ÉTUDE SUR SA VIE XLI
La Trémoille en mécontent*. Le dépit royal s'était d'ailleurs traduit déjà en des lettres au duc, « lettres aigres-douces, vraiment de son style », au rapport de Du Plessis-Mornay*.
Louise excusa La Trémoille du mieux qu'elle put. 11 n'y avait là pour elle que légèreté, inconséquence. Elle plaida chaleureusement la cause de ce fidèle serviteur à demi ruiné pour son Roi ; et, pour fin :
— Votre Majesté lui refusera t-elle son consentement?
— Nenny, ma cousine, je le lui accorde. Je le lui accorde à votre considération '.
Mais la bonté native de Henri se lassa bientôt du rôle d'inflexibilité, qu'il s'était imposé. Peu de jours après, à la suite d'un souper d'apparat donné en l'honneur de la princesse, il la prit à part.
— Ma cousine, non seulement je consens au mariage de La Trémoille, mais je l'approuve. Même, s'il m'en prie, possible me trouverai-je à ses noces. Mandez-lui que je désire le voir et conseillez-le en ce sens, si vous l'aimez.
Dès le lendemain, Louise en écrivait au duc*. Le mois suivant. Bouillon et La Trémoille accoururent à Tours où le Roi était de passage, se rendant en Bretagne.
— Excusez le passé, Sire, lui dirent-ils, et attendez de nous pour l'avenir toute obéissance ^'
Les noces du duc suivirent de près la réconciliation. Laissant le jeune ménage à Châtellerault, où s'était consommée l'union % Louise de Coligny s'en fut dans sts propriétés de l'Orléanais \ Ce
i Le duc de Bouillon au comte Jean de Nassau^ 3i juillet 1597 (j4rcb. dila Maison d^Orattge, 2* série, t. I, p. 383).
• Du Plessis-Mornay à Schomberg, 26 novembre 1 597 in fine [Mémoires et Corresp.; éd. in-4», t. II, p. 870-884; éd. in-8'», t, VI, p. 39^-412).
' Lettre précitée de Bourron au duc de La Trémoille.
• Correspondance, n* LXXVII. — C'est d'elle que nous tenons ces détails.
» Du Plessb-Momay à sa femme, 3 mars 1598 {Mêm, et Corresp. ; éd. in-8% t. VIII, p. 1 18-119; manque dansTéd. in-4»). — VilleroyàBellièvre et Sillery, 7 mars {ihid,^ p. 153-15^; id.),
• Le duc de Bouillon à Du Plessis-Mornay [ibid,^ p. 157 ; id,),
'* A Château-Renard, sa part dans la succession paternelle. — La duchesse de
XUI LOUISE DE COLIGNY
fut là qu elle connut la promulgation du mémorable édit rendu
à Nantes le 13 avril, qui ferma Tère des discordes civiles. Comme son père, elle avait toujours été encline à la tolérance en matière religieuse. Aussi applaudit-elle sans réserve à l'acte de saine politique dont huguenots et catholiques attaquèrent cependant les dispositions conciliantes avec une égale acrimonie ^
Le mois de juillet retrouva la princesse près de Henri IV à Paris».
— Je veux voir votre fils , lui avait dit le Roi avant de partir pour la Bretagne'.
Et non content de témoigner à Frédéric-Henri une bienveillance marquée, il avait insisté pour qu'il fût du 4c voyage^ ». Pendant les six mois qu'il dura, cette faveur s'accrut encore •. « 11 n'est pas croyable tout l'honneur qu'il reçoit de Sa Majesté », écrit, en le revoyant, sa mère toute joyeuse*. Elle le suit des yeux avec complaisance déployant la fougue de son âge, tantôt au bal, tantôt à VÂcadémie\ Elle triomphe de ses triomphes mondains — le mot est d'elle', qui récemment ne cachait pas son horreur pour les plaisirs bruyants'.
Bouillon écrivait à la jeune duchesse de La Trémoille le 18 octobre : « je n'ai « point eu de nouvelles de Madame ma belle-mère. Par les dernières, Château- « Renard est sa demeure pour quelque temps qu'elle accourcira, à mon opinion, « le plus qu'elle pourra puisque mon frère n'a bougé de Paris » (Lettres de la duchesse de Bouillon, p. 57). — Cf. Correspondance^ n» LXXXI (pour sa date).
* Comparez dans la Correspondance, nos notes i de la p. 136 et 3 de la 138. ' Voy. la note antéprécédentc.
' Correspondance, n» LXXVII. — Du Plessii-Mornay à sa femme, 2 février {Mém. et Corresp,, éd. in-8*, t. VIII, p. 6-7 ; manque dans l'éd. în-4«).
* Correspondance, n« LXXIX. — Du Maurier à Du Plessis-Mornay, 5 janvier [Mém, et Corresp.; éd. in-S", t. VII, p. 558-559; manque dans l'éd. in-4»).
* Dommarville [son gouverneur) à Scaliger, 27 avril 1 598 [Les Épistres Frûttfoises des personnages illustres et doctes à Josepb-Juste de la Scala ; Harderwîck^ 1624, in-8«; liv. III, ép. 33).
« Correspondance, n® LXXXI.
' VÂcadèmie-Maneige, fondée par le célèbre écuyer Pluvinel ; on y enseignait la danse, l'équitation, l'escrime, etc. — Ibid., n»- LXXXI, LXXXIV et LXXXV.
' « j'ai dit à M. de Dommarville qu'il vous mande le ballet dont votre petit frère a été et où il a triomphé » {ibid,, n» LXXXI}.
* Ibid., no LXXXVIII.