‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 25 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE LV · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE LV

expérience de son retour à La Haye', en 1601, n'était pas trop de nature à lui faire désirer de revoir la terre qui lui avait pris son mari et qui maintenant lui prenait son fils.

Ces lenteurs compromettaient les intérêts du Roi. 11 avait confié au président Jeannin, son ambassadeur près les Etats, les espérances qu'il plaçait dans l'intervention de Louise de Coligny et depuis, les dépêches du diplomate contenaient invariablement cette formule : «Envoyez au plus tôt M"*® la princesse d'Orange* ».

Pour la déterminer, tout porte à croire que Henri IV lui découvrit quelque chose de ce que ses contemporains et la postérité ont appelé son grand dessein. Qu'il eût hésité d'abord à se «déboutonner», comme dit Villeroy^^^nousne nous en étonnerons pas. Henri IV, l'homme confiant par excellence, avait appris la défiance des intrigues où s'étaient passées vingt-cinq années de sa vie : sûr de la discrétion de Louise, il avait néanmoins lieu de redouter que, dans son ignorance de la diplomatie, elle laissât échapper des paroles imprudentes susceptibles de mettre sur ses gardes l'ennemi qu'il voulait surprendre.

Les tergiversations de la princesse lui forcèrent la main\

Louise alors presse ses préparatifs. Vers la mi- février 1608, elle prend congé de la cour. Le 28, elle descend en son logis de La Haye et le même jour se met résolument à l'œuvre* « Dès « aujourd'hui, écrit Jeannin au Roi le 7 mars, nous pouvons « faire ce jugement qu'elle sera très utile pour le service de « Votre Majesté. »

Au risque de nous répéter, il nous faut signaler de nouveau dans la correspondance de Louise de Coligny le parti pris d'effacement que nous constations au début de ce chapitre. En neuf mois au cours desquels elle fut constamment sur la brèche,

* Cf. supràf chap. vu.

2 Lettres de Jeannin à Villeroy, 27 juin, 19 et 30 juillet 1607; au Roi, 30 juillet; à Villeroy, 16 octobre [Négoc, de Jeannin). ' En parlant de Maurice. — Lettre à Jeannin, 16 février 1608 (Jbid.),

* Tout le contenu de ce paragraphe ressort de la comparaison des lenteurs et de la hâte subite de la princesse à partir et des côtés bien connus du caractère de Henri IV.

* Jeannin au Roi, 7 mars 1608 {Nègoc, de Jeannin),

LVl LOUISE DE COLIGNY

deux fois seulement elle esquisse en quelques traits, à l'intention de M"* de La Trémoille, la situation politique des Provinces- Unies*. Du reste, de la part qu'elle prend aux négociations pas un mot et c'est à des narrateurs plus impartiaux que nous devons de savoir combien cette part fut grande. Jeannin qui, le 14 mai" ne cachait pas son découragement, déclare le 5 juin que « Topinion de la paix tirera l'autre à soi »; Maurice lui-même, le chef du parti de la guerre, fait mine de battre en retraite ; « à quoi, conclut l'ambassadeur, M""* la princesse d'Orange aide autant qu'elle peut^ ».

Cependant, on était loin encore du traité que désirait Henri IV. Juillet, août, septembre se passèrent en « irrésolutions fort préjudiciables^ ». Le 19 octobre, Louise se désole de voir perdu sans retour tout espoir de paix définitive. « Depuis, écrit-elle, « on a mis en avant une longue trêve. Mais les opinions là-dèssus « sont bien partagées en cet État : car les uns la désirent, les « autres point. Dieu y veuille pourvoir! » Et comme pour se faire pardonner cette excursion dans un domaine qui, à l'entendre lui est interdit, « n'étant pas, dit-elle, capable d'y juger », dépouillant bien vite, la « femme d'État* », elle revient au gai bavardage familier où elle excelle. Elle laisse longuementcourir sa plume sur le compte de sa petite compagne, Charlotte de La Trémoille, que la duchesse lui a confiée. Elle se complaît au détails des soins qu'elle prodigue à la' « mignonne^ ».

Pour être dissimulées, ses « agitations " », sts « traverses d'esprit • » n'en sont pas moins vives. Après avoir donné à entendre qu'il « laisseroitfaire*^ », Maurice avait lancé une circulaire ayant

* Correspondance, n« CXXXVl et CXXXVII.

* Lettre à yilhrov [Négoc, de Jeannin).

» Id, (Jbid.)

* Correspondance, n° CXXXVl.

* Expression fréquente dans ses lettres (voy. ibid., n" CL XV et CLXVlll). « Elle ne l'appelle qu'ainsi [Ibid., n" CXXVIIl, CXXIX, CXLIV).

7 Ibid., n» CXXXVII.

* Id,, ibid, » Id.y ibid.

'^ Jeannin à Villeroy, 5 juin \6oS {Négoc. de Jeannin),

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