‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 23 sur 48 · ETUDE SUR SA VIE XLIX · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SA VIE XLIX

le mari a, lui, pris ouvertement fait et cause pour son beau-frère, se laissant à son tour duper par ses' grands airs de victime résignée*.

De ce côté encore supplément de soucis pour la princesse d'Orange. Son âme est ainsi partagée entre ses différentes affections toutes en conflit à cette heure. En dépit du culte qu'elle professe pour le Roi S elle est bien près d'honorer la fidélité au malheur de La Trémoille, quoique blâmant sa résolution de ne plus paraître à la cour, jusqu'à ce que « justice » ait été rendue au « bon droit' ». Mais elle tremble qu'il n'encoure de ce fait la colère royale et ses appréhensions n'étaient que trop fondées.

Malgré ses éclatants services, La Trémoille déplaisait à Henri IV par son humeur sarcastique et hargneuse*. Son attitude présente, qui paraissait promettre un appui à la sédition, tut vivement commentée au conseil privé du Roi et sa mort, arrivée le 25 octobre 1604, le sauva peut-être de poursuites criminelles*.

Louise de Coligny eut avis de cette mort à L'Écluse où elle avait accompagné Frédéric-Henri qui, en récompense de brillants débuts diplomatiques dans une mission en Angleterre*, venait

* La Trémoille au comte Jean de Nassau, 50 juillet 1603 {Àrcb, de la Maison d'Orange, ac série, t. II, p. 214 el a 15).

2 Non pas même précisément à la personne de Henri IV, son ami d'enfance, rélève de son père — ce que prouve toute sa correspondance — mais à la Royauté, quel que fût son représentant.

Nous n'en voulons qu'un exemple.

Elle avait certes toutes raisons de haïr Henri III, l'un des principaux conseillers de la Saint-Barthélemy et pourtant, le 18 septembre 1594, nous la voyons, elle si douce à chacun, témoigner une hauteur presque blessante à la duchesse de Montpensier, qui avait armé l'assassin de ce prince :

— Il ne m'est possible, s'écria-t-elle, de voir de bon œil pas un de ceux ou de celles qui ont été cause de la mort du feu Roy. Car je suis Françoise, et j'aime les François!

(Lestoile, Journal de Henri ly, à cette date.)

' Lettre précitée de La Trémoille au comte Jean de Nassau.

* Agrippa d'Aubigné, Sa vie à ses enfants, année 1601.

* Lestoile, Journal de Henri 11^, à cette date.

« Correspondance, n»» XCIII et XCIV. — Ernest-Casimir de Nassau à son

de recevoir des Etats Généraux la charge du gouverneur des villes, de Flandre arrachées à TEspagne*. La triste nouvelle en précéda de bien peu une autre non moins affligeante : Elisabeth de La Trémoille, la plus jeune des filles du défunt, l'avait suivi dans la tombe à un mois d'intervalle. Accablée par tant d'émotions, elle tomba gravement malade ^ De retour à La Haye, à peine convalescente, pour la fin de l'année % les bruits les plus alarmants vinrent l'y troubler.

Un moment le duc de Bouillon avait paru déterminé à suivre ses conseils; il avait envoyé un mémoire justificatif de sa conduite à Henri IV*. Ce bon mouvement n'était qu'une feinte. En juillet 1605, on découvrit que ses agents travaillaient à soulever le Quercy, le Limousin, le Périgord, l'Auvergne, contrées où il possédait d'immenses domaines ^ Atterré de voir ses intrigues pour la seconde fois percées à jour, Bouillon essaya de négocier sa soumission. Mais Henri IV, exaspéré par sa perfidie, jura qu'il ne le recevrait en grâce qu'au prix de la remise de sa place forte de Sedan, comme gage de sincérité. Bouillon refusa net*. Là-dessus, le Roi, nous dit Mornay^ « mit le procès ès-mains du procureur général au Parlement et chargea M. de Rosny de faire fonds pour un siège ».

La princesse résolut de peser de toute son influence sur les

père, 3 juin 1603; Guillaume-Louis de Nassau à Frédéric-Henri, 6-16 juin 1603 {yfrcb. de la Maison d'Orange, 2« série, t. II, p. 195 et 197).

* Swertz à la duchesse de La Trémoille, le» octobre (Autographe conservé au Cbartrier de Tbouars).

' Correspondance, n*» CXIX (ao novembre) et notes.

* Elle en date une lettre au connétable de Montmorency du 2 janvier 1605 ; cf. la note précédente.

* Impr. ap. Arcb, delà Maison d*Orange, 2* série, t. U, p. 324-337,

* Marguerite de Valois au Roi, juillet 1605 [Mémoires et Lettres de Mar^ guérite, publ. par F. Guessard, p. 390-392). — Le Roi à Sully, 13 juillet 1605 {Lettres missives de Henri ly, t. VI, p. 468-471).

