‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 2 sur 48 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

Baritaud, l'auteur de cette renaissance jouissait délicieusement d'une telle succession de travaux sur la noble femme qu'il avait pour ainsi dire exhumée. 11 ne croyait d'ailleurs pas terminée sa mission. Une lettre de M. le docteur Campbell, directeur de la bibliothèque royale de La Haye, lui avait ouvert des horizons nouveaux : en remerciant M. Marchegay de l'envoi de la Correspondance de Louise de Coligny avec Af°' de La Trémoille, il lui signalait dès 1872 la présence de force lettres d'elle aux Archives de la Maison d'Orange, et s'offrait à lui en envoyer les copies, sûr, ajoutait-il, d'obtenir de S. M. le roi des Pays-Bas l'autorisation nécessaire pour pénétrer dans ce riche dépôt, Sa propriété privée. Cette proposition fut le point de départ d'un fréquent échange de lettres entre les deux savants. C'est par M. Campbell que l'érudit Vendéen fut mis en rapport — épistolaire — avec M. Samuel Mùller, dont je prononçais le nom tout à l'heure, avec M. van den Bergh, directeur des Archives générales des Pays-Bas, avec M. Gustave Masson, professeur au collège d'Harrow-Hill. Tous rivalisèrent de zèle pour lui fournir les transcriptions que l'état de sa santé ne lui permettait pas de faire lui-même. Entre temps il recevait de son confrère et ami M. Ludovic Lalanne, sous-bibliothécaire de l'Institut de France, et de M. Sandret, directeur de la Revue historique, nobiliaire et biographique, le texte de plusieurs missives conservées dans les collections de l'Institut et de la Bibliothèque Nationale. Et peu à peu se constitua aihsi dans son cabinet de travail un dossier de 1 9 1 pièces dont beaucoup inédites, et non des moins intéressantes.

Au milieu des souffrances de la maladie qui le minait, la pensée de mettre ces trésors en lumière soutenait son courage. Mais toujours quelque cartulaire se jetait à la

IV PRÉFACE

traverse et, chaque année, ii lui fallait ajourner au printemps suivant Theure bénie où il s'occuperait de « l'illustre et digne princesse d'Orange » \ La joie qu'il se promettait devait lui être refusée. Le 3 juillet 1885, il expirait dans la charmante résidence où il avait passé ses meilleurs jours.

De longtemps M. Marchegay s'était préoccupé du cas où la mort le surprendrait avant d'avoir terminé son œuvre*. Suivant ses désirs, tous les papiers relatifs à la princesse furent donc remis à la Société de l'histoire du Protestantisme dont il était l'un des plus actifs collaborateurs et qu'il avait choisie pour poser la dernière pierre du monument élevé par ses mains à la mémoire de Louise de Coligny.

Mais certaines considérations sur lesquelles il serait sans intérêt de s'étendre, dissuadèrent le comité de rédaction de la Société de se charger de ce soin\ C'est alors que M. Edmond Marchegay, ingénieur de la marine, neveu et héritier du défunt, a bien voulu s'adresser, pour satisfaire aux vœux de son oncle, à celui qui écrit ces lignes ^

* « Il est téméraire d'ajourner, surtout quand on va accomplir sa 6}^ année ; mais il ne m'est pas possible de revenir à l'illustre et digne princesse d'Orange avant la fin de 1876. » (M. Marchegay à M. Campbell, 30 mai 1875.)

« Je compte m'en occuper sérieusement à Noël. » (Du même au même, 18 juin 1876.)

« Retardé par le cartulaire dont je voulais terminer la publication, je me suis laissé aller a la publication d'un autre manuscrit du même genre au lieu de reprendre les Lettres de Louise de Coligny. L'hiver m'y ramènera, j'espère. » (Du même au même, 9 septembre 1878.)

' Du même au même, 91 juillet 1872 et 10 mars 1881.

' Séance du Comité du 13 avril 1886.

PRÉFACE

La Correspondance de Louise de Coligny, telle qu'elle est aujourd'hui soumise au suffrage du public, se compose, ai-je dit, de 191 numéros. Mais en cet état la doit-on croire complète? J'ai lieu d'en douter. Il me paraîtrait en effet surprenant que la princesse d'Orange n'ait correspondu qu'avec une de ses belles-filles (Madame de La Trémoille).

Les archives allemandes ne renfermeraient-elles point d'aventure quelque trace de ses rapports d'affection * avec rÉlectrice Palatine, avec la duchesse de Landsberg, avec la comtesse de Hohenloë-Neveinsten % avec la comtesse de Hanau*?

* M. le comte Jules Delaborde, vice -président de la Société de l'histoire du Protestantisme, m'avait bienveillamment désigné aux suffrages de ses collègues pour être celui qui publierait sous les aupices de la Société les Lettres de Louise de Coîigny, dès que la question de l'acceptation ou rejet de ce travail avait été mise sur le tapis. (Séance du Comité du 9 février 1886.)

Depuis, lorsque le rejet fut décidé, c'est à la recommandation de M, le baron F. de Schickler, président de la même Société, que je dois d'avoir été choisi en dernier ressort par M. Edmond Marchegay.

Qye M. de Schickler et M. Delaborde me permettent de leur exprimer ici ma profonde gratitude.

' Louise fait allusion à ces bonnes relations en maints passages de ses lettres à M°« de La Trémoille, refondues dans la présente publication.

' Nous en avons une à celle-ci avant son mariage (N® XXXIV de ce livre).

* Nous écartons volontairement Anne de Nassau, femme de son

VI PRÉFACE

Que sont devenues les vingt lettres à la duchesse de Bouillon que M. le duc de La Trémoille a vues aux Archives Nationales de France avant la répartition en deux fonds distincts des papiers confisqués lors de l'émigration sur la famille de Bouillon et qu'il a été impossible de retrouver depuis*?

De son côté le Record-office d'Angleterre, si riche en documents français du seizième siècle, ne saurait-il enrichir la moisson de quelques glanes?

Enfin n'avons-nous plus rien à attendre du Britisb- Muséum^ « ce terrain d'alluvion qui reçoit toujours », comme le qualifie un explorateur émérite * ?

A ceux qui seraient tentés de me reprocher de poser la question sans avoir essayé de la résoudre, je me hâterai de répondre que je n'avais pas qualité pour parfaire les recherches de M. Marchegay \ Peut-être

cousin Guillaume-Louis, et Emilie, princesse de Portugal, qui vécurent toujours en Hollande; nous considérons en effet la partie hollandaise de la collection des lettres de Louise comme complète, vu les longues recherches si fructueuses de M. Campbell.

* Communication verbale de M. le duc de La Trémoille à M. Marchegay du 22 juillet 188a. — Antérieurement à la question adressée par M. Marchegay à l'administration des Archives « si le fonds des papiers de Bouillon ne renfermerait pas de lettres de la princesse d'Orange autres que celles déjà publiées par M. S. Mûller », il avait été répondu négativement (Lettre du 2 juin 1876). — De nouvelles recherches dirigées en 1883 par M. Sandret n'ont donné aucun résultat.

Il est à noter que ces lettres, comme toutes les lettres intimes de cette époque, sont signées d'un monogramme formé de deux 1 entrelacés.

' Comte Hector de La Perrière, le Seizième siècle et les Valois é^ après les documents tirés du Record-office^/ du British-Museum (Paris, 1879, in.8°), p. 2.

'Je retrouve encore dans les papiers de M. Marchegay une lettre à lui

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