ÉTUDE SUR SA VIE XXXIX
les projets d'établissement en France que sa belle-mère poursuivait avec une patriotique opiniâtreté à l'égard de Frédéric- Henri. Devinant la secrète politique de cette offre généreuse, il fit la sourde oreille.
Il agréa, au contraire, les ouvertures du duc de Bouillon.
Ses comptes de succession étant terminés * , Louise et ses jeunes compagnes regagnèrent La Haye où eut lieu la cérémonie des fiançailles d'Henri de La Tour et de Mademoiselle d'Orange. Puis elle mena la comtesse Elisabeth à Sedan où devait être célébré le mariage. C'est de là qu'elle mande le i6 mars 1595» à son neveu Guillaume-Louis de Nassau : « Votre cousine et <ç chérubine a changé de nom le 16 du mois passé et est à <( présent Madame la duchesse de Bouillon, fort heureuse et « contente pour avoir un mari qui, en toute sorte, lui rend <c preuve de parfaite amitié*. »
Malgré la froideur avec laquelle le prince Maurice avait accueilli ses projets, elle n'est pas plus tôt de retour en Hollande qu'elle écrit au connétable de Montmorency : « Je vous nourris <ç un petit serviteur qui sera tantôt en âge de faire service au <( Roy'. » La destinée semble cette fois lui sourire. Depuis son court séjour à Paris, Chariotte-Brabantine de Nassau — la belle Brabant, ainsi que l'appelait Maurice * — était assiégée de soupirants. Pour ne citer que les plus en relief, Henri de Rohan avait renouvelé sa demande entre les mains de la princesse d'Orange ^ et le duc Claude de La Trémoille s'était à son tour
* Du Plessis-Mornay à Buzenval, 9 août, 28 septembre, 18 octobre et 8 novembre (éd. de 1624-16^1, in-4% t. II, p. 441-442, 445-449 et 45 3- 495 ; éd. Auguis, 1826, in-S*"^ 86-88, 90-97 et 100-102 ; ces deux éditions se complétant et se rectifiant l'une par l'autre, nous les citerons toujours concurremment, la première sous le nom d^édition fif-4'', la seconde sous celui d^èdition in^S** ; cf. la notice bibliographique que nous avons consacrée à l'une et à l'autre, p. 96, n. 1, de la Correspondance.
• Correspondance, n. LXVllI.
« ibid.y n« LXXll ; cf. le n» LXXIIl.
^ Maurice de Nassau à Chariotte-Brabantine {Lettres missives du X^h siècle Urées du Cbar trier de TbouarSy publ. par P. Marchegay et Imbert, n» 280). « Correspondance, n» LXVll.
porté sur lesjangs*. Mise en demeure, au mois de juillet 1597*, de faire son choix, la jeune fiUe le fixa sur le second, à qui sa valeur et ses talents militaires avaient, dans les derniers temps, acquis une glorieuse renommée.
Le mariage fut arrêté pour le commencement de Tannée suivante. « Il faudra que vous le veniez chercher, ne pouvant ni le « temps ni sa personne faire le voyage vers vous, » mandait Bouillon à la fiancée'. Louise était désignée d'avance pour la conduire à son futur époux : il lui fut permis d'emmener Frédéric-Henri.
Le 26 janvier, sur les cinq heures du soir, un gentilhomme de la chambre du Roi vint prévenir Sa Majesté que Madame la princesse d'Orange sollicitait la faveur d'une audience. Ordre fut donné par lui d'introduire la visiteuse dans les appartements de sa sœur Catherine où il ne tarda guère à la rejoindre. Après les compliments d'usage, la conversation s'engagea entre les trois amis; l'événement qui ramenait la princesse à Paris en fit naturellement les frais. Henri IV se plaignit des étranges façons de M. de La Trémoille à son égard.
— Je ne sais le mariage du duc que par vous, poursuivit le Béarnais, se promenant à grands pas par la chambre, suivant son habitude*. Ventre-Saint-Gris! de lui à moi c'est peu respectueux*.
Ce qu'il taisait et ce qui l'irritait, le fin politique, c'était que la demande de la main de Brabantine eût été faite, non par son entremise, mais par l'intermédiaire du duc de Bouillon; car ainsi Bouillon semblait se poser en chef des protestants de France et
* Elisabeth de Nassau à Charlotte-Brabantine, 7 juillet 1595 (Lettres de ia duchesse de Bouillon^ pubK par P. Marchegay, p. a 1-23).
* Le duc de Bouillon à la même, 20 juillet 1597 (ibid,, p. 53-54); Maurice et Frédéric-Ken ri à la même [Lettres missives du X^h siècle.,.] n*» 280 et 281).
' Lettre précitée du 20 juillet.
* Correspondance, n» XCIX. — Michelet, Hist. de France^ Henri IV et Richelieu, chap. I.
* Bourron, secrétaire du duc de La Trémoule, à celui-ci, 27 janvier 1598 {Lettres missives du Xyi^ siècle, n*» 420).