® Le Roi au landgrave de Hesse, 8 novembre et 7 décembre (I. miss, de Henri /^., t. VI, p. 560-561 et 566-571).

' Du Plessis-Mornay à Rivet, 26 janvier 1606 (Mim. et Corresp. ;éd. in-4«, t. m, p. 147; éd. in-8S t. X, p. 154).

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résistances folles du rebelle à un accommodement. Elle se rendit à Paris à la fin de 1605 et pria le Roi de surseoir à l'exécution de ses menaces. Henri IV connaissait le dévoûment de Louise à sa personne. Il connaissait aussi — pour Tavoir éprouvée quelques sept ans auparavant en une circonstance, qui ne manquait pas d'analogie avec la situation actuelle — son habileté à « adoucir les aigreurs* ». Après avoir fait, pour la forme, quelques objections, il lui laissa carte blanche'.

La princesse députa vers Henri de La Tour son neveu Odet de La Noue. 11 revint au bout de dix jours, n'ayant rien obtenu*. « Le duc s'est enveloppé dans un étrange labyrinthe, écrit notre ambassadeur à La Haye^ On ne parle à Paris que du siège de Sedan. »

Malgré cet échec, Louise de Coligny n'avait pas abdiqué toute espérance. 11 n'est pas sans intérêt de noter ici que le ministre intègre auquel la France doit tant, M. de Rosny, le futur duc de Sully, complotait avec elle la réconciliation désirée *. C'était cependant lui qui avait fait décapiter Biron ^ ! La princesse d'Orange n'avait donc pas si grand tort de ne point confondre dans le même anathème les deux conspirateurs, de maudire l'un comme traître, de plaindre l'autre comme brouillon \

* Du Plessis-Mornay à Schomberg, 26 novembre 1597, lettre déjà citée.

* La Force à sa femme, 3 février 1606 {Mémoires et Correspondances du duc de La Force et de ses fils, publ. par le marquis de La Grange, 1. 1, p. 424).

' Lettre de La Force, précitée. — La Noue à Du Plessis-Mornay, 17 février {Mém. et Corresp, de Du PIessis'h4ornay\ éd. in-4",t. 111, p. 149-151 ; éd. in-8<», t. X, p. 156-158).

* Buzenval à Scaliger, i»» mars {Les épistres françaises à J.-J. de La Scala, liv. I, ép. 28).

* Les Œconomies royales ou Mémoires de ce qu^a fait M, le duc de Sulfyy chap! CLIX et CLX.

*» La Force, Mémoires, liv. I, chap. v {Mém, et Corresp, de La Force et de ses /î/5, t. I, p. 150).

^ Ajoutons que Louise lui avait fait l'honneur de porter, le 39 septembre 1602 (Lestoile, Journal de Henri IVy à cette date), un de s^ fils sur les fonts du baptême; considération, futile en apparence, qui a bien pu un peu le porter à montrer de la condescendance aux désirs de la princesse, étant donnée son incroyable vanité (Cf. là-dessus un curieux article qui paraît au moment où s'im-

Tandis que Henri IV, à la tête d'une petite armée, marchait sur Sedan, elle fit un dernier et touchant appel au cœur de l'orgueilleux gentilhomme. Assurée que chez lui les calculs de la politique n'avaient pas éteint les sentiments de père et d'époux*, elle lui reprocha' amèrement de faire de propos délibéré tomber sa famille « es gouffres les plus horribles qui se pouvoîent imaginer' ».

A une semaine de là, elle recevait le billet suivant, signé Henry* : « Ma cousine, je dirai comme César : yeni, vidi, vici; <s ou comme la chanson :

Trois jours durèrent mes amours

Et se finirent en trois jours

Tant j'étois amoureux., de Sedan.

« Monsieur de Bouillon a promis de me bien et fidèlement servir « et moi d'oublier le passé... »

A s'en tenir aux lettres écrites par la princesse d'Orange durant les années 1605 et 1606, on ne soupçonnerait point assurément les graves événements qui s'accomplirent pendant cette période*. Des remerciements à Scaliger pour une épitaphe en vers latins dédiée à la mémoire de l'amiral de Coligny •, des félicitations aux

priment ces lignes : Desclozeaux, Gahrielle d'Estrées ef Sulfy — Revue historique, n» de mari-avril 1887).

* Voy. plutôt le no CXI II de la Correspondance de Louise de Coligny.

* Cette nouvelle démarche est prouvée par Tattention que le Roi prend de lui annoncer lui-même la réussite de ses eflforts en faveur de la réconciliation du duc avec lui (v. ci-dessous).

' Le mot est de sa femme (Lettres de la duchesse de Bouillon, p. 84 — 8 mai 1606).

* Lettre du 2 avril {Lettres missives de Henri IV, t. VI, p. 596).

5 « Depuis trois mois on a traité par l'entremise de M™« !a princesse d'Orange. » (Lettre précitée de La Noue à Du Plessis-Mornay).

6 Correspondance, n" CXXlll et CXXIV.

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