ÉTUDE SUR SA VIE LUI
La Trémoille à propos d'une opulente succession qui vient de leur échoir \ voilà tout ce que vous y rencontrerez.
Et pourtant quel service n'avait-elle pas rendu à la patrie! Prévenir un éclat où le duc de Bouillon se serait infailliblement perdu et empêcher un siège où ce « lion' », acculé dans son repaire, aurait vendu chèrement sa vie, sauverunamietépargneren même temps au Roi des dépenses mieux employées à panser les plaies du pays, éteindre enfin les brandons de discordes qui couvaient sous la cendre, cen'étaitrienencore. En réconciliant Bouillon avec Henri IV, elle rendait à celui-ci l'alliance des cours protestantes dont la rupture équivalait à la ruine de ses vastes projets.
Mais pour exécuter ces projets, que quelques rares confidents des pensées du maître commençaient à peine d'entrevoir, il fallait attendre la pacification des Pays-Bas qui mettrait aux ordres de Hefiri IV le prince Maurice et ses troupes trempées au feu de vingt combats.
Or la lutte y continuait avec un acharnement croissant. L'occupation d'Ostende, le 19 septembre 1604, avait été pour les Espagnols plus funeste que la défaite de Nieuport : au prix de trois ans de travaux d'investissement ininterrompu, de 100 millions de livres, de 60,000 hommes', ils avaient conquis... un cimetière*. Épuisé par sa victoire, découragé par la perte de plusieurs places qui, enlevées aussitôt qu'assiégées, étaient vite venues dédommager Maurice de la chute d'Ostende ', l'archiduc Albert s'était résigné à entamer des négociations avec son heureux rival. Mais Maurice se montra peu disposé à y entendre,
« Ibid., n» CXXl et notes.
* Ainsi rappelle Malherbe dans son Odâ au roy Henri-le-Gr and pour Vbeureux succès du voyage de Sedan (Odes, V).
' Du Maurier, p. 226.
* Expression même de Malherbe dans la Prosopopèe d'Ostende (Stances, Vil) ; il rimitait du '
Qui) tumulos moriens hos occupât?
de Grotius ; cf. Du Maurier, p. 339 et 400, qui, ailleurs (p. 326), s'en est emparé à propos.
^ Du Maurier, p. 226.
Il prétendait, non sans raison, que traiter au moment où Dieu se prononçait en faveur des Pays-Bas serait une duperie*. L'unique concession, que les Etats Généraux, par lui inspirés, firent à la médiation des cours de France et d'Angleterre, fut une armistice de huit mois*.
Ce n'était pas ce que demandait Henri IV. Bien servi par ses représentants à La Haye, il savait la majorité du peuple Hollandais d'accord avec lui. Toutefois, on lui faisait appréhender que l'avis de ceux qui voulaient continuer la guerre ne finît par prévaloir, « les autres ayant crainte de perdre pour l'avenir les avantages que donne le commerce, la guerre durant' ». L'envoi d'un diplomate habile, à la fois en crédit auprès du prince Maurice et aimé de la nation, s'imposait. A ces divers titres, nul ne pouvait mieux remplir un tel rôle que la veuve du héros qui avait posé les fondements de la liberté des Provinces-Unfes, Henri IV avait déjà jeté les yeux sur Louise de ColignyS quand il apprit d'elle-même que Maurice la réclamait en Hollande '\
Cependant, les semaines succédaient aux semaines et elle ne partait pas^ Ses cinquante-deux ans reculaient devant les fatigues d'un voyage entrepris en la pire saison de l'année^ et les intérêts matériels dont il s'agissait * ne lui paraissaient pas une compensation suffisante. D'ailleurs sa santé, de longtemps chancelante, commandait des ménagements*. Ajoutons que la triste
* Jean ni n au Roi, 6 novembre 1607 (Négociations du président Jeatmin) .
* Correspondance, no CXXVIII.
* Jeanninà Villeroy, 14 mai 1608 (Négoc, de Jeannin),
* Nous présumons que telles étaient les « affaires » qui de Liervilie Tavaient appeléeà Fontainebleau en novembre 1606 (Correspondance, n"» CXXVl). — Nous savons bien que l'armistice mentionné ci-dessus ne fut signé que le 34 avril 1607. jMais dès lors les tendances hostiles à un accord du prince Maurice rendaient nécessaire « l'envoi d'un diplomate habile ».
^ Villeroy à Jeannin, 27 juin 1607 {Négoc, de Jeannin),
^ Le 23 septembre 1607, elle annonçait son départ comme très prochain {Correspondance, n" CXXIX).
' Villeroy à Joannin, 27 juin 1607 et 16 février 1608 [Négoc, de Jea$min),
^ Le règlement de la succession du Taciturne, qu'allait permettre la suspension des hostilités; voy. ses lettres de 1608 et 1609.
* Correspondance, n» CXXXl.