché souverain de Bouillon '. Pour recommander cette alliance elle n'a pas de paroles trop flatteuses à l'adresse d'Henri de La Tour : « C'est le seigneur de « France le plus estimé : il est accompagné de tels mérites que « ses ennemis même publient ses louanges '. 11 n'est besoin de « vous dire combien votre sœur sera heureuse avec lui, si « c'est chose que vous ayez pour agréable \ »
« Cela, si se fait, continue-t-elle, retardera mon retour, mais « en une occasion si avantageuse à votre maison, je ne me plainte drai point de me priver encore quelque temps de voir votre « petit frère*.» Et, voulant mettre à profit la satisfaction d amourpropre que le chef de la famille de Nassau ne peut manquer de ressentir de telles propositions, elle risque une timide allusion à son rêve chéri. On lui a parié d'une « belle terre », sise non loin de Coutances et proche de la mer, que l'administration des domaines royaux a décidé d'aliéner; elle aurait grande envie d'en apanager son fils, et, à cet effet, elle prélèverait volontiers 20,000 écus, les 2/3 de la somme demandée, sur son maigre budget*.
Mais Maurice était sur ses gardes. 11 goûtait peu, on le sait,
* Correspondance, n*» LXIV.
' ïhid,, p. 94 n. 2, et 1 la n. y.
3 Ibid., n» LXHI.
* Ibid.y n» LXIV.
^Ibid,, n''LXin;cf. n» LXV.
6 Ihid., n» LXIV.