‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 22 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE XLVH · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE XLVH

de ne le pouvoir faire, alléguant les trames de ses ennemis et déclarant qu'il comparaîtrait à la barre de la chambre mi-partie de Gistres dont il était justiciable comme huguenot*. Sommé derechef de se présenter à la cour, il s'enfuit à Genève, puis à Heidelberg. De là, s'entêtant dans de funestes errements, il adressa un manifeste aux princes protestants, se proclamant martyr de sa foi religieuse*. Aux ouvertures que Henri IV en sa débonnaireté infatigable lui fît encore par personnes interposées, il repartit avec hauteur qu'il ne consentirait à se défendre que devant les juges et au lieu qui lui agréeraient : « Ce qu'il désire est contre les <c formes de la justice, répliqua le Roi, et je n'y puis entendre « pour la conséquence et pour ma dignité. S'il est innocent, « pourquoi craint-il de paraître devant moi qui ne fis jamais « injustice à personne? Si le contraire, que n'a-t-il recours à ma « clémence de laquelle se sont bien trouvés tous ceux qui s'y <( sont fiés? D'ailleurs mes amis ne doivent être en peine de ce « fait; et quant à mes ennemis, je ne dois pas les craindre, s'ils « n'ont d'espérance de me mal faire qu'au désespoir du duc de « Bouillon'. »

Si l'on veut bien se rappeler le vif attachement de Louise de Coligny pour Henri de La Tour, la confiance enthousiaste qu'elle plaçait en ses « beau jugement* » et « mérite' », on se figurera son désenchantement devant une pareille chute.

C'est dans cet état d'esprit qu'elle regagna la Hollande.

II était dans la destinée de la pauvre femme de souffrir toujours dans ses sentiments les plus chers. Où elle croit devoir rencontrer un dédommagement, elle trouvera un autre sujet de tristesses. En revoyant son fils elle eut peine à le reconnaître. L'enfant

* Lettre au Roi du 30 novembre (ibid., p. 714, ttoU). — Le Roi au landgrave de Hesse, 17 décembre {Ibid,, p. 71a).

* Le roi à M. de Beaumont, son ambassadeur en Angleterre, 24 décembre (ibid,t p. 723-7^8).

' Le Roi à Fresne-Canaye, son ambassadeur à Venise, 4 février 1603 (L, miss., t. VI, p. 733-728).

* Correspondance, n« XLVIll.

» Ibid., no LXV.

XLVm LOUISE DE COUGNY

qu'elle avait élevé avec tant de soins à la Française* et dont la grâce aimable émerveillait, en 1598, les courtisans de Henri IV*, était devenu un grand jeune homme, froid, morose et guindé. La gravité chagrine de ses cousins d'Allemagne avait déteint sur lui. L'un d'eux, le comte Ernest de Nassau, qui s'était constitué son grand gouverneur^, avait fait pis. « C'est lui qui l'a perdu, s'écrie « la malheureuse mère, je lui en veux bien mal. En cette oisiveté « de La Haye, ils se sont débauchés extrêmement * ; » et, pour combler la mesure, il ne vit plus que de la vie d'outre-Rhin. Elle en tire un fâcheux présage*.

Mais sa préoccupation dominante reste la disgrâce du duc de Bouillon. Avec la longanimité des cœurs aimants, elle se refuse à admettre l'ingrate perversité de son cousin*. Elle le croit plutôt égaré que coupable. Elle aspire à le rapprocher du Roi qu'elle sait disposé au pardon. Elle ne craint pas de correspondre avec le rebelle \ Elle lui oflFre ses consolations; elle lui témoigne ses regrets de ne pouvoir rien pour lui : c'est en vain qu'elle a imploré la médiation du prince Maurice, qui, redoutant de s'aliéner Henri IV, refusa même de recevoir le duc en Hollande *. « Le meilleur remède est le temps, la patience et l'humilité de « Monsieur de Bouillon, » écrit-elle à M"*** de La Trimoille', dont

^ « Surtout qu'il caresse les François », lui faisait-elle recommander en 1^94 pendant sa première absence des Pays-Bas {ibid., n» LXVI). — « Je désire que ce que j*ai en France demeure en France, afin que mon fils se ressouvienne toujours qu'il a une mère Françoise » {ibid., n* LXXXIV — décembre 1598).

• Dommarvilleà Scaliger, 27 avril 1598; lettre déjà citée.

• Correspondance, n» XCVII.

• Ibid, — Nous mettons ici au parfait ce qui, dans le \txtt d'octob.e 1600, est au présent.

*/&/V/.,n»CXl.

« Ibid.y n<» CXVI.

'MiV/., n'CXIVetCXVI.

• Ibid.i n» CXVI; cf. le n« CXIV. — Lettre-mémorandum au Roi, signée : «Jean, comte de Nassau ; Wolfgang-Ernest, comte d'Isenberg; Guillaume, comte de Wede, Guillaume, comte de Solms; Louis, comte de Witgenstein ; Philippe- Louis, comte de Hanau; Jean-Albert, comte de ^Ims {Ârcb, de la Maison d'OratigCy !• série, t. II, p. 327-329).

• Correspondance^ n« CXI.

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