‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 19 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE XLIII · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE XLIII

Le moment était proche où cette belle joie allait s'évanouir. Le congé d'un an^ accordé par les États Généraux à Frédéric-Henri expirait avec l'année 1598*. En février*, elle reçut l'ordre de le I embarquer pour les Pays-Bas. Une de ses lettres intimes contient ce douloureux aveu : «Je me prépare à bien des larmes*. » Néanmoins elle n'eut pas un instant la pensée de retenir son fils. Elle eut même le courage, la pauvre mère, de résister aux flatteuses instances dont l'accablait Henri IV afin de retarder son départ. « Dieu lui fasse la grâce, écrit-elle, de rendre ce qu'il doit à la patrie ^ ! y>

Son âme est à présent dans les Provinces-Unies. Elle guette anxieusement les nouvelles du pays où elle sait Frédéric-Henri exposé aux balles espagnoles'. Du moins trouva-t-elle quelque adoucissement à ses angoisses dans un acte de justice qu'elle désespérait d'obtenir après tant d'années de vaines instances. L'édit de pacification de 1576 avait cassé en principe l'arrêt de flétrissure prononcé le 27 octobre 1572 par le Pariement contre la mémoire de l'amiral son père'; mais à la faveur des troubles, la sentence de réhabilitation était demeurée lettre morte . Ses persévérants efforts pour la faire entériner furent enfin couronnés de succès le 22 août 1599: «Je n'ai jamais vu de plus honnêtes « gens que ces Messieurs du Parlement, mande-t-elle à M. de La « Trémoille le 27. Je les en fus remercier hier. Ils m'ont dit qu'il « ne fut jamais rien fait en leur assemblée où tout d'une voix « ils aient consenti plus gaiement' ». Puis, passant sans transition au sujet qui l'absorbe : « Votre petit frère se portoit « bien il y a trois semaines'. » Un moment elle put croire qu'elle aurait le bonheur de le posséder de nouveau pendant quelques

* Correspondance, n« LXXXI. — Lettre de Du Plessis-Mornay à sa femme du a février 1598, déjà citée.

« Ibid., n» LXXXVIII et notes.

» Ibid., n» LXXXVII (à M«« de La Trémoille) ; cf. n« LXXXVI (à la môme).

♦ Ibid,, n» LXXXVIII.

5 Cf. là-dcssus ibid., n«» CXl et CXIl.

« Cf. suprà, chap. IV.

■ "^ Correspondance^ n* XCII et notes.

• ïbid.

mois : Henri IV l'avait demandé pour l'hiver. Espoir vite déçu ! Les Etats Généraux refusèrent le congé*, et l'on ne saurait blâmer leur décision ; la gravité des circonstances retenait impérieusement Frédéric-Henri près du prince Maurice. Le destin, qui, depuis la mort du Taciturne, faisait pencher la balance du côté des Provinces-Unies, le destin semblait las. Un grand choc était inévitable et de ce choc sortirait l'indépendance ou la servitude.

11 eut lieu le 2 juillet 1600 à Nieuport. Depuis plusieurs semaines on ne recevait plus de courriers de Hollande. La princesse d'Orange était en proie aux plus vives alarmes, et <ç la paresse de delà la mer )>, ainsi que les ouragans qui sévissaient sur la mer du Nord et pouvaient intercepter les messages, ne la rassuraient qu'à demi*. On se peint sans peine son ravissement lorsqu'elle connut la victoire des Hollandais et la belle conduite de Frédéric-Henri en cette journée mémorable ; comme le prince Maurice, inquiet sur l'issue de la bataille, l'engageait à se tenir à l'écart « afin qu'il pût, en cas de malheur, soutenir le pays et la fortune de leur Maison » :

— Vous me faites injure, mon frère, avait-il répondu ; je veux vivre et mourir avec vous.

Et il était resté tout le jour à ses côtés, « courant bien des hasards »'.

Combien il tarde à Louise de presser dans ses bras le jeune héros ! et avec quel tressaillement d'allégresse n*annonce-t-elle pas à sa confidente ordinaire la duchesse de La Trémoille que « Messieurs les États ont envie de l'envoyer vers le Roy cet hiver )►. Hélas I il en fut de cette heure d'espérance comme de celle qu'elle avait entrevue l'année précédente à pareille date. Le tourbillon des affaires emportait Frédéric-Henri. 11 lui fallut d'abord prendre

i pemande et refus nous sont connus par le n« XCII de la CornspantUmu, * Ibid., n» XCVI. — Pour la négligence avec laquelle le prince Maurice

transmettait à Henri IV les nouvelles de Hollande, cf. ibid,, n« LXVI.

3 Ernest-Casimir de Nassau à son frère Guillaume-Louis, 30 juillet 1600

{Arcb. de la Maison d'Orange, !• série, t. II, p. 39 et 40). — Du Maurier,

p. aaS.

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